DIALOGUE DE FREDERIC RUYSCH ET DE SES MOMIES
Chœur des morts dans le cabinet de travail de Ruysch.
En toi seule dans le monde éternel,
En toi vers qui se tourne
Tout être créé, ô Mort,
Se confie notre nature dépouillée,
Non pas heureuse mais rassurée
(1) Ruysch avait reçu de Swammer le secret d'un procédé pour conserver les cadavres en leur injectant de la cire colorée. Il le perfectionna. « Tons les morts avaient un teint fleuri et les membres souples, dit Fontenelle (Éloges) ; ils ne paraissaient qu'endormis. Les momies de Ruysch prolongeaient la vie au lieu que celles de l'Egypte ne prolongeaient que la mort, » Ruysch naquit en 1638 et mourut en 1731.
LEOPARDI
Contre l'antique douleur. Une profonde nui e
Obscurcit dans notre esprit troublé
Les lourdes pensées,
L'esprit desséché se sent sans force
Pour espérer, pour désirer.
Ainsi il est délivré
De la douleur et de la crainte
Et consume sans ennui
Les temps vides et lents.
Nous vécûmes. Comme
Dans Pâme du tout petit enfant
Flotte le souvenir confus
Des fantômes effrayants
Et des songes qui ont fait
Venir la sueur sur son corps,
De même nous reste la mémoire
De notre vie, mais cette souvenance
Est bien éloignée de la peur.
Qui fûmes-nous ? Que fut
Pour nous ce passage amer
Qui eut le nom de vie ?
La vie semble à notre pensée
Maintenant une chose
Mystérieuse et étonnante, et telle
Qu'à l'esprit des vivants
La mort inconnue apparaît.
Ainsi que de la mort, vivant,
On s'écarte, ainsi s'écarte
De la flamme vitale
Notre nature dépouillée,
Non pas heureuse mais rassurée.
Ru ysch, regardant du dehors par te judas de la porte. — Qui a donc enseigné la musique à ces morts
' PROSE
qui chantent à minuit comme des coqs ? En vérité, j'ai des sueurs froides et pour un peu je serais plus mort qu'eux. Je ne m'attendais pas à les voir ressusciter parce que je les avais préservés de la corruption. Et voilà. Avec toute ma philosophie, je tremble de la tête aux pieds. Malemortau diable qui m'inspira l'idée d'installer chez moi cette gent. Qu'en faire ? Si je les laisse là enfermés, qui sait s'ils ne prendront pas la clé des champs par le trou de la serrure et ne viendront pas me trouver dans mon lit ? Appeler à l'aide par peur de ces morts, cela ne me paraît pas décent. Allons, courage et tâchons un peu de leur faire peur à eux. (Entrant.) Les enfants, à quel jeu jouons-nous donc ? Avez-vous oublié que vous êtes morts? Que signiiie tout ce sabbat? Peut-être que la visite du tzar vous a tourné la tête (1) et vous imaginez- vous que les lois auxquelles vous éliez assujettis ne sont plus faites pour vous ? Je me figure que vous avez eu l'intention de plaisanter et que tout ceci n'est pas sérieux. Si vous êtes réellement ressucités, ma foi tant mieux, mais si j'avais assez d'argent pour vous entretenir quand vous étiez morts, vivants vous me coûteriez trop cher ; alors, délogez. Dans le cas où ce qu'on raconte des vampires serait vrai et que vous en soyez, cherchez d'autre sang à boire que le mien, car je ne me sens nullement disposé à vous le laisser sucer ; ne me suis-je pas montré très généreux du faux sang que je vous ai insinué dans les veines ? Bref, si vous voulez continuer à rester tranquilles et silencieux, comme jusqu'ici, nous continuerons à nous entendre, et rien ne
(1) Pierre le Grand visita et admira beaucoup le cabinet des momies de Ruysch lors de son premier voyage en Hollande, en 1698 ; il l'acheta et l'envoya à Saint-Pétersbourg lors de ion second voyage eu 1717.
