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Tome I, page 38 : « Il eût été de la dernière iniprii

(a) L'instruction dont les troupes ont besoin pour combattre en lignes déployées ou en colonnes n'étant pas nécessaire pour combattre en tirailleurs , ce dernier genre de combat était très-favorable à Vinfanlerie républicaine, qui était alors peu exercée. C'est ainsi qu'a comballu jusqu'en 1828 l'infanterie turque contre Tinfanterie russe, et les tirailleurs turcs se montraient fort supérieurs à ceux des Russes.

dence d'engager les armées de la république dans ce qu'on appelle une balaille rangée (au commencement de 1793), à moins d'avoir, (.omme à Jemmapcs, une grande supériorité numéiique , et encore moins dans «ne retraite, pour peu qu'elle eût dû se prolonger.

» Les troupes do la r<''pul)li(jue, à l'époque dont nous parlons , étaient très-propres , quand elles étaient bien conduites, à la défense des places, des rivières, des défilés, des postes et des pays très-accidentés, à ce qu'on appelle enfin la petite guerre. Mais , pour longtems encore, les invasions qui exigent toujours la réunion des masses , amènent des batailles et souvent des retraites en pays ennemi (opération la plus difiicile et la plus dangereuse de la guerre avec des troupes de nouvelle formation) ; enfin , ce qu'on peut appeler la grande guerre , celle des pays ouverts , leur était interdite. »

Tome I, page 53 : « Elle (l'armée du Rhin) n'était pas en état de vaincre les armées prussienne ou autrichienne réunies, en bataille rangée (en mai 1793), dans un pays aussi ouvert que le Palatinat , et cela par les raisons que j'ai données; mais on pouvait arriver au même but par des combats partiels et répétés sur le terrain qui lui était propre , c'est-à-dire dans les montagnes, les bois, les vignes, les défilés, etc. Les troupes ne désiraient que combattre , elles ne manquaient ni de bravoure ni de dévouement, mais seulement de l'instruction nécessaire pour exécuter ce qu'on appelle les grandes manoeuvres. A cette époque, nos soldats étaient individuellement supérieurs aux Allemands , et un bataillon ou un <'seadron, un régiment même, en

auraient toujours battu un de nos ennemis de même forc&; une brigade eût encore conservé l'égalité sur toute espèce de terrain; mais avec des corps plus nombreux, de plus grandes fractions d'armées, les ennemis avaient un avantage incontestable sur nous en plaine, par la célérité et la précision qu'ils pouvaient mettre dans leurs manœuvres. »

Tome II, page 4 : « Malgré les progrès que les armées avaient faits pendant la dernière campagne, on pouvait encore hésiter à livrer des batailles à forces égales , dans un pays de plaines et découvert, eu égard à ce qu'on avait affaire aux troupes les plus manœuvrières

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terie paraissait décidée dans un pays montueux et coupé, et dans toutes les actions qui tiennent de ce qu'on appelle la guerre de postes, ou la petite guerre. »

Les changemens à Tart de la guerre , dont je viens de parler , avaient été préparés pendant cette longue paix dont la France avait joui depuis la guerre de Sept ans , ou furent Touvrage des circonstances. Ainsi Ton manquait de tentes, on prit Fhabitude de bivouaquer ; l'imprévoyance ou le défaut de moyens s'opposait à ce qu'on fît des distributions de vivres , ou à ce qu'on en fit de régulières et de suffisantes, on y suppléa par la maraude ou en faisant nourrir les troupes par l'habitant ; l'argent manquait pour se procurer les chevaux , l'habillement et les équipages nécessaires aux troupes , on y

pourvut par des réquisitions. Les généraux en chef des années de la république se trouvèrent dès-lors affranchis de ces entraves qui avaient formé jusqu'alors la partie la plus embarrassante du commandement.

En ce qui concerne les grandes opérations de la guerre , ce fut le comité de salut public, dirigé par Carnot , qui donna la première impulsion ; il fit abandonner aux généraux de la république ce système absurde de cordons qu ils

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la coalition , pour y substituer Femploi des masses dirigées sur les points importans. Barère, c^est-à-dire Carnot , dont il reproduisait les opinions , s'exprima ainsi dans la séance de la Convention du 25 septembre 1793. « Depuis long- » tems , le premier principe pour tirer parti du » courage du soldat , le principe établi par Fré- » déric et celui de tous les grands généraux, i) est d'avoir de grandes armées en masse , plutôt » que de partager ses forces. Au contraire, vous )) n'avez, eu que des armées disséminées, mor- » celées ; môme loi'squ'on les rassemblait en » masse , des généraux , ignorans ou perfides , » les divisaient et les faisaient battre en détail , » en les opposant toujours à un ennemi supé- » rieur. Le comité a aperçu le mal } il a écrit aux

» généraux de se battre en masse. Ils ne Font )) pas fait , vous avez eu des revers. »

Ce fut pendant cette guerre que Tinfanterie ût ^ pour la première fois, un emploi habituel de la formation du bataillon en colonne serrée et du déploiement de cette colonne.

