‹ ŒuvresChapitre 12 sur 145 · PAR MM. JULES ROUYER ET EUGÈNE BUCHER · texte numérisé non relu

PAR MM. JULES ROUYER ET EUGÈNE BUCHER

sant ainsi on commettrait un anachronisme de plus d'un demisiècle. Charles d'Alençon a épousé en 1314 Jeanne de Joigny qui mourut en 1336; les armes de Joigny étaient d*azur h Taigle éployé d'or; le style du jeton convient parfaitement au commencement du xiv" siècle, et l'attribution fournie par MM. Hucher et Rouyer doit être adoptée sans contestation.

Nous conservons parmi nos dessins la figure d'un jeton aux armes de Champagne pure (voy. page 79, n° 6) qui nous paraît être antérieur à 1234, date de l'avènement du comte Thibaut IV au trône de Navarre. Le revers présente un type assez singulier dans h'quel on peut voir le monogramme de Thibaut, TBLD, uni aune croix poteiicée. Le petit module de cette pièce est encore une marque de son antiquité.

Les jetons de la maison d'Anjou devraient être divisés en deux séries : l'une composée des pièces frappées sur le territoire français, l'autre comprenant celles que leur style de .fabrique dénonce comme ayant été gravées à Naples. C'est dans celte dernière catégorie que nous rangerions la pièce publiée par Fauris de Saint-Vincent sous le n® 5 de sa planche de jetons. La bordure de fleurs de lis que porte cette pièce se retrouve sur un autre jeton dont nous donnons le dessin page 79, u? 12, et qui doit avoir été fait sous Charles II, et en Italie.

Le jeton d'Anjou-Sicile, que MM. Rouyer et Hucher publient sous le n® 84, est considéré par eux comme étant d'origine évidemment italienne, et c'est avec toute raison. L'homme velu, à barbe longue et épaisse, qu'il représente, rappelle sans doute le sauvage qui se voit sur plusieurs de nos jetons français (1) ; mais il ressemble plus encore à cette grande figure velue sculptée en bas-relief sur une des portes de Naples, figure que le peuple nomme Cola-pesce, tandis que les antiquaires du pays en font un Orion antique, quoique le style de la sculpture indique bien une œuvre du xiv" siècle.

Les jetons italiens ont un style à part, très caractérisé. M. Hucher en a gravé cinq autres qui donnent une idée exacte

(\) Revue archéologique, 184o, 1. 11, p. 500 et 509. - Pp. 223 et 234 du lonic IV de» CEucres de A. de Longpérier.

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de cette série. Les jetons n^^ 143 et 146 représentent un aigle sur un chapiteau de colonne ; c'est le type de la monnaie de Pise. Au reste, les auteurs déclarent qu'ils n'ont pu étudier suffisamment cette partie de leur collection, et s'ils reviennent sur ce sujet dans la continuation de leur ouvrage, ils pourront consulter avec fruit les gravures très mal faites, mais nombreuses et intéressantes, répandues dans le grand recueil d'Argelati (1), et l'article spécial du chanoine Reginaldo Sellari, de Cortone, Sopra le marche o sténo tessere mercantili del secolo XIV, XV e XVI, inséré par Zanetti dans le V* volume de sa Nuova Raccolta (p. 499). Ils trouveront encore un jeton italien fort curieux parmi les méreaux découverts à Évreux et publiés par M. Raym. Bordeaux dans le XIX* volume des Antiquaires de Normandie (n® 1 de la planche). Peut-être faut-il rattacher à la série italienne la pièce n^ 147 considérée comme un jeton de l'office de la cuisine, et qui pourrait appartenir à la famille Caldcrini de Florence. La fleur de lis qu'on y voit est bien celle de la Toscane.

Dans ]a série anglaise nous remarquons, sous le n® 913, un jeton de la garde-robe du roi dont la légende nous paraît avoir besoin d'être expliquée : Léopard sue est là pour léopard sui^ comme mouton sui, de laton sui, etc. C'est le résultat de la prononciation de l'Ë anglais, qui équivaut à notre I. C'est aussi à la série anglaise qu'il faudrait restituer le jeton de Rouen gravé sous le n<» 132. Cette pièce trouve son commentaire dans le jeton d'argent que nous avons publié en 1847 (SiippL to the illustr. of the AnglorFrench coinage, pi. H, n*» 37), et sur lequel on lit : H. DVX NORMANNORVM ~ CIVI- TAS ROTHOMAGENSIS. Il y a là deux variétés frappées pour Henri VI qu'il ne faut pas séparer, à ce qu'il nous semble.

Les jetons espagnols sont fort rares; c'est pourquoi nous croyons devoir en signaler un qui a été publié en Irlande il y

(1) De mon&tis Italie dissertatiimes, t. I, tal). XIV, n« 18; lab. XXIX, ii« 5; Ub. XXX, n» 2, tab. LXI, ii« 4; lab. LXVlf, iio y-, tab. LXXIl, u»9: tab. LXXV, U-» 3, 4; tab. LXXXIX, no« 3, 4, o, 6; tab. XC, uo» 21, 22, 23. 24, 25. — T. Il, lab. V. ii»« 93, 96 et p. 182. — T. III, lab. IX, q"" 3, 4. — T. V, p. 3, 25, 32, 62, 81.

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