CHAPITRE III
Le grec dans l’Université et chez les Jésuites.
Le Grec dans les Collèges au xvi® siècle; — Chez les Jésuites, et i dans TUniversité au xvne siècle.
Place réelle qu’il occupe dans les Collèges. — Méthode et Grammaires : leur insuffisance. — Importance du thème et des devoirs écrits.
Programme des auteurs, et des textes d’explication ou de lecture en 1600, en 1657 (N. Mercier), en 1725 (Rollin). — Décadence vers la deuxième moitié du xvne siècle.
Chez les Jésuites, le Grec se maintient. — Opinion du P. Labbe et de la Société. — Idées particulières du P. Jouvency. — Rapprochement avec Lancelot.
Conclusion.
« On n'apprenait pas le Grec dans l'ancienne Université, a-t-on dit, et dans la nouvelle on n’a que 1 air de 1 apprendre. » Je ne réclamerai pas en faveur des études actuelles; mais ponr nos ancêtres, ce jugement un peu dur peut être discuté.
Nous avons vu figurer une liste. d’auteurs grecs assez complète dans les statuts de 1598. C’était la première fois que l’Université donnait officiellement le droit de cité à Homère, à Hésiode, à Platon et à
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Démosthène : et en cela, s’il faut en croire le P. Barry (1594), l’Université ne faisait que suivre l'exemple des Jésuites « qui s’étaient mis à enseigner le Grec par toutes les classes, lequel auparavant ne s’enseignait qu’au collège de Cambray, avec peu de profit de ceux qui n’y étaient pas beaucoup avancés auparavant. »
Si l’on ne peut pas dire absolument que les Jésuites aient introduit l’étude du Grec dans les collèges, il faut convenir au moins qu’ils l’ont organisée : j’ajouterai que cette étude se maintint chez eux sur un pied très honorable pendant tout le xvne siècle, tandis qu’elle baissa rapidement dans les collèges de l’Université, et ne èe releva qu’avec Rollin. Ici, un coup d’œil jeté sur le passé nous semble indispensable.
Le Grec au xvie siècle. — C’est en 1530 que François Ier créa les premiers professeurs pour les I langues grecque et hébraïque; jusqu’en 1560 ces professeurs avaient été presque les seuls maîtres pour cette étude, et s’ils avaient rencontré, çà et là, parmi les Principaux des collèges quelques rivaux obscurs, c’était l’exception; des exemples particuliers tels que celui dé Daurat qui, au collège de Coqueret, faisait apprendre à Ronsard le latin par le Grec, ou celui de J. Maludan, disciple de Daurat, précepteur de Henri de Mesrae, ne détruisent pas cette assertion; ils prouvent seulement que si le Grec n était pas encore enseigné régulièrement et généralement, il était appris avec enthousiasme dans les rares éta-
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blissements où il s’étudiait1. On connaît le mot héroïque de cet écolier qui écrit à un de ses amis :| « quand j’aurai reçu de l'argent, j’achèterai deslivres grecs d'abord, et après, des vêtements ». On se rappelle aussi ce passage curieux des Mémoires! de H. de Mesme, qui fut mis au collège de Bour- < gogne en 1542 et qui nous raconte qu’il avait appris « à régler ses heures tellement que, sortant de là, il récitait en public plusieurs vers latins et deux mille vers grecs faits selon l'age, et Homère par cœur d'un bout à l’autre : qui fut cause après cela, ajoute-t-il, : que j’étais bien vu par les premiers hommes du temps; et mon précepteur me menait quelquefois) chez Lazarus Baifius, Tusanus, Strazellius, Castellanus et Danesius, avec honneur et progrès aux : lettres ».
Ces études grecques, H. de Mesme1 * * * les complète
1. Les Hellénistes discutaient déjà cetle question, qu’on agite
encore de nos jours : « Si les enfants doivent apprendre le Grec
avant le Latin ». Dans le Thésaurus criticus de J. Gruter (in-S,
Francfort, 1612), on trouve, t. 1er, p. 996-1000, un chapitre tiré ! des Lectiones subcisivæ de Fr. Floridus, ouvrage écrit en 1539; ce chapitre a pour titre : An pueri hodie a Græcis litteris incipere j debeant. Fr. Floridus était un professeur de Bologne, que Fran- ! çois Ier attira à sa cour.
