CATALOGUE DES MONNAIES DU GOMTÉ D'ARTOIS
C'est encore à Taide d'une abréviation que M. Dewismes lit, avec raison, le nom Térouanne sur un denier de Charlemagne (p. 59). Disons quelques mots de cette monnaie. La seule figure authentique qui nous en reste est celle que Paul Petau fit graver en 1610, au bas de la planche H d(3 son recueil. Elle vient à la fin de quatre rangées de médailles gauloises placées après deux rangées do tiers do sou mérovingiens. Il est évident que plusieurs statères gaulois, ainsi que la pièce de Charlemagne, ont été réduits pour rentrer dans le module uniforme (13 millim.) adopté pour toute la planche. Le mot AVREI inscrit en tête s'applique à la majorité des monnaies, et non, probablement, à la dernière pièce miie là pour combler un vide. Le Blanc reproduit celte pièce d'après Petau, il y a tout lieu de le croire, puisqu'il dit qu'elle est d'or. Son graveur l'a un peu grandie (18 millim.); mais il n'a pas vu les barres obliques des deux N qu'il réduit à quatre hastes parallèles. Cependant Le Blanc attribue la monnaie à Térouanne, ce qui implique pour le T initial surmonté d'un trait horizontal la valeur de la syllabe TAR, Cela résulte du texte de l'auteur du Traité des monnaies dont Texplication me paraît excellente.
L'abbé Ghesquière emprunta le dessin de Le Blanc en l'altérant un peu ; il trouvait mal formés les beaux caractères du nom carlovingien. De plus, il dit que la monnaie est un denier d'argent, ce qui est fort probable; mais il n'explique pas sur quoi il fonde cette correction au travail de son devancier.
Becker qui, ainsi qu'on le sait, est mort le H avril 1830, a contrefait le denier de Charlemagne, en se servant du dessin de Le Blanc auquel il a fait quelques légères modifications suggérées par l'étude d'autres pièces de la même époque, mais en établissant les barres obliques des N dans le sens opposé à celui qu'elles ont dans la gravure de Petau (1). Ce qui est assez curieux, c'est que depuis la publication du Traité des monnaies de France^ les divers artistes chargés de reproduire la monnaie portant la légende tVv-ANNA ont imité le
(!) Pinder, Die Beckerschen faUchen Mùnzerty 1843, pi. Il, n" 298.
408 NUMISMATIQUE ARTÉSIENNE.
graveur de Le Blanc qui, en élargissant le champ de la pièce, n'avait pas pensé à conserver aux deux A leur rapport avec le bord qui les Coupe légèrement dans Texemplaire de Petau. Lelewel,.en 183S, donna un calque du dessin de -1610; mais il eut la malencontreuse idée d'y chercher le nom de Toul, Tiilhim civit. Aussi Hermand s'cst-il cru, dans son Histoire monétaire de PArtoiSy obligé do discuter cette opinion, en revendiquant le denier pour Térouanne ; son dessin est mauvais, et malheureusement M. Dewismesen a fait usage.
La pièce qui vient ensuite, attribuée à Louis le Débonnaire et à Sithiu, est un denier fort barbare qui doit avoir été frappé plus de trente ans après la mort du fils de Charlemagne, vers la fm du règne de Louis le Germanique. Afin de classer un tiers de sou d'or à TArtois, M. Dewismes admet que le mona.stère de Sithiu avait déjà pris le nom de Saint-Omer sous los Mérovingiens, puis^ il fait revivre ce nom de Sithiu pour le retrouver dans le groupe SITPAI-IICIITI. Cela manque do méthode. La répartition des deniers connus d'Arras, de Lens, de Térouanne, de Saint-Omer entre Charles le Chauve, Charles le Gros et Charles le Simple offre certains degrés de probabilité. Mais c'est là une question qui ne saurait être examinée définitivement dans un compte rendu nécessairement limité. Quant à l'attribution à Hugues Capet, d'un précieux denier d'Arras, sur lequel Hermand avait lu le nom d'Eudes, elle soulève plus d'un genre de difficultés. Je dii'ai seulement quo sur l'empreinte de la pièce que je dois à l'obligeance de M. Dewismes, je reconnais très facilement les trois caractères ODO, comme dans le dessin d'Uermand. Mais au lieu de la légende IRATIA D-l EX, je distingue fort bien qRATIA, écrit avec un G à longue queue qui devrait se retrouver dans le nom AGO, s'il existait réellement. Je laisse donc le denier à Eudes; il n'en est pas moins rare pour cela, et c'est une bonne fortune que de posséder une monnaie artésienne de ce prince.
La numismatique des seigneurs de l'Artois est*extrêmement intéressante ; elle a donné lieu à de nombreuses di$cussions dans lesquelles feu Hermand a fait preuve de beaucoup de