CHARLEMAGNE
Sanctjs Crijcis [monasterium]. Sainte-Croix de Poitiers,
KARX. Revers, SCICRVCI; croix potencée à pied fiché, cantonnée de deux points et de doux groupes de trois points. — Poids, i^, 35. (PI. III, n* 33.)
Le monogramme est composé de façon qu'on y peut lire KAR.FR.RX. La présence d'un K au commencement du nom de Karolus tient au système grammatical suivant lequel le C ne devrait jamais précéder la voyelle A. C'était l'avis des grammairiens Diomède et Scaurus (1); aussi trouve-t-on fréquemment Karthago, Volkanus, Kalend», Karissimus, Kanus, Kalumnia, Kaput. Mais Charlemagne, qui était un lettré, et qui étudiait la grammaire avec Pierre de Pise (in discenda grammatica Petrum Pisanum, diaconum, senem, audivit (2). savant professeur de Pavie qui vint en France vers 776 ; Char- Icmagne aura entendu discuter ce détail de l'orthographe latine qui a beaucoup occupé les anciens^ et il se sera rendu à l'autorité de Quintilien qui s'exprime ainsi : K quidem in nullis verbis utandum puto, nisi, qua^. significat, etiam ut sola ponatur(3), et de Priscien qui dit encore : NuUa enim ratio videlur cur A sequente K scribi debeat (4).
Des observattons qui précèdent, il résulte que la présence du K dans le nom de Carohis n'a pas une origine germanique ; elle dépend d'un système orthographique qui avait ses partisans dans l'antique Italie; c'est ainsi que sur des deniers de la république romaine on lit : PALIKANVS. KALENVS.
(1) Gramm, laL au4:t, ant„ éd. Putsch, 1605, col. 417, 2252, 2253.
(2) E^hard, Vita Karoli imp., § 25.
(3) Lib. I, cap. vu.
(4) Gramm. lat» auct. ant.j col. 543.
Magonciacus. Mayencp,
CA : R. F. L'A surmonté cFune petite croix terminée par des poinis. Revers, MAGOCS; en haut du champ une petite croix. — Poids, 1?',46. (PI. m, no 34.)
Tacite, qui, dans le IV"" livre de ses Histoires, nomme dix fois Maycnce, n'a pas fait usage du nominatif (Magontiaci, Magonliaco, Magontiacum) ; il en est de même do Tltinérain» d'Antonin (Maguntiaco). Ammien Marcellin dit Mogontiaeus {{) et c'est aussi MOGVNCIACVS que nous voyons sur un tiers de sou mérovingien.
Sur quinze passages dans lesquels Eginhard parle de ' Maycnce un seul contient le nom de la ville au nominatif et les manuscrits présentent les variantes Magonitacum et Magontiacus (2). Les monnaies de Charlemagne offrent aussi plusieurs variantes qui modifient la première syllabe MGCICVS —MAGOCS— MOGOC. Cette manière d'écrire un nom de ville en supprimant les lettres d'utilité secondaire se rattache, on n'en peut douter, à ce système de tachygraphie connu sous le nom de notes tironiennes, et qui avait été remis en honneur sous les Carlovingiens. On conserve au département des manuscrits de la Bibliothèque impériale une charte d'Eginhard écrite presque tout entière en notes tironiennes. Pour bien comprendre la légende des deniers de Charlemagne frappés à Maycnce il faut avoir sous les yeux le denier de Louis le Débonnaire, portant en quatre lignes l'inscription MO-GON-TIA- CVS [Rev. num., i837,pl. XI, n® 6); car pendant le règne du fils de Charlemagne le nom de la ville s'était conservé dans sa forme antique. L'apocope de la dernière syllabe a lieu sous Charles le Chauve.
La manière dont le nom royal est disposé rappelle un autre denier de Mayence indiqué à M. Conbrouse par le docteur Grote (Cai. des monn, nat., n® 376). Sur celui-là, les lettres K. R — X.F sont disposées en trois lignes; ici nous voyons
(1) Rer, gest.j lib. XV, cap. ii.
