LE PAYSAN PARVENU
M. Bricolin était un homme de cinquante ans, robuste et d'une figure régulière. Mais l'embonpoint avait envahi ses membres ramassés, ainsi qu'il arrive à tous les campagnards à leur aise, qui , passant leurs journées au grand air, à cheval la plupart du temps, et menant une vie active mais non pénible , ont juste assez de fatigue pour entretenir l'exubérance de leur santé et la complaisance de leur appétit. Grâce à ce stimulant d'un air vif et d'un exercice continuel, ces hommes supportent quelque temps sans malaise des excès de table journaliers , et , quoique dans leurs occupations champêtres ils soient vêtus d'une manière peu différente des paysans, il est impossible de les confondre avec eux, même au premier coup d'œil. Tandis que le paysan est toujours maigre , bien proportionné et d'un teint basané qui a sa beauté, le bourgeois de campagne est toujours, dès l'âge de quarante ans, affligé d'un gros ventre, d'une démarche pesante et d'un coloris vineux qui vulgarisent et enlaidissent tes plus belles organisations.
Parmi ceux qui ont fait leur fortune eux-mêmes et qui ont commence leur vie par la sobriété forcée du paysan, on ne trouverait guère d'exception à cet èpaississemcnt de la forme et à cette altération de la peau. Car c'est une observation proverbiale, que lorsque le paysan commence à se nourrir de viande et à boire du vin à discrétion, il devient incapable de travailler, et que le retour à ses premières habitudes lui serait infailliblement et promptement mortel. On peut donc dire que l'argent passe dans leur sang, qu'ils s'y. attachent de corps et d'âme, et que la vie ou la raison doit fatalement succomber chez eux à la
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perle de leur fortune. Toale idée de déTouement à lliumanîté, loole notion religieuse sont presque incompatibles avec cette transformation que le bien-être opère dans leur être physique et moral. Il serait fort inutile de s'indigner contre eux. Ils ne peuvent pas être autrement. Ils s'engraissent pour arriver k l'apoplexie ou k rimbécillité. Leurs facultés pour l'acquisition et la conservation de la richesse, très-développées d'abord, s'éteignent vers le milieu de leur carrière, et, après avoir fait fortune avec une rapidité et une habileté remarquables, ils tombent de bonne heure dans l'apathie, le désordre et l'incapacité. Aucune idée sociale, aucun sentiment de progrès ne les soutient. La digestion devient l'affaire de leur vie, el leur richesse si vigoureusement acquise est , avant qu'ils l'aient consolidée, engagée dans mille embarras et compromise par mille maladresses... sans parler de la vanité qui les précipite dans des spéculations au^essus de leur crédit; si bien que tous ces riches sont presque toujours ruinés au moment où ils font le plus d'envieux.
M. Bricolin n'en était pas encore là. Il était à cet ige où l'activité et la volonté, dans toute leur force , peuvent encore lutter contre la double ivresse de l'orgueil et de l'intempérance. Mais il suffisait de voir ses yeux un peu bridèi, son vaste abdomen , son nez luisant, et le tremblement nerveux que l'habitude du coup du matin (c'est-è-dire les deux bouteilles de vin blanc à jeun en guise de café) donnait à sa main robuste, pour présager l'époque prochaine où cet homme si dispos , si matinal , si prévoyant et si impitoyable en affaires, perdrait la santé, la mémoire, le jugement et jusqu'à la dureté de son âme, pour devenir un ivrogne épuisé, un bavard très-lourd, et un maître facile à tromper.
Sa figure avait été belle , quoique dépourvue absolument de distinction. Ses traits courts et fortement accentués annonçaient une énergie et une àpreté peu communes. Il avait l'œil vif, noir et dur, la bouche sensuelle, le front étroit et bas , les cheveux crépus , b parole brève et rapide. 11 n'y avait point de fausseté dans son regard, ni d'hypocrisie dans ses manières. Ce n'était point un homme fourbe, et le grand respect qu'il avait pour le tien et le mien , aux termes de la société actuelle, le rendait incapable de friponnerie. D'ailleurs, le cynisme de sa cupidité l'empêchait de farder ses intentions , et quand il avait dit à son semblable : « Mon intérêt est contraire au tien, » il pensait lui avoir démontré qu'il agissait en vertu du droit le plus sacré, et qu'il avait fait acte de haute loyauté en le lui annonçant.
Demi-bourgeois 9 denU-manant , il portait le dimanche un costume mixte entre le paysan et le monsieur. Son chapeau avait la forme plus basse que celui des uns, cl les bords moins larges que celui des autres. 11 avait une blouse grise à ceinture et à plis fixés sur sa (aille
courte, qui lui donnait l'aspect d'une barrique cerclée. Ses guêtres exhalaient une odeur d'élable indélébile, et sa cravate de soie noire était d'un luisant graisseux* Ce personnage, court et brusque, fit une impression désagréable sur Marcelle, et sa conversation prolixe, roulant toujours sur l'argent, lui fut encore moins sympathique que les prévenances désobligeantes de sa moitié.
