‹ [Œuvres];Chapitre 21 sur 22 · PENSEES · texte numérisé non relu

PENSEES

Je me suis longtemps refusé à croire vraies les choses que je vais dire parce que, outre que ma nature était très éloignée de ces idées et que l'on a toujours une tendance à ju^er les autres d'après soi-même, mon inclination n'a jamais été de haïr les hommes, mais de les aimer. Mais à la fin l'expérience m'a pour ainsi dire par violence imposé la vérité de cette pensée. Je suis certain que ceux de mes lecteurs qui ont beaucoup et de diverses façons pratiqué les hommes confesseront qu'elle est exacte ; pour les autres, iis le tiendront pour exagéré, jusquà ce que l'expérience leur mette sous les yeux ces vérités, si toutefois l'occasion se présente jamais pour eux de connaître la société humaine.

J'affirme que le monde est une association de bandits ligués contre les hoanêtes gens, d'âmes viles associées contre les âmes généreuses. Lorsque deux ou plusieurs bandits se rencontrent pour la première fois, ils se reconnaissent aisément entre eux à des signes non équivoques, et aussitôt ils s'entendent ou, si leurs intérêts contraires s'y opposent, ils éprouvent certainement du penchant les uns envers les autres tt se tiennent en grande considération. Que si un bandit a affaire uvee ============== 184 —

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d'autres bandits, il arrive fréquemment qu'il se conduit avec loyauté et ne cherche pas à les duper ; si, au contraire, il se rencontre avec des personnes honorables, il est impossible qu'il ne leur manque pas de foi et que, si cela lui est utile, il ne cherche pas à les ruiner ; il n'hésitera pas à le faire quand bien même il s'agirait de personnes énergiques et capables de se venger, car il a l'espoir, qui est toujours réalisé, de l'emporter par sa fourbe sur leur courage.

J'ai vu bien souvent des gens fort craintifs qui, se trouvant entre un bandit plus craintif encore et un homme de bien plein de courage, ont pris par peur parti pour le bandit. C'est d'ailleurs toujours le cas pour le vulgaire, parce que les voies de l'homme de bien courageux sont connues d'avance et simples, tandis que celles du scélérat sont occultes et infiniment variées. Or, chacun le sait, les choses qu'on ne connaît pas effraient plus que celles qu'on connaît; on se garde facilement de la vengeance des hommes qui ont l'âme généreuse: la bassesse et la peur elles-mêmes savent nous en défendre, mais aucune peur ni aucune bassesse ne peuvent protéger des persécutions secrètes, des perfidies, ni même des attaques ouvertes qui viennent d'ennemis vils. Généralement, dans la vie journalière, le vrai courage n'est guère redouté ; n'étant pas alUé à l'imposture, il se trouve privé de l'accompagnement qui rend effrayantes les choses ; souvent on n'y croit pas. Les bandits sont redoutés comme braves parce que bien des fois, grâce à leur imposture, ils sont réputés tels...

La sagesse économique de notre siècle se peut mesurer à la vogue des éditions dites compactes, dans lesquelles

le papier est ménagé et point la vue. Il est vrai que cette economie de papier peut se justifier par l'usage de notre siècle, qui est d'imprimer beaucoup et de ne rien lire. De cet usage vient aussi l'abandon des caractères ronds dont on se servait communément en Europe aux siècles passés et leur remplacement par des caractères longs dont la lecture est rendue plus fatigante encore par le brillant du papier ; ils sont aussi beaux à voir que nuisibles aux yeux. Quoi de plus naturel en un temps où les livres sont imprimés non pour être lus, mais pour être regardés.

La mort n'est pas un mal car elle délivre l'homme de tous les maux et, avec les biens, lui enlève les désirs. La vieillesse est le plus grand des maux, parce qu'elle prive l'homme de tous les plaisirs en lui laissant les appétits, et elle apporte avec elle toutes les douleurs. Néanmoins, on craint la mort et l'on désire la vieillesse.

