VIII NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES
Lesage dut rester éloigné de Paris pendant environ deux ans; il y était certainement rentré en 1698. L'acte de baptême de son second fils, Julien-François, né le 24 avril de cette même année, qui figure sur les registres de Saint-Sulpice, en est la preuve évidente. Il s'y qualifia « bourgeois de Paris », ce qui démontre qu'il avait renoncé au barreau et aux emplois. Il avait pris la résolution de ne plus appartenir qu'à lui-même et de vivre désormais de sa plume. Ce fut d'ailleurs le premier homme de lettres qui fit de la profession d'auteur un métier pour assurer son existence, et celle de sa famille. Son indépendance de caractère, dont il a donné maintes fois la preuve, et sa dignité personnelle l'avaient poussé dans cette voie.
Le maréchal de Villeroy lui fit faire des propositions avantageuses, dans le but de se l'attacher; Lesage, quoique pauvre, les refusa. Ses ressources, après son retour définitif à Paris, étaient pourtant fort médiocres. Il eut le bonheur, il est vrai, de gagner l'aflfection de l'abbé Jules-Paul de Lyonne, fils de Hugues de Lyonne, ministre des Aff'aires étrangères et secrétaire d'État, qui mourut en 1671. L'abbé de Lyonne combla son ami de présents, et lui servit une rente de 600 livres, jusqu'au jour où la mort le surprit, au mois de janvier 1715. Il assura ainsi la tranquillité d'esprit à celui qui devait écrire Giî BlaSy en même tempa que l'indépendance si indispensables à l'homme de lettres.
Mais l'abbé lui rendit encore un autre service. Il lui apprit la langue espagnole et l'engagea à s'inspirer de la littérature castillane. Lesage suivit ce conseil et traduisit, ou plutôt imita de l'espagnol, deux comédies en cinq actes. Elles ne furent pas représentées. La première de ces comédies a pour titre le Traître puni et est imitée de François de Roxas. La seconde. Don Félix deMendoce, est tirée de Lopede Vega. Il traduisit une troisième comédie en cinq actes, le Point d'honneur, du même François de Roxas. Elle fut représentée, pour la première fois, le 3 février 1702, mais n'eut que deux représentations. Elle ne produisit d'ailleurs que cent soixante-trois francs pour la part de l'auteur. Lesage la réduisit en trois actes, et la donna, vingt-trois ans plus tard, au théâtre italien, sous le titre de V Arbitre des différends. Elle ne réussit pas mieux sous cette forme que sous la première, et n'obtint encore que deux représentations.