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Ilallam, cité par le P. Prat

qu’il repose, de quelques charmes de l’éloquence qu'il soit embelli, n’a plus qu’une direction, qu’un but, la propagation du Catholicisme; » nous ajouterons à notre tour que, pour affirmer d’une façon plus nette encore et plus efficace cet esprit catholique, et la sanctification des lettres humaines, les Jésuites firent imprimer, au commencement ou à la fin de leurs livres classiques, des catéchismes L Nous avons indiqué le but, mais quels furent les moyens employés pour l’atteindre?

Les Jésuites se gardèrent bien d’aller, en réformateurs inintelligents, heurter les traditions du passé ou les goûts des contemporains.

Loin de là, jamais novateurs ne furent plus soucieux de conserver ce qu’il y avait de meilleur dans les usages établis, ou de se plier à l’humeur du temps présent.

Trouvaient-ils que la versification latine était en haute estime, leurs élèves composaient des poésies. Observaient-ils le goût naturel des hommes pour les représentations dramatiques et la faveur accordée à ce genre de littérature, les échos de leurs collèges répétaient des tragédies sacrées. Ainsi ils ne dédaignaient pas de conserver, pour le sanctifier il est vrai, l’usage de faire représenter des drames; ils le maintinrent même avec un grand éclat, quand celte coutume était presque tombée dans les collèges de l’Université.

1. Catéchisme de Canisius. Voir le P. Daniel : Pièces justificatives, p. 415.

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Quant à 1 ordre des études, à la division des classes, à la distribution des matières de l’enseignement, ils les acceptèrent telles que l’Université les avait consacrées.

Ce qui fil la force et le succès immédiat de leur réforme, c’est qu ils surent, dans le cadre de l’ancien enseignement, faire entrer des méthodes nouvelles 3 n étant point gênés par la tradition, ils purent accepter ce que la tradition leur offrait de meilleur, et laisser ce qu elle avait de suranné. Ils comprirent 1 inappréciable avantage que leur donnait sur l'Université, déjà vieille de quatre siècles, leur jeunesse, et ils furent assez habiles pour en profiter.

L enseignement du latin. — Chez les Jésuites, comme dans l’Université, c’est le latin qui fait le fond de 1 Enseignement. Le cours complet des études ! est de cinq années, dont trois sont réservées à la Grammaire, une aux Humanités, enfin la dernière à la Rhétorique, la clause par excellence. La durée des cours est de deux heures et demie. Chacune de ces classes, surtout celles de grammaire, peuvent se subdiviser, si elles sont trop nombreuses; mais l’enseignement doit être le même dans les deux divisions; et dans aucun cas. deux classes dilféren tes ne doivent être mêlées ensemble ou confondues : il faut avant tout que l’ordre et la gradation des études soient respectés : c’est là le meilleur gage de la force et de 1 unité de l’Enseignement.

Division des Classes. — Dans l’Université, la grammaire de Despautère; chez les Jésuites, la

grammaire d’Emmanuel occupe les trois premières classes :

La dernière (intima classis), où l’on apprendra le premier livre et une brève introduction à la syntaxe, tirée du second ;

La moyenne (media), le second livre qui traite de la construction des huit parties du discours avec quelques appendices, les plus faciles;

La première (suprema), où l’on étudiera la construction figurée, el le troisième livre sur la quantité.

Pour chacun de ces cours, le premier semestre sera employé à apprendre, et le second sera consacré à la révision 1.

Comme une année ne suffirait pas, pour apprendre le cours de grammaire indiqué pour la plus petite classe, on la divise en deux, d’après la force des élèves; les commençants (ordo posterior) apprendront la première moitié du livre indiqué, et les plus avancés (ordo prior), la seconde

Nous avons déjà remarqué combien un long apprentissage de la grammaire et des principes de la langue semblait alors indispensable pour jeter les bases d’une solide instruction littéraire : les Jésuites, qui n’épargnent rien pour rendre à leurs élèves le travail facile et l’étude attrayante, n’ont pas cru pouvoir les dispenser de ces rudes commencements.

