LE ROYAL D'OR DE SAINT LOUIS
(Extrait du tome V[ [Douvelle série) de la Becue nvmhmiliqwt. m\, pp. 363-365.)
La Fortune qui, par exceplion, favorise quelquefois -l'intelligence fll la droiture, vient d'accorder à MM. RoIHn etFeuardcnt, ces excellents associés à qui nous sommes heureux de confier les intérêts de la Revue , une merveille numismatique.
La vignette que nous donnons ici a déjà fait comprendre qu'il s'agit d'une pièce capitale jusqu'à présent introuvable, variété de celle qui n'a jamais été revue depuis Haultin, et qui suffirait pour établir la réputation d'un médaillior.
Le royal fC or de saint Louis, compris, en 1619, dans l'ouvrage du conseiller au CbAtelet, a été reproduit à la vérité par Le Blanc dans son Traité; mais il est facile de voir que c'était \k une de ces monnaies au sujet desquelles l'auteur déclare H qu'il laisse à. chacun la liberté d'en croire ce qu'il voudra (!). » Aussi M. Cartier, après avoir dit qu'on « peut comparer Haultin à Goitzîus, dont on cherche encore beaucoup
(I) Traité hitl. detmonn. df Fi-ance,6d. d'AmsIerdaro, mi. p.V, 159 et 110.
m) LE ROYAL D'OR DE SAIiNT LOUIS.
de médailles, » ajoute-t-il plus loin, à propos des moDaaies de saint Louis : « Je ne connais de cette époque que Yagnel^ le florin et le franc <for. Ces deux dernières pièces appartiennent à Louis IX ou plutôt à L^ouis VIII (1). » La condamnation implicite prononcée par Le Blanc a porté coup; le royal fTor de saint Louis n'a été admis par personne. On le voit bien encore figurer dans la gravure placée en tète du chapitre consacré à saint Louis dans Y Histoire de France du P. Daniel (édit. del73o); mais dans la notice, cette pièce est passée sous silence (2).
En 1764, Abot de Bazinghen, donnant un historique de la monnaie des rois de France, décrit Vagnel d^or de saint Louis, et ne mentionne pas le royal. Plus loin, dans un autre article de son Dictionnaire , il présente le royal d'or de Philippe le Bel comme la plus ancienne monnaie de ce nom (3).
En 1767, Salzade ne lîompte au nombre des royaux d'or que ceux de Charles le Bel, de Charles V et de Charles Vil (4).
C. Chr. Schmieder, dans son Dictionnaire manuel, publié en 1811, se confprme à Topinion d'Abot de Bazinghen (5).
Conbrouse, dans son Catalogue des momuries nationales, range ïagnel d'or et le franc d'or au nombre des monnaies de Louis IX. Le royal n'est pas rappelé, même à titre de renseignement. Pareil silence dans les autres ouvrages de ce numismatiste si ardent à la recherche des raretés.
Enfin M. de Wailly, tant dans le XXI* volume des Historiens de France , que dans ses deux grands et savants mémoires publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, décrit ou cite le franc d'or y Vagnel de saint-Louis, mais ne mentionne pas de roy«/ avant 1295, c'est-à-dire avant le règne de Philippe le Bel (6).
(1) Revue numisni.^ 1838, Lettres sur rhistoire monétaire, p. 90 et 40i. — On i^ait que le florin appartient à Louis, roi de Hongrie (1342<82).
(2) P. Daniel, Hist. de France, 1755, t. IV, p. 281 et 598.
(3) Traité des monn. en forme de dictionnaire^ t. H, p. 107 et 580.
(4) Recueil des monA. oudict. hist.y p. 126.
(5) Handwcerterbuch dergesammten Mûnzkunde, Halle, IBll, p. 383.
(6) Rer. des hht. de France, 1855, t. XX!. — Mém. de tAcad, des insrript..
i.K RovAr, ri'OR nv. s.mnt i.oi:ts. is-
Atnsi donc, on peut affirmer que jusqu'à présent le royfl/ (for ite saint Louis n'a pas d'existoncc reconnue.
Celui que nous décrivons et qui est parfaitement bien conservé, a pour légendes : + LV30VICVS D€l. GRA. REX. FRAN. Au-dessus et au-dessous d'une couronne : R6GALIS AVR6VS; an revers : -|- XPC. VINCIT. XPC. REGNA. XPC, IMP€RAT. Son poids est de is',ih.
Les légendes de celui qu'Haultin avait vu sont : + LVDO- VICVS ; ReX. FRANCORVm - RtGÀLES AVREVS et j- XPC. VmClT. XPC R€GnAT. XPC imPCRAT.
On remarque dans les deux variétés un mélange dé caractères carrés et de caractères arrondis qui se retrouve aussi sur Xagnet et les deux francs (Toi- de la Bibliothèque impériale, pièces qui pèsent, la première 4^,10, et les deux autres lî'.OS. Je ferai observer que le poids de la monnaie d'or d'Alphonse X de Castille (12S2-1284), que je crois avoir servi do modèle au franc d'or de saint Louis, est de W.ViO, ce qui équivaut au dinar almohade contemporain, affaibli de \(\ centigrammes.
Quoi qu'il en soit, la collection des monnaies royales de la troisième race s'enrichit d'un monument qui excitera, j'en suis certain, chez tous nos confrères, une admiration égale à l'élonnement que fait naître la résurrection si inattendue d'une pièce généralejnent considérée comme apociyphc.
t. XXI, 1857. — Herlxtrchei >ur le sysl. mon. de unint Louis et M^m. sur ht Farialiimx de la livre lourn., p. 119, 180, 231.