Allicit ille jocis, varioque lepore juventam
Et docet Ausonio purius ore loqui.
Colloquiis nih.il utilius, postquam inde remotum est Omne Tridentini quod vetuere Patres...
Et Venus et Charités jure hune scripsisse feruntur,
Tantus sermonis lucet ubique nitor!
N. Mercier, Deofficiis scholasticorum, p. 8-9.
COLLÈGES DE L’UNIVERSITÉ
Mathurin Cordier, enfin Caton et ses Distiques moraux , qui avaient été traduits eh 1533 sous ce titre : « Les mots et sentences dorés de maître de sagesse Caton ».
Ce dernier, il est vrai, après avoir été la première nourriture intellectuelle des écoliers au moyen âge, ne tardera pas à disparaître : il devait bientôt céder le pas à Phèdre, qui n’est pas encore mentionné dans les auteurs désignés par les statuts de 1600, mais qui vint prendre place dans l’enseignement après T érence, le chef du chœur parmi les classiques expliqués jusqu’en Quatrième :
Dux erit, in Libvcâ tellure Terentius olim Natus, Romanæ gloria prima scholæ...
Inde locum Augusti poterit libertus habere Phædrus, qui terso scripsit amœna stylo :
Plurima quâ grandes involvit fabula sensus Lectores mira delinit arte suos.
C’est N. Mercier qui s’exprime ainsi en 1657 ; mais sans aller jusqu’à lui, à une époque qui ne précède que de quelques années la réforme de Henri IV, nous trouvons dans le journal d’André Lefèvre d’Ormesson un mémoire des leçons qu'il a apprises dans sa jeunesse, qui nous donne, sur l’Explication des auteurs au collège Cardinal-Lemoine et à Navarre, les renseignements les plus curieux et les plus précis.
La citation est un peu longue, mais on nous pardonnera peut-être de la transcrire tout entière en faveur des détails piquants qu’elle contient.
Citation d’A. Lefèvre d’Ormesson. — « En l’année 1586, je fus mis au collège du Cardinal-Lemoine,
LE LATIN DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIe S. 37
sous M. Le Dieu, Picart de nation, mon maistre de chambre, avec sept de mes cousins qui y demeuraient déjà.... Allant en classe sous M. Jard en la septième, sixième et cinquième, il nous fit apprendre une quantité d'épistres de Cicéron, entre autres celle que Cicéron adresse à Lucilius (s/c, pro Lucceius) pour être insérée dans son histoire laquelle commence : « Coràm me tecum, etc. », et ce, les matinées. Les après-dîners il nous leut les Eglogues de Virgile, les comédies de Térence intitulées VEiiniique , où Chærea prend l’habit de Dorus eunuque...; celle de Phormio, qui représente un vray flatteur ou homme de cour qui entend le moïen de s’enrichir, en se rendant agréable aux grands et à ceux qui ont le commandement dans les Estats. Il nous leut encore l’épistre d’OEnone, nymphe des bois, à Pâris fils de Priam, qui l’avait abandonnée, pour ravir et jouir de la belle Hélène, femme du roy Ménélaus [Ve Héroïde d’Ovide] et encore l’épistre Medea Jasoni , en laquelle Médée se plaint à Jason de ce qu’ayant perdu son frère et ses parents, pour luy faire conquérir la Toison d’or, il l’avait abandonnée pour espouser Creusa, fille de Créon, roy de Corinthe, et tuer le Minotore1. »
Cicéron, Térence et Virgile, tels sont aussi les auteurs qu'avait adoptés la Réforme pour les premières années de l’Enseignement; Ovide est réservé pour les classes plus avancées et notamment pour la quatrième; et c’est aussi à partir de là que nous
1. A. Chéruel, De V administration de Louis XIV (Rouen, 1849), p. 203-204.
38 COLLÈGES DE l’üNIVERSITÉ.
trouvons une différence assez sensible entre les textes t indiqués par d’Ormesson et ceux qui sont mentionnés par les statuts de 1600.
« En la quatrième classe, sous M. Seguin1 qui a esté depuis médecin de la reine Anne d’Autriche, ■’ l’oraison « Pro rege Dejotaro » de Cicéron; la première satire d’Horace contre les gens avaricieux, qui commence « Qui fit Mæcenas » ; quelques odes d'Horace avec l’épode à la louange de la vie rustique et champestre qui commence « Beatus ille qui procul negotiis...; » la satire de Juvénal « contre lanobles.se fainéante, » qui commencé « Stemmata quid faciunt ; » la Ve Tusculane de Cicéron pour prouver : « Virtutem ad bene vivendum se ipsâ esse contentam; » le commencement du premier livre de la Métamorphose d’Ovide qui commence « In nova fert animus », le poème « In Ibim » contre un envieux qui le persécutait pendant son exil, où il luy souhaite tous les ; malheurs qui sont jamais arrivez les plus cruels,! racontez dans les poètes et les fables de l’antiquité2. » i
Ici s’arrêtent les classes de grammaire et nous quittons le collège Cardinal-Lemoine pour suivre
1. Guy Patin reproche à ce M. Seguin d’avoir appelé Scaliger Grammaticus, et prétend que c’est le jésuitisme qui lui a fait dire cette injure au plus digne de tous les savants. 11 ajoute : « Ce vieux Seguin est si bigot et si hypocrite, qu’il en est tout fou. Scaliger non indiget patrocinio ejusmodi virorum... et n'a jamais donné le fouet à de pauvres petits enfants écoliers innocents dans la quatrième du Cardinal-Lemoine, comme a fait ce boiteux de Seguin, qui est plus estropié de l’esprit que du corps, adeo acriter ejus animum percutit detestandum virus cerberæ societatis loyoliticæ ! » — (Lettre XXVI à M. Bélin, t. 1er, Ed. Reveillé-Parise).