(2) Vila Karoli imperaforis, cap. XXXUI.
les quatre caractères C . A. R . F placés dans Tordre adopté pour les mentions du signe de la croix.
Lieu incertain.
CAROLVS en deux lignes. Revers, RX.F. dans le champ.
— Poids, U^,09. (PI. m, no 35.)
Quatre autres exemplaires sans petite lettre dans le champ.
— Poids, 1»',30; l«f%30; 1^%29; 1?%20.
Plus six exemplaires dont je n'ai pas examiné le type et dontJQ ne connais pas le poids.
Je n'ai entre ces onze deniers fait graver que celui qui porte dans le champ une petite lettre accessoire. Dans la Revue numismatiqiie de 1856 (1), j'ai publié deux deniers (PI. V, n**» 10 et 11) sur lesquels on remarque un I et un V. — Le T pourrait indiquer Jawrem/m qui dans l'Anonyme de Ravenne a perdu son nom d'Augusta; et que déjà l'Itinéraire de Bordeaux à Jésalem nomme Civitas Taurints, ou bien encore Ticinum dont lé nom moderne Papia est inconnu avant Paul Diacre. Nous avons déjà dit que l'interprétation de ces lettres isolées par des noms de villes s'appuyait sur la ressemblance des pièces qui les portent avec le denier sur lequel on lit FARM entre les lettres RX.F [Revue num., 1856, pi. V, n" 12). La découverte du nom d'homme HAD sur le denier de Pépin décrit plus haut (PI. I, n® 2) pourrait faire chercher dans les caractères I, T, W, des initiales de noms de monétaires ; mais il me semble que ce serait un fait bien insolite. L'usage qui consiste à représenter une ville par une seule lettre est commun à l'antiquité et au moyen âge; et l'officier monétaire devait constater sa responsabilité d'une façon plus intelligible pour ses compatriotes eux-mêmes.
Ardis [mofietarius], CARLVS en deux lignes séparées par une croix. Revers,
(1) p. 337 du tome IV des OKurres de A, de Longpérier,
42 CENT DKNÎKRS
ARDIS entre les bras d'une croix. — Poids, 1«',37 (PI. III, n» 36.) *
Une variété de ce denier, sans croix du côté du nom royal, est gravée dans le livre de Le Blanc. L'auteur du Traité des monnaies de France dit en parlant du mot ardis : <c Ce lieu m'est inconnu; car Ardres dans le Boulonnois n'est pas si ancien. »
Le Blanc avait parfaitement raison ; il est impossible d'aitribuer ces monnaies, non plus que les monnaies gauloises portant le nom d^homme ARDA, à la ville d' Ardres qui doit son origine à un château-fort construit par Herbert de Fume en
Eckhail attribuait le denier à Arles AR[ela]DIS (1). M. Lelewel lisant de droite à gauche la seconde ligne do la légende y trouvait AR[i]SID, Arisidium^ l'Arzat près Rodez (2). M. Levrault a réclamé cette pièce pour Strasbourg ; mais il est évident que ces savants, emprisonnés par Tobligalion de rcconnsuitre un nom de lieu dans le mot ARDIS, en ont fourni des explications tout à fait arbitraires.
Pour moi, Ardis est encore un nom d'homme comme Theudis, Dabaudis, Amadis, Adradis (3). Ce dernier que j'ai signalé sur une monnaie de Charlemagne (4), existe sous la forme Adradus, sur de nombreux deniers de l'abbaye de Saint-Edmond découverts à Cuerdale : ADRADVS MONET, ADRADVS ME FECIT (5). Adradus et Adrada figurent parmi les colons
(1) Comment, de reb. Franc, orient. , t. II, p. 92, n" 30.
(2) Num. du moyen âge, t. I, p. 85 et 99.
