Ch. Lenormant, Essais sur V Instruction publique, p
2. En 1534, Paris pouvait compter plus de quarante collèges; chacune de ces maisons avait son genre de célébrité : Navarre, fondé par Jeanne, reine de France, épouse de Philippe le Bel, avait les préférences de la cour; Montaigu se recommandait par l’excellence de sa discipline; N.-D. de Bayeux, par ses cours de mathématiques; Sainte-Barbe se distinguait par ses quatorze Régents, qui étaient en grande renommée dans le monde savant. (Emond, Histoire du Coll. Louis-le- Grand, p. 4.)
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nières années : vingt-six autres se maintenaient à peine, réduits à leurs dignitaires et à leurs boursiers. Ce furent les petits collèges (minora incelebria collegia). Ils n’avaient pas de classes, à proprement parler, sauf des cours supplémentaires, on dirait aujourd’hui des répétitions de philosophie, qui étaient données par des aspirants en Théologie, toujours astreints, d’après les statuts de la Faculté, à l’obligation d’avoir expliqué publiquement les livres d’Aristote.
Ces leçons étaient suivies en général par les élèves des universités étrangères, ou par ceux des Jésuites, qui voulaient obtenir un certificat d’études, afin d’accéder aux grades dans les facultés. La plus petite chambre suffisait pour ces exercices, qui se passaient très souvent entre le maître et un seul élève. Le reste des bâtiments était loué à des marchands1 ou à des artisans, parfois même à des hôtes de rencontre que les commissaires de l’Université, en tournée d inspection, ne manquaient jamais de chasser, mais qu’ils eurent grand’peine à faire disparaître.
Les Connaissances élémentaires. — Un article des statuts de la Faculté des Arts enjoint aux Principaux de ne pas recevoir d’élèves qui aient moins de neuf
1. Sous Henri III les troubles avaient grandement diminué et dépravé l’Université; les plus doctes étaient morts ou s’étaient exilés, et il ne s’était point trouvé de sujets en nombre suffisant pour les remplacer; au lieu d’écoliers étaient entrés au collège des solliciteurs et locataires de chambre, la discipline y étant pour la plupart délaissée. ( Recueil des Privilèges de l'Université. — Lettres patentes de 1584.)
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ans; c'est à cet âge que Tentant sortait des petites écoles, où il avait appris sous des maîtres écrivains d’abord, ensuite sous des maîtres d’école, la lecture, l’écriture, les éléments de calcul, la grammaire, le catéchisme et le chant; les premiers livres qu’il avait eus entre les mains étaient les alphabets (en français, latin, grec) et les rudiments de J. Behourt, dont le système d’épellation était analogue au nôtre, la Technographie de Legagneur (1599), le Traité céécriture de G. Tory, la Grammaire française de Ch. Maupas (Blaisois). Les autres ouvrages étaient surtout des ouvrages religieux : la Vie des Saints , l’ Imitation, Y Introduction à la vie dévote , le Catéchisme de Bellarmin, Y École paroissiale et, surtout, YEcriture sainte.
Le Latin langue vivante. — Tel était le fond de l’Instruction élémentaire. Une fois pourvu de ces connaissances indispensables, quand l’écolier avait franchi le seuil du collège, il devait renoncer pour tout le cours de ses études à parler français ; il entrait alors dans le pays latin : là, il retrouvait comme une seconde langue maternelle dans cette langue latine qui n’était pas pour lui une étrangère, puisqu’il l’avait bégayée à l’école et qu’elle résonne encore autour de lui. Nous traitons aujourd’hui, et avec raison, le latin de langue morte; mais au xvne siècle c’était un idiome très vivant, qui n'était pas renfermé dans l’étroite enceinte de quatre murs, mais qui s’étendait de Paris à Rome et de Coïmbre à Vilna; c’est par le latin que s’établissait entre les nations
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savantes et civilisées ce commerce d’idées dont la presse périodique de nos jours peut seule donner une idée. En France, le latin n’était-il pas la langue des lettrés, des prêtres, des magistrats, et quelquefois celle des princes, des généraux, et même des femmes? Le français comme langue littéraire n’existait pas encore; et si quelques hommes de génie, un Rabelais, un Montaigne, avaient su se forger un style capable d’exprimer fidèlement leurs pensées, c’était là une création qui leur était personnelle, mais dont le fond même de la langue n’avait pas encore pu s’enrichir.
Division des Classes. — L’écolier doit donc apprendre le latin pour le parler et pour l’écrire; le cours complet des études est de six années moins la philosophie; mais la division en classes de grammaire et classes supérieures est loin d’être aussi nettement marquée qu elle le sera plus tard, comme on en peut juger d’après le programme qui suit, extrait d’un arrêté portant le rétablissement des cours au collège de Narbonne ; les matières d’enseignement sont réparties de la façon suivante dans chaque classe :
En sixième, le Rudiment (étude des genres et des déclinaisons) ;
En cinquième, les Prétérits et Supins des verbes avec la Révision de matières de l’année précédente;
En quatrième, la Syntaxe et la Quantité ;
En troisième, la Quantité, l'Étude des figures et l’abrégé de la Rhétorique.
