‹ ŒuvresChapitre 50 sur 145 · DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DUC D'ORLÉANS

(Eitrnil dn tome VI (nouTelle série) de fa ntvue num'tmanqiit, )B6I. pp. 491-451.]

Le Blaoc, dans son Traité des moimoyes de France , a réuni aux monnaies italiennes (te Louis XII une colonne de pièces frappées par le duc Charles d'Orléans, père de ce roi , et voici ce qu'il en dit :

« Je me contcnleray de marquer que de Valentine de Milan et de Louis d'Orléans naquit Charles, duc d'Orléans et seigneur d'Ast , lequel fit battre monnoye dans cotte dernière ville, comme un gros et un demi gros d'argent fin que je donne le justifient.

« Après la mort de Philippe-Marie, dernier duc de Milan de la maison de Visconti, arrivée l'an 1448, Charles, duc d'Orléans, fils de Valentine de Milan, prit le titre et les armes du duc de Milan, ainsi que trois monnoyes dont je donne la hgure le font voir. Les deux premières sont deux écus d'or, et la troisième est un blanc fabriqués à Ast. »

Le second écu d'or, en effet, porte bien les armes d'Orléans écartelé de Milan, mais le premier ne montre que Técu aux armes d'Orléans pures. La légende de cette pièce est incomplète; ime grande lacune après KAROLVS prouve que la monnaie originale, copiée par le dessinateur de Le Blanc, dans le recueil de Haultin, était dans un état de conservation fort défectueux. Ce qu'est devenu cet écu d'or depuis 1619, personne ne le sait sans doute, et le savant bibliothécaire du roi, à Turin, M. le chevalier Dominique Promis, n'a pu le retrouver, malgré les recherches persévérantes auxquelles, nous le savons tous, il se livre avant la publication de ses excellents mémoires sur les monnaies d'Italie. Aussi M. Promis a-t-il fait faire une reproduction de l'effigie que lui fournissait l'auteur du Traité des monnoyes de France; mais l'artiste qui grave ces planches a cru devoir faire disparaître la lacune que présente la légende telle que Le Bl^nc nous la donne, et il a réparti les moU restants, KAROLVS DVX AVR€LI€NSIS, d'une manière régulière autour de l'écu (1), arrangement autorisé par la formule de deux gros d'argent aux armes d'Orléans pures, bien certainement fabriqués à Asti, pièces sur lesquelles

®st inscrit ce vers :

Asie niiei mundo sancto custode Seconda.

Cependant M. Feuardent vient de retrouver un écu d'or

^^ duc Charles d'Orléans, en parfait état de conservation, sur

^€?ael on lit + KAROLVS D€l GRA.DVX.AVRELIENSIS. Cette

^S^TxàQ nous montre que le vide laissé par Haultin et Le Blanc

^^^ être rempli par les mots Dei gi^atia qui ne se voient sur

ne autre monnaie de Charles et de Louis, ducs d'Orléans.

^^^*-^^ formule particulière semble déjà indiquer une origine le ^

Cr

:»'ente; l'absence du nom d'Asti, de toute marque italienne, tyle français de la gravure , s'unissent pour nous faire j^^'^^^^^e que nous avons sous les yeux une pièce qui n'est pas ^^ I^^ée au delà des monts. Où donc cet écu a-t-il été fabriqué? *^ dans le Traité de Duby, rien dans le récent ouvrage de

Jionete delta zecca d'Asti, 1853| pL H, w \ ; comparez avec les n^' 5 et 6.

M. Poey d'Avant sur les monnaies féofiales, ^ai nous p mette de résoudre la question.

Il faut donc avoir recours aux documents anciens, et I demander quelques indications.

Dans le recueil d'ordonnances et de chroniques monétai»^ — -^is connu sous le nom de Registre entre deux ais^ dont il exi^^^^le deux copies à la Bibliothèque impériale (1) (fonds Brienr — i^^e, n"" 148, et fonds Sérilly, n** 112), nous relevons le passaBh..^ge suivant :

« Le xn may mil uu*^ xix, par ordonnance du Roy fut verte la monnoie d'Orléans et en icelle faîct l'ouvrage qui suit :

« Escus aux armes d'Orléans à xxvni carats de loy, de imm d.

