‹ ŒuvresChapitre 28 sur 145 · REGALIS · texte numérisé non relu

REGALIS

+ GA. COMES. PORC. Croix cantonnée d'un besant.

i^. YVEIVAS? Tèle défigurée, du type charirain. — Ùenier de billon. {PL \l,n<^ 5.)

Duby a publié un esterlinf/de Gaucher de Chàlillon avec les légendes GALCHS COMES PORC et MONET NOVA YVE. L'auteur du Traité des monnaies des barofis ajoute : « Je no sais co que signifient ces trois dernières lettres, à moins que ce no soit Ive. Tout ce que Ton sait de celte ville, c'est que l'empereur Albert permit, en 1298, au duc de Lorraine, Ferri III, d'y frapper monnaie. »>

Si, en elîet, nous consultons la Notice de la Lorraine de dom Calmct (l. Il, p. 964), nous voyons que la charte donnée par Albert d'Autriche contenait le passage suivant : « In villa Yve cudere sibi et ha^f^edibus snismoneiamliceai^Qi opus monotarii

DE DIVERSES MONNAIES BARONALES. m

exercere quemadmodum alii principes, barones, et principes illius palriâB seu provinciae faciunt et facere consueverunt. »

i< Mais on demande, ajoute dom Calmet, quelle était cette ville d'Yve et où elle était située. On convient qu'il n'y a dans la Lorraine aucune ville de ce nom..... Je croirais volontiers que la ville dTve est le lieu qui fut engagé par Marguerite de Lorraine, comtesse de Los et de Cliiny, à Louis d'Uffey, chevalier, écuyer de Liège en 1344, pour la somme de 42 livres

de vieux tournois En 1416, le duc de Lorraine, Charles II,

reprit de Tempereur Rupert la ville d'Yve avec le droit d'y

fabriquer monnaie Charles III, fils et successeur d'Antoine,

reprit encore en 1S67 de l'empereur Maximilien II la ville d'Yve et le pouvoir d'y frapper monnaie. »

M. de Saulcy est disposé à croire qu'Yve et Yvoy (aujourd'hui Carignan) n'étaient qu'une seule et rhème ville (1). Nous Sommes aussi de cet avis. Au moyen âge, on ne faisait pas Usage de l'accentuation, et Yve devait sans doute se prononcer "Vvé. Or Yvé, Yvei, Yvoy offrent trois variantes d'un même ^on comme re, rei, roy ; les formes en oy n'ayant jamais eu d ans notre ancienne langue le son que nous leur donnons au- 3 ^urd'huî. Dès le xi* siècle, le nom Yvois était en usage, puisu*on trouve dans l'histoire de Lambert d'Aschaffenbourg :

^illa Yvois in confinio sita Regni Francorum et Teutonicorum.

voy est peu distant de Relhel et de Porcien.

Gaucher II épousa, en 13i4, Isabelle deRumigny, veuve de hibaut II, duc de Lorraine, laquelle eut pour douaire la ville Me Neufchàteau, où le comte de Porcien s'empressa, comme on ait, de battre monnaie. Par un traité passé entre Gaucher et s. on beau-fils, le duc Ferry IV, en 1318, il fut convenu que endant la vie d'Isabelle, son mari frapperait à Neufchàteau es monnaies cottrsables en France, et que le duc partagerait ^»s bénéfices de cette fabrication.

Le duc de Lorraine, pour faciliter cette opération financière, ïans laquelle tout était profit pour lui, autorisa-t-il le conné-

(4) Monnaies des ducs de Lorraine j p. 36.

in DESCRIPTION

table à imiter, dans Tatelier d' Yvoy , les deniers du roi de France et du comte de Blois, ou bien Gaucher, qui s*était arrogé le droit de frapper monnaie à Neufchâteau, prétendait*il appliquer à sa femme les termes de Tacte de 1298 relatifs aux /rmtiers de Ferrj^ III ? C'est ce que nous ne saurions décider.

Quant au type blésois, il se comprend facilement sur la monnaie d*un membre de la famille de Ch/ltillon. Mais il est toujours fort curieux de le voir transporté hors de son territoire primitif.

Hknhi IV, Kvf:ocE oK Vk^din (13i2-13:>0).

+hEnRIC EPISCOP. Au centre, une fleur de lis. Autour, un cordon de fleurs de lis dans des cercles.

Revers. + MODETA VIRDVn. Croix autour; [BNEDICTY SIT N]OMEn [Dni-NRI DEI IhV XPI]. ~ Bi/fon. Bibliothèque impériale. (PI. YI,n° 6.)