Voici quel fut à peu près le résumé du bavardage de deux heures qu'elle eut à subir de la part de maître Bricolin. La propriété de Bianchemont était chargée d'hypothèques pour un grand tiers de sa valeur. Feu monsieur le baron avait en outre demandé des avances considérables sur les fermages, et avec des intérêts énormes que M. Bricolin avait élé forcé d'exiger, vu la difficulté de se procurer de l'argent et le taux usuraire établi dans le pays. M"*« de Bianchemont devait se soumettre à des conditions encore plus dures, si elle voulait continuer le système auquel son mari avait été autorisé par elle; ou bien, avant de demander les revenus, elle devait payer l'arriéré, capital et intérêts, et intérêt des intérêts, somme qui s'élevait à plus de cent mille francs. Quant aux autres créanciers, ib voulaient rentrer dans leurs fonds entièrement, ou garder leur créance entière à titre de placement. 11 fallait donc vendre la terre ou trouver promptement des capitaux; en un mot, la terre valait huit cent mille francs, elle était grevée de quatre cent mille francs de dettes, sans compter celle envers M. Bricolin. 11 restait trois cent mille francs , unique fortune désormais de M">* de Bianchemont , indépeudante de celle que son mari avait ou n'avait pas laissée à son fils et dont elle ne connaissait pas encore la situation.
Marcelle était loin de s'attendre à de si grands désastres, elle n'en avait pas prévu la moitié. Les créanciers n'avaient pas encore réclamé, et , bien nantis de leurs titres, ils attendaient, M. Bricolin tout le premier, que la veuve s'informât de sa position, pour lui demander le payement intégral ou la continuation du revenu que l'emprunt leur assurait. Lorsqu'elle demanda à Bricolin pourquoi, depuis un mois qu'elle était veuve , il ne lui avait pas fait connaître l'état de ses af&ires, il lui répondit avec une brutale franchise, qu'il^n'avait pas de raisons pour se presser, que sa créance était bonne, et que chaque jour d'indifférence de la part du propriétaire était un jour de profit pour le fermier, pendant lequel il cumulait les intérêts de sou argent sans rien aventurer. Ce raisonnement péremptoire éclaira promptement Marcelle sur le genre de moralité de M. Bricolin.
« C'est juste , lui répondit-elle en souriant avec une ironie que le fermier ne daigna pas comprendre. Je vois que c'est ma faute, si chaque jour que je laisse écouler dévore plus que le revenu auquel je croyais pouvoir prétendre. Mais, dans l'intérêt de mon fils.
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je dois mettre un terme à cette eitpèce de débâcle, et j'attends de vous , M. Bricolin , u|i bon conseil à cet égard. »
M. Bricolin, très-surpris du calme avec lequel la dame de Blanchemont venait d'apprendre qu'elle était âi peu près ruinée , et encore plus de la confiance avec laquelle elle le consultait, la regarda entre les deux yeux. \\ vit dans sa physionomie une sorte de défi malicieux porté par la plus parfaite candeur à sa cupidité.
« Je vois bien, dit-il , que vous voulex me tenter, mais je ne veux pas m'exposcr à des reproches de la part de votre famille. Gela fait tort k un homme d'être accusé de complaisance intéressée à des prêts usuraires. 11 faut, M"* de Blanchemont, que je vous parle sérieusement, mais ici les murs sont trop minces, et ce que j'ai à vous dire n'a pas besoin d'être ébruité. Si vous voulez faire semblant de venir avec moi examiner le vieux château, je vous dirai, 1° ce que je vous conseillerais de faire si j'étais votre parent ; 2* ce que, étant votre créancier, je désire que vous fassiez ; vous verrez s'il y a un troisième avis âi examiner. Je ne le pense pas. »
Si le vieux château n'eût pas été entouré d'orties, de mares stagnantes et fétides, et de mille décombres mutilés qui n'avaient plus aucune autre physionomie que celle d'un désordre barbare, c'eût été un débris du passé assez pittoresque. Il y avait un reste de fossé avec de grands roseaux , de superbes lierres sur toute une face de bâtiment, et un éboulement où des cerisiers sauvages avaient acquis un développement magnifique. Ge côté ne manquait pas de poésie. M. Bricolin montra à Marcelle la chambre que son mari avait coutume d'habiter en passant. Il y avait un reste d'ameublement du temps de Louis XVI , trèsmalpropre et très-fané. Gependant cette pièce était habitable, et M"* de Blanchemont résolut d'y passer la nuit.
