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Thèse de J. Vérin sur Lancelot (Blois, Lecesne

COLLÈGES DE L’UNIVERSITÉ

il suit : les Noms, les Déclinaisons, les noms Hétéroclites, les Comparatifs, les Prétérits et Supins, les Verbes défectifs et irréguliers. Telle était, d’après le programme du collège de Narbonne, la substance de l’Enseignement grammatical dans les classes de sixième et de cinquième.

La syntaxe, qui forme la troisième partie, la versification et les accents, qui comprennent la quatrième et la cinquième, sont indiqués pour les cours de quatrième.

Nous entrons dans la Prosodie et dans la Rhétorique avec la sixième et la septième partie qui traitent des différents genres de poésie {De Carminum generibus ) et des Figures : c’est là le programme indiqué pour la classe de troisième. On comprend maintenant que la Seconde ne soit pas mentionnée parmi les Cours; les élèves pouvaient en effet directement entrer dans la Première au sortir de la Troisième, puisqu'ils avaient acquis dès cette classe les connaissances indispensables pour faire un bon rhétoricien.

La grammaire de Despautère était à elle seule, comme on a pu en juger, une grammaire, une poétique et une rhétorique; ajoutons même un manuel de style et un traité d’orthographe, puisque la huitième et la neuvième parties renferment des conseils sur l’art épistolaire.

Un pareil ouvrage était une véritable encyclopédie; aussi, avec le défaut d’être écrit en un latin barbare, pouvait-on lui reprocher d’être trop savant; les règles étaient formulées en vers, mais quels

LE LATIN DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIe S. 31 vers1! et accompagnées de gloses interminables; les divisions, déjà trop nombreuses, étaient encore entremêlées de préfaces, d’avertissements, de dédicaces et d apologies : ce qui justifie bien l’opinion d’un de ces maîtres de Port-Royal, si dévoués à l’enfance :

« Tout déplaît aux enfants dans le pays de Despautère, dont toutes les règles leur sont comme une noire et épineuse forêt, où durant cinq ou six ans ils ne vont qu’à tâtons, ne sachant quand et où toutes ces routes égarées finiront; heurtant, se piquant et chopant contre tout ce qu’ils rencontrent, sans espérer de jouir jamais de la lumière du jour2. »

Ce manque de méthode et cette obscurité n’avaient pas échappé aux maîtres de l’Université; 1 un d eux, le plus illustre sans contredit et le plus grand nom de l’époque, l’intrépide réformateur qui avait banni des collèges toutes les vieilles folies des temps passés; qui, bravant les cris, les malédictions, les insultes, et brisant toutes les résistances, avait voulu faire refleurir l’ancienne discipline, encourager les études grecques, et ranimer la philosophie, Ed. Richer, ne dédaignant pas de porter ses soins sur des parties plus humbles de l’Enseignement, avait également voulu réformer la grammaire. Aussi revendique-t-il comme un de ses plus beaux titres à la reconnaissance de l’Université ce traité, dans lequel il fait

1. M. Vérin (p. 118) donne quelques échantillons de cette poésie didactique, qui rappelle les vers, cités plus haut sur les sept arts libéraux.

2. Guyot, cité par Sainte-Beuve, Histoire de Port-Royal, III, 317.

COLLÈGES DE l'üNI VERSITÉ.

œuvre « d’accoucheur d’esprits », en présentant dans un ordre méthodique des règles si courtes et si faciles que les enfants les peuvent apprendre en six mois1. Et il ajoute, comme pour se justifier : « Sans doute le premier venu peut écrire une grammaire, mais pour créer une méthode grammaticale conforme aux principes de la raison et de la science, il faut être au-dessus d'un Priscien ou d’un Festus, il faut être un Aristote ou un Scaliger ». Convaincu de l'utilité de son œuvre, Ed. Richer.espère qu’on lui saura gré d'avoir délaissé un moment des connaissances d’un ordre plus élevé pour s’enrôler sous la bannière des grammairiens2.

