‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustr© d'un port. de LesageChapitre 10 sur 219 · XIV NOTICE SUR ALAIN-RENÈ LESAGE ET SES OEUVRES · texte numérisé non relu

XIV NOTICE SUR ALAIN-RENÈ LESAGE ET SES OEUVRES

qui, en vertu de ses patentes, leur accorda la permission de chanter. On composa aussitôt des pièces purement en Vaudevilles, et le spectacle alors prit le nom d'Opéra-Comique. On mêla peu à peu la prose avec les vers, pour mieux lier les couplets, ou pour se dispenser d'en trop faire de communs : de sorte qu'insensiblement les pièces devinrent mixtes. Elles étaient telles, quand l'Opéra- Comique a enfin succombé sous l'effort de ses ennemis, après en avoir toujours été persécuté. » (Le Théâtre de la Foire ou l' Opéra-Comique, 1721.)

Si Lesage n'a pas été l'inventeur de l'Opéra-Comique, il fut le premier qui lui donna une forme régulière; il en épura le style, et en bannit les grossièretés ainsi que les indécences. Il donna seul ou en collaboration avec D'Orneval et Fuzelier, « ce cher Plaute », comme il l'appelait, plus de cent pièces au Théâtre de la Foire. La plupart eurent une vogue étonnante. Il ne faut pas s'en étonner, car ces drames forains fourmillent de traits comiques et satiriques.

Francisque étant devenu l'entrepreneur de l'Opéra-Comique, Lesage et ses collaborateurs refusèrent de travailler pour lui. Ils achetèrent une douzaine de grandes marionnettes, et attirèrent la foule à la foire Saint- Germain. Le régent lui-même voulut voir la représentation de Pierrot- Romulus.

Tandis que Lesage écrivait pour le Théâtre de la Foire, ce qui lui permettait de vivre et de faire vivre les siens, il composa, retoucha, lima son chef-d'œuvre : Y Histoire de Gil Bîas de Santillane. Cet ouvrage parut au commencement de 171 5. Il se composa d'abord de deux volumes, qui furent suivis d'un troisième en 1724, et d'un quatrième en 1735. L'auteur fut du coup rangé parmi les classiques français. « Une chose qu'il faut louer presque sans réserve chez Lesage, dit M. Gustave Lanson dans son Histoire de la Littérature française, c'est le style, naturel jusqu'à la négligence, et pourtant plus travaillé qu'il ne semble d'abord, léger et fort tout à la fois, piquant, imprévu, abondant en traits, ayant le relief et le mordant du style dramatique. Ce style est d'un caractère à peu près constamment satirique : très rarement, il est tout à fait objectif. Mais la satire de Lesage est pittoresque ; elle est la peinture des hommes et de la vie ; et c'est par là que Lesage est au xviii'' siècle le véritable héritier de Molière et de La Bruyère, à l'exclusion de tous ces auteurs de comédies qui ne savent que diriger des épigrammes pincées contre les moeurs sans les présenter au vif. »

Gil Blas, dont on a contesté l'invention et la paternité à Lesage, es<

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un ouvrage essentiellement français. Les personnages portent le costume espagnol, mais on pouvait les retrouver vivants à Paris. Il eut une vogue surprenante lorsqu'il parut. Les portraits de personnages connus qu'on croyait y trouver, ne furent pas étrangers à ce succès. Mais les mérites du roman en furent l'élément essentiel.

Jusqu'à ces dernières années, il y a eu une question du Gil Bîas. Les Espagnols, les Allemands, les Américains et quelques Français même ont accusé Lesage de plagiat. Mais, aujourd'hui, après les « heureuses trouvailles » faites par M. Lintilhac, il ne peut rien rester de cette accusation. Prenons l'affaire par le commencement.

Bruzen de Lamartinière a dit, dans le Nouveau Portefeuille historique^ poétique et littéraire : « C'est sa manière (de Lesage) d'embellir extrêmement tout ce qu'il emprunte des Espagnols. C'est ainsi qu'il en ja usé envers Gil Blas, dont il a fait un chef-d'œuvre inimitable ». Voltaire, que Lesage a égratigné assez cruellement dans les chapitres iv et v du dixième livre de Gil Bla<!, partit de là pour taxer l'auteur d'avoir copié son ouvrage. Il dit, en toutes lettres, dans son Siècle de Louis XIV, que Gil Blas est pris entièrement d'un livre espagnol, dont il n'indique ni la date, ni l'auteur, ni le sujet.

Les Espagnols allèrent plus loin encore. Ils affirmèrent que l'ouvrage était tout simplement volé à l'Espagne. Il en parut une traduction, sous la signature du P. Isla, qui ne fut imprimée qu'après la mort de ce jésuite, avec ce titre : Les aventures de Gil Blas de Santillane, volées à l'Espagne^ et adoptées en France, par M. Lesage; restituées d leur patrie et à leur langue naturelle, par un Espagnol :^élé, qui ne souffre pas qu'on se moque de sa nation.

En 1818, M. François de Neufchâteau lut à l'Académie française une dissertation où il réfute et l'affirmation de Voltaire et l'accusation de vol. Il a démontré que Gil Blas n'a d'espagnol que les noms et les costumes des personnages. g

Depuis l'impression de ce mémoire, un savant espagnol, M. Llorente, a renouvelé les attaques contre Lesage. Mais il a complètement abandonné le système mis en avant par ses compatriotes. Il n'en prétend pas moins que Gil Blas a été pris en entier dans un manuscrit espa- ^no\, échu après la mort du marquis de Lyonne à son fils l'abbé, ami, omme on sait, et protecteur de Lesage, qui en aurait tiré le canevas Je son livre. Ce système ne repose que sur des hypothèses, et il fourmille d'invraisemblances.

Un autre Espagnol prétend avoir vu, dans la bibliothèque de l'Escurial, un manuscrit que Lesage aurait traduit. Ce manuscrit n'a jamais.

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