MONNAIE DE CARPENTRAS
(Extrait du tome XII (nouvelle série) de la Revue numismatique, 1S67.
pp. 136-158.)
Parmi les monnaies aussi rares qu'intéressantes publiées dans un récent omTage de M. le commandeur D. Promis (Moneie di zecche Itaiieme inédite o corrette^ Torino, 1867), nous avons remarqué un denier du pape Nicolas lY, portant les légendes + NICOLAVS.PP.CAftTVS. — SANCTVS PETRVS, pièce que le savant bibliothécaire du roi d'Italie croit frappée dans la ville de Carpentras. Les raisons qu'il en donne nous semblent parfaitement concluantes, et nous avons pensé qu*U était bon d'en faire part à nos lecteurs. Nicolas IV, comme on sait, occupa la chaire de saint Pierre de 1288 à 1291 . Le comtat Yenaissin avait été cédé par Philippe le Bel, en 1274, au pape Grégoire X, qui ét€Lblit le siège de son gouvernement à Carpentras, lieu dans lequel ce gouvernement resta jusqu'à 1340. Ce fut seulement à cette dernière époque qu'Avignon fut acheté par Benoit XIII, moyennant 80,000 florins d'or, payés à Jeanne, comtesse de Provence. Un simple rapprochement de dates permet donc d'affirmer que le denier do Nicolas lY n a pas été frappé à Avignon, et cependant, suivant Fopinion très justement exprimée par M. Promis, le style du denier, qui a pour type deux clefs posées en pal, est tout à fait français. D'ailleurs, pendant les dernières années du xm* siècle, la monnaie romaine était frappée au nom et avec
MONNAIE DK CARPENTRAS. 30f
Me type des eéaaleui'ii, usurpation qui s'accordait avec l'élat ;X)oIitique de la vi]le, et qui avait été sanctionnée par des Xettres de Martin IV. Il en résulte donc que le denier en ques- "ftioD, de fabrication française, et, par conséquent, du comtal TeDaissin, doit être sorti de l'atelier de Carpenlras, dont, îusqu'à présent, nous ne connaissions qu'un patard de ClénieQtVni(!).
Puisque nous parlons des motinaies papales frappées en france, nous mentionnerons encore ici la remarque de 3f . Promis touchant le denier d'argent qui porte les légendes DOMINr.BO.PAPE. — COITATVENASSIN. M. Poey d'Avant (I. II, p.3i8), se référant à un article de M. Cartier, pense que « l'attribution de cette monnaie à Bonifaco YIII est prouvée jusqu'à révi(]cnce. » Cependant Boniface VIII est mort en 1303, et ce uv fut que postérieurement k cette date que le paya Veufdssiu fut érig'é en comté. Par conséquent, le denier devrait être restitué à Boniface IX (13S9-li04), suivant le savant antiijuaire de Turin. Mais la ressemblance îr^fpODio de la monnaie papale avec le double denier de Charles II de Provence (1285-1309) rend la restitution proposée bien difficile à admettre ; comment croire que deux monnaies qui olfrent tant d'analogie ont pu être émises k un siècle de distance?
(IJ Poey il'ATOut, Monnaies fiuilaUi, t. 11, p. 376.
DENIER DE PHILIPPEAIGISTE