FRAPPÉES A GÊNES
(Exlrnit du lorae Xlîî (nouvelle sério) de la Rflntfi nitmixmatique,
4868, pp. 272-284.)
(PL. XVI, XVH.)
Cristoforo Gandolfi, dans son traité délia moneta antica di Genova, a gardé le silence le plus complet sui; la monnaie des rois de France. Il savait pourtant qu'il en avait été frappé un grand nombre dans sa ville, et son patriotisme n'avait pas à en souffrir, puisque c'est tout k fait volontairement que les (iénois se sont par deux fois, en 1396 et en 1458, donnés aux. princes de la maison de Valois, « dedizionl legalmente consen- ' tite dal popolp, e confermate dalla solennità del giuramento, » ainsi qu'il le dit lui-même (1). Gandolfi a négligé aussi les monnaies frappées pendant la souveraineté de Robert d'Anjou (1318 à 1333), et celles qui portent les noms et la guivre dos ducs de Milan, Philippe-Marie Visconti, Galéaz Sforza et Jean
(1) Délia moneta antica di Genova libri IV. Gêaes, 184i, 2 vol. in-8«, t. II, ' p. 46. — Voir le Liber jurium ReipicOliae GenuensiSj daas le Uistorise patrix monumenla, Turin, 4857, t* II, col. 1237, pièce CCCXXXIII : « Januense» divigt inter se, factionibusque pressa, paccmque et pristinam quietem a suis consequeodi spe dejecti, propriuin in Carolum VI, Francorum regem, imperium transferunt. 1396, 4 novembris. » (Ch. auth., Arch. de Turin, cod. B, fol. 5.) — Col. 1248, pièce CCCXXXIV ; « Caroll VI, Franc, reg., imperio supposiUs Januensi civitate et districtu, pro fîdelitate eidem juranda delegaU constitauntur. 1396, 4 nov. « Cod. B, fol. 8 w.) — Col. 1251, pièce CCCXXXV : « DelegaU a Januensi Communi constituli Carolo A'I, Franc, reg. fidolitatem jurant. 1396. 4 nov. « (Cod. B.. fol. 9 i'.}
Galéaz Marie (1). En sorte qn^avec les meilleures intentions possibles, ilapubliè un livre qui devra être recommencé. Quoi qu'il en soit, c'est à M. le baron Jérôme Pichon que nous devons la première notice sur des monuments numismatiques qui intéressent au plus haut point les antiquaires de notre pays. En publiant dans notre Revue deux monnaies de Charles VII frappées à Gènes, ce savant a bien voulu m'associer dans la plus large mesure àTeïpression de son opinion, et. Tannée d'ensuite, l'empreinte d'une monnaie appartenant à M. de Kœhnc, m'a fourni l'occasion de revenir sur le même sujet (2). Charles VIII n'a point possédé Gènes. La vaine tentative quVn 1495 il fit, à la sollicitation des Fregosi et des Ficschi, ne lui donna pas même entrée dans la ville. On a des monnaies do Paolo Fregoso, doge qui gouverna la République depuis 1483 (année de l'avènement de Charles VEI) jusqu'en 1488, époque à laquelle Gênes tomba au pouvoir de Jean Galéaz Marie Sforza, duc de Milan et ennemi des Français. Ce ne fut qu'en 1 499 que les Génois se donnèrent encore une fois au roi de France, qui était alors Louis XII, et qui venait de conquérir le duché de Milan. Tout cela est de l'histoire connue, et d'ailleurs, pour les numismatistes, la mémoire de ces faits se trouve renouvelée par les articles précités. Cependant, des catalogues qui visent à paraître rédigés avec un certaih soin, n'en continuent pas moins à nous montrer de temps à autres des monnaies génoises attribuées â Charles VUI. Il ne faut jamais se lasser de combattre la routine, et je crois devoir donner aujourd'hui la description d'une série nombreuse de monnaies franco-génoises qui, par sa masse, frappera peut-être plus l'attention que les excellentes observations présentées par M. J. Pichon (3).
(1) Voir pour ces diverses monnaies, Muratori, De monetis liai,, tab. XV, n* 36. — Bellini, De monetis Italix disset^latio, 1755, p. 51. — De mon, Italie postrema dissertatio, 1774, p. 30, pi. VI et pi. XIX. — Caronni, Ragguaglto del viagg. comp. di un dit. antiquario^ Milan, 1805, pi. XII, n<* 81, p. 183 (part. 2\ « Lelewel, Num, du M, A.^ pi. XIV, n<* 48.
(2) Monnaies frappée» à Gènes sous Charles VII; Revue num,, 1864, p. 200. — Monnaie de Charles VI frappée à Gênes; Revue num., 1863, p. 178. —P. 250 du présent volume.
(3) Pendant qu'il est question des monnaies franco-italiennes, faisons re*
La série dout je vais parler se compose de monnaies d'or et d'argent conservées dans les collections génoises. J'en avais pu étudier sur place une bonne partie en 1861, grâce à la parfaite bienveillance de M. Luigi Franchini. Depuis cette époque, M. Franchini et M. Gaetano Avignone, possesseur d'une collection dès longtemps célèbre, ont eu la bonté de m'envoyer des empreintes, des renseignements, et je suis heureux d'en pouvoir faire profiter nos lecteurs.
C'est, on le sait, à Conrad II que les Génois doivent le droit de battre monnaie, « jus monete quod antc non habuerant, » ainsi que le dit la charte de concession accordée au mois de décembre 1138 (1). Pendant cinq siècles le nom du roi des Romains demeura constamment sur la monnaie, alors même qu'elle était fabriquée sous le gouvernement des rois de France ou des ducs de Milan. Ce fut seulement en 1638, au temps du doge Agostino Pallavicini, qu'on fit disparaître cet intéressant témoignage de gratitude, qui était en même temps une excellente marque commerciale.
