XII NOTICE SUR ALAIN-RENE LESAGE ET SES OEUVRES
du Théâtre -Français : c Aujourd'huy mardy, quinzième mai 1708, la compagnie s'est assemblée extraordinairement dans la salle de son hostel pour entendre la lecture d'une pièce en cinq actes de M. Le Sage ». Mais, la première représentation se trouvait toujours reculée, on le conçoit aisément. Les arguments des partisans, qui se traduisaient en espèces sonnantes et trébuchantes, étaient parfaitement compris des comédiens. Il ne fallut rien moins qu'un ordre du grand Dauphin, fils de Louis XIV, pour qu'elle fût représentée. Cet ordre officiel a été relevé par les frères Parfaict. Daté du 13 octobre 1708, il est ainsi libellé : « Monseigneur étant informé que messieurs les comédiens du Roi font difficulté de jouer une petite pièce intitulée : Turcaret ou le Financier, ordonne aux dits comédiens de l'apprendre et de la jouer incessamment ». Le grand Dauphin s'était vu refuser de l'argent par les traitants.
La première représentation de Turcaret n'eut lieu que le 14 février 1709. Elle fut retardée, dit-on, par le froid excessif de l'hiver, mais elle eut un très vif succès. Elle est d'ailleurs bien supérieure à toutes celles que Lesage a imitées de l'espagnol. Les peintures y sont vraies, et il y règne une gaieté piquante et satirique, une verve comique si étincelante qu'elle se place au rang des bonnes comédies de notre théâtre. La leçon qu'il donna aux traitants porta ses fruits. Si les choses ne furent pas sérieusement modifiées au fond, elles le furent du moins dans la forme. C'était déjà un résultat appréciable.
Une circonstance amena Lesage à renoncer à écrire pour le Théâtre- Français. En 1708, il y avait fait recevoir une petite comédie en un acte et en prose, La Tontine. On devait la jouer après Pâques, mais elle ne le fut que vingt-quatre ans plus tard, pour des raisons d'État, et aussi par suite d'intrigues de coulisses. Celui qui avait refusé les cent mille francs des traitants et tiré sa révérence à la duchesse de Bouillon, n'était pas homme à mendier la protection des comédiens. Il renonça désormais à travailler pour le Théâtre-Français et ne se fit pas faute de railler amèrement les comédiens dans tous ses écrits.
A cette époque, Lesage revit le style d'un ouvrage, les Mille et un Jours, traduit du persan, par François Petis de la Croix, interprète des