COMTESSE D'ANJOU ET DE PROVENCE
pièce du traité avec le duc de Milan, lequel fut conclu en janvier 1424. V
20 novembre 1424, à Angçrs. — Bail passé par Yolande agissant comme lieutenant général du roi son fils. [Arch. de FEmp., ancien Anjou, cote S75.)
i" mai 1425, à Aversa — Louis III, agissant comme roi, ratifie le bail passé par sa mère. Il s'agit de la pièce du 20 novembre 1424. [Arch. de l'Emp., ancien Anjou, cote57S.)
9 octobre 1425, à Saumur. — Acte d'Yolande, agissant comme lieutenant générai de son fils. {Arch. de fEmp,, anc. Anj., cote 682).
Autre du 20 septembre 1427.
c< Je ne suis pas, ajoute mon savant ami, en mesure devons signaler un acte indiquant Tépoque précise à laquelle a cessé la tutelle d'Yolande. Mais les[[notes que je vous transmets peuvent servir à l'établir d'une manière très approximative. Il en résulte que c'est en 1424 que Yolande changea son titre de tutrice en celui de lieutenant général au nom de son fils Louis III. Celui-ci qui se trouvait alors dans le royaume de Naples, auprès de la reine Jeanne II, délégua ses pouvoirs à sa mère pour gouverner en son absence les terres et pays de son obéissance. Les historiens n'ont pas bien démêlé ces deux phases successives qui sont attestées par les actes. Le changement de titre s'opéra certainement entre le 26 novembre 1423 et le 20 novembre 1424, et la fin de la régence doit être très probablement placée au mois de septembre de cette dernière année. »
Ces conclusions de M. Huillard-Bréholles sont de la plus haute importance dans la question que j'examine ici.
Ladislas de Duras, après avoir triomphé des partisans de Louis II d'Anjou, était mort le 6 août 1414, laissant le trône de Naples à sa sœur Jeanne U. Mais les habitants d'Aquila ne voulurent pas la reconnaître : « Jamque Aquilani morte régis a regina defecerunt, » dit Lorenzo Bonincontri (1).
Déjà la ville d'Aquila s'était déclarée pour la maison d'An- Ci) Muratori, Sanpi. med. ^pvï, t. XXI, p. 110.
a-28 YOLANDE,
jou après la morl de Jeanne I'^, eu 1382, et resta fidèle à Louis P' jusqu*à sa mort, survenue en 1384, et à Louis II, son fils, jusqu àla prise de la ville par Ladislas, en 1395. Cirillo, dans ses Annali, atteste qu'Aquila demeura toujours attachée au parti des Angevins de Provence (1).
Le 15 août 1420, Louis III d'Anjou , qui n avait pas encore dix-sept ans, arriva à Naples; Il eut à combattre la flotte du roi d'Aragon, ne put s'emparer de la ville, et se retira à Aversa, puis, en 1422, à Rome. Ce ne fut que le 2 juin 1423 que la reine Jeanne, ayant changé de politique, l'adopta comtne son successeur ; au mois d'avril 1424 il entrait dans Naples au nom de cette princesse. ^ Cependant son arrivée dans l'Italie méridionale^ avait accru le zèle de ses partisans. Muzio Sforza, qui l'avait engagé par un message à entreprendre Texpédition, le soutenait avec ardeur, et Jeanne voulant s'assurer le concours de Braccio di Montone, -célèbre condottiere, ennemi acharné de Sforza et du pape Martin Y, lui promit Capoue et Aquila. Aussitôt que cette dernière ville connut rengagement pris par Jeanne, elle leva la bannière du roi Louis, et cet exemple fut suivi par toutTAbrazzo (2). Néanmoins les Angevins ne purent résister aux forces réunies du roi d'Aragon cl de Braccio di Montone; le pape, craignant que la lutte ne tournât au profit de l'antipape Benoit XIII, intervint pour la ^ faire cesser. Il voulut livrer à Alphonse d'Aragon non seulement Acera et Aversa, mais encore toutes les autres terres qui avaient été remises à la garde de ses légats. Cette nouvelle indisposa les habitants d' Aquila, lesquels seuls restèrent à la dévotion de Louis d'Anjou; si bien que, pour les réduire, on leur expédia Braccio, à qui ils avaient été donnés (3). Il les assiégea, et ils n'en furent débarrassés que par l'armée même de Jeanne, lorsque la reine, s'étant dégoûtée du roi d'Aragon, adopta Louis, comme je l'ai déjà rappelé. Le 2 juin 1423, le fils d'Yolande était âgé de dix-neuf ans huit mois et neuf
(1) Bernardino CiriUo, Annal. delC Aquila, p. 66.
(2) Coslanzo, Storia del regno diNapoli.X. lU, p. 333.
(3) CostanzOt p- 345. — GiannoDe, Stor.del regn, di Nap.y t. H, p. 323.