Lorsque Charles VI prit possession de Gênes en 1396, on frappait dans cette ville, depuis plus d'un siècle, des genotini d'or sur lesquels on lit : CONRADVS REX ROMANORVM, le dernier mot écrit sans abréviation. Ces pièces offrent le type de la cité (lay«m/«), et la croix, placée dans un entourage épicycloïdal décoré de trèfles et de petites roses (2). Or, la monnaie de Charles VI qui nous paraît la plus ancienne (pi. XVI, n** 1), présente exactement le même type; le nom du roi de France est seulement substitué au titre du doge; un peu plus tard, la légende du côté de la croix est abrégée, on y lit : ROMANORS
marquer qu on trouve encore dans des catalogues portant les dates de 1867 et 186S des monnaies de Charles VUI attribuées à Aquilée, ville du Frioul^ sur laquelle ce prince n'a jamais exercé aucune souveraineté. Les monnaies d'Aquila, dans TAbruzze, ont pourtant donné lieu à des publications bien connues, sans compter qu'il a deux siècles. Le Blanc a très correctement indiqué cette ville dans son Traité, à l'article de Charles ViU.
(1) Gandolfl, Mon, di Genova, t. I, p. 222.
(2} La janua ou type parlant de Gênes, au sujet de laquelle on a imprimé tant de choses bizarres, apparut d'abord sur la monnaie d'or et d'argent, entourée de cette simple légende : -(- lANVA.
système qui durera jusqu'au moment où Ijécu au soleil d'Antoniotto Adorno viendra succéder au genovino. En cuire, sur chacune des deux faces, l^enlourage épicycloïdal fut orné de huit fleurs de lis qui remplacent les trèfles et alternent comme ceux-ci avec des roses. Cette disposition, abandonnée ensuite, lorsque le nom des doges reparut sur la monnaie, et bien entendu aussi pendant le gouvernement des ducs de Milan, ne fut pas renouvelée sous Charles VU, ainsi qu'on le verra plus loin.
CriAttLES VI (I:i9()-I409).
N" 1. +K.R€X:FRANCOR'.D.IANV€:R. Jamia oxx porte df Gènes, dans un entourage épicycloïdal composé du huit arcs do cercle et orné de huit trëOes alternant avec des roses.
% +CONRADV.R€X:ROMANORVM:P. Ci-oix pattée dans un entourage semblable à celui du droit. — Genovino. Or. Poids, 3k%540 et 38',34o. Collections de MM. Gaetano Avignone et Luigi Franchini. (PI. XVI, n" 1.) ,
N» 2. +K.R€X:FRANCOR:D:IANV€:n. Porte de Gènes, dans un entourage orné de trètles alternant avec des roses.
1^. +CONRADV'.R€X:ROMANOR'.S. Croix pattée dans un entourage semblable à celui du droit. — Gonovino. Or. Poids, 3«',520. Collection de M. L. Franchini. (PI. XVI^ n" 2.)
N° 3. Autre. A la fin de la légende du droit, P.
^1 A la tin de la légende du revers, S. — Genovino. Or. Poids, 3K',457. CoUecUon de M. G. Avignone. (PI. XVI, n" 3.)
N" 4. + K:R€X : FRANCOR'. D:rANV€ : G. Porte de Gènes dans un entourage orné de huit fleurs de lis alternant avec des roses.
iï. + CONRADV. R€X : ROMANORV: R. Croix pattée dans un entourage semblable à celui du droit. — Genovino. Or. Poids. 3B',335. Collection de M. G. Avignone. (PI. XVI, n» 4.)
N" 8. +K:R€X:FRANCOR".D:IANV€:A. Entourage orné de (leurs de lis et de roses.
^. +CONRADV.RCX: ROMANOR'.L. — Genovino. Or. Poids, 38'",563. Collection de M. L. Franchini. — Même poids, exem-
ROIS DE FKANCK. ' 367
plaire de M. G. Avignone. — Autre. Poids, 38%557. Mènii' collection. (PI. XVI, n° S.)
N<» 6. 4 K.ReX:FRANC0R\D:IAN€(5«c):ïn. Entourage orné de huit tleurs de lis alternant avec des roses. <
f^., CONRADV\R€X:ROMANORM.. Croix pattée dans un entourage semblable à celui du droit. Genovino. — Or. Poids, 3^,520 et 3^%344. Deux exemplaires dans la collection de M. L. Franchini. — Un exemplaire dans la collection de M. G. Avignone. Poids, 3»%557. (PI. XVI, n« 6.) (1).
Si nous ajoutons à toutes les pesées relevées par les possesseurs des monnaies qui viennent d^être décrites, le poids de 38%570 et de 3»%SoO fourni par des exemplaires du médaillier de rUnîversité royale de Gênes, nous obtenons pour la moyenne du genovino de Charles VI, 3ï%5403 (2). •
Après la monnaie d'or, j'ai à décrire un certain nombre de jiièces d'argent de petit module plus difficiles à étudier en raison de leur état de conservation parfois défectueux, et surtout à cause des obstacles^ que présente l'appréciation d'empreintes de plâtre ou de papier.
N« 7. +'K.R€X:F:D:IANV€:V. Écu parti, chargé d'une fleur de lis et de la porte de Gênes, avec un B en pointe.
Û. + CONRADVS:R€X:R:V. Croix pattée. — Pattachina. Argent. Poids, l^^UO. Collection de M. L. Franchini. — Exemplaire de la collection de M. G. Avignone. Poids, 1»'',370. (PI.- XVI, no 7.) Voy. Revue num., 1863, p. 179 (3).
N« 8. + K:R€X: F: D:IANV6: L. Écu chargé en pointe d'un V.
^. CONRADVS:R€X:RO. Croix pattée. — Pattachina. Argent. Poids, 1«% 150. Collection de M. L. Franchini. Autre. Argent plus fin. Poids, l^^lOO. Même collection. — Autre de la collection de M. G. Avignone. Poids, 1«%190. (PI. XVI, n° 8.).
i\o 9. + K : R€X : F : D:IANV€.L. Écu chargé en pointe d'un V.