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vous manquera chez moi, sinon faites attention que je prends la barre de la porte et que je vous massacre tous.
Un des Morts. — Ne te mets pas en colère : je te promets que nous resterons tous morts comme nous le sommes, sans que tu aies à nous tuer.
Ruysch. — Alors quelle est cette fantaisie qui vous a prise maintenant de chanter ?
Le Mort. — Il n'y a pas longtemps, juste à minuit, s'est achevée pour la première fois la grande année mathématique sur laquelle les anciens ont écrit tant de choses, et c'est aussi la première fois que les morts parlent. Non pas seulement nous, mais dans chaque cimetière, dans chaque sépulcre, au plus profond des mers, sous la neige et le sable, en plein air, en quelque lieu enfin qu'ils se trouvent, tous les morts, à minuit, viennent de chanter comme nous cette chansonnette que tu as entendue.
Ruysch. — Et combien de temps continueront-ils à parler et à chanter ?
Le Mort. — Il ont déjà fini de chanter, il leur reste un quart d'heure pour parler. Ensuite nous rentrerons dans le silence jusqu'à ce qu'une nouvelle année du même genre se soit écoulée.
Ruysch. — Si cela est vrai, je ne pense pas que vous ayez occasion de troubler une autre fois mon sommeil. Causez donc entre vous librement. Pour moi je me tiendrai à l'écart et vous écouterai avec plaisir, par curiosité, sans vous déranger.
Le Mort. — Nous ne pouvons parler qu'en répondant à une personne vivante. Celui qui n'a pas l'occasion de converser avec les vivants doit se taire, dès qu'il a fini sa chanson.,
Ruysch. — Voilà qui me fâche vraiment, car j'ima-
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gine que ce m'eût été très agréable d'entendre ce que vous auriez dit entre vous si vous aviez pu causer ensemble.
Le Mort. — Quand cela serait possible, tu n'aurais rien entendu du tout, car nous n'avons rien à nous dire. Ruysch. — Mille demandes à vous faire me viennent à l'esprit, mais, comme le temps est court et ne me laisse pas le loisir de faire un choix, expliquez-moi brièvement quelles sont les impressions physiques et mentales que l'on éprouve à l'article de la mort.
Le Mort. — Sur le moment précis du trépas, je ne me souviens de rien.
Les autres morts. — Ni nous non plus.
Ruysch. — Comment, vous ne vous êtes point aperçus que vous trépassiez ?
Le Mort. — De même que tu ne distingues jamais exactement le moment où tu commences à dormir, quelque attention que tu y mettes.
Ruysch. — Mais s'endormir est chose naturelle. Le Mort. — Mourir aussi, ne trouves-tu pas ? Indiquemoi un homme, une bête ou une plante qui ne meure pas. Ruysch. — Je ne m'étonne plus que vous vous soyez mis à parler et à chanter si vous ne vous êtes pas avisés que vous étiez morts.
« Ainsi, sans se douter de sa blessure Il continuait à combattre, et il était mort. » Comme l'a dit un poète italien. Je m'imaginais que r la question de la mort vos pareils en savaient un u plus long que les vivants. Mais, pour en revenir à arler sérieusement, n'avez-vouo senti aucune douleur au moment de mourir (1) ?
(1) Leopardi a traité maintes fois ce point dans le Zibaldone sans apporter d'idée nouvelle.
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Le Mort. — Quelle pourrait être une douleur dont celui qui l'éprouve ne s'aperçoit pas ?
Ruysch. — En tout cas, chacun se persuade que le sentiment de la mort est des plus pénible.
Le Mort. — Comme si la mort était un sentiment et non son contraire !
Ruysch. — Aussi bien ceux qui se rapprochent de la doctrine d'-Epicure en ce qui concerne la nature de l'âme, que ceux qui tiennent à l'opinion commune, à peu d'exception près, sont d'accord avec moi, c'est-à-dire qu'ils pensent que la mort, par sa nature propre et sans comparaison, est une douleur très vive.