Cette pièce est Timitation très exacte du gros à la fleur de lis dont Philippe de Valois ordonna, pour la première fois, la fabrication au mois de février 1340.

Il est assez probable que c'est sur une pièce pareille, mais mal conservée, que M. F. Clouet avait lu + HRI. PI. EPISCOL légende qui se comprendrait difficilement. Mais comme cet auteur n'a pas donné le dessin de la monnaie qu'il décrit, on en est réduit à des conjectures.

Henri d'Apremont a encore imité, parmi les monnaies de Philippe de Valois, outre le denier tournois que Duby nous a fait connaître, la maille blanche (1328-1330) et le gros à la couronne (1336).

La maille blanche présente, avec le type tournois, la légende €C. MONETA VRD, que M. Clouet explique parEcclesiœ nioneta virdnnensis (1). Mais il faut se rappeler qu'un esterling de Thomas de Bourlemont, évêque de Toul (1330-1353), contempo-

(1) F. Clouet, Recheixhes sur les monnaies frappées à Verdun-sur-Meuse, 1850, in-8", p. 69.

DE DIVKRSKS MONNAIES DARONALES. 12:ï

raîn d'Henri d'Apremonl, porte €C. MONETA NOSTRA (1), et qu'on lit sur une maille tierce de Ferry IV, duc de Lorraine (4312-1328), hC. MONETA NRA. {Hœc moneta nostra) (2).

Sur des esterlings qui paraissent avoir été frappés aussi sous Ferry IV, on trouve les légendes hIC MONETA NOSTRA. €C MONETA NOSTRA.

hC et €C ont été employés successivement, selon qu'on voulait imiter la monnaie d'un Henri ou d'un Edouard d'Angleterre. La légende hC. MONETA NRA passa ensuite sur les mailles tierces, et l'évêque de Verdun, ou plutôt son monétaire, a cherché une combinaison qui rapprochât le plus possible la légende de la monnaie épiscopale de celle qu'on lisait sur la monnaie comtale ; c'est ainsi que VRD a du succéder à NRA.

Hugues de Bar, évfX»ue de Verdun (1352-1362).

+ hVGONVS'. EPISCO'. Croix au centre.

IJg. extér, + BNEICTV. SIT. NOME. DNI. NRI. DEI. IhV.

XPI.

1^. TVRONVS CIVIS. tournelles surmontées d'une fleur do

lis. Entourage formé d'un cordon de cercles contenant une croi-

sctte et onze fleurs de lis. — Gros blanc de billon, copie du conh

paf/non de France. Cabinet de feu M. C. J. Dassy. (PI. VI, n" 7.)

La trouvaille de monnaies faite au mois de février 1847 à Saint-Ouen-en-Belin et publiée par M. Hucher (3), nous.a procuré la connaissance d'un gros à la queue portant la légende hVGOnVS EPISCOPVS. Notre savant collaborateur a pensé avec juste raison, suivant nous, que cette pièce était une copie des gros à la queue du roi Jean et de Robert de Bar, et qu'elle avait été émise par Hugues, évéque de Verdun.

Robert, duc de Bar (1355-1411), a aussi copié le gros blanc à la fleur de lis fabriqué pour le roi Jean au mois de mai 1360 (4).

(1) c. Robert, Monn. des évéques de Toul, pi. VHÏ, n" 6.

(2) Saulcy, Monn. des ducs de Lorraine^ pi. IV, n° 11.

(3) Revue numismaLy 1847, p. 335, pi. XVI, n» 1.

(4) Saulcy, Rech. sur les monn, des comtes et ducs de Bar, pi. V, n«* 8 et 10.

Comme la forme très insolite Hiigoniis paraît être la conséquence d'un artifice monétaire employé pour rapprocher le nom de l'évêque de celui du duc Robertus, il en résulterait que Robert avait imité le gros blanc de Jean avant 1362, date de la mort de Tévêque.

M.' F. Clouet, dans sa monographie, n'a pas publié de monnaies' frappées au nom de Tévêque Hugues, mais il ne repousse en aucune façon Tatlribulion proposée par M. Hucher, dont il paraît n'avoir pas eu connaissance, bien qu'elle soit de trois ans antérieure à l'impression des Recherches sur lesmofinaies frappées à Verdini'Sitr'Metise,

Alphonse, comte de Toulouse (1249-1271).

ALFO</>. COM. Légende divisée en quatre parties par les bras d'une croix cantonnée de quatre annejets.

