‹ ŒuvresChapitre 10 sur 30 · EN · texte numérisé non relu

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Je me décide à reproduire ici la pétition que j^adressai aux chambres en 1 838, comme preuve à l'appui de ce que j'ai dit du gouvernement de France, lorsque j'ai examiné les institutions militaires de ce pays dans leur rapport avec ses institutions politiques et avec ses institutions civiles , dans le chapitre x de ma Philosophie de la Guerre.

Cette pétition , relative à une proposition si grave, dont l'adoption pouvait avoir une si grande influence sur l'avenir de la France, fut repoussée par l'ordre du jour à la chambre des pairs, où l'on comptait tant d'anciens militaires, dont un bon nombre avaient débuté par être soldats, et cela sans qu'aucun des membres de cette chambre prît la parole pour Tappuyer. Elle éprouva le même sort à la chambre des députés, où il s'élève de si grandes discussions quandles intérêts des chefs decoteries se trouvent engagés, ou que l'existence des monopoles est

menacée. De tels faits disparaissent bientôt noyés dans ce torrent de paroles oiseuses et d^écrits verbeux dont nous sommes inondés. Celui-ci, consigné dans ce volume, survivra.

« Un décret impérial, du 8 mars 1811, affecte divers emplois civils aux militaires admis à la retraite ou réformés pour cause d'infirmités ou de blessures. Ce décret ne fut exécuté qu'incomplètement au milieu de ces guerres terribles qui précédèrent la chute de l'empire; et depuis , quoiqu'il n'ait été abrogé par aucune loi, il n'en a pas été plus question que s'il n'existait point.

» Il serait sans doute juste et utile de mettre ce décret à exécution ; mais il me semble que la situation et l'intérêt de la France réclament une mesure plus large.

» J'exprimerai donc le vœu qu'il soit proposé une loi qui dispose d'une partie des emplois civils que les militaires sont aptes à remplir, en faveur de ceux qui auront servi un nombre d'années déterminé ; ainsi , par exemple , que cela se pratique en Prusse. Je me permettrai d'énoncer rapidement les avantages qui résulteraient d'une telle loi.

» On fixerait sous les drapeaux quelques soldats et bon nombre de sous-ofliciers , tandis que tous, pour ainsi dire, les quittent, après avoir fait leur lems, pour rentrer dans leurs foyers : on obtiendrait donc un corps respectable de sous-officiers , résultat immense , car les sous-officiers sont l'ame des régimens.

» On augmenterait le nombre des sujets parmi lesquels on peut choisir pour des emplois d'officiers , et l'on diminuerait pourtant la concurrence.

t>oo Ml'XANGES.

» On ouvrirait un débouché aux hommes qui ne se sentent point la vocation des armes, et qui restent pourtant au service , parce que c'est leur seul moyen d'existence.

•> On donnerait de l'activité à l'avancement si lent en tems de paix , et l'on pourrait alors espérer de conserver sous les di-apeaux quelques officiers jouissant d'une fortune indépendante ; résultai insignifiant sous le rapport militaire , mais fort important sous le point de vue politique.

» On rajeunirait le corps d'officiers , et l'on donnerail de la maturité au corps des sous-officiers.

» On augmenterait la considération attachée à la carrière des armes.

» On rattacherait l'armée à la chose publique par de nouveaux liens.

» On établirait une sorte de confraternité entre les services militaires et les services civils , au lieu d'un esprit de jalousie et de rivalité.

» On diminuerait les dépenses de l'état pour le paiement des retraites , ce qui serait fort important , puisque les questions de finances dominent actuellement toutes les autres questions.

» Que si l'on prétendait que je sollicite un privilège en faveur des militaires , je répondrais que tous les Français sont astreints au service militaire, et qu'une préférence en faveur de ceux qui n'ont pu se faire renq)laccr ou qui se sont consacrés à la carrière des armes, quand elle ne présenterait point les avantages incontestables que j'ai énumérés, me paraîtrait un acte de justice. »

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