C'est une chose étrange à dire qu'il existe un mépris de la mort et un courage plus abjects et plus méprisables que la couardise; tel est le cas des commerçants et des gens adonnés au gain qui, bien des fois, en vue de profits souvent minimes et de misérables économies, refusent avec obstination des précautions et des mesures de prévoyance nécessaires à leur salut, se mettant ainsi en grand péril dans des circonstances où, méprisables héros, ils périssent d'une mort ignominieuse. Il y a des exemples illustres de ce honteux courage, qui ont eu pour résultat de grands dommages et des désastres pour des populations quin'en pouvaient mais. C'est ce qui est arrivé à = 186 =

- PROSE l'occasion de cette peste appelée plus généralement choléra-morbus qui a été un fléau pour l'humanité en ces dernières années.

Il n'est pas de plus belle et aimable fiction que celle par laquelle les jours anniversaires d'un événement qui, en réalité, n'a pas plus de rapport avec ces jours-là qu'avec tout autre jour de l'année, semblent cependant lui être liés d'une façon particulière; une ombre du passé se lève et reparaît en ces jours; elle se dresse devant nous. La triste pensée de l'anéantissement de ce qui fut en est atténuée et la douleur de tant de choses perdues, soulagée. Il semblerait que ces évocations font que ce qui est passé et ne doit plus revenir n'est y ourtant pas anéanti et perdu entièrement. Quand nous nous trouvons dans les lieax où se sont accomplies des choses mémorables ou en elles-mêmes ou par rapport à nous, et que nous disons : Ici telle chose est arrivée et là telle autre, nous nous sentons en quelque sorte plus près des événements qu'ailleurs. De même quand nous disons : Aujourd'hui il y a un an ou tant d'années que telle ou telle chose advint, elle nous paraît plus présente ou moins lointaine que les autres jours. Cette illusion est si bien enracinée en nous que nous ne pouvons que péniblement nous rendre campte que l'anniversaire est aussi étranger à la chose que tout auire jour. C'est pourquoi l'habitude de célébrer chaque année le retour des dates ini} ortantes, tant au point de vue civil que religieux, public que privé, les jours de naissance et les anniversaires de la mort des personnes qui nous sont chères, a toujours été et est encore une tradition commune à toutes les- nations qui possèdent ou ont possédé = 1S7 —

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un calendrier et des souvenirs. J'ai remarqué, en interrogeant à ce sujet les uns et les autres, que les hommes qui ont le cœur sensible et qui ont coutume de vivre dans l'isolement et de s'entretenir avec eux-mêmes , respectent exactement les anniversaires et vivent pour ainsi dire de tels souvenirs, se remémorant sans cesse le passé et se disant : «En un jour comme aujourd'hui, telle chose m'est arrivée. »

De même que les prisons et les bagnes sont pleins de gens qui se disent le plus innocents du monde, de même les charges publiques et les dignités de toutes sortes ne sont occupées que par des personnes appelées et obligées à les remplir, si on les en croit, contre leur gré. Il est presque impossible de rencontrer quelqu'un qui reconnaisse avoir mérité la peine qu'il ressent ou bien recherché ou désiré les honneurs dont il jouit ; le second cas est même bien plus difficile à rencontrer que le premier,

De même que Cervantes fit un livre pour purger l'Espagne de l'imitation des chevaliers errants, de même, si j'avais son génie, j'en ferais un pour purger l'Italie et même le monde civilisé d'un vice qui, étant donnée la douceur de nos mœurs et peut-être même de quelque façon qu'on l'envisage, n'est ni moins cruel ni moins barbare que ce reste de la férocité du moyen âge châtié par Cervantes (1). Je parle du vice qu'ont

(1) La chevalerie ne fut jamais en honneur en Italie ; on n'y vit guère de tournois. Pé'rarque et Sacchetti les tournaient en ridicule.