Le maître, il est vrai, ne néglige rien pour simpli-

1. Tous ces détails, et les suivants sont empruntés au Ratio studiorium : Règles des professeurs de Grammaire, d’Humanités, etc....

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fier Implication des préceptes : il s’applique à en1 faire retenir le sens, bien plus que les mots; s’il rencontre une difficulté, il s’y arrête un ou plusieurs jours, ou la laisse un instant pour des passages plusl faciles et y revient ensuite; il s’attache à éclairer les I règles par des applications immédiates et de courts li exemples puisés dans les bons auteurs; les règles! elles-mêmes, au début, ne seront apprises qu'une à une, et tant que la première n’aura pas été parfaite- | ment comprise et retenue, on ne passera pas aux autres.

L’explication des auteurs suivait immédiatement celle des préceptes, et Cicéron était mis entre les mains dps commençants, en même temps que la grammaire, et appris par cœur avec elle ; l’explication ne devra pas d'abord dépasser quatre lignes, que le maître résume en français, avant d’en faire l’analyse ; j la dictée d’un thème ou d’une version très courte compose tout le devoir.

Exercices de la classe. — C’est pendant la correction du devoir, qu’a lieu la discussion ou la lutte (concertatio) : un élève reprend les fautes de son camarade; celui-ci provoque son adversaire sur les déclinaisons et les conjugaisons; d’autres se proposent des phrases françaises à mettre en latin sur-le-champ, ou se défient sur des mots latins dont il faut donner la traduction; le maître dirige les débats, les modère ou les anime, mais il s’efface et ! n’intervient que le moins possible.

C’est ainsi qu'au xvne siècle, les Jésuites avaient

trouvé cet enseignement mutuel si fécond, qui fut toujours suspect à l’Université, mais qu’elle réclame aujourd’hui par ses maîtres les plus autorisés, et qu’elleest heureuse à son tour de mettre en pratique.

Programme des Auteurs. — Nous avons donné en raccourci le tableau de la première classe de grammaire; les mêmes exercices proportionnés à la force des élèves, se reproduisent dans les deux autres classes, et dans le même ordre : Récitation des leçons, Explication, Dictée d’un devoir, Correction, Exercices pendant la correction; les auteurs seuls, ou plutôt les parties d’auteurs varient : aux Lettres familières de Cicéron, se joignent les pièces les plus faciles d’Ovide, pour la classe du milieu (media classis); et pour la dernière, le De Amicitia, le De Senectute , les Paradoxes, les Lettres ou Elégies d’Ovide; dans le second semestre les Excerpta de Catulle, Tibulle, Properce, Virgile : ( Egl ., Géorgiques, Æn., liv. V et VII).

Ce programme concernant les classes de grammaire reproduit en plus d’une partie le Règlement du collège de Guyenne 1 , rédigé par André de Gouvéa, ancien Principal du collège de Sainte-Barbe,

1 un des maîtres d’Ignace de Loyola. Les Jésuites empruntèrent beaucoup à cette école d’Aquitaine qui avait été, grâce à l’habileté de son chef, l’une des plus florissantes et des meilleures de France : qu’on nous permette de rappeler en peu de mots son

1. Règlement du collège de Guyenne (schola Aquilana) cité par I juicherat, Histoire de Sainte-Barbe , t. II.

ŒUVRES DE LANTOINE. II

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organisation. Les élèves avaient trois classes par jour : l’une de huit à dix heures, l’autre de midi à une heure, et la dernière de trois à cinq heures ; la classe de midi était spécialement consacrée à l’étude des principes, les autres à l’Explication. A partir de la huitième, les élèves copiaient quelques lignes d’un auteur, ou une règle du Rudiment qu’ils apprenaient; l'un d’eux récitait le premier membre du passage transcrit, un autre en faisait la paraphrase en latin, un troisième donnait le mot à mot, un autre donnait le français, et ainsi de suite. Une demi-heure d’interrogation entre élèves tient lieu de la dispute. Les classes du samedi étaient employées à la récitation générale, et six élèves de chaque classe, à tour de rôle, subissaient de la part de six autres élèves de la classe supérieure, un examen qui portait sur des compositions écrites, dont le sujet était laissé au choix des concurrents.