(1) Les divers exemplaires portant la marque ÏH-L offrent tousIANEau lieu de IâNVEi altération véritablement très singulière pour des monnaies d'une exécution si soignée.
(2. Le poids moyeu de l'antique genovino à la légende Janua est suivant Gandolfi, de 3ur,511; mais l'exemplaire placé en tète de sa liste pèse 3or,543.
(3J P. 251 du présent volume.
^. +CONRADVS-R€X:R:R. Croix. — Pattachina. Argent. Poids, 18%140. Collection de M. L. Franchini. (PI. XVII, n« 1.)
N° 10. + K:R€X:F:D:|ANV€:A. Écu chargé en pointe dunL.
^, -j- CONRADVS:R€X:R:A. Croix. — Pattachina. Argent. Poids, lg'',220. Collection de M. L. Sazzo. — Autre. Collection de M. L. Franchini. Poids, lgr,140. — Autre. Collection de M. G. Avignone. Poids, 1^^,230. (PI. XVII, n«2.)
NM 1 . + K: R€X: F: Dl ANV€ : G. Écu chargé en pointe d'un G.
iV +CONRADVS:R€X:R:R. Croix. — Pattachina. Argent. Poids, igr,070. (PI. XVII, n« 3.)
NM2. CO NR AD VS. Légende coupée par les bras d'une croix pattéc, cantonnée d*une fleur de lis.
^. K, R€X:F:D:IANO. Porte de Gênes. — Pièce de 6 deniers. Argent. Poids, Ok',770. Collection de M. L. Franchini. (PI. XVII, n° 4.)
,, N** 13. Autre de la collection de M. G. Avignone, offrant un L à la fin de la légende. Poids, 08%83S. (PI. XVII, no 5.)
Je dois dire que les légendes de ces petites* pièces de six deniers sont fort peu distinctes du côté qui porte le type de la Janua.
Charles VIL
En 1409, le maréchal de Boucicaut, gouverneur de Gènes, s'étant éloigné de la ville pour se rendre à Milan, à la demande de Jean Marie Visconti, les habitants se soulevèrent; la garnison française fut massacrée ou expulsée, et ToYî proclama capitaine général Théodore , marquis de Montferrat , qui avait fomenté ce mouvement. Mais cçlui-ci étant allé à Savone en 1413, les Génois profitèrent de ^on absence pour chasser son lieutenant et ils élurent un doge Trois magistrats gouvernèrent successivement le pays avec ce titre ; puis, en 1421, rÉtat fut conquis par Philippe Marie Visconti, duc de Milan. Bellini nous a fait connaître l'empreinte des monnaies génoises d'or et d'argent de ce seigneur. Au bout de quinze
ans, les Génois secouèrent le joug milanais, et en 1436, ils en revinrent aux doges électifs. Mais, en 1458, le doge Pietro Fregoso déteraiina ses concitoyens à se placer sous la domination de Charles VII. Des ambassadeurs furent envoyés au roi de France qui, ayant accepté leurs propositions, lit partir Jean d'Anjou, duc de Lorraine, avec des troupes; et le fils du roi René prit possession de Gènes le 11 mai 1458. Charles VII mourut le 22 juillet 1461. Mais dès le 12 mars, tandis qu'en Tabsence du duc de Lorraine le commandement de la ville avait été laissé à Louis Vallier, les Génois conférèrent le titre de doge à Prosper Adorno. Malgré les secours que René d'Anjou avait amenés par mer, les Français durent abandonner Gènes qui élut coup sur coup plusieurs doges. En 1464, Louis XI céda tous ses droits sur Gênes à François Sforza qui fut proclamé souverain; Gènes appartint encore aux Milanais jusqu'à la mort de Galéaz en 1476. Je ne poursuivrai pas plus loin la mention des vicissitudes génoises. Mais il était nécessaire de tracer le cadre historique dans lequel vont se placer les monnaies de Charles VII. Entre 1409 et 1458, deux variantes se sont introduites dans le type des monnaies. Sur le genovino d'or de Raffaele Adorno (1443-1447), nous trouvons le nom de jConrad écrit COnRADVX, et nous voyons cette forme orthographique se continuer jusque vers la liu du siècle. Ainsi, par exemple, on peut citer comme jalons dans cet espace de temps, les pièces suivantes :
Raffaele Adorno (1443-1447) : R:A:DVX:IAnV€:XXII.
% COnRADVX:R€X:ROïnAnOR 1.
Lodovico Fregoso (1448-1450) : LC.DVX.IAnven.'XXV.
â. COnRADVX:R€X:ROïnAnOR:
Pietro Fregoso (1450-1458) : P:C:DVX:IAnV€n:XXVI;
iî COnRADVX:R€X:ROïnAnO:
Prospero Adorno (1461) : P:A:DVX:IAnV6N:XXVII.
iV COnRADVX:R€X:ROmAnOR:C.
Galeazzo Sforza (1466-1476) : G:S:DVX:Jn€DIOLAn:D:IAn.
i^: COnRADVX:R€X:ROJnAnOR.
Paolo Fregoso (1483-1488) : P:CA:CAR:Z:DVX:IAn:XXXI.
370 MONNAIES DE CHARLES VI ET DE CHARLES Vil,
i\. conRADvxnexROîn.ii (i).
Il faut ajouter à cela que les caractères romains M et N qui se remarquent sur les monnaies de Charles VI, ont disparu pour faire place à m et H. Les A et les V ont une nouvelle forme.
La seconde particularité que j'ai à relever sur la monnaie du XV® siècle, est la présence du monogramme de Jésus IhS, gravé au-dessus de la Jcmtia des gros d'argent. Ce signe apparaît sur une monnaie de Pietro Campo Fregoso (1450i4o8)\ qui précède immédiatement la seconde entrée des Français (2), et il se retrouve sur le gros de Lodovico Campo Fregoso (1461-1462), frappé après la sortie de Louis Vallier.