(3) Je ne compte pas parmi les noms masculins terminés en dis celui de Chrotrudis qui se lit sur une pierre brisée recueillie dans les fouilles pratiquées & Saint-Germain-des-Prés en 1799. M. Alexandre Leuoir, qui lisait ce nom Ehrotrudis ou Sehrotrudis, y cherchait un souvenir de Rotrude, fille de C!harlemagne {Descript, des mon. de sculpt.j 6« édit., an X, p. 107; 8« édit., 1806» p. 81J, M. Edmond Le Blant, qui a lu Erotrudis, pense que ce nom est masculin {ïnscript. chrét. de la Gaule^i, I, p. 284*285); mais la planche 23 de son beau recueil nous permet de lire bien clairement Chrotrudis. Cette femme est probablement réponse de Gerehardus, dont le nécrologe carlovingien de Saint- Germain-des-Prés fait mention, an 3 des noues de décembre. ^
(4) Notice des monn. de M. Rousseau, p. 101, n^ 227.
(5) Hawkins, An account of coins and treasure found in Cuerdale, p. 26. — Cf. Lindsay, A vietp of the coinage ofthe Hepfarchg. Cork., 1842, pi. lï, et Hl, n«* 50 et 86.
DE PÉPIN, DE CARLOMAN ET DE CHARLEMAONE. Aîi
dépendants de Saint-Germaîn-des-Prés inscrits dans le polyptyque de l'abbé Irminon. M. Lecoinlre Dupont a remarqué un certain Adradus au nombre des souscripteurs d'une charte de l'abbaye de Noaillé datée de 780 (1). La différence qui existe entre Adradis et Adradus se retrouve entre ARDIS et ARDVS nom d'un des juges provinciaux chargés de terftiiner le procès qui divisait Gerbert, évêque de Nîmes, et lo monastère de Saint-Gilles, personnage cité dans une lettre du pape Jean VIII, écrite en 878. Qu! Ardis soit un nom en usage dans la France méridionale, cela ne peut nous étonner, puisque le type de la pièce sur laquelle nous voyons paraître ce nom est précisément celui de la monnaie de Marseille, d'Avignon, de Redae, de Narbonne. Disons à ce sujet que le denier d'Avignon sur lequel le nom AVI N 10 est écrit en entier présente comme le denier à la légende ARDIS une barre au-dessus de la croix. Cette barre n'indique donc pas une abréviation et ne nous autorise pas à chercher dans Ardis un mot plus développé.
Au reste, nous n'eussions pas retrouvé dans un texte le nom Ardus que nous eussions pu néanmoins en établir l'existence par induction.
D'abord, le nom d'homme Arda se lit non seulement sur des monnaies gauloises, mais dans une belle inscription de Feurs (Forum Segusiavorum), et, comme nom de fabricant, sur des poteries de terre rouge ; ensuite, nous connaissons les noms carlovingiens Ardo et Ardois ; enfin ce nom ressort encore de l'examen des formes secondaires Ardacus, Ardaricus, Ardegarius, Ardicus, Ardiucus, Ardinga, Ardricus, Ardvicus, Arduînus, Ardobanius, Ardobertus.
Quant à la terminaison dis donnée à un nom masculin (le féminin bien connu A' Adradus est Adrada)^ elle indique peutêtre une origine ostrogothique -, du moins, la patrie certaine de Theudis fournirait un argument en faveur de cette supposition.
(1) Essai sur les monnaies du Poitou^ 1840, p. 44.
Gervasiùs [tnonetartiis],
CARLVS en deux lignes. Revers, GERVASI en deux lignes séparées par une barre. — Poids, 1^'',24. (PL III, n** 37.)
Deux autres exemplaires dont je ne connais pas le poids.
Gervasiùs est un nom si clair et si commun qu*il ne doit donner lieu à aucune observation; il est, comme Gaddo, Odalricus, Rodlannus, de ceux qui ne peuvent être contestés même par des personnes étrangères à Tétude des temps carlovingiens,
Metthadolus [monetarius] .
CAROLVS en deux lignes. Revers, tHhtfiiXC en deux lignes. Deux exemplaires. —Poids, 1^^2S; 1^,20. (PI. III, n« 38.)