On en faisait des copies en gros caractères, que l'on attachait sur la devanture de chaque classe, les examinateurs les lisaient, faisaient leurs remarques et classaient les auteurs dont on proclamait ensuite le nom.

Cicéron et Térence sont les auteurs les plus pratiqués en cinquième, Ovide, Virgile en seconde, Horace en première; les préceptes de la rhétorique sont exposés dès la troisième; l’histoire est enseignée en seconde et en première d’après Justin etTite-Live; dans la première classe on institue des concours de déclamation, pour lesquels Buchanan composa ses

tragédies latines de Saint Jean-Baptiste et d'Alceste, où Montaigne fut acteur.

Toute la partie élémentaire fut écrite sous la dictée du bon M. Cordier : on y remarquait des détails charmants, qui font songer à certains mots de tendresse que les maîtres de Port-Royal surent trouver plus tard pour l’enfance, ceci par exemple : s’il arrive que des bonshommes ornent les copies de jeunes écoliers, soignées d’ailleurs, il faut se montrer indulgent, et ne pas mettre obstacle à la manifestation de la pensée chez les enfants.

Cette douceur dans la discipline, ces moyens ingénieux employés pour rendre la science aimable, et pour donner au travail l’apparence d’un plaisir, nous les avons déjà constatés dans les classes de grammaire des Jésuites; nous allons les retrouver encore dans celles d’Humanités et de Rhétorique.

Remarquons d’abord que les Jésuites ont appliqué les premiers à une classe ce beau nom d’humanités (humaniores litteræ), que les Latins avaient inventé avant eux, pour marquer ces études qui font de l’enfant un homme libre, et donnent à l’homme quelque chose de plus accompli, et de plus véritablement humain. De nos jours, le mot d’humanités désigne non plus une seule année d’études, mais les trois dernières années tout entières : c’est alors que l’élève, déjà maître du fond des langues anciennes, reçoit véritablement cette culture littéraire qu’elles seules peuvent donner. On disait autrefois : « faire ses humanités » ; on ne le dit plus aujourd'hui;

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espérons que le mot seul a disparu, mais que la chose reste; en tout cas, n’oublions pas trop que le mot et la chose ont existé à l’époque où l’éducation classique a été la plus féconde en heureux résultats.

Classe l’Humanité. — Chez les Jésuites, le but de chaque classe est nettement défini ; ainsi la classe d’Humanité doit préparer le fondement de l’éloquence (præparare veluti solum eloquentiæ); elle est ainsi comme le vestibule de la Rhétorique.

Trois choses sont nécessaires pour assurer les fondements de l’éloquence : la connaissance parfaite de la langue, quelque science, et une teinture des préceptes qui regardent la rhétorique.

Pour obtenir cette connaissance exacte du Latin, qui consiste dans la propriété des termes et l’abondance (proprietas et copia), on traduira, parmi les orateurs, Cicéron seul; parmi les historiens, César, Salluste, Tive-Live, Quinte-Curce; parmi les poètes, Virgile avant tous (les Eglogues et le IVe livre de Y Enéide exceptés), Horace ( Odes choisies), et d’autres poètes encore, pourvu qu’ils soient expurgés.

Quant à l’érudition, elle sera discrète; il suffit qu’elle réveille parfois et repose agréablement l’esprit; mais elle ne doit jamais nuire à l’étude de la langue; cette recommandation d'une science légère, suffisante pour égayer l’élève et le tenir en haleine, cette science, qui n’est en somme qu’un divertissement, et comme un temps de répit accordé pour que les remarques de langage ne fatiguent pas à force de monotonie, nous indique bien le côté un peu super-

fîciel de l’enseignement chez les Jésuites 1 ; mais revenons à la classe d’humanité.

Dans le second semestre on fera étudier aux élèves la petite rhétorique de Cyprien Soarès, et pour faire suivre les préceptes des exemples, on prendra les discours les plus faciles de Cicéron ( Pro Lege Manilia, Pro Archia , Pro Marcello).