Je dois ces renseignements à l’obligeance de M. Fierville, qui , a publié sur l’étude du grec au xvii6 siècle, un article très intéressant dans la Revue de l'Instruction Publique (8 août 1867). L’on peut consulter sur le même sujet un article de M. Lenient, qui a paru dans la même revue (20 juin 1867) et une leçon deM. Egger, ! publiée dans la Revue des cours littéraires , du 25 juillet 1868.
1. 11 est vrai que le précepteur de H. de Mesme, Jean de Malu- | dan, était disciple de Daurat; « avec lui et mon puisné J. de Mesme, dit notre auteur, je fus mis au Collège de Bourgogne dès l’an 1542 en la troisième classe; puis je fis un an peu moins de la
le grec dans l’université et chez les jésuites. 93 encore tout en étudiant les lois à l’Université de Toulouse, sous la conduite d’un vieil « gentilhomme blanc qui ne leur laisse pas perdre une minute, les Taisant lever à quatre heures du matin et assister aux leçons jusqu’à dix heures, puis les faisant, avant disner, conférer sur leurs lectures ».
« Après disner, nous lisions par forme de jeu Sophocles ou Aristophanes ou Euripides et quelquefois Démosthènes, Gicéro, yirgilius, Horatius; à une heure aux études, à cinq au logis à répéter et voir dans nos livres les lieux allégués jusqu après six. Puis nous soupions et lisions en grec ou en latin. Quelquefois nous allions disner chez nos amis paternels, qui nous invitoient plus souvent qu on ne nous y vouloit mener. Le reste du jour aux livres, et avions ordinaires avec nous Hadrianus lurnebus, et Dionysius Lambinus et autres savants du temps. »
C’est là sans doute une forte éducation; mais elle Lest que le partage de quelques privilégiés, comme
première. Mon père disait qu’en cette nourriture du collège il avait \eu deux regards , l'unà la conversation delà jeunesse gayeet innocente. , \V autre à la discipline scholastique pour nous faire oublier les mignardises de la maison et comme pour nous dégorger en eau courante.
| « Je trouve que ces dix-huit mois de collège me firent assez
bien. J’appris à répéter, disputer et haranguer en public pris connaissance d’honnêtes enfants, dont aucuns vivent aujourd hui, aopris la vie frugale de la scholastique et à régler mes heures tellement, que sortant de là je récitai en public plusieurs vers latins et deux mille vers grecs faits selon l’âge. - Le pere de H. de Mesme avait résolu à sa façon cette question aujourd hui isi discutée des bienfaits de l’Éddcation en commun. Ses «arguments sont ceux qu’avait déjà fait valoir Quintilien, et qu on a souvent invoqués depuis; mais chez lui, la forme qu ils- ont revêtue est singulièremont originale.
H. de Mesme, comme les deux fils de Robert Estienne dont le maître s’appelait Esmérius, ou le fils aîné de Budée confié à un estimable Helléniste : Guillaume Main. Une des premières tentatives destinées à répandre la culture des lettres grecques dans F Université fut celle d’A. de Govéa. dans ce collège d'Aquitaine dont nous avons déjà parlé; le cours de grec était confié à un professeur qui donnait une leçon d’une heure par jour; depuis la Troisième tous les élèves étaient tenus d’y assister; or, comme l’auditoire se renouvelait chaque année, le maître était obligé de recommencer son cours, et ses disciples étaient exposés à entendre pendant cinq années les mêmes choses. Aussi, Montaigne, qui avait été soumis à ce régime, assure que « du grec ny lui ny ses camarades n'avaient quasi du tout point d'intelligence ».
Ni l'Université, ni les Jésuites n’adoptèrent une semblable combinaison; mais tandis que le programme du collège de Narbonne recule jusqu'à la Quatrième l'étude de la langue grecque, le « Ratio studiorum » la prescrit pour la Sixième et la continue dans toutes les classes parallèlement avec le latin.
Quel est le but auquel on veut arriver dans cette étude; est-ce l'intelligence des auteurs?