« Gela contrariera un peu ma femme qui tenait à honneur de vous recevoir dans ses meubles , dit M. Bricolin ; mais je ne connais rien de plus mal à propos que de tourmenter les personnes. Si le vieux château vous plait, il ne faut pas disputer des goùU, comme on dit, et j'y ferai transporter vos effets. On mettra un lit de sangle dans ce cabinet pour votre fille de ehamhre. En attendant , je vais vous parler sérieusement de vos affaires. M"" de Blanchemont; c'est le plus pressé. »
Et, tirant un fauteuil, Bricolin s'y installa et commença ainsi :
« D'abord, permettez-moi de vous demander si vous avez par devers vous une autre fortune que la terre de Blanchemont? Je ne crois pas, si je suis bien informé.
— Je n'ai à moi rien autre chose, répondit Marcelle avec tranquillité.
— Et pensez-vous que votre fils ait k hériter d'une grosse fortune du chef de son père?
— Je n'en sais rien. Si les propriétés de M. de Blanchemont sont aussi grevées que la mienne...
— Ah! vous n'en savez rien ? Vous ne vous occupez donc pas de vos affaires? c'est drôle 1 Mais tous les nobles sont comme cela. Moi, je suis obligé de connaître votre position. G'est mon métier et mon intérêt. Or donc, voyant que feu monsieur le baron allait grand train, et, ne prévoyant pas qu'il mourrait si jeune, j'ai dû m'assurer des brèches qu'il pouvait avoir faites è sa fortune, afin d'être en garde contre des emprunts qui auraient pu excéder un jour la valeur des terres d'ici, et me laisser sans garantie. J'ai donc fait courir et fureter les gens du métier, et je sais, à un sou près, ce qui reste , au jour ^aujourd'hui , à votre petit lx>nhomme.
— Faites-moi donc le plaisir de me l'apprendre, M. Bricolin.
— G'est facile, et vous pourrez le vérifier. Si je me trompe de dix mille francs , c'est tout le bout du monde. Votre mari avait environ un million de fortune, il reste cela au soleil, sauf qu'il y a neuf cent quatre-vingt ou quatre-vingt-dix mille francs de dettes à payer.
— Ainsi , mou fils n'a plus rien ? dit Marcelle troublée de cette révélation nouvelle.
— Gomme vous dites. Avec ce que vous avez il aura encore trois cent mille francs un jour. G'est encore joli si vous voulez rassembler et liquider cela. En terres, ça représente six ou sept mille livres de rente. Si vous voulez le manger, c'est encore plus joli.
— Je n'ai pas l'intention de détruire Tunique avenir de mon fils. Mon devoir est de me dégager autant que possible des embarras où je me trouve.
— En ce cas, écoutez : vos terres et les siennes rapportent deux pour cent. Vous payez les intérêts de vos dettes quinze et vingt pour cent; avec les intérêts cumulés,vous arriverez promptement^augmenter sans fin le capital de la dette. Gomment allez-vous faire?
— H faut vendre, n'est-ce pas?
— Gomme vous voudrez. Je crois que c'est dans votre intérêt bien entendu , à moins que , pourtant , comme vous avez pour longtemps la jouissance du bien de votre fils, vous ne préfériez profiter du désordre, et faire votre part.
— Non, M. Bricolin, telle n'est pas mon intention.
— Mais vous pourriez encore tirer de l'argent de cette fortune-là, et comme le petit a encore des grands parents dont il héritera , il pourrait n'être pas banqueroutier à l'époque de sa majorité.
— G'est très-bien raisonné, dit froidement Marcelle ; mais je veux agir tout autrement. Je veux tout vendre, afin que les dettes de la succession n'excèdent pas le capital; et quant à ma fortune, je veux la
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)iqiiid«r, afin d'avoir le moyen d'élever convenablement mon fils.
•^ En ce cas, vons voulez vendre Blanchemont?
~ Ooi, M. Bricolîn, tout de suite.
