‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustr© d'un port. de LesageChapitre 15 sur 219 · XXII NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES

tout pour adoucir les conséquences de son incarcération. Elle trouva même moyen d'inspirer de l'intérêt au chancelier de Pontchartrain.

De retour en France, Michel poursuivit Marie Petit de sa haine. On l'accusa d'avoir scandalisé les pays qu'elle avait parcourus, par les dérèglements de sa conduite, volé les présents envoyés au roi de Perse, d'avoir voulu embrasser la religion de Mahomet, etc., etc. Quoique abandonnée à ses propres ressources cette femme énergique parvint à triompher de ses ennemis.

Ce fut l'amirauté de Marseille qui fut chargée de juger ce singulier procès. Marie Petit fut remise en liberté en 171 3. Il est vrai que Ferriol était revenu de Constantinople en 171 1, accompagné du mépris de tous les Français qui l'y avaient connu et qui le détestaient. Redevenue libre par son départ, la veuve de Fabre, qui avait pourtant contre elle de nombreux sujets de mécontentement, s'abstint de se plaindre de Marie Petit, et réserva toute sa haine à Ferriol et à Michel contre lesquels elle écrivit au Ministre.

En 17 14, de Pontchartrain accorda sa protection à l'héroïne de cette curieuse aventure, et celle-ci put enfin obtenir le paiement d'une partie de ce qui lui était dû.

En 17 15, Mehemet Riza Beyg, le premier ambassadeur persan en France, vint à Paris. Marie Petit, qui l'avait connu à Erivan, lui rendit visite. On redouta que sa démarche n'eût pour résultat final de réveiller une affaire qu'on ne désirait point voir renaître. Aussi fut-elle arrêtée le 25 février. Mais on ne la mit point en prison; on se contenta de la placer dans la maison d'un exempt de police.

L'histoire romanesque de cette femme était de nature à intéresser le public. Lesage fut sollicité d'en tirer parti. On lui remit les mémoires écrits par l'héroïne elle-même. Mais Pontchartrain lui communiqua les lettres de Michel et du consul d'Alep. Marie Petit y est représentée comme une aventurière ayant accordé, pour atteindre la Perse, toutes les faveurs exigées par les Levantins, notamment au vieux Kan d'Erivan. Le roman de cette femme prend alors une allure graveleuse et Lesage écrit au ministre une lettre, qui fut publiée pour la première fois en 182 1 par J.-J.-B. Audiffret, et dans laquelle il lui dit : « La plume que je tenais prête à justifier une femme qui me paraissait pouvoir n'être pas si coupable, me tombe des mains, et je ne vois plus qu'une aventurière dont la vie me semble moins digne d'être ofi'erte à la curiosité des hommes, que dérobée à leur connaissance ».

Certes Lesage avait écrit l'histoire d'héroïnes qui ne valaient pas mieux ou qui valaient moins que Marie Petit; mais.il se tenait alors

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