Le Mort. — Eh bien, tu poseras de notre part cette question aux uns et aux autres. Puisque l'homme ne possède pas la faculté de s'apercevoir du moment où les opérations vitales se trouvent plus ou moins interrompues soit par le sommeil, soit par la léthargie, soit par une syncope ou une autre cause, comment s'apercevrait-il du moment où ces opérations cessent entièrement non pour un court espace de temps, mais à perpétuité? En outre, comment un sentiment vivant se ferait-il sentir dans la mort et comment la mort serait-elle par qualité propre un sentiment vivant ? Lorsque la faculté de sentir se trouve non seulement amoindrie et restreinte, mais réduite à si peu de chose qu'elle disparaît et s'annihile, pensez- vous qu'on soit capable d'un sentiment violent ? Pensez -vous que cette extinction de la faculté de sentir scit un grand sentiment ? Voyez ceux qui meurent de maladies aiguës et douloureuses, quand ils se trouvent sur le point de mourir, ils se calment et éprouvent une rémission dans leurs souffrances plus ou moins de temps avant d'expirer, de telle façon que l'on peut constater que leur vie, réduite à rien, n'est plus capacle de douleur ; ceile-ci = 172 =
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s'éteint avant celle-là. Voilà ce qu'il faut dire à ceux qui pensent qu'on peut expirer par la douleur au moment de mourir. . .
ELOGE DES OISEAUX Elogio degli Uccelli.
(Publié en 1827.)
Amelius (1), philosophe solitaire, était assis un matin de printemps avec ses livres à l'ombre de sa maison des champs et lisait ; détourné de sa pensée par le chant des oiseaux dans la campagne, il se mit peu à peu à l'écouter et à songer ; il cessa alors de lire ; puis il prit la plume et écrivit, à la place même où il était, ce qui suit :
Les oiseaux sont, par nature, les créatures les plus gaies du monde. Je ne veux pas dire qu'on ne peut les voir et les entendre sans se sentir réjoui, mais qu'ils sont joyeux en eux-mêmes et qu'ils ressentent une allégresse et un contentement supérieur à tous les animaux. Les autres bêtes paraissent généralement sérieuses et graves, et un grand nombre ont même l'air mélancolique ; il est rare qu'elles marquent de la joie, et alors ce n'est qu'une joie courte et médiocre : dans leurs ébattements et leur gaîté ils n'ont pas l'air d'être en fête et ne manifestent aucune allégresse ; si la verdure des campagnes, les paysages étendus et charmants, les splendeurs de la lumière, la douceur de l'air et sa diaphanéité cristalline leur plaisent, ils n'en laissent rien
(1) Philosophe néo-platonicien, né en Italie, disciple de Plotin (me siècle). Il ne subsiste rien de &es écrits.
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paraître au dehors. On rapporte toutefois que les lièvres, quand il fait clair de lune et surtout quand elle esi pleine, dansent et jouent entre eux, heureux de cette clarté, ainsi que Xénophon l'a écrit. Lesoiseaux, au contraire, fontéclater leur joie dans leurs mouvement s et dans leur aspect et de là vient le privilège qu'ils ont de nous réjouir par leur vue; leur forme, au reste, et leur être dénotenl une disposition et une capacité spéciale pour éprouver du plaisir et de la joie, et ce n'est pas là une apparence vaine et trompeuse. A chaque joie, à chaque contentement qu'ils ont, ils chautent ; plus grands sont leur contentement et leur joie, plus ils mettent de souffle et d'art dans leur chant. Or, comme ils chantent la plupart du temps, il faut en conclure qu'ordinairement ils sont en bonne humeur et en joie. On a remarqué que, lorsqu'ils sont en amour, ils chantent mieux, plus souvent et plus longuement ; il ne faut croire, néanmoins, que seul