On ne sera don^ p^s étonné de vojir sur les monnaies d or de Charles YII le" nom CODRADVX, et sur sa monnaie d argent le monogramme de Jésus, qui constitue un excellent critérium pour la classification de ces pièces, puisqu*il n*a élé manifesté par saint Bernardin de Sienne qu'en 1423, et qu'il lui fallut quelque temps pour pénétrer à Gènes (3). Les espM^s émises par Charles YII étant ainsi facilement séparées de celles qui appartiennent à Charles VI, on remarquera encore qu'elles offrent comme initiale du nom royal, non plus un. K, mais un C. Cette notion, qui nous est fournie par les genoT^i^^^' et par les gros d'argent, s'appliquera à la classification <1«^
(1 ) Dans le placard d'Anvers, Dongheualueerde gouden endesilueren Munte, ^^ ^^'\ 157o, fol. 30 recto, no» 2 et 3, comme dans le placard de la Haye, Handt^^*^^^^ inhoudende die Weerde... van aile gevalueerde ende ongevaluerde Munte^ * S"^? fol. 4, n*»» 11 et 12, on trouve la figure des deux genoviui de Pietro C^*^*^^*' Fregoso, DVX XXVI, et du cardinal Paolo Campo Fregoso, pièce qui por^* '^^ januaf ^accostée d'une guivre et d'un chapeau de cardinal. Sur ces ^^ * monnaies, ou lit CONllADVS; mais il faut se rappeler que les graveur^ ^^' ciens (par exemple, cehii de Muratori), n'ont pas fait attention â la ncr^-*"^^® CONRADVX', inscrite sur d'autres iiièces. •
(2) C'est à tort que M. Reichel attribuait cotte monnaie à Prospero Ad<:>*'^^» Die Reictielsche Mùnzsamml.^ t. IX, p. 313.
(3) Aux renseignements sur le monogramme de Jésus que j'ai déjà dc^^^**^* dans la RevuCj 1860, p. 393 (p. 178 du prés, vol.), je puis ajouter que dsLïi^ '^ Galleria di belle arti^ à Florence, on voit (salle des petits tableaux, a** "*"*'' un portrait en pied de saint Bernardin, exccuUî vers le milieu du xv« ^iéole. Le saint tient un cal'tel sur lequel est inçcrit le monogramme en lettres S^" Ihiques, tel que nous le voyons sur nos mércaux. Le panneau porte, ^"'^ outre, cette inscription : + MANIFESTAVI NOME? TVV3 (JENÏIBVS.
ROIS DE FRANCt:. 37J
menues monnaies. Sur toutes les pièces de cette seconde période, le sommet des tours de la Janua est bifurqué.
N** 14. :C:R€X:FRAnCOR:D:lÀnil-: Porte génoise surmontée d'une grosse fleur de lis, dans un entourage composé de huit arcs de cercle, ornés de petits trèfles.
I^. + :COnRADUX:R€X:ROJnAnO:P.- Croix pattée dans un entourage de huit arcs de cercle ornés de fleurons. — Genovîno. Or. Poids, 3k%510. Collection de M. G. Avignone. — Autre. Poids, 3^',530. Collection de M. L. Franchini.{Pl.XVlI, n^'ô.)
NM5. :.C:'R€X:FRAnCOR:D:|AnU€-: Porte génoise surmontée d'une fleur de lis, dai^s un entourage.
1^. + COnRADUX:R€X:ROînAnOR:A: Croix pattée dans un entourage. — Genovino. Or. Poids, S^^'j^OO. Collection de M. L. Franchini. (PI. XVII, n<» 7.)
N-» 16. C.R€X:FRA:COR:D.IAn. Porte génoise.
î^. IhSCOnRAD.ReX.ROP. Croix pattée. — Gros d'argent. Poids, 2^%600. Collection de M. G. Avignone. (PI. XVll, n° 8.)
N*» 17. lhS:C:R6X:FRA:C0R:D:IAri. Porte de Gènçs entre deux fleurs de lis.
% :COnRAD:R€X:RO:P: Croix pattée. — Gros d'argent. Poids, 3^',250. Collection de M. Jérôme Pichon. (PI. XVII, n° 9. )
N*' 18. C:R:F.*D:IAn {Carolus rex Francorum, dominas lanuœ). Porte surmontée d'une fleur de lis.
iV CO DR AD. Légende divisée par les bras d'une croix pattée.— Billon. Poids, 0r%450. Collection de M. L. Franchini. (PL XVII, nMO.)
N^ 19. Autre avec la marque €.— - Billon. Poids, 08^4o0. Collection de M. G. Avignone.
N*» 20. Autre avec la marque A. — Billon. Poids, 08^%S28. Collection de M. G. Avignone. (PI. XVII, n*» 11.)
Je n'ai encore rien dit touchant les lettres isolées qui sont inscrites sur toutes ces monnaies, soit à la fin des légendes circulaires, soit, quand il s'agit des petites pièces d'argent de Clmrles VI, à la pointe de Técu. C'est ici que je dois avoir recours aux reuseignements qui m'ont été donnés par M. G.
Avignone; mais en même temps il me sera permis d'exprimer tout le regret que j'éprouve de n'avoir pu, lors de mes divers voyages à Gênes, trouver le loisir de faire dans les archives et dans quelques autres collections de documents, des recherches qui m'eussent mis à même de traiter la question plus minutieusement.
On remarque sur les genovini de Charles VI des lettres pla- ' cées après chaque légende et qui, suivant l'usage italien, doivent indiquer des noms d'hommes. Eu les extrayant, un obtient : R.P. — n.S. — P.S. — G.R. — A.L. — M.L. Lès pattachine, portant en pointe de l'écu une troisième lettre, nous fournissent V.(B).V. — L.(V). — L. (V).R. — A.(L).A. — G.(G).R. Sur les genovini et les gros de Charles VII, on n'observe qu'une seule lettre placée au revers, un P ou un A.
