RAIMOND BÉRANGER, COMTE ^E PROVENCE
(Extrait du HuUetin de la Société des Anlhjua-tes de Francp pour 1859, pp. lo3-1o5, séauoe du 20 juillet 1859.)
M. de Longpéricr fait passer sous les yeux de ses confrères le n** 584 (11 juin 1859) du journal /(? Co;«a7iV//ewr de ïarascon. Ce numéro contient un article intitulé : Sceau cFargent de Charles II le Boiteux^ comte de Provence^ et la figure d'une bulle, assez grossièrement gravée, dont voici la description :
+ S R BENGARII COMITIS PVINCIE IN TARASCONE. Raimpnd Béranger à cheval, armé d'une lance et d'un bouclier, tourné à gauche.
Revers. + BEATA • MARTHA " HOSPITA ' XRI {C/iristi), Sainte Marlhe nimbée, assise, de face, tenant une croix de la main droite et élevant la main gauche.
Comment, ajoute M. de Longpérier, ce sceau, dont les légendes sont si claires, à s'en tenir à la vignette publiée dans le Conciliateur^ a-t-il pu être attribué à Charles II? L'auteur de Tarticle, M. R. de Valori, transcrit ainsi la légende du droit, ou ce qu il nomme le premier revers : S ' PRE ' CAR : Il COMI- TIS ' P * VIII • Cie, in TARASCONE, et il la traduit ainsi : Scrénissime pnnce Charles 11^ comte de Provence y dans la ville de Tarascon; en sorte que PRE représente princeps apparemment, et que S (sigillum) devient le titre serenissimus^ qu'on ne s'attendrait certainement pas à trouver ici.
M. de Valori prend beaucoup de peine pour montrer en
U6 BULLE D'AKGENT D'US RAIMOND BERAMiER.
quelle occasion la bulle de Tarascon a pu être fabriquée pour le comte Charles IL S'il eut examiné quelques sceaux de Provence, il eût reconnu que le nom de Raimond Béranger comporte une abréviation, B pour BER, de même que P pour PER se trouve dans un grand nombre de textes et d'inscriptions. PVINCIE pour /^/•ormcî'e est aussi une abréviation qui se voit fréquemment sur les monnaies des xii*^ et xni" siècles. Il sufGl de citer le grand sceau de Béatrix de Savoie, portant pour légende : S • COMITISSE ' VXORIS ' R * BENG • COMITIS • ET- MARCH • PVINCJE * ET * COMITIS ' FORCALC... (1).
Ajoutons qu'en 1146 le comte de Barcelone reçut à Tarascon le serment des États au nom de son pupille Raimond fils de Béranger {Raimondus Berengarii). Ce comte mourut en H66. D'autres Raimond Béranger (1166-1181, 1209-124S) ont été comtes de Provence. Il faudrait étudier les sceaux qui existent dans les archives pour savoir auquel de ces trois seigneurs la bulle doit être déiinitivement attribuée.
M. de Valori parlant, dans le même article, de Téglisc Sainte-Marthe de Tarascon, s'exprime ainsi : « Le portail du midi, avdc sa riche archivolte décorée de rosettes à feuilles de lierre arrondies, sa façade et sa tour carrée n'y furent annexées que sous les Mérovingiens; ce qui nous en donne la preuve, c'est que Téglise de Saint-Germain-FAuxcrrois de Varis, de réj}oqu€ de Clovis, roi des Francs^ est entièrement du même style. »
Il n'est sans doute pas plus difficile de faire remonter au temps de Clovis une construction des xv° etxvi" siècles que de croire à Fapostolat de Ponce Pîlate et de Lazare le ressuscité; aussi est-il à désirer que l'étude de Tarchitecture comparée du moyen âge fasse en Provence quelques nouveaux progrès indépendants de rhagiologie méridionale, qui, dans sa forme actuelle, ne parait pas très propre à développer la critique.
(1) Trésor de numism.j Sceaux de grands feudataires, pi. XX, ij» 2.