Il ne le semblerait pas d'après les moyens employés : la méthode est la même que pour le latin. C’est d'abord la grammaire lentement et longuement étudiée, puis les règles une fois apprises, le thème
LE GREC DANS l’üNIVERSITÉ ET CHEZ LES JÉSUITES. 95 suivi de quelques exercices de composition en prose ou en vers.
L’importance que l’Université attache au thème grec ressort nettement de cet article des statuts de 1600, qui enjoint au Principal d’exiger de ses élèves, chaque semaine, trois morceaux de prose grecque ou latine, signés de leur professeur. Cette importance avait toujours été en grandissant, et Rollin n’hésite pas à blâmer énergiquement la coutume qui s était introduite dans les collèges, de faire consister toute ! l’étude du grec dans la composition des thèmes : c’est là ce qui avait donné lieu, selon lui, « à un dégoût et à une aversion presque générale pour le ; grec ».
« L’Université, ajoute-t-il, a bien senti que l’usage de cette langue étant maintenant réduit à l’intelligence des auteurs, sans que nous ayons presque jamais besoin ni de la parler, ni de 1 écrire; elle devait principalement appliquer les jeunes gens à la 1 traduction. » Il avait fallu 1 exemple et les écrits de Port-Royal et les réclamations énergiques des meil- | leurs esprits pour en arriver là; mais au début du siècle on ne l entendait pas ainsi, et les Jésuites ; comme l’Université inclinaient dans le sens con- ! traire. Chez eux pourtant, le grec fut cultivé plus > longtemps et mieux peut-être que dans 1 Université; ils lui consacrent spécialement une classe, la Seconde (ou classe d’humanités), dont voici le programme :
Le Grec chez les Jésuites. — Dans la première
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heure, étude et récitation de la syntaxe ou d’un auteur; dans la seconde, on partagera entre l’explication et une dictée; pendant la correction du devoir, qui est toujours un thème, les élèves composeront des exercices grecs. Vers la fin de l’année on pourra étudier la quantité et donner des vers à retourner. Pour les auteurs, il suffit de les entendre à peu près (mediocriter scriptores intelligant), tandis que dans les exercices, auxquels sont conviés tous les quinze jours les élèves de la classe inférieure, on lira une pièce de vers ou un discours.
Grammaires et Dictionnaires. — Quels étaient les livres auxquels les élèves pouvaient avoir recours pour ces compositions?
L ouvrage généralement adopté dans tous les collèges était la grammaire de Glénard, annotée par Antésignan. « Ce n’était, dit M. Vérin, qu’un livre très court et insuffisant1 pour conduire à Tintelli-
1. Le livre de Clénard a pour titre : Instructiones ac meditationes in lingham græcam ; l’édition que j'ai eue sous les yeux est de 1580; Antesignanus l'a complétée, en y ajoutant des notes (scholia) et un traité d’exercices (Praxis).
Clénard avait adopté dans son ouvrage la même division que Despautère dans sa Grammaire latine. Après les déclinaisons, qui sont au nombre de dix, viennent les conjugaisons, qui sont au nombre de treize; ensuite les pronoms, les articles, les noms contractés, l’investigation du thème. La syntaxe et les accents n’occupent que quelques pages. En somme point d’ordre et peu de méthode.
Antesignanus dans sa Praxis nous donne la mesure des exercices grecs qui se faisaient dans les classes : ce sont des morceaux traduits du latin en grec et du grec en latin; exemple : l’Oraison dominicale, le Symbole des Apôtres, l’Argument d 'Electre, une scène du Plutus, un fragment de Pindare, etc.
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gence entière de la langue. » Bien des essais furent tentés pour détrôner Clénard; MM. Goulu et Mérigeon, le premier, professeur du roi, le second, professeur de Grec et d’Hébreu dans l’Université de Paris, avaient, à l’exemple de Ramus, rédigé une grammaire en français; mais ils ne furent pas plus heureux que Ramus lui-même, dont le livre, très suivi en Allemage, ne fut jamais accepté en France; plus tard, Lancelot ne réussit pas mieux avec sa méthode; car l’Université abandonna Clénard pour adopter Furgault.
Il faut joindre à la Grammaire les Lexiques et les Manuels : le plus fameux était celui de Scapula, qui ne fut pas inutile à Lancelot, pour composer son Jardin des Racines, et qui fit presque tous les frais du Tirocininm que le P. Labbe publia en 1648; le Dictionnaire de Schrevelius, et le Linguæ Græcæ Breviarium du Père Laubegeois.