l'amour et non d'autres désirs et d'autres contentements les poussent à chanter. La preuve en est que, par les jours sereins et calmes, ils chantent pus que par les jours sombres et troublés ; durant la tempête, ils se taisent, de même que toutes les fois qu'ils éprouvent quelque crainte; le calme revenu, on les voit de nouveau chantant et jouant l'un avec l'autre. De même on remarque qu'ils ont coutume de chanter le matin à leur réveil ; la joie que leur donne l'apparition d'une nouvelle journée les y pousse en partie, comme aussi cette satisfaction que ressentent généralement tous les animaux à se sentir vivifies et doués d'une nouvelle vigueur par le sommeil. Ils se complaisent aussi infiniment à l'aspect des verdures réjouissantes, des vallons fertiles, des eaux pures et brillantes, des beaux paysages. Il est certain que les spectacles qui noui paraissent amènes et charmants le sont aussi pour eux ; la preuve en est dans le genre de = 174 =
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séductions que l'on emploie pour les attirer dans les filets, dans la glu, dans les pièges et autres engins propres à les capturer. On peut Je constater aussi par la nature des lieux que fréquentent le plus les oiseaux et où ils chantent le plus assidûment et avec le plus de ferveur. Au contraire, les autres animaux, excepté ceux qui sont domestiques et habitués à vivre avec les hommes, ne portent pas du tout ou presque pas le même jugement que nous sur l'aménité et le charme des lieux. Pourquoi s'en étonner ? Ils m sont sensibles qu'à ce qui est naturel. Or, dans ces choses, une grande partie de celles que nous appelons naturelles ne le sont pas ; bien plus, elles sont artificielles, par exemple les champs labourés, les ?rbres et les plantes cultivés et groupés en ordre, les fleuves dont le cours est resserré et rectifié et autres choses semblables qui n'ont pas l'aspect ni ne se trouvent dans l'état qui leur seraient propres naturellement. L'apparence de toute cont"ée habitée par les peuples civilisés quels qu'ils soient, même sans tenir compte des cités et des autres endro'ts où les hommes ont accoutumé de vivre en commun, est chose artificielle et bien différente de ce que la nature l'avait fa^te. D'aucuns assurent, ce qui confirmerait mon dire, que la voix des o'seaux est plus gracieuse et plus douce et leur chant mieux modulé dans nos régions que dans celles où vivent les hommes sauvages et gross:ers, et ils en tirent cette conclusion que les oiseau*, quoiqu'ils soient libres, participent quelque peu au"perfectionnement que la civilisation apporte parmi les hommes au contact desquels ils vivent.
Que cela soit vrai ou faux, ce fut assurément une
sage précaution de la nature d'attribuer au même genre
d'animaux le chant et le vol ; ainsfeeux qui ont mission
de charmer par leurs modulations les autres êtres ani-
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més se trouvent au-dessus de nous, et leur voix peut se répandre autour d'eux sur un grand espace et parvenir à plus d'auditeurs ; ainsi l'air, qui est l'élément affecté au son, est peuplé de créatures qui chantent et font de la musique. Le chant des oiseaux procure aux autres animaux certainement autant et pas moins de plaisir et de soulagement qu'à nous autres hommes, à ce qu'il semble. Cela vient principalement à mon sens, non pas tant de la suavité des sons, quelque grande qu'elle soit, ni de leur variété, ni de leur harmonie réciproque, mais de l'intention joyeuse qui y est renfermée, soit en tant que chant en général, soit dans celui des oiseaux en particulier. Ce chant est comme un rire de l'oiseau quand il se sent dispos et content.