M. Gaetano Avignone m'a donné la liste suivante des soprastanti alla zecca ou duumvirs monétaires génois pendant le XV® siècle, extraite des archives de la Banque de Saint- Georges^
Bernardus de Palacio, élu eu .......... . 1404
Vrbanus Marchexanus 1404
sAndreolus de Nigro 1405
Lucius de Rapallo 1405
Petrus Bonfilio 1458
Enricus de Porta 1460
Augustinus de Facio. . 1461
On en peut conclure que le genovino d'orgravjé sous Ien"5 de la pi. XVI, lequel porte les marques A-L, a été frappé en 1405, sous la surveillance de Andreolo di Negro et de Lucio di Rapallo, Quant aux paitachine, l'explication de leurs différents est moins facile, parce qu'il se présente parfois des combmaisons de trois lettres, et que rien jusqu'à présent ne nous permet de déterminer à qui nous devons attribuer la marque placée en pointe de l'écu. Pour les genovini et les gros de Charles VII, les différents P et A indiquent les noms de Pjetro Buonfiglio (1458) et de Agostino di Facio (1461). Il est à re-
marquer que sur les espèces émises pendant la souveraineté de Charles VI, les lettres des monétaires sont d'une forme plus récente que celle des caractères eniployés pour la légende ; ainsi k côté des antiques M et N qui rappellent le xin* siècle plutôt que la fin du xiv®, on trouve TM et m que les soprastanti se croyaient libres d'employer, sans porter atteinte h la beauté traditionnelle du type.
Voilà tout ce que j'ai, pour le moment, à dire sur les monnaies des rois de la maison de Valois frappées à Gênes. C'est encore bien peu; mais autour de ce résultat élémentaire, viendront bientôt se grouper des documents nouveaux, des descriptions de monnaies inédites. C'est un sujet qui a été tenu un peu de côté par les écrivains italiens, et tout h fait négligé par les historiens de notre pays. Il est permis d'espérer, qu'avertis par l'existence bien constatée des monnaies décrites ici, ces derniers accorderont un peu plu^ d'attention à la chronique des Français en Ligurie».
(Extrait du tome XTII (nouvelle série) de la Revue numismatique,
1868, pp. 34U-356.)
(PL. XVIIl.)
Les deniers de Charlemagne réunis, sur la pi. XVIII, ont été recueillis en 1868, près de Sarzana, dans les propriélos do M. le marquis Angelo Alberto Remedi, qui a bien voulu nie faire part de celle découverte en m'envoyant d'excellentes empreintes prises par lui-même avec tant d'habileté que je puis me permettre de parler de ces monnaies à peu près comme si j'avais vu les originaux. Je ne saurais trop remercier M. llemedi de m'avoir obligeamment autorisé à décrire des pièces si intéressantes. J'ai cru devoir les faire graver toutes pour qu'on pût se former une idée très exacte de la composition d'un dépôt de monnaies carlovingiennes enfoui dans le voisinage des frontières de la Toscane, sur le site de l'antique Lùni. Les deniers, à ce que m'apprend M. le marquis Remedi, sont pour la plupart à fleur de coin; ils doivent donc fort probablement avoir été retirés de la circulation peu de temps après leur émission.
Le n"* 1 est frappé à Duersted, DORSTAD. C'est une des nombreuses variantes que présente la monnaie do cette localité; seulement, il est rare que la légende soit si régulièrement tracée. (PL XVIII, nM.)
Le n*> 2 porte le nom de Mayence, MA&0[nCta]C[u]S, en partie réduit à ses consonnes caractéristiques. On y remarque deux petites croix pommctées qui appartiennent à Test du royaume des Francs. Il a été recueilli h Sarzana un second denier de Mayence dont le bord est un peu fracturé. Du côtq du nom royal, il ne porte pas la croix pommetée; TO de Carolus n'est pas réduit à Fétat de point; il a des dimensions égales à celles du caractère O qui se voit au droit du denier de Duersted.
Dans le nom de la ville, tel qu'il est écrit sur les deux exemplaires, le caractère O placé au-dessus du G est complètement annulaire; il n'a pas la forme voisine de celle du D que présentent d'autres deniers évidemment frappés dans la même ville. (Voir, par exemple, Rev. mon., 1858, pi. XIII, n° 34.) Cette forme, pourtant bien connue des diplomatistos,. a trompé M. Ileinrich Ph. Cappe, qui a cru devoir attribuer à Magdebourg'dc;? deniers sur lesquels il avait lu MAODahm/ CivitaS (1). Mais, outre que CS n'est pas Tabrévialion de Civitas^ il est indispensable de rappeler, que, sous le règne de Charlemagne, ce titre n'appartenait pas à Magdebourg, qui ne devint Civitas qu'au x« siècle. Les premières monnaies do cette ville ne portent même pas le titre auquel elle avait droit depuis qu'elle était devenue le siège d'un évêché (2).
La pièce qui vient ensuite (pi. XVIII, n° 3), nous montre la légende SCI MARTIN disposée circulairement autour d'une rosace. On pourrait être tenté de l'attribuer à Saint-Martin de Tours; mais le type central ne s'est pas encore trouvé sur dos monnaies frappées dans la région à laquelle appartenait la célèbre abbaye. Il est connu sur des deniers de Lucques, de Trévise, de Parme, et sur un denier publié par feu M. Rethaan Macaré, monnaie qui, au revers du nom CAROLVS en deux lignes, présente la légende SCE MARI, en caractères sem-
(1) Die Mûnzen der deutschen Kaiser und Kœnige^ Dresde, 1848, 1. 1, p. T».
(2) J. G. Leuckfeld, Histor, Beschreib. vicier Blechmùnzen, 1723. — Lelewcl, Num. du moyen âge, t. II, p. 138. — Cnppe, Die Munz. der deuisch. K., t. I, p. 67. — Bode, Das wUere Mtmzwesen der Niedersachsens^ 1847, pi. I, n" 10. — Voir le Pépin de Mayence publié par M. R. Macaré, Revue Hum., 18i>8, p. 457.
blables à ceux des deniers du pape Léon III (793-816), c'est-àdire munis de longs apices en forme de croissant (1); cette pièce doit avoir été fabriquée dans un monastère d'Italie.
