‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustr© d'un port. de LesageChapitre 11 sur 219 · XVI NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES · texte numérisé non relu

XVI NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES

pu être produit, et c'eût été la chose essentielle, dans un pareil débat.

Mais au fait, la question du Gil Blas n'existe plus; M. Lintilhac l'a définitivement résolue.

« En une si obscurre matière, dit-il, pour mettre à néant des revendications où le patriotisme des uns et la malice des autres trouvent leur compte, il ne suffit pas d'en montrer l'invraisemblance : on nous le fit bien voir, dans la critique des Deux Mondes. Il faut les réduire à l'absurde et c'est ce que d'heureuses trouvailles vont nous permettre de faire.

« Les moeurs et les intrigues de la cour de Madrid, sous Philippe III et Philippe IV, sont peintes et contées par Lesage avec une curieuse connaissance du détail des faits, et avec une si exacte fidélité de couleur locale, que tous ses critiques espagnols, depuis le P. Isla, ont vu là la preuve la plus forte du plagiat dont ils l'accusaient. Pour les plus modérés d'entre eux, les parties du Gil Blas qui mettent en scène les ducs de Lerme et d'Olivarès, avec leur politique, leur entourage, leurs affaires, leur famille et leurs plaisirs les plus intimes, c'est-à-dire les livres VIII, XI et XII, attestent évidemment que Lesage a suivi pas à pas un modèle espagnol ; et les plus intransigeants de ces censeurs, plus patriotes que judicieux, ne manquent pas de ressusciter à ce propos l'introuvable manuscrit si ardemment visé par Llorente. Là est aujourd'hui le nœud de la question, comme le constate M. Brunetière, le critique dont l'autorité a forcé récemment le public français à considérer toute l'importance et toute l'étendue de cette querelle littéraire.

« Mais si toutes les sources où a puisé Lesage pour ses livres VIII, XI et XII étaient françaises, que diraient les Espagnols et leurs auxiliaires? Ils n'auraient plus, ce nous semble, qu'à demander la preuve du fait. La voici :

« Les sources historiques du Gil Blas sont au nombre de trois, et le plus piquant de la chose, c'est qu'elles sont imprimées. La première est une traduction française d'un pamphlet politique du satirique italien Ferrante Pallavicino, intitulé la Dhgraiia dél conte d'Olivarès. Écrit en Espagne, sous la dictée des faits, pour un prince italien, ce pamphlet eut en France un tel succès qu'il en fut donné deux traductions, l'une en 1644, par Jean Guibaud, à Villefranche, l'autre à Paris, en 1650, par un anonyme, qui n'est autre qu'André Félibien, et cette dernière est celle qu'a suivie Lesage.

« La seconde source où il a puisé et à pleines mains, tant pour Lerme que pour Olivarès, est encore un opuscule traduit de l'italien et intitulé Anecdotes du comte-duc d'Olivarès, tirées et traduites de l'italien du

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Merctirio-Siry (sic), par M. de Valdory, Paris, 1722. Ce libelle dut avoir une grande vogue, d'après la préface, et justement — la remarque importe — dans le temps que Lesage composait cette partie du Gil Bîas, qui parut en 1724 et où il mène son héros à la cour. Joignons-y une troisième source où il a pris un supplément d'informations, notamment la matière des deux mémoires politiques rédigés par Gil Blas pour le comte d'Olivarès. C'est une apologie du début du ministère d'Olivarès qui a pour titre courant : le Ministre parfait ou le Comte-Duc, et pour titre général : Histoire du Comte-Duc avec des réflexions politiques et curieuses, Cologne, 168^.

« On n'a qu'à lire parallèlement le texte de ces brochures, surtout celui des deux premières, et le Gil Blas, au courant des livres VIII, XI et XII, pour voir que toute la matière historique de ces trois livres est prises de ces trois libelles, et pour relever à foison les traces matérielles des emprunts de Lesage. En effet leur évidence n'éclate pas seulement dans l'identité des faits, mais aussi et surtout dans celle des termes.

« Donnons-en quelques échantillons caractéristiques, entre cent. Ils suffiront amplement à une démonstration dont un futur éditeur du Gil Blas pourra maintenant multiplier les preuves à son gré.

« On lit dans Gil Blas : (l. XII, chap. IX.) « On lit dans Valdory :

Lorsque ce ministre fut informé que II écrivit un billet à ce monarque

le roi écoutait ses ennemis, il s'avisa par lequel il le suppliait de vouloir

de lui écrire un billet pour lui deman- bien lui accorder la permission de se

der la permission de se démettre de décharger du poids du gouvernement,

son emploi, et de s'éloigner de la cour, de se démettre de ses charges.., attendu

puisqu'on lui faisait l'injustice de lui que tous les désastres et les mauvais

imputer tous les malheurs arrivés à succès arrivés à la monarchie pendant

la monarchie pendant le cours de son son ministère lui étaient imputés.

ministère.

« Olivarès se décide à la retraite :

Comme il craignait, dit Lesage, d'être Afin de s'assurer de ce côté-là, dit

insulté par la populace, en sortant JFélibien, il sortit par les portes des cui-

du palais, il s'échappa de grand matin sines et se mit dans un méchant carrosse,

par la porte des cuisines, monta dans un etc. méchant carrosse, etc.

« Quant à l'idcntilc Jet) l'aiib u.ius ou Blas et dans ces brochures, elle va jusqu'à celle des erreurs. Olivarès est mort dans sa seconde retraite ^

Lesage. l. 2

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