On pourrait donc dire que l'oiseau participe au privilège qu'ont ^s hommes de rire, alors qu'il est refusé aux autres bêtes ; on a défini l'homme un être intelligent et raisonnable ; on aurait pu tout aussi bien le définir un être doué du rire, car le rire est non moins particulier à l'homme que la raison. C'est une chose merveilleuse que l'homme qui est, de toutes les créatures, la plus affligée de tourments et de calamités, possède la faculté de rire qui ne se trouve chez aucun autre animal. Merveilleux aussi est l'usage que nous faisons de cette faculté, carnous voyons certaines personnes se trouvant dans les plus atroces circonstances, d'autres plongées dans une profonde tristesse ou ayant perdu tout goût à la vie, certains de la vanité de tout bien terrestre, presque incapables d'éprouver aucune joie et pr vés d'espérance, et qui cependant peuvent rire. Mieux ils connaissent la frivolité de ces biens et l'infélicité de la vie, moins ils espèrent de contentement et moins ils sont en état d'en éprouver, plus ces hommes singuliers sont enclins au rire. Sa nature, ses causes profondes et = 176 =
— PROSE ses manifestations, en ce qui touche les parties qui constituent l'âme, nesepeuveDtguère ni définir ni expliquer, si ce n'est en disant que le rire est une manière de folie passagère, d'extravagance et de délire, Les hommes, en etfet, n'étant jamais véritablement satisfaits ni charmés par au e chose, ne sauraient avoir une cause de rire qui soit justifiée et raisonnable. Il serait curieux de rechercher pourquoi et en qutlle occasion l'homme fut amené la première fois à connaître et à employer cç pouvoir. On ne saurait douler que, dans son état primitif et sauvage, il se montrait le plus souvent sérieux comme les autres animaux et même d'appai enee mélancolique. Je suis donc d'opinion que le rire dut apparaître sur la ttrre après les pleurs, et il ne saurait y avoir de controverse sur ce poiat ; il dut s'écouler un assez long temps avant qus le rire ht son apparition et lût pratiqué ; alors la mère ne souriait pas à l'enfant et lui ne lui montrait pas par un sourire qu'il la reconnaissait, comme dit Virgile. Si aujourd'hui, du moins dans les pays civilisés, les hommes commencent à rire presque aussitôt après leur naissance, cela tient surtout à la nature de l'exemple, parce qu'ils voient rire les autres. Je croirais que la première occasion et la première cause du rire lut l'ivresse, autre trait propre et caractéristique de la race humaine. L'ivresse eut son commencement bien avant que les hommes fussent arrivés à la civilisatkn, puisque nous savons qu'il n'y a pas de peuple si primitif qui n'ait pas possédé un breuvage ou un moyen quelconque pour s'enivrer et n'en ait pas usé abon damment. 11 n'y a pas lieu de s'en étonner si on songe que les hommes, étant plus malheureux que tous les autres animaux, sont, en conséquence, plus heureux que les autres de trouver un moyen d'écarter de leur esprit les tourments qui l'assiègent grâce à un oubli, à une ===== 177 =
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interruption, si j'ose dire, de la vie, interruption ou diminution da sentiment de leurs maux qui est pour eux un petit bienfait. Quant au rire, on constate que les sauvages, dont l'aspect est, d'une façon générale, sérieux et triste, rient à gorge déployée quand ils sont ivres, parlant et chantant beaucoup contrairement à leur coutume. Mais je raisonnerai de ces choses plus en détail dans une histoire du rire que j'ai l'intention de faire; j'en rechercherai l'origine, j'en examinerai les modalités, les variations et la destinée depuis le début jusqu'à notre temps où il est plus considéré et a plus d'importance qu'à aucune autre époque ; il tient effectivement chez les nations civilisées une place et remplit un rôle qui étaient naguère dévolus dans bien des cas à la vertu, à la justice, à l'honneur et autres sentiments analogues, car il arrête et détourne les hommes de mal faire. Maintenant, pour conclure en ce qui concerne le chant des oiseaux, ji dis que, puisque la joie constatée chez les autres, et a laquelle on ne porte aucuae envie, réconforte et réjouit, la nature a très heureusement décidé que le chant des oiseaux, q-^i est une démonstration d'allégresse et une manière de rire, serait public, tanuis que le chant et le rire des hommes est, par respect pour autrui, en quelque sorte, privé ; et elle a très sagement aussi répandu dans les airs et sur la terre des animaux qui, tout le jour, font entendre des sons de joie, vibrants et solennels, comme s'ils applau lissaient a la vie universelle et invitaient les autres à l'allégresse en rendant sans cesse un témoignage, faux il est viai, à la féUcité universelle...
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