— Tout de suite? Ohl je le crois bien; quand on est dans votre position , et qu'on veut en sortir franchement, il n'y a pas un jour à perdre, puisque diaque jour fait un trou à la bourse. Mais croyez vous que ce soit bien facile de vendre une terre de cette importance tout de suite, soit en bloc, soit en détail? Autant vaudrait dire que du jour au lendemain on va vous bâtir un château comme celui-ci, assez solide pour durer cinq ou six cents ans. Sachez donc qu'au jùwr d'aujtmré^kui on ne remue de fonds que dans rindustrie, les chemins de fer et autres grosses aChires où il y a cent pour cent à perdre ou à gagner. Quant aux propriétés territoriales, c'est le diable à déloger. Dans notre pays, tout le monde voudrait vendre, et personne ne veut acheter, tant on est las d'enterrer dans les sillons de gros capitaux pour un mince revenu. La terre est bonne pour quiconque y réside, en vit et y fait des économies; c'est la vie des campagnards comme moi. Mais pour vous autres gens des villes, c'est un revenu misérable. Ainsi donc , un bien de cinquante, cent mille francs au plus, trouvera parmi mes pareils des acquéreurs empressés. Un bien de huit cent mille francs dépasse généralement nos moyens , et il vous faudra chercher, dans l'étude de votre notaire à Paris , un capitaliste qui ne sache que faire de aes fonds. Pensez- vous qu'il y en ait beaucoup au jtmr dCaujùurd^kui^ quand on peut jouer à la bourse, à la roulette, aux x-koulièret, aux chemins de fer, aux places et k mille autres gros jeux? 11 vous faudra donc rencontrer quelque vieux noble peureux qui atme mieux placer son argent k deux pour cent, dans la crainte d'une révolution, que de se lancer dans les belles spéculations qui tentent tout le monde au jour d'aujùin^hm. Encore faudrait-il qu'il y eût ■ne belle maison d'habitation où un vieux rentier pût venir finir ses jours. Mais vous voyez votre château? je n'en voudrais pas pour les matériaux. La peine de le jeter par terre ne vaudrait pas ce qu'on en tirerait de charpente pourrie et de moellons fendus. Ainsi donc, TOUS pouvez bien, en faisant afficher votre terre, la vendre en bloc un de ces matins; mais vous pouvez bien aussi attendre dix ans; car votre notaire aura beau dire et imprimer sur ses pancartes, comme c'est ToKage, qu'elle rapporte trotset trois et demi, on verra mon bail et on saura que, les impôts défalqués, elle n'en rapporte pas deux.
— Voire bail a peut-être été conclu en raison des avances que vous aviez faites h M. de Blanchemont? dit Marcelle en souriant.
— Comme de juste I répondit Bricolin avec aplomb, et mon bail est de vingt ans; il y en a un d'écoulé, reste dix-neuf. Vous le savez bien, vous l'avez signé.
Après cela, vous ne l'avez peut-être pas lu... Dame I c'est votre faute»
— Aussi , je ne m'en prends à personne. Donc , je ne puis pas vendre en bloc; mais en détail?
— En détail , vous vendrez bien , vous vendrez cher, mais on ne vous payera pas.
— Pourquoi cela?
^Parce que vous serez forcée de vendre k beaucoup de gens dont la plupart ne seront pas solvables, à des paysans qui , les meilleurs, s'acquitteront sou par sou à la longue, et , les plus gueux , qui se laisseront tenter par l'amour de posséder un peu de terre, comme ils font tous au jour d'aujourd'hui, et qu'il vous faudra exproprier au bout de dix ans, sans avoir touché de revenu. Cela vous ennuiera de les tourmenter.
— Et je ne m'y résoudrai jamais. Ainsi , M. Bricolin, selon vous, je ne puis ni vendre ni conserver ?
— Si vous voulez être raisonnable , ne pas vendre cher et palper du comptant , vous pouvez vendre k quelqu'un que je connais.
— A qui donc?
— A moi.
— A vous, M. Bricolin?
— A moi, Nicolas-Etienne Bricolin.
— En effet, dit Marcelle, qui se rappela en cet instant quelques paroles échappées au meunier d'Angibault, j'ai entendu parler de cela. Et quelles sont vos propositions?
— Je m'arrange avec vos créanciers hypothécaires , je démembre la terre, je vends à ceux-ci, j'achète à ceux-là, je garde ce qui est à ma convenance, et je vous paye le reste.
— Et les créanciers , vous les payez comptant aussi ? Vous êtes énormément riche, M. Bricolin?
— Non, je les fais attendre, et d'une manière ou de l'autre,. je vous en débarrasse.
— Je croyais qu'ils voulaient tous être remboursés immédiatement; vous me l'aviez dit?
— Ils seraient exigeants avec vous; ils me feront crédit, à moi.
— C'est juste. Je passe pour insolvable peutêtre?
— Possible! Au jour éPaujourd^hui, on est trèsméfiant. Voyons, M""* de Blanchemont, vous me devez cent mille francs , je vous en donne deux cent cinquante mille, et nous sommes quittes.
— C'est-à-dire que vous voulez payer deux cent cinquante mille francs ce qui en vaut trois cent mille?
— C'est un petit 6ofit qu'il est juste que vous m'accordiez; je paye comptant. Vous direz que c'est mon avantage de ne pas servir d'intérêts, ayant l'argent. C'est votre avantage aussi de palper votre fortune, dont vous n'aurez plus ni sou ni maille, si vous tardez.
' — Ainsi, vous voulez profiter des embarras de ma
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position pour réduire d'un sixième le peu qui me reste ?
— C'est mon droit, et tout antre que moi exigerait davantage. Soyez sûre que je prends vos intérêts autant que possible. Allons, mon premier mot sera le dernier. Vous y penserez.
— Oui , M. Bricolin , il me semble qu'il faut y penser.