Les devoirs seront tirés des explications, ils devront être extraits des auteurs; cependant une fois par semaine les élèves composeront une lettre de leur façon (suo Marte) à l’imitation de Cicéron ou de Pline; dans le second semestre, on les abandonnera plus à eux-mêmes, on leur donnera à développer d’après une matière facile et assez longue, deschries d’abord, puis des exordes, des narrations, enfin des vers latins.

Pendant’ la correction du devoir, les élèves feront des extraits de l'explication, s'exerceront à recomposer une période de Cicéron, dont les membres sont brisés, à retourner ou changer des vers, etc. Dans l’explication, le maître devra semer quelques remarques d’érudition, mais se livrer tout entier (se totum effundere) aux remarques de style, faire

1. « L’histoire littéraire n’ajamais tenu qu’une très petite place dans les leçons des Jésuites.... Déjà dans le xvn® siècle l’abondante érudition de l’âge précédent a disparu sous cette influence.... Il y a là sans doute matière à un grave reproche ; mais pour le faire, il faut le restreindre au terrain de l’érudition; il faut oublier les périls qu’une initiation trop facile à l’antiquité avait

fait courir à la société chrétienne Avec l’idolâtrie de la

Renaissance, tout le profit du rude labeur accompli pendant le moyen âge aurait bientôt disparu. » — Ch. Lenormant, p. 98-99.

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ressortir la force ët la propriété des expressions, donner des étymologies, et parfois citer un passage français, s’il fait mieux comprendre le texte latin, ou s’il porte en soi quelque chose de remarquable. Enfin, s’il le trouve bon, il donnera du morceau entier une traduction française, pourvu qu’elle soit très élégante.

Rhétorique. — Nous voici enfin à la Rhétorique, qui seule a le privilège d’avoir deux professeurs; l’objet de cette classe n’est pas facile à définir, tant est vaste son programme! La Rhétorique est le couronnement des études : elle doit achever l’éducation oratoire que les classes précédentes n’ont fait qu’ébaucher, et pour arriver là elle a trois moyens : l’étude des préceptes, l’érudition et les exercices de style.

Pour les préceptes, on expliquera chaque jour les traités de Cicéron, la Rhétorique d’Aristote et même la Poétique.

Pour le style, on doit prendre Cicéron comme modèle (stylus ex uno fere Cicerone sumendus).

L’Érudition se formera par l'étude de l'histoire, et par la connaissance des témoignages des auteurs; mais ici encore nous trouverons les mêmes ménagements que plus haut et la même discrétion recommandée au professeur : « parcius ad captum discipulorum accersenda est eruditio ». En revanche, il n’en est pas de même pour les remarques qui concernent la Rhétorique : rien n’est omis dans les conseils que le professeur reçoit à ce sujet. Le voici

en face d’un orateur ou d’un poète : comment va-t-il diriger son explication? Il doit d’abord donner le sens du morceau, puis découvrir le mécanisme du discours (invention, disposition, élocution) et en montrer les artifices et les finesses, indiquer les figures employées, faire des rapprochements, etc. ; en somme donner de vive voix un véritable cours abrégé de Rhétorique. Qu’on nous permette de citer dans le texte même ces prescriptions ingénieuses élégamment exprimées :

« Si vero explicetur oratio, primo exponenda sententia, si obscura sit, et variæ interpretationes dijudicandæ ; secundo, tota artifîcii ratio exponenda : quam apte se orator insinuet, quam apposite dicat, vel quibus ex locis argumenta sumat, ad persuadendum, ad ornandum, ad movendum; quam multa sæpe præcepta uno eodemque loco permisceat; quo pacto rationem ad faciendam fidem figuris sententiarum includat, rursusque figuras sententiarum figuris verborum intexat. Tertio loci aliquot tum re, tum verbis similes afferendi, aliique oratores, qui eadem præcepta ad a.liquid simile persuadendum, vel narrandum usi sint, producendi. Quarto res ipsa sapientium sententiis, si res ferat, confirmanda, Quinto ex historia, ex fabulis, ex omni eruditione, quæ ad locum exornandum faciant conquirenda. Ad extremum verba perpendenda, eorum proprietas, ornatus, copia, numerus observandus b »

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