La seconde n’est pas mentionnée.
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En rhétorique, la versification et la lecture des auteurs.
La Grammaire. . — On voit au premier abord quelle place tient la grammaire dans ce programme; quatre années ne semblent pas ^excessives pour étudier les principes et les règles.
Cette importance accordée à une étude qui de nos jours s’est vue dangereusement menacée, ne doit pas nous surprendre, si l’on songe à l’ancienne discipline du moyen âge et à des habitudes scolaires qu’il n’est pas hors de propos de rappeler.
La grammaire avait été avec la philosophie le seul enseignement pendant trois siècles ; c’est elle qui avait présidé à la naissance des collèges; science complexe, elle comprenait à elle seule ce qu’on appellerait aujourd’hui la littérature; elle était la clef des arts libéraux1; parente et voisine de la Dialectique, elle discutait les règles du langage; auxiliaire indispensable de la Rhétorique, elle enseignait la construction de la phrase : elle donnait les premiers éléments de la musique en apprenant la quantité. Érasme, qui
1. Les sept arts libéraux étaient la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique, la Musique, l’Arithmétique, la Géométrie, l’Astronomie; on les trouve tous renfermés dans ces deux vers :
Gram loquitur, Dia verba docet, Rhe verba colorât.
Mu canit, Ar numerat, Geo pondérât, Ars docet astra.
ou plus brièvement encore :
Gram, Dia, Rhet, Ari, Mu, Geo, Sidéra nosce magister. ou encore :
Lingua, Tropus, Ratio, Numerus, Ténor, Angulus, Astra.
(Tiré de la Gr. de Munckerus.)
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certes n’était pas un partisan du moyen âge, déclarait que faute d’apprendre la grammaire on n’entendait rien au latin.
Qu'on nous permette ici de citer ses propres paroles; nous les trouvons mentionnées en tète d’un traité grammatical ( Pandæsia Grammatica) publié à Arnheim en 1672 et dédié aux écoliers, comme aux maîtres encore novices : « Oui Grammaticam negligunt, non habent deinde certain rationem ad quam verborum compositionem dirigant; et hoc impediti metû raro loquuntur latine. Ita nunquam hoc assequi possunt, ut, quæ velint, facile queant explicare. Frustra autem labor omnis insumitur in litteris si nunquam hæc facuitas, quæ cogitationes animorum nostrorum perspicue exponere potest, contingît. Ipse novi multos, qui sentiebant se ab hac parte non satis esse instructos, desperantes omnem fructum studiorum, prorsus a litteris desciscere. Quare omnino danda est opéra, ut tam diu in ipsâ arte detineantur adolescentes, donec perfecli grammatici , donec architecti sermonis, et absoluti artifices evaserint. »
La Grammaire de Despautère. — Le précepte était excellent, et l'Université avait depuis longtemps pris soin de l’appliquer; malheureusement la grammaire qu’elle mettait entre les mains de ses écoliers ne semblait pas faite au premier abord pour apprendre d’une façon claire et précise les premiers principes du latin, ni pour former d'habiles constructeurs de phrases et des maîtres ouvriers. Les ouvrages du Flamand Van Pauteren, que nous nommons Despau-
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tère, avaient été publiés en France pour la première fois par R. Estienne, en 1537, sous le titre de Commentarii Grammatici; ils détrônèrent bien vite les grammairiens du moyen âge : Donat, si incomplet, le désespoir de bien des générations et la cause de tant de larmes1; Priscien, que certains chroniqueurs comparent à une mer qu'il fallait traverser à la nage ; le Doctrinal d’Alexandre de Villedieu 2 et le Grécisme d’Evrard de Béthune, ces deux célébrités classiques du xme siècle. A vrai dire l’œuvre de Despautère n’était plus enveloppée des subtilités métaphysiques qui embarrassent les ouvrages de ses prédécesseurs; on ne trouve plus chez lui, comme dans certains exemplaires d’Al. de Villedieu, avant d’arriver au texte même, la cause efficiente , la cause matérielle , la cause formelle et la cause finale du présent livre; on n’en distingue plus la fin intrinsèque de la fin extrinsèque , laquelle se subdivise encore qn fin éloignée, plus éloignée, très éloignée; avec Despautère les élèves ne se heurtent plus à ce merveilleux déploiement des catégories d’Aristote.
L’auteur dans sa première partie offre aux commençants un simple rudiment en trois chapitres sous forme de questions et de réponses.
Ensuite vient la grammaire proprement dite3 qui ne comprend pas moins de sept livres, divisés comme