La classification du n" 4 offre aussi de grandes difficultés. La légende SEN peut s'appliquer à divers noms géographiques, à celui de Sens en premier lieu (2). Comme le style de ce denier est assez analogue à celui de la monnaie florentine publiée dans cette Revue par le R. P. Tonini (3), et ne s'éloigne pas non plus beaucoup de ce que nous ont fait connaître les deniers de Parme et de Lucques (4), on serait peut-être amené à considérer SEN comme l'abrégé de Sena, Sienne. Mais il semble que le graveur aurait, pour exprimer le nom de cette ville, facilement trouvé une combinaison plus intelligible, soit par exemple en traçant une barre horizontale entre les jambages de l'N, ce qui en eût fait le monogramme NA (5), soit en diminuant quelque peu la dimension des caractères, afin de pouvoir ménager la place du mot entier.' SEN, comme abréviation, conviendrait mieux au nom de cette ville des Sénonais d'Italie qui, dès le temps de Strabon et de Plijne, se nommait déjà Senogallia (altération de Sena Gallica) (6).
Charlémagrie passa à Senogallia en 800, puisqu'il se rendit de Ravenne à Ancône. C'est à Éginhard que nous devons ce renseignement : « Mense auguste inchoante Mogonciacum veniens, generalem conventum ibidem habuit, et iter in Italiam condixit : atque inde profectus, cum exercitu Ravennam venil, ibique septem non amplius dies moratus, Pippinum filium
(1) Tweede Vet^handeling over de àij Domburg gevonden Munieriy Middelburg, 1856^ pi. ni, n« 14.
(2) Ck>mparez avec les deniers de Lyon portant la légende LVG ; Revite num,, 1856, pi. V, n» 2, et 1858, pL XHI, n» 42. — PI. V, n<» 2, du t IV des Œurres de A. de Longpérier et pi. III, n» 42 du présent volume. ,
(3) Revue, num,, 1863, p. 124.
(4) Revuenum., 1856,pl.V,n« 12(pl. V, n» 12, du tome IV dts OEuvf^esdeA. de L.\ et le denier de la collection de M. Massagli; Revue num., 1861, pUXIX, n« ^.
(5) Voir la manière dont les noms BREMA et fiONA sont écrits en une seule ligne. Lelewel, Num, du moyen âge, aUas, pi. XVIIÏ, n" 32. — Mader, Kn'L Beytr. zur Mûnzk., t. I, pi. I, n 9, — Bode, Das xlL Mûnzw., pi. 1, n«? 7 et 9.
(6) Strab., Geogr,, lib. V, édit. de Casaub., p. 157 ; édit. de U Porte du Theil. t. Il, p. 176. — Plin., Hist, nat, lib. III, c. XIX, 2.
suum cum eodem exercitu in terram BeneventanorQm ire jussit; movensque de Ravenna simul cum filiô, Anconam usque pervenil; quo ibi dimisso, Romam proficiscilur (1). » A cette époque le fils de Pépin portait toujours le titre de roi des Francs.
Le type du n° 5 est encore royal; mais il diffëre de ce que nous connaissions jusqu'à présent. Au droit, CAROLVS en deux lignes; au revers, RX FRA. Les caractères sont agencés de façon que le milieu du champ est occupé par trois hastes verticales, pendant que le premier jambage de TRet le second jambage de l'A s'écartent obliquement en se faisant pendant l'un à l'autre. Cette pièce me parait être de fabrique italienne.
J'en dirai autant des sept deniers qui suivent (pi. XVIII, n" 6 à 12), tous de coins différents, mais de même style.
Au droit, CAROLVS en deux lignes ; au revers, IMPER RX F, caractères disposés en groupe, à peu près comme sur le n® 5, mais avec une addition qui en modifie profondément le sens. Les lettres M.P.E précèdent Ï'R. L'I se trouve compris dans le premier jambage de TM. Le monogramme fP (IMF), formé d'un M* auquel s'attache la boucle d'un F et sans I séparé, est très fréquent dans la numismatique papale à l'époque des Carlovingieris (2). On le retrouve aussi à Venise sur ces deniers qui portent la légende DS CVNSERVA ROMANO IMF. {Detis conserva Romanorum imperitim) {3). On sait, en outre, que le monogi'amme des papes nommés Jean se compose d'un H dans lequel une barre oblique forme un A et un N, plus
'(!) Annal. Franc; KaroL anno DCCC.
(2) Le Blanc, Dissert, hist. sur quelques monn. de Charlemagnej etc., 1692, p. 41, n"» 1, 3, 4, 6 à 9. — Vignoli, Aniiquiores Pont, Rom. denarii^ Rome, 1709, p. 22, n»» 1 à 3; p. 27, n« 1; p. 30, n» 2; p. 32; p. 34, n»« 1, 2; p. 39, n° 1 ; p. 40 ; p. 44, ii°" 1, 2; p. 49. Dans]rédition de 1734, augmentée par Fioravante, Toir p. 27, 30, 37, etc. — Muratori, De moneta, édit. d'Argelati, Milan, 1750, pi. I, n»» 7 à 10, 13, 14; pi. II, n«»« 16 à 18, 23, 24, 27, 28, etc. — Garampi, De num. arg, Bened. Itï^ Rome, 1749, vign. du litre et pi. n«» 7 à 10, 13. — Acami, DelC origine ed antichità délia zecca pont., Rome, 1752, pi. I, n*^ 7 k 10, 12; pi. H, n»" 14, 15, 17 à 19, 24, etc — Dom. Promis, Monete dei Rom. Pont., Turin, 1858, pi. H, n" 13; pi. III, n»« 1 a 4, 6, 11 ; pl^ IV, n°" 1 à 8, H; pi. V, n»» 2 a 4, 8 à 10, 12; pi, VI, n»» 1 à 3, 6 à 9 ; pi. VIÏ, n" 8, 9.
(3) Revue num., 1837, t. H, pi. VIII, no 20.
un O et un S détachés, et que Fl, caractère initial des plus importants, se trouve fondu dans la première haste de l'H (1).
