FUNÉRAILLES DU DUC DE LUYNES
(Extrait du lome XII (nouvelle série) do la Het'ue nttmifnwHgue,
1867, pp. 468-471.)
M. Honoré-Théodoric-Paul-Joseph d'Albert, duc de Luynes ot de Chevreuse, né à Paris, le 15 décembre 1802, élu membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres le 24 décembre 1830, est mort à Rome le 15 décembre 1867.
Nous n'avons pas besoin de dire quelle émotion nous a fait éprouver la fin si inattendue du célèbre archéologue, notre collaborateur. A l'occasion du don généreux qu'il avait fait au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, la Revue a publié un aperçu de ses travaux numismatiques (1862, p. 500) ; nous ne le répéterons pas ici, et nous reproduisons seulement le discours prononcé à l'occasion des funérailles qui ont eu lieu le 28 décembre. Une députation de l'Académie à laquelle M. le duc do Luynes appartenait depuis trente-sept ans, députation dans laquelle la Revue était représentée par ses deux éditeurs (1), s'était rendue à Dampierre, otM. de Longpérior, président de la compagnie, s'est exprimé en ces termes :
« Messieurs,
« L'Académie des inscriptions et belles-lettres a tenu à venir jusqu'ici rendre à l'un de ses doyens un hommage mérité, qui
(1) La Revue comptait eDCore à cette triste solennité plusieurs de ses colla> borateurs, MM. Miller, de Vogdé, Chabouillet, Huillard-Bréholles.
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ne sera pas un dernier hommage. La mémoire de M. le duc de Luynes est de celles qui ne périssent pas.
« TouH ceux qui, parmi nous, ont eu le bonheur de lo connaître intimement, tous ceux, ot le nombre en est immense, qui ont éprouvé les effets do sÀ bienveillance, rediront longtemps son nom, et apprendront à la génération qui nous suit combien il est digne de vénération. Grand par le cœur et par l'esprit, notre regretté confrère nous a donné l'exemple bien plus difficile à suivre d'une modestie inaltérable, d'autant plus méritoire chez lui qu'elle avait lieu d'être souvent et rudement à l'épreuve. Toute sa vie a été consacrée à la recherche du bien et du beau. Il se passionnait à un égal degré dans l'accomplissement d'une bonne action et dans l'étude d'une œuvre d'art. Son érudition était complète, fine, pénétrante, et Thonnèteté de son jugement se trahissait dans le soin scrupuleux qu'il mettait à se prouver d'abord à lui-même par un travail opiniâtre, ce qu'il voulait ensuite démontrer aux autres.
« Quelle conscience dans les recherches, quelle intelligence dans les aperçus; mais quelle merveilleuse réserve dans l'exposé des idées les plus saines et des résultats les plus féconds !
« De bonne heure, M. le duc de Luynes avait été officier dans les gardes, et il avait contracté dans le service un aspect de régularité qu'il conserva toujours. Jeune encore (et nos souvenirs à cet égard remontent à bien plus de trente ans), il inspirait déjà le respect; parvenu à l'âge mûr, il avait, malgré les chagrins dont il était accablé, un extérieur plein de fermeté. Sa belle âme se reflétait dans sa physionomie. Et cependant cette dignité était si naturelle, tempérée par une si sincère aménité, qu'elle était attractive. Ceux-là qui ont été en relations avec M. le duc de Luynes. ont éprouvé deux impressions successives. On l'aimait tout de suite; on ne tardait pas à l'admirer.
« La vie de M. de Luynes était, de notre temps, comme un
élément d'union générale et d'accord. Il réconciliait par sa
, charité la misère avec la fortune ; il faisait accepter, parmi les
démocrates, une haute naissance que lui-même il ne comptait
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qu'après le travail, et, dans le monde qui Tentourail, il ensei* gnait à quel point est incontestée la noblesse que confère nne profonde culture intellectuelle.
(( M. le duc de Luynes a été un savant éminent, mêlé à toutes les grandes investigations qui ont préoccupé nos contemporains. Il ne se bornait pas à apprendre avec patience, à s'assimiler Topinion des érudits les plus éprouvés, il s'avançait avec hardiesse dans les terrains inexplorés, et ses découvertes font époque dans Thistoire de la science.
M Soit ^u'il ait consacré son attention au renouvellement des études mythologiques, sur lesquelles une lumière ines* pérée tendait à se produire à la suite d'heureuses et abondantes trouvailles de monuments antiques, soit qu'il ait voulu reprendre ces recherches d'épigraphie orientale, inaugurées par Tabbé Barthélémy, et auxquelles il a fait faire d'importants progrès, soit enfin qu'il ait désiré connaître les secrets de la chimie, de la métallurgie, de la géologie, notre illustre confrère a toujours attesté son passage par des résultats qui révèlent une remarquable sagacité. En lisant ses nombreux écrits, non seulement on est frappé de cette méthode d'exposition sobre et solide qui inspire tant de confiance en des sujets hérissés de difficultés, et invite à suivre l'auteur dans toutes ses déductions, mais on demeure encore surpris 'de l'infatigable persévérance que dénotent la poursuite et la collection des éléments de travail; des documents mis en œuvre.
« L'étonnement redouble quand on pense que le laborieux académicien auquel nous devons des efforts si multipliés avait à se défendre contre toutes les séductions que son rang dans la société et sa richesse devaient tout naturellement accumuler autour de lui. A cet égard, M. de Luynes s'était tracé une voie dont il ne s'est jamais écarté ; et ce n'est pas là un des moindres problèmes entre tous ceux qu'il a su résoudre.
« Aussi généreux qu'instruit, il aimait à favoriser les études de toute nature, pourvu qu'elles fussent utiles, et à seconder ceux qui s'y livraient. On a souvent parlé, on parlera longtemps encore de sa libéralité. Mais, quelque honorable que