XX grains de poids , au feur de Ixuij pièces au marc ai^^^amns cours pour 50 s. L*.*'. p<^^ — . »

Ainsi, le 12 mai 1419, près de quati*e ans après la bat^L^^Siio d'Azincourt et pendant que Charles d'Orléans était prisonrt»- Jer à la tour de Londres, le roi Charles VI, son cousin, ordonar:^ ^il que l'atelier d'Orléans serait ouvert , et l'on y fabriqua ^Jes écus d'or aux armes d'Orléans du poids de 2 deniers 20 grai^DS, qui avaient cours pour 50 sous tournois, c'est-à-dire au ia& jk^ic taux que ceux du roi, conformément a l'ordonnance ^^ 7 mars 1419. On sait par quelle cruelle nécessité Charles '^\ en vint à donner tout d'un coup la valeur de 30 sous à P d'or déjà porté de 20 à 30 sous; « c'est, dit-il lui-même, p résistera notre adversaire d'Angleterre, et obvier à sa da. nable entreprise..., attendu que de présent nous n'avons cun autre revenu de notice domaine, ne autrement de qu nous nous puissions aider. »

L'écu d'or de 1419 pesant^ suivant le Registre, 68 grai ne fournirait, multiplié par 67, chiffre de la taille, q 4,556 grains, ou 1 marc moins 52 grains, ce qui eut laissé monnayeur un remède énorme, s'il n'y a pas quelque erre dans l'énoncé.

(1) Le volume porte pour titre : Divers mémoires et traictez concernants f'aict de monoies tant de France (fiCestrangeres.

ECU D'OK DE CHARLES, DUC D'OKLÉAiNS. 19i

D'un autre côté, la pièce retrouvée par M. Feuardent pèse 3,70 (grammes) ou 69,64 (grains); elle a donc été fabriquée k la taille de 66, ce qui produit 4,596 grains ou i marc moins 12 grains, remède consacré encore par l'ordonnance de 1726. On peut, en conséquence, penser que cet écu n'a rien perdu de son poids officiel, ce qui le rend d'autant plus précieux.

Nous sommes par ce seul fait conduits à croire que nous n'avons pas sous les yeux l'écu d'or de 1419, mais une pièce appartenant à une seconde émission , autorisée par le roi et ordonnée parle duc, sans doute pour concourir au rachat des -Otages retenus en Angleterre depuis 1412, et principalement à la délivrance de son frère Jean, comte d'Angoulème, transaction qui était le sujet continuel de ses préoccupations, et qui paraissait pour le moment moins difficile à amener que la rançon du duc lui-même.

La moimaie d'Orléans a été connue dans le commerce du xv** siècle. Les livres rédigés, comme mémento, par les conseillers des monnaies, ou destinés aux changeurs, aux négociants , et dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu'à nous, en conservent laimention.

Un beau manuscrit appartenant à M. Vallet de Viriville, membre de la Société des Antiquaires de France, livre écrit avant 1470, porte au folio 45, parmi des articles de l'an 1422:

i< Item fit fere môs' Dorleans en son pays de louregne escus de ceste fasson qui poysent m d. et portant lescu Dorleans et sont faits à xxu cts. »

Le manuscrit L 38/48 de la bibliothèque de Rouen, écrit au XV® siècle, nous donne au feuillet 65 :

w Item list faire Monseigne' dorleans en son pays de louregne escus de ceste fasson qui puisent trois deniers et portent lescu Dorleans et sont de xxu c. »

Dans un manuscrit plus moderne de la Bibliothèque impériale (fonds Brienne, n** 148), nous voyons au folio 278 :

•< Item fit faire Monsieur Dorleans en son païs de Louregne

<le

escus de cette façon qui poisoient m d. et pourtant lescu Dorleans et sont faiyts à xxii caratz. »

Le manuscrit n" 112 du fonds Sériiiy, copie du précédent exécutée sous Louis XIV, reproduit ce passage.

M. de Barthélémy a eu Tobligeance de me communiquer la mention suivante, trouvée par lui dans une copie d'un anci^^n manuscrit, exécutée au xvi® siècle.

ce Escus d'Orléans qui ont trois lambeàulx dessus Gescu, scDn d'ampirance 2 s. 6 d. »

On aura remarqué que les écus d'or indiqués par Tor nance du 12 mai 1419 sont à 28 carats de fin et ne pèsent 2 deniers 20 grains, tandis que ceux dont parlent les livres changeurs ne sont qu'à 22 carats, mais, par compensait pèsent 3 deniers, c'est-à-dire 4 grains de plus que les j>:m:^miers. C^la nous autorise à penser qu'il y eût plusieurs érr» issions, et que, nialgré le désordre avec lequel sont classés quelques articles dans les livres de changeurs, la place doTiw:Mée à la fabrication des monnaies ducales parmi les faits do 1^22 doit être prise en considération.

