FRAPPÉS A LYON A(J MILIEU DL' X« SIÈCLE
déjà reconnaître dans celte légende + HVGO GPACIA P [gracia dei) COMS. Cette variété ne figure pas dans le compte rendu de la trouvaille faile à VilleUe d'Anthon; mais il ne faut pas Ten séparer.
Au lieu de déclarer que « aucun possesseur de Lyon, du moins à l'époque où cette monnaie doit être placée, ne porte un nom auquel on puisse appliquer les deux lettres HV », M. Guigne a fait ce qu'il faut toujours faire lorsqu'on veut étudier sérieusement les monnaies du moyen âge : il a eu recours aux documents écrits contemporains, et il a trouvé des mentions assez nombreuses d'un comte Hugues parent de Conrad roi de Bourgogne, et qui entre les années 937 et 948 exerçait son autorité dans le Lyonnais. Or les chartes de ce personnage commencent ainsi : Hugo gratin dei cornes ^ ou Hugo deimUu cornes, et dans celles oîi il intervient, il est appelé inclitiis marchio, marchio insignis, piissimtis princeps (1). Le roi Conrad en 943 le nomme : Hugo cornes et consanguineus noster (2). « Il élait, dit M. de Gingins, mvesti de la vice-royauté des provinces situées entre le mont Jura et les montagnes de l'Auvergne... Son autorité s'étendait sur la haute Bourgogne et jusqu'à l'Isère ; elle comprenait particulièrement le Lyonnais et la cité de Lyon. C'est ce que prouve incontestablement un plaid remarquable tenu par ce même Hugues, le 28 mars 944, où il est qualifié de prince et de glorieux comte et marchio (3). »
Dans ce plaid, Hugues était assisté de Guillaume II comte de Lyon et d'autres seigneurs considérables. Le titre de marquis, indiquant le seigneur d'une marche ou frontière, et que nous voyons figurer sur la monnaie de Richard I, duc de Normandie (942-996) (4), convenait parfaitement aux comtes du
(1) M. C. Ragut, Carlutaire de Saint-Vincent de Mâcon, connu sous le nom de Livre enchainé. Mâcon, 1864, in-4*, p. 74, n» 99; p. 79, n» 103; p. 60, n« 72, — CartulaireA de Cluni, fol. 70, n° 164; fol, 89, n» 15.
(2) D. Bouquet, Ree, des histor, de France, t. IX, p. 696.
(3) Souveraineté du Lyonnais au X* siècle^ dans la Rev. du Lyonnais^ I'* série, t. Il, p. 373.
(4) Hev^œ numism.y 1843, pi. V, n° 3.
3iO DENIERS DU COMTE HUGUES
Lyonnais, et il ne semblera pas extraordinaire qu'il ait été porté par Guillaume I (connu en 921 , mort en 940). C'est aussi ce titre de marçhio que je lis au centre des beaux deniers de Guillaume qui ont pour légendes circulaires : -f VVILELMVS — + LVCDVNI CIVIS(Poey d'Avant, Mmnaiesféod., pi. CXIII, n*« 7, 5, 6, 8).
Un autre denier figuré sous le n"" 9 de la même plancho oiTre cette disposition : au droit, •{• V*.'VILELMVS en légend<* circulaire ; au centre, COMES, mot dont les caractères forment une croix. ]^ + LVCDVNI CIVI'.' S, croix. La phrase est complète. Comment sur les deniers 7, S, 6, 8, le nom de Guillaume ne serait^il suivi d'aucun titre? Mais il n'en est pas ainsi. Là où Ton voit comes sur une des monnaies, les autres
portent le monogramme Jll'@iL qui donne si clairement le titre MARCHio qu'on ne peut hésiter sur la manière de le lire. Au x* siècle, les titres n'avaient pas le caractère arrêté qu'ils ont pris plus tard. C'étaient encore en quelque sorte des épithëtes indicatrices du commandement, de la puissance effective. On disait d'un seigneur qu'il était aux, princeps, Comes impliquait la juridiction, m^?rc//to la garde militaire d'une frontière. Tout cela se cumulait.
J'ai déjà fait observer*, à propos de la Normandie, que (Guillaume de Jumiéges donne à Guillaume lia qualité de marquis, qu'une charte de Lothaire (965) attribue le même titre à Richard I ; que Raoul Glaber appelle Richard tantôt dtix, tantôt comes; que Sigebert de Gembloux donne le titre de comes à Richard II et à Guillaume le Conquérant. Il suffit de lire les textes de ces temps-là pour relever beaucoup d'autres exemples du même genre. M. Poey d'Avant, en cherchant, à la suite d'un écrivain qui n'a jamais étudié la numismatique, le nom de Conrad, là où les monnaies de Guillaume de Lyon offrent le titre marchio, se jetait, comme il s'en apercevait lui-même, dans des difficultés de chronologie qui se trouvent maintenant aplanies.