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certaines gens de lire ou de réciter à autrui leurs écrits; il vient de très loin, mais fut cependant dans les siècles passés une infortune tolérable, parce qu'elle était rare ; aujourd'hui que tout le monde compose et que c'est une chose la plus difficile du monde que de trouver quelqu'un qui ne soit pas auteur, ce vice est devenu un fléau, une calamité publique, une nouvelle tribulation de la vie humaine. Ce n'est pas une plaisanterie, mais une vérité de dire qu'à cause de cette manie les relations sont rendues suspectes et les amitiés périlleuses ; il n'y a pas de lieu ni d'heure où l'innocence n'ait à redouter un assaut, où elle ne soit exposée à subir sur place, ou après avoir été traînée ailleurs, le supplice d'entendre soit une prose interminable, soit des vers par milliers, et cela non plus avec l'excuse d'obtenir une appréciation, excuse qui fut bien longtemps alléguée pour motiver ces récitations, mais simplement et expressément pour faire plaisir à l'auteur en l'écoutant, sans compter à la fin les louanges indispensables. En toute conscience, j'estime qu'il est peu de circonstances où apparaissent mieux, d'une part, la puérilité de la nature humaine et l'extrême aveuglement et stupidité que cause en nous l'amour-propre, et d'autre part combien notre esprit peut se faire illusion à lui-même. Ces lectures d'œuvres personnelles le montrent surabondamment. Chacun de nous se rend compte de l'ennui indescriptible que lui produit l'audition des œuvres d'autrui ; nous voyons les personnes invitées à entendre nos productions prendre un visage consterné ou perdre connaissance, alléguer pour s'excuser toutes sortes d'empêchements, fuir et se cacher de leur mieux. Néanmoins avec un front d'airain, avec une merveilleuse persévérance, comme un ours affamé, nous cherchons et poursuivons notre proie et, l'ayant atteinte, - — ^ 189 ===========

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nous l'entraînons où nous avons résolu. Qu'importe au lecteur si, pendant la récitation, il s'aperçoit que son malheureux auditeur bâille, s'étire, se tord et montre par quantité d'autres signes les angoisses mortelles qu'il subit ; il ne s'arrête pas pour cela, il ne lui donne même pas un moment de répit ; au contraire, toujours plus féroce et plus euragé, il continue à le haranguer et à hurler pendant des heures, pendant des journées et des nuits entières, jusqu'à en devenir enroui ; son auditeur est déjà tombé en défaillance depuis longtemps que lui, est loin encore de se sentir rassasié quand bien même ses forces seraient épuisées. Pendant ce temps, pendant cette torture que l'auteur impose à son prochain, certainement il éprouve un plaisir surhumain et paradisiaque, car nous constatons qu'il abandonne pour cette satisfaction tous les autres plaisirs et qu'il en oublie le boire et le manger ; la vie et le monde ne sont plus rien pour lui. Sa satisfaction consiste en une ferme croyance qu'il provoque de l'admiration et donne du plaisir à l'auditoire, car autrement on préférerait réciter dans le désert plutôt que devant des hommes. Cependant, quel est, comme je l'ai dit, le plaisir de celui qui entend (je dis exprès celui qui entend et non celui qui écoute), chacun le sait par expérience, et celui qui récite le voit. Quant à moi je sais que bien des personnes aimeraient mieux une grave peine corporelle qu'un tel plaisir. Les écrits les plus beaux et d'une réelle valeur, lus par leur auteur, font périr d'ennui. A ce sujet, un philologue de mes amis remarquait que, s'il est vrai que, Octavie, entendant Virgile lire le sixième livre de V Enéide t fut prise d'évanouissement, il est à croire que cet accident iui advint non pas, comme on le dit, à cause du souvenir de son fils Marceli us, mais bien plutôt par l'ennui qu'elle éprouva en entendant cette lecture... — 190 =

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Le temps est un grand, remède à la médisance comme à la douleur. Si le monde blâme quelqu'une de nos façons d'agir ou de penser, que nous ayons tort ou raison, il n'y a qu'une chose à faire, c'est de persévérer. Au bout de peu de temps, la matière étant épuisée, les médisants l'abandonnent pour chercher de nouveaux sujets. Plus nous nous montrons fermes et imperturbables dans notre volonté de passer outre, plus ce qui fut condamné en principe ou qui parut étrange sera tenu pour raisonnable et régulier, carie monde ne peut admettre que, si l'on ne cède pas, on ait tort, et finit par se condamner lui-même et absoudre celui qu'il accusait ; il en résulte, conséquence bien connue, que les faibles vivent selon le gré du monde et les forts selon leur gré.