Ce denier est connu depuis longtemps ; Le Blanc Ta fait graver sous le n° 4 de sa première planche de Charlemagno ; mais il ne Ta pas expliqué. Les Bénédictins, auteurs du Traité de diplomatique, y ont lu Mettdlo, en quoi ils ont été suivis par Eckhart. Cependant M. Lelewel n'a pas accepté cette attribution, et il affirme que la légende du denier est MOGONT (I). C'est probablement cette assertion qui a détourné M. Lecointro Dupont de discuter Fopinion des Bénédictins d^ns son savant mémoire sur la monnaie du Poitou.
J'examine avec soin les deux deniers découverts à.Imphy qui ne diffèrent Tun de l'autre que par la forme de l'M. Il m'est impossible d'y reconnaître le nom de Mayence ; Metullo serait plus acceptable ; mais encore ce nom n'utilise pas tous les éléments graphiques que contient la légende. Le caractère &: équivaut aujourd'hui encore à ET (dans une charte de Pépin, par exemple, le mot oportet est écrit BportJc (2) ; mais, sur la monnaie, ce caractère est combiné avec deux crochets qui rappellent les notes tironiennes, remises en usage à l'époque des carlovingiens. Je suis porté à croire que le crochet inférieur
(1) Num. du moyen âge, t. 86 et 98.
(2) Mabillon, De reb, diplom.. p. 386, tab. XXIIÎ.
DE PÉPIN, DE CARLOMAiN ET DE CHAHLEMAGNE. 4o
indique un redoublement du T, et que le crochet supérieur a la valeur d'un H. Le reste se lit DLO; TO, en forme de D couché, se remarque sur d'autres monnaies carlovingiennes. Le tout donne METTHaDoLO avec deux voyelles omises suivant ce principe fondamental de Técriture tîronîenne : « Suppression des lettres dont on peut rigoureusement se passer pour lire les notes » (1). Nous renvoyons d'ailleurs au denier de Mayence décrit plus haut, sur lequel Magonciacus est écrit MAGOCS.
Nous aurions donc là le nom de Metthadolus à Tablatif, comme ceux de Walacarius et d*Autlramnus. Notre lecture s'appuie encore sur la légende d'un denier gravé par Paul Pétau (2), Le Blanc et Eckhart (3), OlTBO^â , tracé en deux lignes courbes qui entourent la rosace poitevine, comme sur le denier de Verdun (pi. I, n° 13) et sur le denier du Mans {Revue num.^ 1856, pL V, n® 3) les lignes courbes VIR-DVN. CiNO-MNI entourent une croix.
Dans le carlulaire de Lorsch, nous trouvons une donation datée de l'an 36 de Charlemagne, c'est-à-dire de 804, et souscrite par un personnage nommé Mitthadus. L'un des vases donnés par l'abbé Suger au monastère de Saint-Denis porte une inscription gravée, ainsi conçue :
+ hoc VAS SPONSA DEDIT ANOR REGI LVDOVICO MI7RD0L' AVO MIHI REX SANCTISQ SVGER'.
Dom Germain Millet avait lu au commencement du second vers Mitto dolus (4). Dom Félibîen y voit Mitadolus (S), mais il ne traduit pas et ne commente aucunement le distique. Duchesne et dom Bouquet, en rapportant les vers de Suger, font
(1) Jules Tardif, Mém, sur' les notes tironiennes dans les Mém, présentés par div. savants à VAcadémie des inscript. ^ 1854, t. HI, p. 136.
(2) Pauli Petavi in francorum curia consiliaHi veterum nummorum Yvcapi^tia. Paris, 1610, in-i», pi. XIV, 2* des Carlov., n« 2.
(3) Le Blanc, Traité, pi. I de Charlemagne, u« 6. — Eckhart, De reb. Franc, or., t. II, p. 92, n° 27. Cette pièce porte au centre la rosace étoilée du Poitou.
(4) Le trésor de Vahbaye loyale de Saint-Denis en France, etc.
