OU DES ORIGINES DU GENRE HUMAIN
Inno ai Patriarchi
o de' Principii del genere fiumano.
(Composé en juillet 1822. Publié en 1824.)
Le chant de vos fils douloureux
Redira vos louanges, illustres aïeux
De la race des hommes. Vous fûtes
Bien plus agréables que nous à Celui
Qui dirige les astres, et vous naquîtes
A la douce lumière moins sujets aux pleurs.
Ces maux sans remède infligés aux malheureux mortels
Nés pour les larmes et pour qui le tombeau sombre
Et l'heure dernière semblent
Préférables à la lumière éthérée,
Ce n'est ni la pitié, ni la loi immédiate
Du ciel qui nous les ont imposés.
Votre antique faute soumit,
A ce que dit la tradition, le genre humain
A la puissance du malheur et de la maladie,
Mais la race de vos fils par des fautes plus graves,
Par son esprit inquiet et sa folie toujours accrue
Arma l'Olympe offensé et la main dédaignée
De la Nature nourricière. Depuis lors, la flamme
D'amour s'est accrue ; le fruit du sein maternel
Fut méprisé, et l'Érèbe désolé
A violemment débordé sur la terre.
Le premier tu contemplas le jour
Et les lueurs empourprées des globes tourbillonnants,
LEOPARDI. 6
LEOPARDI -
Et la jeune race champêtre,
Et la brise courant à travers les plaines nouvelles,
O toi, guide antique et père
De la famille humaine. L'eau alpine
Frappait avec un fracas inouï jusqu'alors
Les rochers et les vallées solitaires.
Sur les sites amènes des villes bruyantes
Et des nations fameuses, une paix inconnue
Régnait. Seul et muet, le chaud rayon
De Phébus et la lune dorée
Parcouraient les collines incultes.
Demeure terrestre, alors inhabitée,
Que tu étais heureuse d'ignorer le crime
Et les lugubres accidents ! Que de douleurs,
Père malheureux, les destins ont préparées
A ta descendance et quel immense cortège
D 'amer es épreuves ! Voici que les champs stériles
Sont souillés de sang et du carnage fraternel ,
Fruit d'une fureur presque incestueuse ; les ailes
Sinistres de la mort remplissent le divin éther.
Le meurtrier tremblant, errant, fuyant
Les ombres solitaires et la secrète colère des vents,
Le premier, au fond des bois, élève des toits urbains (1),
Séjour et royaume des soins cuisants.
Ce fut le repentir sans espoir
Qui d'abord assembla et enferma
Les aveugles mortels, haletants et malades,
Dans des réduits communs ;
Il en résulta que la main criminelle
Se refusa au labeur de la charrue recourbée
Et que les sueurs campagnardes furent réputées viles.
L'oisiveté s'empara des seuils scélérats,
(1) Genèse, 4, 16.
POESIES
La vigueur originelle fut vaincue
Dans les corps débilités ;
Les âmes languirent craintives et indolentes ;
L'esclavage devint, suprême calamité,
Le lot des hommes dépouillés de leur vigueur.
Toi grâce à qui cette race inique
Fut sauvée des rages de l'air et des flots
Mugissant sur les sommets des monts couverts de nuages ,
Toi à qui la blanche colombe apporta à travers
L'air sombre et par-dessus les cimes submergées
La marque de l'espérance restaurée,
Toi pour qui le soleil occidental
Sortant du naufrage colora l'arc-en-ciel
Encerclant son centre obscur,
Tu as rendu à la terre, avec ta descendance sauvée,
Les cruels ennemis, les études et les tourments
Qui en sont l'accompagnement.
Une main profane s'est jouée
Des inaccessibles royaumes de la mer vengeresse,
Et elle enseigne l'infortune et les larmes
A de nouvelles plages et à de nouvelles étoiles...