— Diable! je le crois bien! Il faut d'abord vous assurer que je ne vous trompe pas , et que je ne me trompe pas moi-même sur votre situation et sur la valeur de vos biens. Vous voilà ici; vous vous renseignerez , vous verrez tout par vous-même, vous pourrez même aller visiter les terres de votre mari du côté du Blanc , et quand vous serez au courant , dans un mois environ, vous me direz votre réponse. Seulement, vous pouvez bien résumer mes offres en établissant ainsi votre calcul sur une base dont je ne crains pas la vérification : vous pouvez, 1^ vendre ce qui vous reste de net le double de ce que je vous en offre, mais vous n'en toucherez pas la moitié, ou bien vous attendrez dix ans, durant lesquels vous aurez à servir tant d'intérêts qu'il ne vous restera rien; 2" vouspouvez me vendre à un sixième de perte et toucher, d'ici à trois mois, deux cent cinquante mille francs en bon or on en bon argent, ou en jolis billets de banque, à votre choix. Allons, j'ai dit! maintenant revenez à la maison dans une petite heure, vous dînerez avec nous. Il faudra faire chez nous comme chez vous, entendezvous, madame la baronne? Nous sommes en affaires, et si vous ne me demandez pas d'autre pot-de^vin , ce ne sera pas grand'chose. »
La position où Marcelle se trouvait désormais vis-àvis des Bricolin, lui âtait tout scrupule, et nécessitait d'ailleurs l'acceptation de cette offre. Elle promit donc d'en profiter, mais elle demanda, en attendant l'heure du repas , à rester au vieux château pour écrire une lettre , et M. Bricolin la quitta pour lui envoyer ses domestiques et ses paquets.
UN AMI lUPROVlSE.
Pendant quelques instants qu'elle demeura seule, Marcelle fit rapidement beaucoup de réflexions , et bientôt elle sentit que l'amour lui donnait une énergie dont elle n'eût pas été capable peut-être sans cette toute-puissante inspiration. Au premier aspect , elle avait été un peu effrayée de ce triste manoir» l'unique demeure qui lui restât en propre. Mais en apprenant que cette ruine même n'allait bientôt plus lui
appartenir, elle se prit à sourire en la regardant avec une curiosité complètement désintéressée. L'écusson seigneurial de sa famille était encore intact au manteau des vastes cheminées.
« Ainsi, se dit-elle, tout va être rompu entre moi ' et le passé. Richesse et noblesse s'éteignent de compagnie, au jour d'aujimrd^hui, comme dit ce Bricolin. 0 mon Dieu I que vous êtes bon d'avoir fait l'amour de tous les temps et immortel comme vou»-même ! »
Suzette entra , apportant le nécessaire de voyage que sa maltresse avait demandé pour écrire. Mais, en l'ouvrant , Marcelle jeta par hasard les yeux sor sa soubrette, et lui trouva une si étrange expression en contemplant les murailles nues du vieux castel, qu'elle ne put s'empêcher de rire. La figure de Suzette se rembrunit davantage, et sa voix prit un diapason de révolte bien marqué.
«Ainsi, dit-elle, madame est résolue à coucher ici ?
— Vous le voyez bien, répondit Marcelle , et vous avez là un cabinet pour vous, avec une vue magnifique et beaucoup d'air.
— Je suis fort obligée à madame, mais madame peut être assurée que je n'y coucherai pas. J'y ai peur en plein jour; que serait-ce la nuit? On dit qu'il y revient, et je n'ai pas de peine à le croire.
— Vous êtes folle , Suzette. Je vous défendrai contre les revenants.
— Madame aura la bonté de faire coucher ici quelque servante de la ferme, car j'aimerais mieux m'en aller tout de suite à pied de cet affreux pays...
— Vous le prenez tragiquement , Suzette. Je ne veux vous contraindre en rien , vous coucherez où vous voudrez; cependant je vous ferai observer que si vous preniez l'habitude de me refuser vos services, je me verrais dans la nécessité de me séparer de vous.
— Si madame compte rester longtemps dans ce pays-ci, et habiter cette masure...
— Je suis forcée d'y rester un mois, et peut-être davantage; qu'en voulez-vous conclure?
— Que je demanderai à madame de vouloir bien me renvoyer à Paris ou dans quelque autre terre de madame, car je fais serment que je mourrais ici au bout de trois jours.
— Ma chère Suzette, répondit Marcelle avec beaucoup de douceur, je n'ai plus d'autre terre, et je ne retournerai probablement jamais demeurer à Paris. Je n'ai plus de fortune, mon enfant, et il est probable que je ne pourrai vous garder longtemps à mon service. Puisque ce séjour vous est odieux, il est inutile que je vous l'impose durant quelques jours. Je vais vous payer vos gages et votre voyage. La patache qui nous a amenées n'est pas repartie. Je vous donnerai de bonnes recommandations, et mes parents vous aideront à vous placer.
— Mais comment madame veut-elle que je m'en aille comme cela toute seule? Vraiment, c'était
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bien la peine de m'amener si loin dans nn pays perdn!