(5) Ilist. de C abbaye royale de Saint-Detiis, p. 543.
suivre le mot Miiadoius d'une astérisque, et ils n'ajoutent aucune note. Os n'ont même, à ce qu'il paraît, point entrevu là un nom propreet leurs index restent muets. L'inscription a été souvent étudiée, souvent discutée ; personne n'a compris le premier hémistiche du second vers, et le dernier écrivain qui se soit occupé du vase de Suger, M. Jules Labarte, déclare, dans son beau mémoire sur la peinture en émail, que le distique renferme une énigme inexpliquée (1). »
Voici ce que Snger dit lui-même du vase qui porte cette inscription :
Vas quoque aliud^ quod in^r justae berilli aut cristalli videtur, cùm in primo itinere Aquitanias Regina noviter desponsata Domino Régi Ludovico dedisset, pro magno amoris munere nobis eam, nos verô sanctis Martyribus Dominis nostris, ad libandum divinse mensae, aifectuosissime contulimus. Cujus doîmtionis seriem in eodem vase gemnis auroquc ornate versiculis quibusdam intitulavimus (2).
Le lecteur a déjà compris la séries donationis indiquée par Suger.
Éléonore de Guyenne a donné le vase à son époux Louis YII; Louis en fait présent à Suger, et celui-ci le consacre aux saints martyrs, ses seigneurs, c'est-à-dire saint Denis, saint Rustique, et saint Éleulhère.
Les exigences de la métrique ont obligé le poète à rejeter au second vers la mention d'un fait qui, d'ailleurs, à cette époque, s'effaçait devant l'importance des personnes royales.
Mitthadolus avait offert le vase à l'aïeul ou plutôt à un ancêtre (de la reine bien évidemment). AvuSj poétiquement, ne signifie pas seulement le grand-père, de même ({xxatavus ne signifie pas exactement le quadrisaïeul dans ce vers célèbre dont personne ne contestera la latinité :
Mecœnas almis édite regibus.
(1) Recherches sitr (a peinture en ênuiH dans Caaliquitê et au moyen tlge^ 1836, m-4%p. 150.
(2) Duchcsue, Histoire de France, L IV, p. 3W, — Doin Bouquet, I. XII, p.iOl.
DE PEPIN, DE CAKLOIAN ET DE CHAHLEM AGNE. 47
Ce n'est donc pas à Guillaume VII, comte de Poitiers (Guillaume IX, duc de Guyenne) (1086-1227), grand-père d' Aliéner, que le vase a été donné, suivant notre avis, par un personnage qui porte un nom carlovingien, mais bien à quelque ancêtre du ix* siècle. En remontant ilix générations, nous trouvons toujours les aïeux d'Aliénor en Poitou, et il se pourrait que le vase de cristal eût été offert en présent par un argentier-monnayeur du temps de Charlemagne ou de Louis le Débonnaire, à Tun des membres de cette famille qui, à partir de 838, a administré ou possédé la province à laquelle appartiennent les deniers que nous décrivons ici.
Nous avons constaté l'existence du nom Mitthadus. Il nous reste à dire que Metthadolus est un de ces noms de forme secondaire tels que Theudolus, Domnolus, Mummolus, Bobbolus, Rosolus, Pappolus, Santolus, Senolus, Maxentiolus, Viventiolus, Ferrcolus, Ereptiolus, Roncariolus, Ivolus, Hugolus, Odolus.
On trouve un certain nombre de notes tironiennes dans les diplômes mérovingiens; elles sont, à la vérité, très grossièrement tracées, et c'est seulement sous le règne de Charlemagne qu'elles reprennent une forme régulière A cette époque, on les employa pour les souscriptions des actes^ pour transcrire des manuscrits précieux tels que des psautiers et des recueils de formules (1). Une charte d'Éginhard donnée en 819 ou en 821 et conservée à la Bibliothèque impériale, est^ comme nous Favons déjà fait remarquer, presque tout entière écrite en notes tironiennes. Magnon, évèque de Sens, avait composé sous le titre de Notœ jurisj un dictionnaire de sigles et d'abréviations qu'il a dédié à Charlemagne par ces vers placés en tête du livre :
lime juHs urt\uXoL libens rex accipe. Carie, Offert dévolus qiiœ tibi Magno (nus.