Le manuscrit appartenant à M. Valiet de Virivillo est le Sit^ul qui offre en marge les figures de monnaies indiquées dan^ ^^ texte par ces mots : de ceste fasson, que toutes les copies repr^^' duisent. Le dessin de Técu d'or (le revers manque) préser"^^^® le même type que celui dont je donne la vignette en tête cette note, mais la légende diffère ; on y lit : KL*DVX*AVRILIA. "^ Z*OF€F.Z.C. Le groupe OF€F représente CO€r {Medtolani^^^V' ainsi qu'on peut s'en assurer en examinant la figure de Téc^^ " .. d'or d'Asti placée au feuillet 82 (verso) du même manuscrii ^ \^ Charles d'Orléans a-t-il pris le litre de diix Mediolani et cœter^^^ " \^ sur des monnaies fabriquées en France vingt-six ans avant \^^ mort de Ph. Marie Visconti? Il ne suffirait pas, pour le croîre^^ ^ de s'en rapporter à un manuscrit dont les dessins, d'ailleurr'^^'^^ habilement exécutés, nous montrent des légendes telles qu»-^-^^ - LVDOVICVS REGIS et PHILIPVS REGIS sur des gros toumoi^^^^ de saint Louis et de Philippe le Bel; ED*P:GNS'DEI GRA REÎ-^^ ANGLIE.Z.FRANCIE sur un 9ioble d'or à la fief, et ED.P.GEN0 ^^''

TVS

diî

TVS REX ANGLIE Z.DVX AQVITA sur un fort de Guienne, deux pièces dont rinscription est un composé des titres inconciliables d'Edouard III et du Prince Noir.

Que dire aussi du pays de louregne (1)? Est-ce la Lorraine où Charles d'Orléans ne possédait aucune terre? On pourrait à la vérité lire louregué, et supposer qu'un compilateur a puisé quelque renseignement dans un texte latin ; Pagus Lauriacensis signifiant à la fois Lawagiiez et Pays de Lorris^ un traducteur étranger au centre de la France a pu s'y tromper. Lorris est situé dans l'Orléanais, et le roi y a peut-être fait fabriquer des monnaies au profit de son parent absent.

Toutes les copies que j'ai eues sous les yeux reproduisent vth même lexte qui nous manque, et qui portait peut-être Tonrègne au lieu de louregne. Au xv® siècle, on employait le G avec profusion ': on écrivait ung^ témoing^ soing^ besoing; le nom de Reunes était devenu Règnes ; Charles d'Orléans, dans SCS poésies, fait, comme ses contemporains, usage des formes souviengne, prengne, viengne,

Louis d'Orléans avait été connu pendant longtemps sous le Litre de duc de Touraine, et, en 1391, il avait acheté dans cette province la seigneurie de Château-Renaud, que son fils conserva jusqu'en 1442. On comprendrait donc facilement comment ce dernier aurait pu faire frapper des écus d'or en son pays de Touraine, Mais ne multiplions pas les hypothèses.

Au moment où ces observations vont être mises sous presse, j'apprends que ïécu d'or de Chiatrles d'Orléans vient d'enrichir le médaillierde la Bibliothèque impériale, dans lequel il entre en même temps qu'un des quatre exemplaires du royal d'or de saint Louis trouvés près de Noyon. Je m'empresse de féliciter Tadministration de cette double acquisition, qui fait honneur à sa sollicitude pour les intérêts de la science. L'existence de

(1) M. P. E. Thomas, avocat à Rouen et numismatiste bien connu, a eu Tobligeance de vérifier encore une fois tout récemment ce mot dans le ma- Duscrit que possède sa ville. De son côté, M. André Pottier, directeur de la bibliothèque de Rouen, a eu la bonté de m^envoyer un excellent calque du passage où se trouve le mot louregne. Les copies dont on peut faire usage en ce moment sont conformes.

quatre exemplaires da royal dor ii*avait pas élé tout d'abord révélée par l'inventeur de ce petit trésor, et je n'ai pu l'indiquer dans la courte note imprimée il y a deux mois. M. le baron Jérôme Pichon et notre collaborateur M. le docteur Colson possèdent maintenant chacun un de ces magnifiques spécimens du monnayage de saint Louis.

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