— J'ignorais que j'étais ruinée, et je viens de l'apprendre à l'instant même, répondit Marcelle avec calme; ne me faites donc pas de reproches, c'est involontairement que je vous ai causé cette contrariété. D'ailleurs, vous ne partirez pas seule ; Lapierre retournera à Paris avec vous*
— Madame renvoie aussi Lapierre? reprit Suzette consternée.
— Je ne renvoie pas Lapierre. Je le rends à ma bellennère, qui me l'avait donné, et qui reprendra avec plaisir ce bon et vieux serviteur. Allez diner, Suzette, et préparez-vous à partir. »
Confondue du sang-froid et de la tranquille douceur de sa maltresse, Suzette fondit en larmes, et, par un retour d'affection, peut-être irréfléchi, elle la supplia de lui pardonner et de la garder auprès d'elle.
« Non, ma chère fille, répondit Marcelle, vos gages sont désormais au-dessus de ma position. Je vous regrette malgré vos travers , et peut-être me regretterez-vous aussi malgré mes défauts. Mais c'est un sacrifice inévitable, et le moment où nous sommes n'est pas celui de la faiblesse.
— £t que va devenir madame? sans fortune, sans domestiques, et avec un petit enfant sur les bras, dans nn preil désert! Ce pauvre petit Edouard I
— Ne vous affligez pas, Suzette, vous vous placerez certainement chez quelqu'un de ma connaissance. Nous nous reverrons. Vous reverrez Edouard. Ne pleurez pas devant lui, je vous en supplie! »
Suzette sortit; mais Marcelle n'avait pas mis sa plume dans l'encre pour écrire, que le grand farinier parut devant elle, portant Edouard sur un bras, et un sac de nuit sur l'autre.
I Ah! lui dit Marcelle, en recevant l'enfant qu'il déposa sur ses genoux, vous êtes donc toujours occupé k m'obliger, M. Louis? Je suis bien aise que vous ne soyez pas encore parti. Je ne vous avais presque pas remercié , et j'aurais eu du regret de ne pas vous dire adieu.
— Non, je ne suis pas encore parti, dit le meunier, et à dire vrai, je ne suis pas très-pressé de m'en aller. Nais tenez, madame, si ça vous est égal, vous ne m'appellerez plus monsiewr. Je ne suis pas un monsieur, et de votre part ça me contrarie à présent, cette cérémonie I vous m'appellerez Louis tout court, ou Grand-Louis, comme tout le monde.
— liais je vous ferai observer que cela sera trèscoolraire à l'égalité, et que d'après vos réflexions de ce matin...
— Ce malin j'étais une bête, un cheval, et un cheval de moulin qui pis est. J'avais des préventions... à cause de la noblesse et de votre mari... que sais-je? Si vous m'aviez appelé Louis, je crois que je vous aurais appelée... Comment vous appelez-vous?
a. SA1VD — TOME VI.
— Marcelle.
— J'aime assez ce nom-là. M»* Marcelle! Eh bien , je vous appellerai comme cela : ça ne me rappellera plus monsieur le baron.
— Mais si je ne vous appelle plus monsieur, vous m'appellerez donc Marcelle tout court? dit M">* de Blanchemont en riant.
— Non, non, vous êtes une femme... et une fenune comme il y en a peu, le diable m'emporte !... Tenez, je ne m'en cache pas, je vous porte dans mon cœur, surtout depuis un moment.
— Pourquoi depuis un moment, Grand-Louis? dit Marcelle qui commençait à écrire et qui n'écoutait plus le meunier qu'à demi.
— C'est que pendant que vous causiez avec votre fille de chambre, tout à l'heure, j'étais là dans l'escalier avec votre coquin d'enfant qui me faisait mille niches pour m'cmpêcher d'avancer, et, malgré moi , j'ai entendu tout ce que vous disiez. Je vous en demande pardon.
— Il n'y a pas de mal à cela, dit Marcelle; ma position n'est pas un secret, puisque je la faisais connaître à Suzette, et, d'ailleurs, je suis certaine qu'un secret serait bien placé entre vos mains.
— Un secret de vous serait placé dans mon cœur , reprit le meunier attendri. Ah çà I vous ne saviez donc pas, avant de venir ici, que vous étiez ruinée ?
— Non, je ne le savais pas. C'est M. Bricolin qui vient de me l'apprendre. Je m'attendais à des pertes réparables, voilà tout.
— Et vous n'en avez pas plus de chagrin que cela?» Marcelle, qui écrivait, ne songea pas à répondre ;
mais au bout d'un instant, elle leva les yeux sur le grand Louis, et le vit debout devant elle, les bras croisés et la contemplant avec une sorte d'enthousiasme naïf et d'étonnement profond.
a C'est donc bien surprenant, lui dit-elle, de voir une personne qui perd sa fortune sans perdre l'esprit? D'ailleurs, ne me reste-t-il pas de quoi vivre ?