COMTKSSK D'ANJOU KT DK PROVKNCi:. :m'
jours (i). Ainsi depuis le 6 août 1414, qui délivra les habitants d'Aquila de ^adislas de Duras, jusqu'au 2 juin 1423, qu'ils reconnurent Jeanne II devenue la protectrice momentanée de Louis m, la ville abruzzienne fut sans cesse dans le cas de faire des manifestations en faveur des Angevins de la Provence. Op on sait bien que pendant tout le moyen âge la fabrication des monnaies offrait un des moyens les plus efficaces d'exprimer une opinion politique. La Revue a déjà si fréquemment parlé des monnaies frappées par les tuteurs et les régentes qu'il n'est pas nécessaire de revenir sur ce sujet; et je me bornerai à faire remarquer que Topinion de Zardetti reposait sur ime étude assez approfondie des faits historiques pour qu'elle ne pût être rejetée qu'après une réfutation en règle. Mais il y a un côté de la question qu'il n'a pas abordé. Sur tous les exemplaires des deniers dont j'ai donné plus haut la description et que j'ai pu examiner à Naples, le D qui figure dans le nom IVLAriDA est parfaitement formé; on peut s'en assurer au -moyen des gravures publiées par M. Lazari. Or en supposant, comme le fai^ ce dernier, que le troisième caractère soit un h, le nom serait lYbADDA, et c'est bien ains du reste que le lit l'antiquaire vénitien. Il est impossible d'invoquer le prétexte d'une erreur de graveur : le D se présente, toujours aussi clairement formé, sur des deniers portant trois types différents. \l n'y a donc qu'un seul moyen d'expliquer la légende ^elle que la lit M. Lazari : ce moyen consiste à démontrer qu'au xiv** siècle le nom de Jeanne s'est écrit luhanda. C'est ce que n'a pas essayé M. Lazari ; c'est ce que n'a point tenté non plus M. Fusco, lorsqu'il eut le premier la velléité d'attribuer ce nom singulier à Jeanne II. Non seulement je n'ai jamais trouvé une pareille forme dans aucun texte, livre, inscription ou légende monétaire, mais j'ai pris à ce sujet des informations dans diverses provinces de l'Italie,
(1) Dans la seconde édition de \ Art de vérifier les dates (t. III, p, 443), il est dit qae lorsque Louis 111 succéda & son père en 1417, il était âgé de douze ans (non de quatorze) (sic), d'où il résulterait qu'au 2 juin 1423, le fils dToIande n'aurait pas atteint dix-huit ans.
tant auprès de savants, diplomatistes et philologues, qu'auprès de personnes illettrées connaissant bien les petites particularités des dialectes populaires, et ni en Italie, du nord au sud, ni en Sicile, je n'ai pu découvrir personne qui eût lu ou entendu prononcer le nom liihanda ou n'importe quelle autre variante de Giovanna dans laquelle entrerait un D. J'ai peut-être été maladroit dans mon enquête; mais j'ai été du moins fort patient, et pour admettre que la légende IVLADDA représente le nom de Jeanne, je suis en droit d'exiger qu'on m'apporte l'exemple que j'ai vainement cherché jusqu'à présent. Cet exemple trouvé, je m'empresserai de me rendre au sentiment de M. Lazari. Quant à la forme un peu insolite donnée à la lettre L dans le nom d'Yolande, elle s'explique facilement par le désir de rapprocher ce nom de celui de la reine Jeanne I**. De même que l'intention de distinguer les nouveaux deniers dé Jeanne II, frappés après 1424, en vertu de l'ordonnance qui nous est restée, a fait ajouter une couronne au-dessus de la tête de l'aigle éployé, symbole de la ville d'Aquila (1). L'attribution de ces dernières pièces à la sœur de Ladislas s'appuie non seulement sur leur conformité avec la cella de René, mais encore sur la présence du nombre ordinal que nous offre une Je leurs variété publiée par M. Gius. M. Fusco (R€GIDA. lUHADDA. S.) (2). On sait que les rois de Naples de la maison d'Anjou, contrairement à l'usage adopté par les rois de France, indiquent parfois sur leurs monnaies et leurs sceaux leur rang dans la série de princes portant le même nom (3). C'est ainsi que sur un demi-gillat conservé dans la collection Fusco, à Naples, on lit : + IOH ANNA REGINA SCk.{secunda)li^\ORk{h).
(l)-Lazari, Zecche degli Abruzzi, pi. I, ii°* 10 et 12. De plus, les légendes offreDt une disposition commune : REGINA. IVHÂNN A, REX. RENATVS. le titre avant le nom.
(2) Di aie, mon, speL ai re di Napoli et Sic, dans les Annali di mimism., Naples, 1853, 1. 1, p. 93, pi. II, n^lO.
(3) Voy. dans Blancard, Sceaux des arch. des B.-du-Rhône, 1860, pi. X. n* 3; pi. XI, n» 2 : K. SCDS.— KAROLVS SECVNDVS ; pi. XVII, n** 2; pi. XVIU, n* i : LV.- SECVND* — Si5ri7/M.*«îre(ttm LVDOVICl SECVNDI; pi. XIX, : LVDOVÏCYS TERCIVS ; pi. XX, no 2 : 8.RENATI PRIMI. %
(4) G. M. Fusco, Intomo ad aie. monele aragon,, Naples, 1846, iQ-4*, p. 29, dans les Atti delV Accad. Pontaniana^ t. V.