Au reste le denier que j'ai placé sous le n" 12 nous montre un I posé au centre de TM. La première partie do ÏR qui donne un P très net dispensait le graveur de figurer ce dernier caractère, comme on le voit dans les n°' 6 et 7. Que le lecteur veuille bien examiner avec quelque soin les monnaies clas- *sées sous les n*' 6 à 12, et il jugera, mieux que par tout ce que je pourrais ajouter, de l'intention qui a présidé à l'arrangement du monogramme en ses variantes. L'aspect du groupe n'est pas sans analogie avec celui qu'offrent les deniers d'argent à double monogramme émis à la même époque par Grimoald, duc de Bénévent (2).
Les sept pièces de Sarzana ont été frappées après le 23 décembre 800, premier jour de Tannée 801 suivant le comput français. ^
En ce jour-là, dit Éginhard, le roi vint à la Basilique du bienheureux apôtre Pierre pour assister à la solennité de la messe ; au moment où il s'inclinait devant l'autel pour prier, le pape Léon lui posa une couronne sûr la tête pendant que tout le peuple des Romains s'écriait : « Earolo augusto, a Deo coronato, magno et pacifico imperatori Romanorum, vita et Victoria! » Ensuite, Charles quitta le nom de Patrice, porta ceux d'Empereur et d'Auguste : « Ac deinde, omisso Palricii nomine, Imperator et Augustus appellatus (3). »
Ce récit est entièrement confirmé par les documents diplomatiques. On lit d'abord en tête des chartes : « Karolus gratia Dei rex Francorum (769 à 774), Karolus gratia Dei rex Francorum et Langobardorum ac patricius Romanorum (774 à 800). » Puis, après le couronnement : « Karolus divino nulu coronatus, romanum gerens imperium, serenissimus Augustus (801); Carolus serenissimus Augustus, a Deo coronatus,
(1) Voir les deniers de Jean VIU, dans Le Blanc, Disserl, hist., p. 41, n»* 1 et 2. — Ceux de Jean VIII, Jean IX, Jean X, dans Promis, Mon, dei Rom. Poni,, pi. IV, no- 10 cl 11 ; pi. VI, n« 2, 3; pi. VII, n»» 8, 9, 11, 12.
(2) Rev. num,, 1841, pi. HI, n»« 7 à 10, — Conbrouse, aUas, pi. 162, n»» 6 et 7.
(3) Annal. Franc, anno DCCC.
magnuSy pacificBs imperator Augustus, romanumque guber-^ nans imperium qui et per misericordiam Dei rex Francorum ^tque Langobardorum (802 à 813); imperalor Caesar Karolus, rex Francorum invictissimus, et romani reclor imperii, pîus, felix, et triomphator sqmper Augustus (806) (1). »
On le voit par ces exemples, qu'il serait facile de multiplier en donnant des variantes de formules dues à des interversions d'épithètes, Charlemagne avait l'habitude de joindre à son titre d'empereur celui de roi des Francs, et nous connaissions déjà depuis bien longtemps les deniers à effigie sur lesquels on lit : D.N. KARLVS IMP AVG REX F ET L {Dominm noster Karlus imperator augustus rex Francorum et iMngobardorum), Nous ne devons donc éprouver aucun étonnement en trouvant sur les monnaies découvertes à Sarzana la réunion des titres imperator et rex Francorum (2).
Cette réunion sur la monnaie portant le nom CAROLVS en deux lignes, n'est même pas un fait nouveau. Il y a trente ans, M. Rethaan Macaré a publié un denier, au revers duquel on remarque urt monogramme presque semblable à celui de notre pièce gravée sous le n° 10, mais de plus ^petite dimension. Le savant néerlandais y lisait : M.R.F. (Magnus rex Francorum) (3). M. Conbrouse a reproduit l'image de cette monnaie, en n'y relevant que Rex Francorum, sans expliquer la présence du caractère M (4). Il ne pouvait pas, en effet, chercher le titre Magnus sur une pièce qu'il croyait frappée avant l'époque où Charlemagne devint empereur ; car il faut observer que l'opinion émise sans développements par M. Macaré impliquerait l'attribution du denier qu'il a publié à un temps
(IJ Voir les chartes et leltres rapportées m extenso par dom Bouquet, Rec. des hist, de France, t. V, p. 712 et suiv. — Baluze, CapiL^ t. I, p. 417, 439, 446, 461, 483, etc.
(2) Sur un denier de la collection de M. Asselin, à Cherbourg, on lit : + LOTHARIVS RIX IMPI. Conbrouse, CataL des monn, nat., n» 332.
(3) Verhandeling over de bij Domburg gevondene Munten^ Middelburg, 1838, pi. m, n« 60 et p. 26.
(4) Atlas, pi. 163, n» 1. — La même planche porte dans les tirages successifs les n«* 60, 158, 8. Voir la description du denier dans le Décaméron numismatique y p. 162,
postérieur au 25 décembre 800. Aussi bien dans les chartes données par le souverain que dans les acclamations des Romains, magnus est un adjectif d^imperator. Il en est de même dans Tépilaphe inscrite sur le tombeau d'Aix-la-Chapelle et rapportée par Éginhard, comme aussi dans les plus anciens textes en langue vulgaire, témoin le premier vers de la célèbre chanson de Roland :
Caries li reis, nostre emperere magnes.