11 est évident qu'au vm° siècle lès notes et les sigles étaient à la mode, et que leur présence sur la monnaie est la consé-
(1) Jules Tardif, Mémoire cité, p. 111.
48 CKNT DEMEKS
quence naturelle de cet engouement. C'était surtout des noms d'hommes qu'on devait s'attendre à trouver écrits à l'aide de ces notes; les souscriptions des chartes le faisaient pressentir.
RoDLANNUs [monetarius]. *
CARLVS en deux lignes, Revers, RODLAN en deux lignes séparées par une rangée de points. — Poids inconnu. (PL III, no 39^.)
Si nous ne considérions pas les noms d'hommes inscrits au revers des deniers carlovingiens comme ceux d'officiers monétaires, nous aurions ici une excellente occasion pour présenter un monument du plus inconnu des hommes illustres, de ce Roland devenu si célèbre grâce aux poèmes du moyen âge, et dont l'histoire ne fait mention qu'une seule fois et de la manière la plus brève (1).
Malgré tout ce qu'a de séduisant l'idée de trouver associés sur une monnaie les noms de Charlemagnc et de Roland, nous ne nous croyons pas autorisé à reconnaître ici une médaille du préfet des marches de Bretagne : Hruodlandus, Brittannici limitis prœfectus.
Il est très possible que le nom RODLAN soit complet ; au vni* siècle, les formes franques prévalant quelquefois sur les formes latinisées.
Sperandeus [monetarius].
CAROLVS en deux lignes séparées par une barre. Revers, SPE. — Poids inconnu. (PI. III, n^ 40.) •* L'explication de ce denier est assez difficile. Si l'on Veut voir dans le groupe de caractères qu'il porte au revers un nom de lieu, on pourra proposer -Sy>a;7î«nmi, Epernay, qui se trouve écrit Spernaciim dans Frodoard, ou 5/>é'rfo/e7«<?w,Épone, mentionné pai' Fortunat dans la vie de saint Germain, évêque de
(1) Egiubari], Vita Karoli impera loris, IX.
Paris ; mais le nom d'Épôîie, comme celui d'Epernay, s'applique, au vm« siècle, à une villa^ c'est-à-dire à une ien^e^ et c'est tout à fait à tort que quelques écrivains modernes traduisent villa par ville.
Si Ton examine avec soin les caractères gravés sur ce denier, on reconnaîtra que le P est barré à sa partie inférieure, ce qui lui donne la valeur de per; si Ton ajoute à cela la boucle du P, qui représente un D, et le trait vertical de TE, qui dépasse les traits horizontaux d'une manière insolite et qui indique la présence d'un I, on trouvera que le tout doit se lire SPER-DEI. Or, nous voyons là une signature du monétaire Sperandei ou Sperandeiis,
On trouve en effet un juge de Girone nommé Sperandeus dans une charte de 844, et un autre personnage du nom d'Esperandei mentionné dans un praîceptum de Charlemagne donné à Aix-la-Chapelle en 812 (1).
Le nom Sperandeus se rattache d'ailleurs à tout un groupe que nous avons tiré des textes carlovingiens : Accideus, Acledeus, Aldadeus, Amedeus, Ansedeus, Arhedeus, Bersedeus, Crispedeus, Donadeus, Gislcdeus, Hadedeus, Hagadeus, Ingadeus, Ingedeus, Samadeus, etc.
Sainte Sperandia est la patrone de Cingoli et son nom se voit sur la monnaie de cette ville.
Les monétaires SPERIVS et ESPERIVS ont frappé, sous la première race, des tiers de sou d'or qui appartiennent évidemment au midi de la France.
Carnli\k. Chartres.
CAROLVS en deux lignes. Revers^ saint Chéron, debout et de face, tenant de chaque main une croix longue. — Poids, ^^?^32. (PL m, n«41.)