Malgré ce généreux essai, qu'un autre grand esprit, Ramus, avait tenté pour mettre à la portée des enfants la plus pénible de toutes les études, l’Université conserva Despautère comme base de son enseignement grammatical. Même après les grammaires de Port- Royal, Despautère vécut encore dans les collèges; il est vrai qu’à côté de sa Grammaire générale, et à l’ombre de ses Commentaires, on vit naître en foule des Abrégés ou Rudiments; il est vrai aussi que dès le début même du xvne siècle, on se mit à traduire en français les Définitions et les Règles, qu'il avait

1. « Grammatica obstetricia, ejus modi est, ut causas omnes et princîpia cum brevissimis et facillimis grammaticæ regulis, quas pueri sex mensium intervalle) possunt expedite et memoriter ediscere, complectatur. »

2. « Ego igitur Methodi et facilitatis, quam huic arti contuli. conscius, futurum spero ut, exeo dilauder valde, quod, puerorum juvandorum causa, in Grammaticorum castra convolarim. » — Ed. Richer, De optimo Academiæ statu. Lugd., i 603.

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données en latin b Même après ces éclaircissements, on comprend que le trop savant grammairien se soit attiré la rancune des écoliers ; et Ton n’est pas surpris qu’un de ses anciens disciples, devenu un grand poète, se soit vengé un jour de sa longue domination par dès citations malicieuses jetées en passant sur la scène2.

Despautère accompagne l'élève jusqu’en seconde, et ses derniers chapitres le conduisent au seuil même de la rhétorique, où la versification et l’étude des préceptes de l’éloquence doivent être le fond même de l’Enseignement.

Le nouveau rhétoricien, qu’un abrégé a mis dès la Troisième au courant des figures, entre de plain-pied dans cet autre pays des règles et des définitions auxquelles son esprit a dû s’accoutumer.

Vossius et la Rhétorique. — Ainsi de Despautère à Gérard Vossius le pas est facile à franchir, il n’y a de l’un à l’autre que la différence de deux arts dont l’objet n’est pas absolument identique, mais dont les procédés sont restés les mêmes, parce que ces deux arts ont été longtemps confondus.

Le moyen âge en effet ne séparait pas la rhétorique de la grammaiie, et quand une époque plus lettrée les distingua l’une de l'autre dans leur essence, elles demeurèrent étroitement unies par leurs méthodes.

1. Telle est, par exemple, l’édition de G. Despretz, qui devait être assez répandue dans les collèges. — Joh. Dsspauterii Ninivitæ universa Grammatica , par Gab. Despretz, 1605, in-8.

2. Molière, dans La Comtesse d'Escarbagnas , et dans le Dépit amoureux.

COLLÈGES DE L’UNIVERSITÉ

L’ouvrage de Vossius, manuel indispensable en Rhétorique au maître comme à l’élève, est, sous le ; rapport de la composition, bien supérieur à Despautère; là, plus de digressions, de préfaces, ni d’avis * aux lecteurs sans cesse renouvelés.

L’abrégé de La Cerda, que j’ai eu sous les yeux, est divisé en cinq livres.

Le premier traite de la nature même de la Rhétorique, de l’Invention, des Genres; le deuxième, des ' Passions; le troisième, de la Disposition; le quatrième, de l’Elocution ; le cinquième, des deux parties ] de la Composition, la Liaison et l’Ordre.

Aristote, Cicéron et Quintilien ont fourni la matière même et la substance de l’ouvrage, Aristote pour les définitions, Cicéron pour les développements géné- ; raux, et Quintilien pour les exemples; sous les auspices de tels maîtres, le livre ne pouvait manquer de réussir et, quoique moderne, de devenir classique1; aussi c’est par cette glorieuse prédiction que Daniel iïeinsius, ami de l'auteur et son collègue à l’université de Leyde, salue l'apparition de cette Rhétorique qui va chasser la barbarie, faire refleurir la science du beau langage, et qui défie l’ignorance; car c’est par elle que la postérité apprendra encore à parler :

Plus quoque venturi debebit temporis ætas,

Soli Barbaries nec metuenda tibi est;

Ut pereant artes, pereat facundia tota,

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