Revers. TOLO</>A CIVI. Armes parties de Castille et do France. — Argent, demi-maille. (PI. VI, n" 8.)

Cette curieuse pelile monnaie nous a été communiquée par M. Feuardent ; elle porte un type qui offre la plus grande analogie avec celui qui avait été mis en usage à Poitiers par le frère de saint Louis.

Ici seulement le castillo est placé avant la fleur de lis. Il est possible que celte singularité ait été introduite pour mieux faire distinguer le quart de denier.

La croix qui coupe la légende se voit sur la monnaie de Bertrand, comte de Toulouse, qui fait partie de la collection Soulages. (Voy. Rei\ 7iurn., 1859, pi. XVI, n'' 6.)

^ Edouard, prince Nom (1362-1371).

+ ED. POGNS REG ANG (Edwardus primogenitus régis Anglie). Léopard tourné à droite ; au dessous P ; le tout dans un entourage formé de dix petits cintres.

DE DIVERSES MONNAIES BAHONALES. l2iJ

Revers. DNS. AQUITANIE,.. Croix. — Denier de hillon frappé à Poitiers. (PI. VI, n° 9.)

C'est encore à noire coUabofaleurM. Feiiardent qu'appartient

ce denier, qui est resté inconnu du général Ainslie, et qui ne

nous paraît pas compris dans la liste somn^aire donnée par

^I. Lecninlre Dupont {Essai sur les monnaies du Poitou, p. \ 38).

Ce savant décrit un denier-lion au revers duquel on lit PNS. AQVITANI** {princeps Aquitanie). Sur le denier de M. Feuardcnt, que Tenlourage des cintres distingue d'ailleurs de tous les autres, les caractères DNS, abréviation de Dominus, %oni bien distincts. La fin de la légende est un peu altérée par uni» petite cassure, et il est possible qu'après Tç lunaire A'Aquitanie, il y ait eu un petit P, marque de l'atelier.

Charles n'ALENçux, AiiCHicvÈoUE de Lyon (136o-1:17.j).

+ PRIMA SEDES. Au centre, K majuscule entre deux Heurs de lis.

Revers. GALLIARUM. Croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux croissants. — Denier de bitlon. Bibliothèque impériale. (PI. VI, nMl.)

Nou6 avons, en 1837, ])ublié dans la Revue, parmi diverses monnaies de Lyon, un gros de Charles (rAlençon, imité de la monnaie de (iharles V (1). Depuis cette époque, nous avons donné la description de deux autres gros appartenant à M. Hiver, pièces sur Tune desquelles on voit, au-dessus du K majuscule qui occupe le champ, au lieu d'une mitre, une croix accostée d'un soleil et d'un croissant (voy. pl.'VI, n» 10). La seconde pièce n'offre au-d(\ssus du K qu'une petite croix seule (2). Cette dernière variété a été décrite de nouveau et figurée dans la Descnj)tion des monnaies sei(jnewnales françaises, de M. Poey d'Avant, qui, tout en accordant que l'attri-

(i) Revue num., 1837, pi. XII, n^ J. — P. 3 du tome IV des Œuvres de A, de Longpériev,

(2) Catal. de méd. fpecf/., yauL, rom.j franr., de la tvliecl. de M. Il, dOr- Icans, 1843, iio» 1203 à 120o.

I2G DESCKIPTIOiN DE DIVERSES ^MONNAIES BAHONALES.

bulion proposée par .nous est « très plausible », ajoute : « Mais, il vrai dire, le K qui se trouve dans le champ du droit est placé là autant pour rendre Timitation du blanc royal plus complète que pour servir d'initiale au nom du prélat. La fabrique de la seconde de ces pièces indique aussi que l'on a fi-appé à ce t\^o après la mort de Charles d'Alençon. » '

Si l'auteur a entendu dire que Tarchevèque de Lyon avait profité de l'identité de son nom aveô celui du roi pour imiter le plus exactement possible le blanc au K, il a tout ù fait raison ; mais s'il pensait que l'archevêque Charles n'oùt pas osé fabriquer une monnaie à lui spéciale, il suffirait pour lui répondre de citer le denier que nous publions aujourd'hui, et (jue nous avons eu le phiisir de découvrir en 1839 parmi des rebuts non classés qui existaient alors au Cabinet des médailles.

Cette pièce n est pas Timitalion d'une monnaie royale ; elle a été gravée tout exprès pour Charles d'Alencon.

BIJOl MÉROVINGIEN

THOUVÉ A CORDES.

(Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de France [umv 18o!K

pp. 58-o9, séance du o janvier 18oy. )

J'ai rcM'u d'un de mes coiTespondanls, M. Bayiiac, inspecteur des coulribulions indirectes à Albi, l'annonce d'une découverte fort intéressante faite tout récemment près de Cordes. Au milieu d'un champ que Ton défrichait à une certaine profondeur, on a trouvé, parmi des ossements humains entre lesquels on a compté une quarantaine de têtes, une nionnaie d'or mérovingienne parfaitement bien conservée, portant ce monogramme longtemps inexpliqué que Duchalais a reconnu avec toute raison pour celui des Ruteni; et une petite plaque d'argent doré décorée de pierres incrustées.

Ce bijou se compose d'une plaque de dessous en argent non doré, de sept millimètres d'épaisseur et pesant trente -deux grammes, à laquelle est coudée une plaque latérale arrondie à son extrémité, repliée en dessous, et évidée au centre. La plaque de dessus est découpée pour le montage des pierres. Des grenats y sont disposés en croix, et aux angles se trouvent quatre pierres vertes non polies quoique très unies et taillées eu cœur. Quatre trous étaient destinés à recevoir des clous ou des vis qui reliaient les deux plaques; Tintérieur du bijou est vide.

J'ai exprimé quelques doutes sur la nature de ces pierres, car il est arrivé plus d'une fois que Ton a pris du vérro coloré

BIJOU MÊROVlNGIEiN TROUVÉ A CORDES.

j)our des grenats. Mais M. Baynac a démonté la pierre du milieu, qui est polie -des deux côtés, et après examen il confirme sa première assertion.

Ce bijou rappelle le plateau d'or découvert à Gourdon. près Cluny, en 1845, objet décoré d'une croix pattée incrustée de verre rouge, accompagnée de cœurs remplis d'une matière bleue qu'on croit être de la turquoise décomposée. Or, ces objets étaient enfouis avec 103 moimaies d'or des rois bourguignons Gondebaud et Sigismond; et Ton pense qu'ils ont été cachés au moment oîi les fils de Clovis envahissaient le royaume du dernier de ces princes, vers Tan 523.

D'un autre côté, le tiers ^de sou d'or des Ruteni, trouvé à Cordes, paraît avoir été frappé vers la fin du iv* siècle, et le bijou qui l'accompagnait doit appartenir à la même époque. La monnaie porte le nom du monétaire VendemiiiSj VEN DE- MI VS MONET (1), et elle est dans un état de conservation qui montre qu'elle a élé enfouie peu de temps après avoir été frappée.

(1) Le D du mot VENDEMIVS est renversé.

COURONNES DE GUARRAZAR

(Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de France pour i8j59, pp. 68-72, séance du 2 février 18o9.)

M. de Longpérier donne la description d'une découverte extrêmement importante faite près de Tolède, au lieu dit la Fuente de Guarrazar. Les pluies, dit-il, ont mis à découvert un tombeau, dans lequel des paysans ont trouvé huit couronnes d'or et trois bras d'une très grande croix du même métal (1). M. José Navarro, devenu propriétaire de ces objets, qu'il a réunis avec une louable persévérance, les a apportés à Paris, et les huit couronnes d'or viennent d'être acquises par M. le ministre d'État pour le musée de l'hôtel de Cluny. M. Navarro a tenu à conserver le seul bras de croix qu'il ait acquis, et il espère pouvoir le compléter par de nouvelles recherches.

La plus grande de toutes les couronnes est formée d'un bandeau de 10 centimètres de hauteur et de 23 centimètres de diamètre; elle a deux bordures incrustées de petites feuilles de verre'rouge, disposées comme une guirlande, et du même style que les incrustations qui décorent les ometaents dif tombeau de Childéric, ceux de la trouvaille de Poan, près Arcy-sur-Aube (2), et le plateau d'or de Gourdon, trouvé avec des monnaies des rois bourguignons Gondebaud et Sigismond. Toute la surface du bandeau est semée de très gros

(1) Deux des bras de cette croix ont été foudus.

(2) Voy. le Bulletin de 1858, p. 80.

