XVIII NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES
de Ibro, or pourquoi Lcsage le fait-il mourir dans sa première retraite de Loeches ? C'est parce que le récit de Valdory est muet sur la retraite à Toro. Le comte de Neufchâteau reproche à Lesage de comparer Olivarès dans sa retraite à Denys de Syracuse, maître d'école, et non à Dioclétien, mais quel est le coupable, si coupable il y a? C'est encore le texte de Valdory.
« Enfin une dernière remarque et qui est assez plaisante : Llorente, rencontrant dans Gil Blai le mot amirante (amiral) accolé à celui de connétable, triomphe bruyamment et de la forme espagnole du mot et de ce fait qu'il n'y avait plus ni amiral ni connétable en Espagne en 173 5, époque où Lesage écrivait sa troisième partie de Gil Blas, Philippe V ayant aboli ces deux grades. Il présente ce fait comme une preuve à peu près irréfutable de l'existence du fameux manuscrit de Solis. Admettons un moment que Lesage n'ait pu être renseigné que par ce manuscrit sur l'existence d'amiraux et de connétables en Espagne sous Philippe IV, et arrêtons-nous à ce formidable amirante. Citons d'abord le passage de Gil Blas où il se lit :
De toutes les choses chagrinantes que mon maître apprit, celle qui parut l'affliger davantage fut le changement qui se fit dans la vice-royauté de Naples, que la cour, pour le mortifier seulement, ôta au duc de Médina de las Torrès qu'il aimait pour la donner à 1' Amirante de Castille qu'il avait toujours haï.
<( Or voici justement le mot visé et sous sa forme espagnole dans le texte de Valdory :
Dans le même temps I'Amirante de Castille, aussi ennemi du comte d'Olivarès, fut nommé à la vice-royauté de Naples, à la place du duc de Médina de las Torrès qui fut destitué seulement en vue de mortifier ce premier ministre qui avait pour lui une singulière affection.
« Lesage n'est-il pas bien vengé? En tout cas, n'en déplaise à M. de Navarette, la question n'était rien moins qu'insoluble [Cuestion es esta que nunca se resolvera), et la voilà résolue puisque les sources historiques des livres VIII, XI et XII du Gil Blas nous sont maintenant connaes et qu'elles sont françaises. Le manuscrit fantôme d'Antonio Solis, évoqué par Llorente, vu par M. de Bocous à l'Escurial, où on ne l'a plus revu, s'évanouit. Espérons qu'il ne hantera même plus les cervelles des songes-creux de la critique étrangère. » {Lesage, par Eugène Lintilhac. — Les grands écrivains français.)
Le Gil Blas n'a pas manqué de détracteurs et aujourd'hui encore