— Ce qui vous reste, je le sais à peu près. Je connais vos affaires peut-être mieux que vous; car le père Bricolin, quand il a bu un coup, aime à causer, et il m'a assez cassé la tête de tout cela, alors que ça ne m'intéressait guère. Mais c'est égaU voyez-vous ; une personne qui voit sans sourciller un million d'un côté et un demi-million de l'autre, s'en aller de devant elle... crac! en un clin d'œil!... je n'ai jamais vu cela, et je ne le comprends pas encore!
— Vous comprendriez encore moins si je vous disais que, quant à ce qui me concerne, cela me fait un plaisir extrême.
— Ah ! mais par rapport à votre fils? dit le meunier en baissant la voix pour que l'enfant qui jouait dans la pièce voisine n'entendit pas ses paroles.
— Au premier moment j'ai été un peu effrayée, répondit Marcelle, et puis, je me suis bientôt consolée.
II y a longtemps que je me dis que c'est un malheur que de naître riche, et d'<^lre destiné h Foisivcté, à la haine des pauvres, à f égdïsme et k l'impunité que donnent la richesse. J*ai regretté bien souvent de n'être pas fille et mère d'ouvrier. A présent, Louis,]e Serai du peuple, et les hommes comme vous ne se méfieront plus de moi.
— Vous ne serez pas du peuple, dit le meunier, il vous reste encore une fortune qu'un homme da peuple regarderait comme immense , quoique ce ne soit pas grand'chose pour vous. D'ailleurs, ce petit enfant a des parents riches qui ne le laisseront pas élever comme un pauvre. Tout cela, M*^ Marcelle, c'est donc des romans que vous vous faites. Mais où diable avez- Vous donc pris ces idées-là ? 11 faut que vous soyez nne sainte, le diable m'enlève 1 Ça me fait un singulier effet de vous entendre dire des choses pareilles, quand toutes les autres personnes riches ne songent qu'à le devenir davantage. Vous êtes la première de votre espèce que je vois. Est-ce qu'il y a à Paris d'autres riches et d'autres nobles qui pensent comme vous?
— Il n'y en a guère , je dois en convenir. Mais ne m'en faites pas tant de mérite, Grand-Louis. Un jour viendra où je pourrai peut-être vous faire comprendre pourquoi je suis ainsi.
-^ Faites excuse, mais je m'en doute.
— Non.
— Si fait, et la preuve, c'est que je ne peux pas vous le dire. Ce sont des affaires délicates, et vous me diriez que je suis trop osé de vous questionner làdessus. Si vous saviez pourtant, comme sur ce chapitre là je suis penaud et capable de comprendre les peines des autres I Je vous dirai mes soucis, moi I Oui, le tonnerre m'écrase ! je vous les dirai. Il n'y aura que vous et ma mère qui saurez cela. Vous me direz quelques bonnes paroles qui me remettront peut-être l'esprit.
— Et si je vous disais, à mon tour, que je m'en doute?
— Vous devez vous en douter I preuve qu'il y a de l'amour et de l'argent mêlés dans toutesces affaires-là.
— Je veux que vous me fassiez vos confidences , Gratid-Louis; mais voici le vieux Lapierre qui monte. Nous nous reverrons bientôt, n'est-ce pas?
— Il le faut, dit le meunier en baissant la voix, car j'ai sur vos affaires avec le Bricolin bien des choses à vous demander. J'ai peur que ce gaillard-là ne vous mène un peu trop durement, et, qui sait I tout paysan que je suis, je pourrais peut-être vous rendre service... Voulez- vous me traiter en ami?
— Certainement.
— Et vous ne ferez rien sans m'avcrtir?
— Je vous le promets, ami. Voici Lapierre.
— Faut-il que je m'en aille ?
— Allez ici à côté, avec Edouard. J'aurai peut-être
besoin de vous consulter, si vous avez le temps d'attendre quelques minutes de plus.
-^ C'est dimanche... D'ailleurs, ça serait tout antre jourl.^. »
GORRESPONDANCK.
Lapierre entra. Suzette lui avait déjà tout dit. Il était pâle et tremblant. Vieux et incapable d'un service pénible, il n'était pour Marcelle qu'un porte-respect en voyage. Mais, sans le lui avoir jamais exprimé, il lui était sincèrement attaché, et, malgré l'aversion qu'il éprouvait déjà , aussi bien que Suzette , pour la Vallée-Noire et le vieux château , il refusa de quitter sa maîtresse, et déclara qu'il la servirait pour aussi peu de gages qu'elle jugerait à propos de lui en donner.
