A. Chéruel, op. cit., p
LE LATIN DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIe S. 39
l’auteur à Navarre, où il va faire ses humanités avec son frère sous la charge de « M. Raquis fort habile homme et fort homme de bien, qui prit un grand soing de son instruction, dont il est très obligé d’en honorer la mémoire et prier Dieu pour lui.
« Ce M. Raquis commença ses leçons de la première classe en octobre 1590, après la levée du siège de Paris. Il nous leut le matin l’oraison « in Vatinium » et par après, l’oraison « pro Lege Manilia » en faveur de Pompée pour le faire eslire général de l’armée romaine contre le roy Mitridates.
« L’après-dinée, il nous leut la dixième satire de Juvénal qui commence « Omnibus in terris » où il monstre qu’il ne faut ny souhaicter les richesses, ny les grandes dignitez, ny la grande éloquence, ny la beauté, ny la vieillesse; mais seulement ce qu’il plaist à Dieu,
Et mentem sanam in corpore sano.
« Par après il nous leut le premier Livre des Épistres d’Horace tout entier où est contenue toute la sagesse de la philosophie morale des anciens philosophes, et les appris toutes par cœur1 et les ay toutes retenues toute ma vie.
« Et encore quelques odes d’Horace les plus sentencieuses; et encore : ,« Quod vitæ sectabor iter », du poète Ausone. »
Cette première classe dans laquelle on explique
1. On verra plus bas, que pour le Grec, H. de Mesme avait également appris et retenu par cœur tout Homère.
COLLÈGES DE l’ UNIVERSITÉ.
Cicéron, Horace, Juvénal, Ausone, n’était pas encore la Rhétorique; elle serait plutôt la Troisième et la Seconde réunies, ou la première classe d’humanités, puisqu’elle est suivie d'une seconde année où les élèves poursuivent le cours de leur instruction littéraire avant d'entrer en Logique.
« L'année quatre-vingt-onze, commençant en octobre, M. Gaultier qui a esté depuis docteur en Théologie et curé de Saint-Denis de la Châtre, fit la première, et la dernière première pour la seconde année.
« Il nous leut le matin l’oraison : « pro M. Marcello », où Cicéron parle pour Marcellus son amy qui avait servi comme luy le parti de Pompée, où il flatta et gagna tellement l'esprit de César qu’il pardonna à Marcellus contre sa première intention. Il nous leut l’après-dinée l’unzième livre de YEnéide, qui conve- nait fort bien au temps de la Ligue, où la couronne de France estoit contestée entre plusieurs grands princes compétiteurs, comme estoit la couronne du roy Latinus entre Turnus et Enée, qui prétendoient tous deux à la dicte couronne, espousant la fille du roy Latinus nommée Lavinia, comme aussi en la Ligue le combat estoit à qui espouseroit l’infante . d’Espaigne Clara-Eugénia-Isabclla, fille du roy d’Espaigne Philippe second et d'Elisabet de France, fille de Henry second et de Catherine de Médicis, pour estre roy de France avec elle, ou l'archiduc Ernest, ou le duc de Guise, ou le cardinal de Bourbon, chef du tiers parti L »