La Bruyère est tout à fait dans le vrai quand il dit qu'il est plus facile à un livre médiocre d'obtenir du succès grâce à la réputation déjà acquise de l'auteur qu'à un auteur d'arriver à la réputation au moyen d'un livre excellent. On peut ajouter que le plus court chemin pour obtenir la renommée est d'affirmer avec assurance et persévérance, et de toutes les façons possibles, qu'on l'a acquise.

La conception que l'artisan a de son art et l'homme de science de sa science est d'autant plus élevée qu'il apprécie moins sa compétence personnelle.

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Aucune société ne plaît à la longue que celle des personnes desquelles il nous est agréable ou utile d'être toujours de plus en plus estimés. Les femmes qui désirent que leur société ne cesse pas de plaire rapidement devraient s'étudier à devenir telles que leur estime soit désirée le plus longtemps possible.

L'ennui est en quelque sorte le plus sublime des sentiments. Non pas que j'imagine que de l'étude de ce sentiment résultent les conséquences que beaucoup de philosophes ont pensé en tirer, mais le fait qu'aucune chose humaine ne peut lui porter remède, que rien au monde n'y saurait réussir, me semble justifier mon opinion. Considérer l'immensité sans bornes de l'espace, la multitude et la masse merveilleuse des astres, et trouver que tout cela est chose de peu d'importance et mesquine au prix de notre intelligence ; s'imaginer le nombre infini des mondes et l'infini de l'univers et sentir que lame et le désir sont encore plus grands que cet univers ; toujours critiquer l'insuffisance et le néant des choses, souffrir de cette absence et de ce vide et pariant de l'ennui, me paraît à moi la marque la plus haute de grandeur et de noblesse que l'on puisse relever dans la nature humaine. Voilà pourquoi l'ennui est peu connu des gens sans conséquence et peu ou pas des autres animaux.

11 existe une lettre fameuse de Cicéron à l'historien Lucceius dans laquelle il tâche à lui persaduer d'écrire

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la relation de la Conjuration de Catilina (1), et une autre lettre moins connue et tout aussi curieuse dans laquelle l'empereur Verus prie Fronton, son maître, d'écrire la guerre part nique, ce qui fut fait effectivement ; ces deux lettres rappellent énormément celles que reçoivent aujourd'hui les journalistes, avec cette différence que les modernes demandent des articles de journaux, tandis que jadis les anciens réclamaient des livres ; on peut partiellement en induire la confiance qu'il convient d'accorder à l'histoire, même quand elle est écrite par des auteurs contemporains et en grand crédit dans leur temps.

Le monde est comme une femme à l'égard des grands hommes, de ceux surtout en qui resplendit une extrême énergie. Non seulement il les admire, mais il les aime. Il arrive fréquemment que, comme chez les femmes, l'amour qu'ils inspirent est en proportion et en rapport avec leur dédain pour l'humanité, avec le mal qu'ils lui font, voire même avec la terreur qu'ils lui inspirent. Ainsi Napoléon fut idolâtré par la France et, à vrai dire, l'objet d'un culte de la part de ses soldats qu'il appelait de la chair à canon et qu'il traita en conséquence. Ainsi en va-t-il de tous les capitaines qui portent sur les hommes le même jugement et en usèrent de même, et

(1) Lettre de mai 698. Lucceius avait entrepris d'écrire l'histoire romaine tout entière ; Cicéron le pressait d'interrompre un travail qu'il craignait devoir être bien long pour en arriver tout de suite à son consulat, dont il le priait d'exalter la gloire « un peu plus que ne l'accorde la vérité ». « Embellis les choses, lui disait-il encore, plus vivement que tu ne le sens. » Rien ne subsiste des œuvres de Lucceius. = 193 -

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qui furent très chers à leurs armées durant leur vie et maintenant enchantent ceux qui lisent leur histoire. Bien plus, une sorte de brutalité et d'extravagance plaît beaucoup en eux, de même qu'elle plaît aux femmes chez leurs amants. Achille est parfaitement digne d'être aimé, tandis que la bonté d'Énée et de Godefroy, leur sagesse et celle d'Ulysse engendrent presque de la haine.