Marcelle, touchée de son noble dévouement, lui serra affectueusement les mains, et vainquit sa résistance en lui démontrant qu'il lui serait plus utile en retournant à Paris qu'en restant à Blanchemont. Elle voulait se défaire de son riche mobilier, et Lapierre était très-capable de présider à cette vente , d'en recueillir le prix et de le consacrer au payement des petites dettes courantes que M*»* de Blanchemont avait pu laisser à Paris. Probe et entendu, Lapierre fut flatté de jouer le rôle d'une espèce d'homme d'affaires, d'un homme de confiance, à coup sur, et de rendre service à celle dont il se séparait à regret. Les arrangements de départ furent donc faits. Ici , Marcelle qui pensait à tous les détails de sa position avec un sang-froid remarquable, rappela le grand Louis et lui demanda s'il pensait qu'on put vendre dans le pays la calèche qu'elle avait laissée à ***, . « Ainsi vous brûlez vos vaisseaux? répondit le meunier. Tant mieux pour nous! Vous resterez peutêtre ici, et je ne demande qu'à vous y garder. Je vais souvent à *** pour des affaires que j'y ai , et pour voir une de mes sœurs qui y est établie. Je sais à peu près tout ce qui se passe dans ce pay»-là , et je vois bien d'ailleurs que tous nos bourgeois, depuis quelques années , ont la rage des belles voitures et de toutes les choses de luxe. J'en sais un qui veut en faire venir une de Paris; la vôtre est toute rendue, ça lui épargnera la dépense du transport, et dans notre pays, tout en faisant de grosses folies, on regarde encore aux petites économies. Elle m'a paru belle et bonne, cette voiture. Combien cela vant-il, une affaire comme ça?
— Deux mille francs.
— Voulez-vous que j'aille avec M. Lapierre jus*
lE MEUNIER D'ANGIBÂULT.
qu a ^^ ? Je le mettrai en rapport dvec les adieteur$> et il touchera Targent^car c^x nous on ne paye comptant qQ*aux étrangers.
— Si ce n'était pas abuser de votre temps et de votre obligeance» vous feriez seul cette aCEaûre.
— J'irai avec plaisir : mais ne parlez pas de cela à M. Bricolin, il serait capable de vouloir racheter, lui, Ja calèche 1
— Eh bien , pourquoi non ?
^Ah bout il ne manquerait plus que ça pour Taire tourner la tète à... aux personnes de sa famille! D'ailleurs, le Bricdin trouverait moyen de vous la payer moitié de ce qu'elle vaut. Je vous dis que je m'en charge.
— En ce cas, vous me rapporterez l'argent, s'il est possible, car je croyais avoir à en toucher ici, au lieu qu'il me faudra sans doute en restituer.
— Eh bien, nous partirons ce soir ; à cau^^e du dimanche , ça ne me dérangera pas; et si je ne reviens pas demain soir ou après-demain matin avec deux mille francs, prenez-moi pour un vantard.
— Que vous êtes bon, vousl dit Marcelle en rongeant à la rapacité de son riche fermier.
— n faudra que je vous rapporte aussi vos malles, que vous avez laissées là -bas? dit le grand Louis.
•^ Si vous voulez bien louer une charrette et me les taire envoyer. ..
— Non pas ! à quoi bon louer un homme et un cheval ? Je mettrai Sophie au tombereau , et je parie que M"* Suzette aimera mieux voyager en plein air sur une botte de paille, avec un bon conducteur comme moi , qu'avec cet enragé patachon dans son panier à salade. Ah çà I tout n'est pas dit. Il vous faut une servante, celles de M. Bricolin ont trop d'occupation pour amuser votre coquin d'enfant du matin au soir. Ah! si j'avais le temps, moi! nous ferions une belle vie ensemble , avec ça que j'adore les enfants et que celui-là a plus d'esprit que moi ! Je vas vous prêter la petite Fanchon, la servante à ma mère; nous nous en passerons bien pendant quelque temps. C'est une petite fille qui aura soin du petit comme de la prunelle de ses yeux, et qui fera tout ce que vous lui commanderez. Elle n'a qu'un défaut, c'est de dire trois fois : Plait^il? à chaque parole qu'on lui adresse. Mais que voulez-vous? elle s'imagine que c'est une politesse, et qu'on la gronderait si elle ne faisait pas semblant d'être sourde.
— Tous êtes ma providence, dit Marcelle, et j'admire que, dans une situation qui devait me susciter mille embarras, il se trouTe sur mon chemin un cœur exœUent qui vienne à mon secours.
— Bah, bah! ce sont de petits services d'amitié, que vous me rendrez d'une autre façon. Vous m'avez dé}à grandesient servi, sans vous eu douter, depuis que Yousêles ici!
— Et comment cela?...
-— Ah !dame! nouscauserousde cela plus tard, u dit le meunier d'un air mystérieux, et avec un sourire où le sérieux de sa passion faisait uu étrange contraste avec l'enjouement de son caractère.
Le départ du meunier et des domestiques ayant été résolu d'un commun accord pour le soir même , à la fraîche, comme disait Grand -Louis, Marcelle, n'ayant plus que quelques instants pour écrire avant le dinerde la fièrme, traça rapidement les doux billets suivants :