‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustré d'un port. de LesageChapitre 7 sur 146 · LIVRE HUITIÈME il · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME il

quf j uv,ii^ iith'iiii de lui. Je me rendis donc chez ce secrétaire.

Son logement communiquait à celui du duc de Lerme, et l'égalait en ma^niUcence. On aurait eu de la peine à distinguer par les ameublements le maître du valet. Je me fis annoncer comme successeur de don Valerio, ce qui n'empêcha pas qu'on me fil attendre plus d'une heure dans l'antichambre. Monsieur le nouveau secrétaire, me disais-je pendant ce temps-là, prenez, s'il vous plaît, patience. Vous croquerez bien le marmot avant que vous le fassiez croquer aux autres.

On ouvrit pourtant la porte de la chambre. J'entrai, et m'avançai vers don Rodrigue, qui, venant d'écrire un billet doux à sa charmante Sirène, le donnait à Pédrille dans ce moment-là. Je n'avais pas paru devant l'archevêque de Grenade, ni devant le comte de Galiano, ni même devant le premier ministre, si respectueusement que je me présentai aux yeux du seigneur de Calderone. Je le saluai en baissant la tête jusqu'à terre, et lui demandant sa protection dans des termes dont je ne puis me souvenir sans honte, tant ils étaient pleins de soumission. Ma bassesse aurait tourné contre moi dans l'esprit d'un homme qui eût eu moins de fierté. Pour lui, il s'accommoda fort de mes manières rampantes, et me dit d'un air même assez honnête qu'il ne laisserait échapper aucune occasion de me faire plaisir.

Là-dessus, le remerciant avec de grandes démonstrations de zèle des sentiments favorables qu'il me marquait, je lui vouai un éternel attachement. Ensuite, de peur de l'incommoder, je sortis, en le priant de m'excuser si je l'avais interrompu dans ses importantes occupations. Sitôt que j'eus fait une si indigne démarche, je me retirai plein de confusion, et je gagnai mon bureau, où j'achevai l'ouvrage qu'on m'avait chargé de faire. Le duc ne manqua pas d'y venir dans la matinée. Il ne fut pas moins content de la fin de mon travail qu'il ne l'avait été du commencement, et il me dit : Voilà qui est bien. Écris toi-même, le mieux que tu pourras, cette histoire abrégée sur le registre de Catalogne. Après quoi tu prendras dans le portefeuille un autre mémoire que tu rédigeras de la même manière. J'eus une assez longue conversation avec Son Excellence, dont l'air doux et familier me charmait. Quelle ditîérence il<^ avait d'elle à Galderone! C'étaient deux figures bien contrastées.

Je dînai ce jour-là dans une auberge où l'on mangeait à juste prix, et je résolus d'y aller tous les jours incognito, jusqu'à. ce que je visse l'effet que mes complaisances et mes souplesixe*^" produiraient. J'avais de l'argent poïfr trois" moTs~àilphT^.*Te me prescrivis ce temps-là pour travailler aux dépens de qui il appartiendrait, me proposant, les plus courtes folicsétant les meilleures,

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d'abandonner après cela la cour et son clinquant, si je n'en recevais aucun salaire. Je fis donc mon plan. Je n'épargnai rien pendant deux mois pour plaire à Calderone : mais il me tint si peu de compte de tout ce que je faisais pour y réussir, que je désespérai d'en venir à bout. Je changeai de conduite à son égard; je cessai de lui faire la cour; et je ne m'attachai plus qu'à mettre à profit les moments d'entretien que j'avais avec le duc.

IV. — Gil Blas gagne la faveur du duc de Lerme, qui îe rend dépositaire d'un secret important.

Quoique monseigneur ne fit pour ainsi dire que paraître et disparaître à mes yeux tous les jours, je ne laissai pas insensiblement de me rendre si agréable à Son Excellence, qu'elle me dit une après-dînée : Écoute, Gil Blas, j'aime le caractère de ton esprit, et j'ai de la bienveillance pour toi. Tues un garçon zélé, fidèle, plein d'intelligence et de discrétion. Je ne crois pas mal placer ma confiance en la donnant à un pareil sujet. Je me jetai à ses genoux lorsque j'eus entendu ces paroles; et après avoir baisé respectueusement une de ses mains qu'il me tendait pour me relever, je lui répondis : Est-il bien possible que Votre Excellence daigne m'honorer d'une si grande faveur? que vos bontés vont me faire d'ennemis secrets! Mais il n'y a qu'un homme dont je redoute la haine, c'est don Rodrigue de Calderone.

Tu ne dois rien appréhender de ce côté-là, reprit le duc. Je connais Calderone. Il est attaché à moi depuis son enfance. Je puis dire que ses sentiments sont si conformes aux miens, qu'il chérit tout ce que j'aime, comme il hait tout ce qui me déplaît. Au lieu de craindre qu'il n'ait de l'aversion pour toi, tu dois au contraire compter sur son amitié. Je compris par là que le seigneur don Rodrigue était un fin matois, qu'il s'était emparé de l'esprft de Son Excellence, et que je ne pouvais pas trop garder de mesures avec lui.

Pour commencer, poursuivit le duc, à te mettre en possession de ma confidence, je vais te découvrir un dessein que je médite. Il est nécessaire que .tu en sois instruit, pour te bien acquitter des commissions dont je prétends te charger dans la suite. Il y a déjà longtemps que je vois mon autorité généralement respectée, mes décisions aveuglément suivies, et que je dispose à mon gré des charges, des emplois, des gouvernements, des vice-royautés et des bénéficf^s. Je règne, si j'ose le dire, en Espagne. Je ne puis pousser ma fortune plus loin. Mais je voudrais la mettre à l'abri

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