HISTOIRE DU JETON AU MOYEN AGE
certain que les monuments égyptiens, grecs, romains, ne sont pas les moins maltraités, et ceci s'applique aussi bien à la classification qu'aux dessins. Cependant, l'homme étant ainsi fait qu'il n a la plupart du temps d'action que pour la réaction, l'illusion que nous signalons a produit d'assez bons efTots en attachant à l'étude des monuments du moyen âge un grand nombre d'esprits chevaleresques qui croyaient combattre en faveur d'un opprimé.
Toutefois le temps des appréciations calmes, éléments précieux des bonnes classifications, nous paraît enfin venu. La science y gagne en décence sans y perdre de sa force. Nous n'en voudrions pour preuve que l'ouvrage que nous examinons ici. Les auteurs y rendent pleine justice à leurs devanciers (1); cette équité n'a pas nui à leur succès, qui est réel et mérité. Ce qui distingue l'ouvrage de MM. Rouyer et Hucher, c'est la méthode. Avant eux on avait sans doute décrit beaucoup de jetons, mais on n'avait pas établi de classes régulières, susceptibles de comprendre toutes les pièces que l'on pourra recueillir. D'ailleurs on était porté à confondre les méreaux, ou pièces remboursables, avec les jetons ou pièces à compter.
MM. Hucher et Rouyer ont divisé leur ouvrage en six chapitres dans lesquels ils examinent les jetons, l» des cours et administrations supérieures des finances du roi, 2° du service de la maison du roi, 3" des reines de France, 4° des princes du sang royal de Franco et de quelques autres seigneurs d'origine française, 3° des villes de France, 6** étrangers et anglofrançais. Cette division offre im très grand avantage, puisqu'elle permet de rattacher k certaines fonctions des jetons dont les légendes ne sont pas explicites, mais que leur lypo unit à des pièces dont la légende ne laisse pas d'incertitude. Il faut cependant faire bien attention à la ressemblance qui
(1) Nous croyons cependant devoir ajouter ii la liste des auteurs qui ont contribué à l'avancement de la connaissance des jetons MM. Rossignol et G. de Soutirait, à qui l'on doit les ouvrages intitulés : Des libertés de la Bourgogne d'après les jetons de ses Étais (2831) cl Essai sur la numismatiffite nirernaise
PAU MM. JLLKS HOLYKU KT KLGÈNE HICHEU. 77
résulte d'émissions rônleinporaines. Ainsi, par exemple, on trouve dans Y Histoire du jeton (n° 25) une pièce qui porte + CE SONT LES GETOERS DE LA CAN - + AV MESTRES DES MONNAIES; or, je connais une pièce identiquement semblable jusque dans les moindres détails de la face et du revers sur laquelle on lit : +CE SONT LES GETOERS DE LA CAN — + CANBREDESCONTESLEROL Ces deux jetons ont été gravés en même temps, au commencement du xiv' siëclo, pour deux administrations différentes.
MM. llucher et Rouyer pensent que Técu cbargé de deux faces que Ton trouve sur plusieurs pièces sans légende appartient à la chambre des comptes ; que la clef indique la chambre du trésor; le râteau, le service de Técurie. Ce sont là des symboles généraux qui paifois se combinent avec des armoiries, et nous félicitons les auteurs du soin avec lequel ils blasonnent les nombreux écus gravés sur leurs jetons, comme aussi des recherches qu'ils ont faites pour établir Tidentité des fonctionnaires dont ces pièces portent les noms. On employait parfois, pour frapper le jeton d'un magistrat, le revers ou la face qui avait servi pour un autre. MM. Rouyer et Hucheront publié deux pièces qui prouvent que le maistre de la chambre aux deniers, Jean Le Coq, avait fait usage d'un revers appartenant à son confrère Pierre de Berne. Ce dernier a encore fourni un coin au sieur de Rochefort dont nous donnons le jeton (page 79, n"* H) ; les auteurs, qui ne publient pas le dessin de celle pièce, n'en ont eu qu'une description inexacte, ce qui leur a fait imprimer RT-RO-CE-NO au lieu de ROCEFORT (p.68)(l).
Ces accidents de fabricalion ne contribuent pas peu à obscurcir le sujet, et ce n'est qu'à la longue que l'on pourra en triompher complètement. Ainsi on voit dans Y Histoire du jeton, sous le n** 57, un jelon à l'écu parti de Navarre et de France, et sous le iV* 138 un autre qui porte les armes d'An-
(1) Ou coiinatt, ù la vérité, un Pierre <le Rochefort, archidiacre eu 1308, ••vèquc de Langros eu 1325, uu Pierre do Rochefort, maréchal de France, eu liiS; mais ce n'est pas leur nom «[ui liguresur le jeton.