130 COURONNES DE GUARRAZAR.

saphirs sertis avec beaucoup de soin et alternant avec des perles. A la partie inférieure sont attachées vingt-quatre petites chaînettes soutenant autant de caractères mobiles en or incrustés de verre rouge; ces caractères étaient, lorsque ces couronnes ont été apportées à Paris, dans l'ordre que voici (1) :

t RRCCEEFEVINSTVSETORHFEX

mais M. Navarro nous ayant appris que tous ces caractères, à l'exception de neuf, avaient été recueillis par lui un à un, et attachés à la couronne sans étude préalable, nous avons pensé qu'il fallait leur trouver un sens, et, après nous être assuré que les monnaies du roi Goth Reçcesvinthus portent le nom de ce prince écrit avec deux C et un H, nous avons ainsi rétabli Tinscription :

t RECCESVINTHVS REX OFFERET

dans laquelle tous les caractères sont employés :

La couronne est fixée à trois chaînes d'or, qui se réunissent sous une fleur d'or, surmontée d'un chapiteau en cristal do roche. Au-dessous de ce chapiteau est attachée une longue chaîne d'or, qui passe au centre de la couronne, la dépasse et porte une très belle croix couverte de saphirs et de grosses perles orientales. Cette croix a servi autrefois de fibule : la naissance de l'aiguille, qui a été coupée, et la gaîne destinée à recevoir la pointe de cette aiguille sont encore très visibles.

Au centre des couronnes d'Agilulphe, roi dest Longbards, et de Théodelinde, se trouvait aussi une croix suspendue au milieu d'une chaîne (2). Cela rappelle ce passage d'Hincmar dans la Vie de saint Rémi : « Chlodowicus rex gloriosus coronam auream cum gemmis, quae regniim appellari solet, beato

(1) Parmi les personnes qui ont vu la gronde couronne avant que Tinscription fût rétablie, nous citerons MM. Lenorniaut, Muret, Ernest Maret, de Nieuwerkerke, Reisel, de Rougé, Villot, Sauvageot, Morel-Fatio, Alfred Darcel. de Cheoneviëres, J. Pelletier, H. Courmont, Du Sommerard, Léon de Laborde, de Mercey, comte de Montalembert, J. de Witte, etc.

;2) Frisi, Memorie di Monza^ t. I, pi. VU, n» 3, p. 93.

• COURONNES DE GUARRÂZÂR. i31

Petro, sancto Remigio 'suggerente, direxit (1). » Anastase le bibliothécaire dit de son côté, dans la Vie du pape HormisdaSy p. 84 : « Eodem tempore venit regnum cum gemmis pretiosis a rege Francorum Chlodoveo christiano domno b. Petro aposlolo. » On lit encore chez le même auteur (2) : « Regnum spa- ' noclistum ex auro purissimo, cum cruce in medio pendens, super altare. » »

Le roi goth Reccesvinthus, associé à son père Chindasyinthus en 649, demeura seul roi en 6S3 : il mourut en 672 après un règne assez glorieux. Roderic de Tolède dit en pelant de iui : Altaria Christiomamentis variis decorabai.

Les sept autres couronnes, de diverses grandeurs, sont

Lrès variées de formes, mais toutes contemporaines de la plus

grande que nous venons de décrire, et du même sityle. Une

^seule a une inscription, gravée sur la belle croix qui pend à la

czshaîne centrale ; on y lit :

t IN Dl NOMINE OFFERET SONNICA SCE lyiARIE

IN SORBACES.

Malheureusement on ne peut affirmer que cette croix ait été ^K^attachée à la couronne à laquelle elle appartenait primitive- ^ «ment. Quoi qu'il en soit, il paraît bien probable que c'est aussi -^^ la vierge Marie que les autres couronnes ont été dédiées. îfcSuspendues devant son image, elles auront été respectées pen- ^dant un demi-siècle, puis, en 711, lors de l'arrivée des Arabes, ^%jae main pieuse, voulant sans doute les soustraire aux infi- ^dèles, les aura enfouies dans un tombeau.

Vraisemblablement, les sept couronnes les moins grandes Luront été données par les membres de la famille royale ou lar des grands de la nation. Sonnica peut être un nom d'homme :ormé comme ceux de Sunnifred^ Sonna, SuninaSy Swmegisi- ^t«, Tulca^ Egica.

On doit rappeler, à propos de ces couronnes dédiées dans ^jne église, qu'un des prédécesseurs de Reccesvinthus, Recca-

{) GoU. Dueheâoe, 1. 1, p. 530.

à) Vie du pape LéoQ \\\, p. 196.