Toutes les fois que j'ai reçu, après quelques années, une personne que j'avais connue jeune, il m'a toujours semblé de prime abord qu'une grande catastrophe lui était survenue. L'apparence de la joie et de la confiance n'est propre qu'au début de la vie. Le sentiment de ce qu'on perd en avançant en âge et les incommodités corporelles qui s'aggravent de jour en jour créent même chez les plus frivoles et chez ceux dont l'humeur est le plus enjouée, voire chez les plus favorisés de la fortune, une attitude du corps et du visage, que l'on qualifie de grave et qui, au regard de ce qui paraît chez les jeunes et les enfants, est réellement triste.

Celui qui a peu de rapports avec les hommes est rarement misanthrope. Les vrais misanthropes ne se rencontrent pas dans la solitude, mais dans le monde, parce que c'est la pratique de la vie et non la méditation qui mène à haïr les hommes. Quand un misanthrope se retire du monde, il perd sa misanthropie.

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J'ai connu un enfant qui, chaque fois que sa mère le contrariait dans quelqu'un de ses désirs, s'écriait : « Bien, j'ai compris, maman est méchante. » La plupart des hommes ne parlent pas avec plus de logique de leur prochain, encore que leur façon de s'exprimer ait moins de simplicité.

L'éducation que reçoivent spécialement en Italie ceux qui sont éduqués (et, à dire vrai, le nombre en est petit) est une trahison formelle dirigée par la faiblesse contre la force, par la vieillesse contre la jeunesse. Les vieux viennent dire aux jeunes : « Fuyez les plaisirs propres à votre âge parce qu'ils sont tous dangereux et contraires aux bonnes mœurs et parce que nous qui en avons profité dans notre temps autant que nous pouvions et qui en profiterions encore autant aujourd'hui si cela nous était possible, nous n'y sommes plus aptes. Ne vous occupez pas de vivre maintenant, mais soyez dociles, souffrez, imposez- vous toute la peine que vous pourrez afin de pouvoir vivre quand il n'en sera plus temps. La sagesse et l'honnêteté veulent que le jeune homme s'abstienne dans la mesure du possible de jouir delà jeunesse, si ce n'est pour se donner plus de fatigues que les autres. Laissez-nous le soin de votre destinée et de toute chose importante ; nous nous en occuperons au mieux de vos intérêts... »

Le fruit de cette culture funeste est, ou bien que celui qui cultive en tire avantage aux dépens de la plante, ou bien que les élèves, ayant vécu en vieillards durant leur jeunesse, se rendent ridicules et malheureux dans leur vieillesse en voulant vivre en jeunes gens, à moins que, = 195 =

ainsi qu'il arrive le plus souvent, la nature prenant le dessus, ils ne vivent en jeunes durant leur jeunesse en dépit de leur éducation et se révoltent contre leurs éducateurs, qui, s'ils avaient favorisé leurs plaisirs, auraient pu les régler grâce à la confiance que leurs pupilles auraient continué à leur accorder entière.

Presque toujours l'homme n'est méchant qu'autant qu'il en a besoin. Lorsqu'il se conduit avec droiture, on en peut conclure que la malignité ne lui est pas nécessaire. J'ai vu des gens de mœurs très douces et pures commettre les actes les plus atroces pour s'épargner quelque grand malheur qu'ils ne savaient comment détourner autrement.

Ceiui qui demeure silencieux dans une conversation plaît et se voit louer lorsqu'on sait qu'il a, venu, de l'éloquence et du courage.

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