D'illustres érudits ont déjà fait remarquer que le fils de Pépin n'a jamais été appelé Carolus magmis de son vivant. Smaragdus, abbé de Saint-Mihel, en énumérant. peu de tempa après la mort de l'empereur, les titres et épithètes qui lui étaient donnés, ne cite même pas magnus (I). DorîT Bouquet résume la question en ces termes : « Carolus dicitur magmis . imperator, sed nunquam Carolus magnus, qui nempe titulus ille eidem noAnisi post mortem datus est (2). »
On ne doit pas oublier que dans leurs lettres les papes ont employé les formules suivantes : « Domno excellentissimo filio Carolo régi Francorum et patricio Romanorum. » (Episl. Adriani, anno 769.) Mêmes expressions avec l'addition « et Langobardorum. » (Epist. Adr., 774 à 780); « Domno excellentissimo filio, nostroque spiriluali compatrî Carolo régi Francorum et Langobardorum ac patricio Romanorum » (781 à 790 ; après que le pape Adrien eût été parrain de Pépin fils de Charles). Enfin, après le couronnement : « Domino piissimo et serenissimo, victori ac triumphatori filio, amatorî Deî ac Domini nostri Jesu Christi, Carolo augusto. » (Epist. Leonis pp. annis 806, 807, 808) (3). Ce n'est pas encore là qu'il faut chercher le titre magnus rex.
Ainsi donc, si M. Macaré ne s'était pas trompé dans son interprétation, son denier de Charlemagne devrait être rangé parmi les monnaies de l'Empire. Mais si le graveur qui a
(1) Mabillon, Vet, analect,, t. V, p. 420.
(2) Rec, des hisL de Franf^e, l. V, p. 101, note.
(3) Voir la série des lettres pontificales, Rer, des fiist. de Fmnce, t. V, p. 537 et suiv., 560 et sniv., 597 et suiv.
exécuté les coins à l'aide desquels cette monnaie a été frappée avait voulu indiquer Téphlièle Magnus, il eût tracé le caractère M isolé. La combinaison qu'il a adoptée n*exprime que ces titres IMPERator REX FPancorum. (Voyez pi. XVIII, n° 13.) ^ J'ai publié il y a douze ans la figure de deux deniers qui appartiennent à la même série {Revue num.^ I836,pl.V)(l). L'un faisait partie de la collection de feu M. Gouaux. Je l'avais étudié sur une empreinte, et n*y avais vu, comme le rédacteur du catalogue, que les lettres ERXF (pour REX F); mais depuis que je connais les deniers recueillis par M. le marquis Remedi, j'ai recherché cette empreinte, à défaut de la pièce originale, et j'y ai retrouvé la trace incontestable, quoique faible d un M qui unit l'E à l'R (voy. pi. XVIII, n** 14). En somme, cette pièce est tout à fait de la même fabrication que celle de M. Macaré, bien que ce ne soit pas le même exemplaire. Ce rapprochement ne m*eût peut-être pas échappé en 1856, si j'avais possédé alors les ouvrages du savant numismatiste de Middelburg.
La seconde pièce appartenait à feu M. Fr. Troyon, qui l'avait trouvée en 1842, dans la 204^ tombe ouverte par lui lorsqu'il explorait le cimetière antique de Bel-Air, près Cheseaux (canton de Vaud). Sur les dix pièces que contenait la sépulture, sept portaient le type que j'ai figuré sous le n° 9 (pi. V de 1886), mais elles étaient de coins différents. Malheusement l'empreinte en feuille d'étain de l'une de ces pièces que M. Troyon m'avait si obligeamment apportée avec celles de trois deniers marqués de noms de villes, a été inexactement copiée par notre graveur. Il m'a donc paru indispensable d'en donner une nouvelle figure (voy. pi. XVIII, n" 15). Le monogramme est assez singulier en ce que le chevron de l'M est réduit à une ligne oblique terminée par un point, et qui s'appuie sur la haste de l'R, comme «i on avait voulu tracer un N. Il y a là probablement un effet de la maladresse du graveur de coins; mais la substitution de l'N à M sur des monnaies carlo-
(1) PI. V du tome IV des Œuvres de A. de Longpérier,
382 DEiNIERS DE CHARLEMAGiNE
vîngiennes, en particulier dans le mot imperâtor, est un fait connu (1). Je ne sais ce que sont devenus les deniers de M. Troyon, et en quoi consistaient les variétés des six exemplaires que je n'ai pas vus; mais les antiquaires qui pourraient les étudier y reconnaîtront sans doute encore le type des monnaies impériales qui viennent d'enrichir le cabinet de M. Remedi. Ainsi s'expliquera la présence de ce caractère E placé avant le groupe RX , arrangement dont Tintention de donner un pendant à la lettre F ne rendait pas suffisamment compte.
Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale a récemment acquis de M. Charvet un denier de Charlemagne qui oflVe une analogie très frappante, tant pour le style que pour le module, avec ceux qui viennent d'être découverts en Italie (voyez pi. XVIII, n<» 16); mais par la petite dimension du caractère E, il se rapproche du denier recueilli à Domburg par M. Macaré. Le chevron de l'M uni à la boucle de l'R forme arcade au-dessus de la première haste de cette dernière lettre. Le trait en arcade isolée se retrouve dans le monogramme AR du nom de Carolus inscrit sur certains deniers de Duersted. De tout cela, il résulte que les monnaies poilaiit les titres IMPER REX F présentent un nombre considérable de variantes, et qu'il doit en avoir été frappé dans des officines assez éloignées les unes des autres.
Le graveur qui a exécuté les coins des n^ H et 12 a cherché à produire des combinaisons ornementales avec les caractères du nom CAROLVS. Dans le n° H , les hastes de l'A et de TV sont presque verticales, et forment une espèce de croix avec l'intervalle horizontal laissé entre les autres lettres. Len* 12 nous montre les apices de l'A et de TV rapprochés par leurs extrémités aiguës et composant deux losanges. De pareilles dispositions n'ont pas encore été observées sur des deniers de fabrication certainement française.
(1) Je puis même iudiquer, comme exemple appartenant à lautique latinité, le mot LNPEIRATOR écrit à la première ligne de Tinscription de Paul Emile (au 188 av. J.-C] récemment acquise par le Musée du Louvre^ Bullet, de VAcad. des inscripl., 1867, p. 297, pi. annexée.
Il me reste maintenant à consigner ici l'indication des poids que M. Remedi a pris soin de releverj en nombre ronds, à ce que je pense, puisque je ne trouve pas de centigrammes dans les quantités observées.
No 1. DORESTAD l«f%20