A la fin de Tannée 1793, on divisa les armées françaises en corps composés de douze bataillons , douze escadrons et vingt-deux bouches à feu ; cette réunion de troupes reçut le nom de division (a). La division se composait de deux

(o) Le conseil de la guerre créé en 1787, M. de Brienne étant ministre de la guerre, et dans lequel Guibert était rapporteur, avait préparé plusieurs ordonnances qui furent la plupart promulguées avec le titre d'ordonnance provisoire, parce qu'on se réservait d'y apporter les changemens que l'expérience démontrerait utiles. L'ordonnance du 17 mars 1788 prescrit la formation des régimens , tant d'infanterie que de cavalerie, en brigades, composées de deux régimens chacune et commandées par un maréchal-de-carap : elle déclare celle formation invariable , « tant à la paix qu'à la guerre. » La même ordonnance prescrit la formation des troupes en vingtet-une divisions qui devaient être « emplacées dans les différentes » provinces du royaume et composées de troupes des deux armes » ou d'une seule arme, suivant les circonstances locales, ou sui- » vanl les vues militaires ou d'administration qui détermineront » leur emplacement. » Le nombre des bataillons et des escadrons qui devaient composer les divisions était différent; il était déterminé par un tableau. Je ne sache pas que celle ordonnance ait été mise à exécution.

Dans le projet de règlement du 18 août 1788, on prescrivait la formation de l'armée en divisions d'infanterie et en divisions de cavalerie ; ces divisions devaient être commandées par des officiersgénéraux qui avaient servi dans ces armes respectives.

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bri {jades de six bataillons chacune ; des {généraux de division (aujourd'hui iieutenans-généraux) commandaient les divisions; des g'énéraux de brigade (aujourd'hui maréchaux-deçamp) commandaient les brigades. Ces généraux conservaient leurs commandemens pendant tout le tems de la guerre , à moins qu'il ne leur fût ôlé pour cause de mécontentement , ou qu'ils ne fussent déplacés , parce qu'ils avaient obtenu de l'avancement , ou enfin pour remplir quelque mission importante. 11 résultait de cette fixité dans le commandement , qu'une confiance réciproque s'établissait ordinairement entre les généraux et les troupes.

Les armées furent alors composées d'un certain nombre de divisions , d'une réserve de cavalerie et d'une réserve d'artillerie, ce qui simplifia singulièrement les fonctions du commandement. Les généraux en chef n'avaient plus qu'à transmettre des ordres aux généraux des divisions et à ceux qui commandaient les réserves d'artillerie et de cavalerie.

Sous l'empire, les armées étant devenues encore plus nombreuses , Napoléon les divisa en corps d'armée; chaque corps d'armée était composé de deux divisions au moins ; on n'attacha plus de cavalerie aux divisions, mais seu-

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lement aux corps d^armée , et on leur donna une réserve d'artillerie.

Les campemens et les distributions de vivres n'apportant plus d'obstacles aux mouvemens des troupes , elles se mettaient en marche aussitôt qu'elles en recevaient l'ordre, et atteignaient leur destination le jour désigné, à moins d'événemens extraordinaires : par les mêmes raisons , on leur faisait facilement exécuter des marches forcées quand on le jugeait nécessaire- Les trois armes , dans chaque division , se secondaient et se soutenaient réciproquement sans que le général en chef eut à s'en occuper. L'usage de ployer l'infanterie en colonnes serrées et de déployer ces colonnes, facilita singulièrement l'exécution des grandes manoeuvres.

Loin de s'astreindre à suivre toujours le même ordre de bataille , on le variait selon les localités et les circonstances. On n'ouvrait plus de chemins que lorsqu'il y avait urgence pour prendre position ou pour se déployer en présence de l'ennemi. Jusqu'à ce moment , on suivait les grandes routes et les chemins qui étaient d'ailleurs mieux entretenus et beaucoup plus nombreux (a) qu'autrefois.

(a) 11 y avait deux mille lieues de grandes routes à la fin du

Aucun obstacle, autre que ceux créés par rennenii , ne s'opposant plus aux marches des troupes , on ne craignait point cVoccuper plusieurs routes avec les dilFérens corps d^une même armée; pourvu qu^il fût possible de les réunir en un ou deux jours , ne fût-ce qu'au moyen de marches forcées. Lorsque celte concentration devenait nécessaire, la marche des troupes ne discontinuait pas plus la nuit que le jour pour éviter les encombremens et les retards.