Deux autres exemplaires dont je ne connais pas le poids.
Nous avons déjà parlé de cette pièce à propos du denier de
(!) Baluzc, CapiluL rey, f'nuv:., t. I, col. i9U et 1U12.
50 CEiNT DENIERS
Pépin (pi. II, no 22) qui porte la* même figfure. Il est très intéressant de constater sur la monnaie de Chariemagne la continuation des types employés par son père, surtout lorsque ces types peuvent remonter au temps des Mérovingiens.
Cavilonnum. Chalon-sur-Saône,
CAROLVS en deux lignes. Revers^ CAVIL en caractères liés. — Poids inconnu.
(Voyez Le Blanc, pi. I, de Chariemagne, n© 2, et Conbrouse, Atlas des monn, nat., pi. LXIV, n° S.) M. Lelewel [Nian. du M. A., pi. V, n° 14) avait donné seulement le monogramme que porte ce denier, qu'il propose d'attribuer à Avignon.
Voir plus haut, à l'article de Pépin, le denier inédit qui offre le même monogramme. La monnaie de Chariemagne avait été bien classée par Eckhart {De reb. Franc, orient, t. II, p. 92, n<» 18, et p. 93), quoique cet auteur lût CAVALONI au lieu de CAVIL.
LuGDUNUM. Lyon,
No 1. — CAROLVS en deux lignes. Revers, LVG. — Poids, IJ?',!?. (PL m, no 42.)
N° 2. — CAROLVS en deux lignes.,. Revers, LVGDVN en deux lignes. Poids, 1?%16. (PI. III, n*» 43.)
Un autre exemplaire dont je ne connais pas le poids.
Les deniers de Pépin portant au revers l'abréviation LVG sont connus depuis longtemps (1). J'ai, il y a deux ans, publié, dans la Revue, un denier de Carloman, frère de Chariemagne, qui présente la même légende (2); la série se trouve maintenant complétée par la découverte du denier décrit ci-dessus. Il semblerait que les coins qui ont servi à frapper ces monnaies du père et des deux fils ont été gravés par la même main.
(1) Conbrouse, Atlas, pi. 54, no 8.
(2) Revue numismatique, 2" série, t. I, 1856, p. 182, et pi. V, n" 2. — P. 33S du tome IV des Œuvres de A. de Longpérier.
DE PÉPIN, DE CARLOMAN ET DE CHARLEMAGNE. ul
Il n'en est pas de même du denier à la légende LVGDVN ; celui-là diffère essentiellement des autres par le style. On remarquera le D triangulaire allongé qui rappelle la forme donnée à ce caractère dans les notes tironienues.
Sancti MAR[celli monasterium]? Saint Marcel de Châlon?
KAR LVZ en deux lignes; TA est lié à TR. Revers, SCI MAR en deux lignes; TA lié à l'R. — Poids inconnu.
Nous avons exposé plus haut, au chapitre de Pépin, les diverses raisons qui nous faisaient hésiter sur Finterprétatioii de la légende Sancti Mar, Nous nous bornerons à rappeler ici que d'après la description qui nous est donnée, la légende du denier de Charlemagne doit être identique à celle qui se voit sur le denier de Pépin, figuré sous le n® 9 de la pi. I.
Il est à remarquer que TS en forme de Z fait partie des légendes de la monnaie mérovingienne d'Auxerre (1).
Sancti Martini [monasterium]. Saint Martiîi de Tours.
CAROLVS en deux lignes, séparées par une barre, i^. + SCI MARTINI. Au centre, croix dans un cercle de grènetis. Les caractères MAR sont liés en monogramme. — Poids inconnu.
Cette pièce a été publiée dans la Revue numismatique do 1838 (pi. XV, n° 1), et reproduite dans V Atlas des monnaies nationales de M. Conbrouse, pi. 63, n® 8. Elle ne donne lieu à aucune observation.
Sancti Maxenti [monasterium]. Saint-Maixeîit.