Rareté des textes grecs. — Malgré ces auxiliaires les élèves apprenaient très peu de Grec; on doit sans doute attribuer cette insuffisance au manque de bonnes méthodes; mais il faut tenir compte aussi de la rareté des textes; le latin étant d’un usage fort commun, on avait au xvie siècle publié bien plus de traductions latines que de textes grecs. H. Estienne, lui-même, ne dédaigna pas de se conformer à cette coutume (en 1580, il donnait une traduction de Ylliade en latin). Ainsi, au commencement du xviie siècle, il est incontestable qu’en général, on lisait les auteurs grecs dans les traduc-
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tions latines; faut-îl conclure de là que c’est ainsi qu’on les expliquait dans lés collèges? M. Egger pense qu’on pourrait le soutenir, du moins pour la philosophie; dans les autres classes les élèves avaient des textes grecs; ce qui le prouve, et d’une façon assez piquante, c’est un passage du De optimo Academiæ slatu , [p. 136J dans lequel Richer tance vertement le fameux Palémon, qui dans sa chaire de rhétorique de Lisieux se montrait plus jaloux de tenir tête à l’autorité que de préparer ses explications : le malencontreux professeur aurait, au dire de Richer, dans les aventures des compagnons d’Ulysse métamorphosés par Circé, fait lui-même une singulière métamorphose, en changeant, us; en ois; (porcs en fils).
Il semble qu’une pareille méprise ne pût se produire que sur un texte grec. Voila donc où était tombé dans les premières années du xvir siècle le glorieux héritage des Budée, des Estienne, des Scaliger et des Nancel; il est vrai que tous les régents n’étaient pas des Palémon; et bientôt l’Université pouvait citer avec orgueil G. Duval, éditeur d’Aristote, Aubert, de Cyrille, Cl. de la Place, professeur de Boileau à Presles-Beauvais ; les exercices grecs revenaient aussi peu à peu en honneur : quelques pièces de vers adressées au Recteur François Sizé en témoignent1, ainsi qu’une série de discours prononcés au collège d'Harcourt par Ber-
1. Voir à ce sujet le précieux ouvrage de \1. Egger : De V Hellénisme en France ; je lui dois beaucoup pour ce chapitre.-
trand de Mérigeon, qui remercie le recteur P. Galland de lui avoir permis de communiquer sa science à un auditoire universitaire. Jusqu’au milieu du siècle les études grecques sont florissantes : elles semblent même à leur apogée, si l’on s’en rapporte de tout point à cette longue liste d'auteurs que N. Mercier propose à l'écolier modèle en 1657 ; pour lui le grec doit être sur le même pied que le latin :
At sit Græca memor juvenis junxisse Latinis,
Par esse in studio debet utroque labor.
Esope, Lucien, Isocrate, pour les classes de grammaire; Démosthène, Plutarque, Hérodote, Xénophon, Aristophane, Homère, Euripide, Pindare, Aristote, pour les Humanités et la Rhétorique : tel est son programme; il est vrai que de nos jours la liste des auteurs pour le Baccalauréat n’est pas moins complète; mais on sait ce qu’il faut penser de ces belles promesses. Il en devait être de même en 1657 ; le contemporains d’ailleurs nous éclairent sur cette matière; Lancelot, Guyot et Coustel constatent qu’on n’apprenait que très peu de grec dans les collèges, et, ce qui est plus précieux, en indiquant le mal, ils donnent le remède. Chose singulière, c’est au moment où cette étude allait briller d’un si vif éclat à Port-Royal, qu’elle s’éteint dans l’Université jusqu’au jour où Rollin essaiera de la ranimer.