132 COURONNES DE GUARRAZAR.

reduSj avait consacré au martyr saint'' Félix, dans l'église de Girone, une belle couronne d'or, dont Tusurpateur Paul se servit en 673, après la mort de Reccesvinlhus, lorsqu'il se souleva contre Wamba, qui venait d'être ré^ièrement élu par la nation. '

La couronne qui occupe le second rang, sous le rapport de la richesse et de la grandeur, avait probablement été consacrée par la jreine, femme de Reccesvinthus. Ce joyau est tout à fait semblable à la couronne que Théodelinde, femme d'Agilulphe^ avait ofTerte au Christ et à saint Jean-Baptiste, dans Téglise de Monza. Théodelinde mourut en 627.

Reccesvinthus ne régna pas seulement en Espagne; il posséda encore une partie du midi de la France et fit frapper monnaie à Narbonne. Les bijoux qui lui ont appartenu ont donc pour nous un intérêt tout à fait national.

D'ailleurs, il est fort utile de comparer aux œuvres d'orfèvrerie des Mérovingiens, des Bourguignons, des Longbards, celles que l'on fabriquait pour les Gbths. Lorsqu'on arrive à constater leur analogie, presque leur identité de style, on peut croire que les artistes qui ont produit tous ces riches objets d'art, lesquels n'ont rien de byzantin, appartenaient à la même école que les Abbon et les Ëloi.

M. Renier fait remarquer la forme extraordinaire du mot OFFERET, qui se lit dans les deux inscriptions mentionnées par M. de Longpérier dans la communication qui précède. Le même verbe se retrouve, écrit de la même manière, dans l'inscription de là couronne d'Agilulphe à Monza, inscription qui est ainsi conçue (1) :

f AGILVLF GRAT Dl VIR GLOR REX TOTIVS ITAL OFFERET SCO lOHANNI BAPTISTE IN ECLA MODICIA.

« Ce verbe, ajouté M. Renier, n'est pas au futur, ainsi qu*on pourrait être tenté de'le croire, mais au présent de l'indicatif;

(1) Frisi, Memoiie délia chiesaMonzete, diss. I, tav. 4; Mariul, Inser, Christ., ap. Mai, Script, veterum nova collect,^ t. V, p. 200, n** 2.

COURONNES DE GUARRAZAR. <33

et ce qui le-prouverait au besoin, c'est l'emploi qui en est fait dans rinscriplion suivante, qui est de la même époque :

t IN TEMPORIBVS CONSTANTINI IMPERATORIS FL GRE- GORIO PATRICIO lOANNES DVX DE TIGISI OFFERET DOMVM DEI t ARMENVS.

« Cette inscription a été trouvée par M. le commandant de la Mare, dans les ruines d'une église, à Thamugas en Numidie (1); elle est gravée en deux lignes, sur un magnitique linteau de porte en marbre blanc. Le patrice Flavius Grégoire, qui y est mentionné, est le dernier gouverneur byzantin de l'Afrique ; l'empereur Cpnslantin,'Sous le règne duquel avait été consacré le monument qu'elle décorait, fie peut donc être que le fils d'Héraclius, qui monta sur le trône au mois de février 621, et mourut empoisonné le 22 juin suivant. Ce n'est peut-être pas indifférent pour l'histoire de la langue latine, de pouvoir constater ainsi la même altération d'un même mot sur des monuments de la même époque, trouvés en Espagne, dans le nord de l'Italie et au fond de l'Afrique. Du reste, nous ne connaissons aucun autre exemple de l'emploi du mot OFFÇRET pour OFFERT. Le même verbe, il est vrai, se retrouve au même mode, au même temps et à la même personne, dans l'inscription de l'évangéliaire de Théodelinde à Monza ; mais il y est altéré d'une autre manière, du moins si l'on peut s'en rapporter au texte qui a été donné de ce document par Frisi (2) et par Maffei (3). Ce texte est ainsi conçu :

« Sur le côté droit,

DE DONIS Dl OFFERIT THEODEkENDA REG GLORIOSISSEMA SCO iOHANNI BAPT

« Sur le côté gauche,

IN BASELICA QVAM IPSA FVND

IN MODICIA PROP PAL SVVM

(4) Voy. le Recueil des inscriptions romaines de V Algérie, n» 1518.

(2) Mem, délia chiesa Moniese, diss. I, p. 43.

(3) Muséum Veronense, p. 182 et p. 369, 8.

COURONNES DE GUARRAZAR.

« Il fautconvenir cependant que OFFERIT diffère bien peu de OFFERET ; aussi ne serait-il pas iippossible que cette variante ne fût autre chose que le résultat d^une erreur de lecture de ces deux auteurs. »

SCEAUX DU Xlir SIÈCLE

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