CAROLVS en deux lignes. Revers y S M AXENT en deux lignes. — Poids, i«^25. (PL III, no 44.)
(i) Bouteroue, Recherches curieuses, p. 221. — Conbrouse, monét. rnêroviny,, pi. XI, no 6. — Revue nuw., 1847, pi. V, u© 5.
'61 CEiNT DENIERS
Un des deux deniers poitevins de Metthadolus décrits plus haut, présente un M exactement semblable à celui qui commence ici le nom de Maxentius.
Le monastère de Saint-Maixent, dont Grégoire de Tours mentionne la fondation, et qui plus tard eut pour abbé saint Léger, l'adversaire d'Ébroïn, est si célèbre que nous nous abstiendrons d'en parler longuement.
Dès le VI' siècle, ce lieu n'avait plus d'autre nom que celui du saint, ce qui fait dire à Grégoire de Tours : ... « Monasterium intra terminum Pictavensem cujus... nomen Icclioni non indidimus, quia locus ille usque hodie Cellula Saucli Maxentii vocatur (!). »
Sanctom. Saintes.
CAROLVS eu deux lignes. Revers^ SCONIS en deux lignes. (PI. m, no 45.)
Ce denier n'a pas été trouvé avec ceux que nous avons décrits jusqu'à présent. Il fait partie de la collection du prince Théophile Gagarine; mais nous profitons de l'occasion qui se présente de le faire connaître.
Il nous semble évident que SCO est une abréviation de SanctOy et que la légende entière doit se lire SANCTONIS. L'habitude qu'on avait au moyen âge d'abréger par contraction le titre de Sanctus à tous les cas, devait rendre facile la lecture de ce nom de lieu. Déjà, en 1839, en restituant à Saintes une monnaie attribuée à Autun, nous avions proposé de développer la légende STCINAS en Sancttnas (2). U nous semble que le denier de Charlemagne vient à l'appui de cette opinion. M. le comte A. de Gourgue a publié dans la Revue un denier de Charlemagne à la légende EGOLISINA (3). Ainsi donc. Saintes et Angoulème frappaient monnaie au vin® siècle, et cela peut nous donner l'espoir de retrouver ces deniers de
(1) Lib. n, c. XVII.
(2) Revue numismatique ^ 1839, t. IV, p. 252. — P. 33 du tome IV des Œuvres de A, de Longpérier.
(3) Revue mimismatiqut; 1841, U VI, p. 719.
Louis le Débonnaire, dont parle le moine Adhémar de Chabanais : Monetam Egolismensem et Santonicensem suo nomine scalpere jiissity pièces dont jusqu'à présent nous ne connaissons que des reproductions altéréû3, fabriquées sous la troisième race.
Et maintenant, nous demandons au lecteur de nous pardonner la forme aride sous laquelle nous lui présentons tant de notes rapidement accumulées. Nous avons un peu compté, parfois, sur l'éloquence de nos planches, et sur une interprétation bienveillante de quelques opinions trop brièvement exprimées. Les antiquaires ne nous en voudront pas, du moins, d'avoir cru qu'ils nous entendraient à demi mot.
Il a été souvent question dans cette notice des monnaies carlovingiennes publiées dans la Revue numismatique de 18S6, et nous rappelons que la planche qui les représente figure sous le n" V dans le tome IV de ce recueil. Voici le sommaire de leur description
N° 1. Pépin. . . .
— 2. Carloman. .
— 3, Charlemagne
Strasbourg. Voyez plus haut, p. 26.
Lyon. ïd. p. 50.
Le Mans. Id, p. 13 et 45.
Les Choges (Puy-de-Dôme).
Condé-sur-l'Escaut.
Dinant en Belgique.
Uzèg.
Venasque. Voyez plus haut, p. 35.
— Id, . p. 41.
Parme. hi, p. 41.
Les n®* 3, S, 6, 9 proviennent des fouilles faites par M. Frédéric Troyon, de Lausanne, qui a eu la bonté de nous donner des empreintes de ces quatre monnaies.
DENIERS DE WAÏFRE