Le Grec a l’époque de Rollin. — Les prétentions de Rollin ne sont plus celles de N. Mercier, et le programme qu’il propose, bien moins étendu, nous
aide à mesurer le terrain qu’avaient perdu les études j grecques dans toute la seconde moitié du xvne siècle. Pour les classes de grammaire, l’Évangile selon Saint-Luc, Esope, quelques dialogues de Lucien, j des endroits choisis de la Cyropédie, et quelques traités d’Isocrate; en Seconde quelques chants d’Homère ou quelques endroits des Vies de Plutarque; I Démosthène en Rhétorique : tels sont les auteurs ou plutôt les parties d’auteurs que l’üniversité maintient | dans les collèges; encore, ne nous y trompons pas, I le gros des élèves n’est pas admis à ces explications; un maître zélé est obligé de prendre à part les meilleurs, s’il veut les pousser plus avant dans cette étude, tandis que le reste se tient dans une médiocrité insupportable. C’est en vain que pour laire refleurir ces belles connaissances, Rollin s’attache à démontrer que rien n’est plus facile que de se rendre maître de cette langue, qui a tant d’analogie avec la s nôtre; en vain recommande-t-il aux maîtres de lutter contre ce mauvais goût devenu trop commun, et de ne pas céder à ce torrent dé la coutume qui a déjà presque tout entraîné.
Décadence du Grec. — La décadence qu’il avait pu retarder un instant, était irrémédiable; l’insuffisance des méthodes, et les exigences des parents qui j regardaient comme absolument perdu le temps qu on oblige leurs enfants de donner à cette étude, avaient ruiné l’enseignement du grec dans les collèges de || l’Université.
S’était-il maintenu plus florissant chez les Jésuites? I
Oui, sans doute, quoique pourtant, tout en restant bien inférieur au latin. Les Jésuites avaient sur l'Université le précieux avantage d’être indépendants vis-à-vis des familles; ce n’est point à eux que les parents eussent osé dire qu’ils n’entendaient pas voir leurs enfants contraints à un travail également pénible et infructueux; qu’ils avaient, eux aussi, appris le grec dans leur jeunesse et qu’ils n’en avaient rien retenu.
Toutes ces belles raisons, qui marquent assez que ceux qui parlent ainsi n’en ont pas beaucoup oublié », n’auraient pas été admises au collège de Clermont, tandis qu’on était contraint de les recevoir à Presles-Beauvais. Obligés de faire moins de concessions de ce côté, les Jésuites n’étaient pas inquiétés d’autre part par les ordres du roi, qui, cédant aux plaintes et aux réclamations générales, enjoignait à l’Université de ne pas dépenser des heures précieuses à un enseignement jugé comme stérile. A cela près, .dont il faut tenir compte, il n’y a pas de différence notable entre la méthode deè Jésuites et celle de TUniversité. Le point de^ départ est le même (lent apprentissage de la grammaire), les moyens sont identiques (fréquente application des règles par le thème ou les exercices écrits), le but n’est pas sensiblement modifié (pastiche plus ou moins heureux des écrivains dont on n’emporte qu’une médiocre connaissance).
En somme tous les procédés, tout le mécanisme de l’enseignement du Latin, est appliqué au Grec;
mais comme on lui consacre beaucoup moins de temps et que la langue est plus difficile, les résultats obtenus sont moins satisfaisants.
Ici ne nous en rapportons pas aux programmes; le Ratio Studiorum et le livre du P. Jouvency sembleraient nous donner un démenti : à les en croire en effet, les élèves du collège de Clermont passeraient cinq ou six années avec Isocrate, saint Chrysostome, saint Basile, Plutarque, Démosthène, Platon, Thucydide, Homère, Hésiode, Pindare, sans compter Théophraste, Lucien, Hérodien, Sophocle, Euripide, etc. ; mais comment concilier la connaissance de tant d'écrivains avec les humbles conseils que l’auteur du Traité de la manière d' apprendre et d' enseigner donne aux jeunes maîtres, conseils qui semblent prouver que ceux à qui ils s’adressent sont capables de lire le grec, mais n’en savent pas davantage t? Ces préceptes, bons pour des commençants, méritent d’ailleurs d’être mentionnés parce qu’ils semblent directement en opposition avec les règlements de la Société, les ouvrages de plusieurs de ses membres et la pratique de ses collèges. Le P. Jouvency voudrait que l’étude du grec précédât celle du latin, « parce qu’elle est aussi utile et plus difficile ». Voilà donc le grec abordé par lui-même, et non plus au travers d’une autre langue qui le traînait à sa remorque. Ce premier pas en amenait d’autres; comme la difficulté d’une langue si riche consiste