Par toutes ces causes, les déploiemens d'armée s'exécutaient avec beaucoup plus d'ordre , de précision et de promptitude que dans les précédentes jjuerres. « On a vu des armées de cent vingt mille hommes , dit Napoléon dans ses Mémoires («), marchant sur une seule colonne, prendre leur ordre de bataille en six heures de tems. »

On avait augmenté successivement la quantité d'artillerie que les armées traînaient avec elles (^), sans doute pour soutenir l'infanterie,

règne de Louis XIV; ou en ouvrit six mille sous le règne de Louis XV : il y en a acluellcnienl dix-huil mille.

(o) Mémoires de Napoléon , lomc ii , page 173.

(6) Pour donner tout à la fois une idée de l'augmenlalion de l'artillerie et du pcrfoclionnemenl de son matériel et de ses manœuvres, il suffira de faire remarquer ((uà Malplaquel , la bataille la plus sanglante de la guerre de la Succession, les Français ne tiré-

parce que , pendant les dernières années de ces guerres longues et meurtrières, elle contenait beaucoup de recrues et n'avait plus la même solidité; on eut un beaucoup plus grand nombre d'obusiers proportionnellement au nombre des bouches à feu («). On put traîner, avec les troupes, une aussi grande quantité d'artillerie, moins encore parce que le matériel de cette arme avait éprouvé des perfectionnemens , que parce que les troupes , ainsi que je Tai dit , suivaient les grandes routes et les chemins jusqu'à ce qu'on se déployât pour en venir aux mains. Après une bataille décisive , le vainqueur , au lieu de suivre le vaincu à pas de tortue , pouvait le poursuivre à outrance, se contentant de bloquer les places fortes , ordinairement avec moins de troupes qu'elles n'en contenaient. On conçoit quelles pertes devait essuyer le vaincu , surtout

renl que 11,000 coups de canon , tandis qu'à Wagram ils en lirèrenl 71,000, et à Leipsick 175,000.

La France eut sous Henri IV 400 bouches à feu d'artillerie de terre ; à la mort de Louis XIV , 7,192 ; sous Louis XV , 8,683 ; sous Louis XVI , 10,007; sous Napoléon, en 1813 , 27,976.

(a) Depuis 1793, les obusiers formèrent, dans l'armée française, presque le tiers du nombre total des bouches à feu de campagne. Les Autrichiens et les Prussiens avaient donné les premiers cet exemple. Auparavant , les obusiers n'entraient que pour un seizième dans la composition des équipages d'artillerie de campagne, et formaient des batteries séparées.

lorsque sous Vempire les armées furent devenues

si nombreuses, et qu^elles traînèrent avec elles

une si grande quantité d^artillerie ; maisc^étaient

surtout les suites de la bataille qui lui devenaient

funestes.

Tout ce qui traînait , personnel ou matériel ^ tombait au pouvoir du vainqueur. Si la retraite s'exécutait sur plusieurs routes , des corps ou des portions de corps pouvaient être coupés et contraints à mettre bas les armes; si elle s'exécutait en pays ennemi , Thabitant prenait quelquefois les armes pour attaquer les traîneurs et les maraudeurs; dans le cas contraire, la désertion à Tintérieur occasionait souvent de grandes pertes : si enfin cette retraite se prolongeait, le découragement s'emparait des troupes ; souvent aussi le désordre et la désorganisation s'introduisaient dans l'armée et faisaient dégénérer la retraite en déroute.

Dans l'armée du vainqueur, au contraire, tout ce qui traînait était soigné dans les hôpitaux ou réuni dans des dépôts ; les troupes étaient remplies de ce zèle et de cette ardeur que donne la victoire; il n'y avait, pour ainsi dire , point de désertion à l'ennemi ; la désertion à Fintérieur devenait presque impossible.

La guerre, par suite de ce nouvel ordi-e de

choses , prit un caractère d'activité ^ de résolution et d'audace, qu'elle n'avait point eu depuis l'adoption des armes à feu ; elle devint accablante pour le vaincu; elle enrichit le vainqueur : une bataille décida souvent du sort d'un empire {a).

On voit , qu'en opposition avec ce qui s'était pratiqué au commencement du xvif siècle , on faisait la guerre aux forces organisées beaucoup plus qu'aux places, aux camps retranchés, et aux positions.

Que si l'on m'opposait la campagne de Russie, en 1812 , pendant laquelle les pertes des armées de Napoléon , même pendant cette période où il fut victorieux , furent plus fortes que celles

(a) Le fragment suivant de la lettre du général Buonaparle , au directoire, peint en peu de mots le caractère nouveau qu'avait pris la guerre.

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