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A. Pierron, Voltaire et ses maîtres , p

surtout dans les mots, avant d’étudier les règles, ou tout au moins pendant qu’on les étudie, il faut se former un vocabulaire, et pour cela, apprendre chaque jour des racines; pourvu de cette réserve et maître de la syntaxe, on entreprendra la lecture des auteurs, sans cependant négliger les exercices de style.

Le P. Jouvency se rencontre ici avec Lancelot : « Apprendre le grec avant le latin; savoir le plus grand nombre de mots avant d’étudier les règles; se servir de la connaissance des règles pour entendre les auteurs » ; tel avait été le programme de Port-Royal, telle avait été, avant Port-Royal, la volonté des grands esprits de la Renaissance : c’est ainsi que le pratiquaient H. Estienne1 et Daurat, et de nos jours des Hellénistes distingués se sont prononcés en ce sens; l’habitude contraire a prévalu et les résultats ne lui ont guère été favorables. Aussi parmi les remèdes de toute nature qu’on propose encore pour arrêter la décadence croissante des études grecques, figure l’anticipation de la grammaire grecque sur la grammaire latine : c’est un retour aux idées du passé, qui semble en cela la meilleure garantie du présent.

Toutefois, ne l’oublions pas, même dans le passé ces idées ne furent jamais mises en pratique, sauf à Port-Royal : là, il est vrai, elles furent appliquées

1. « Quant au Grec, feu mon père m’y fit instituer quasi dès mon enfance, et même avant que d’apprendre rien de Latin, comme je conseillerai toujours à mes amis de faire instituer leurs enfants pour plusieurs bonnes et importantes raisons, combien que la coutume soit aujourd’hui autrement. » — H. Estienne.

résolument, et l’ont sait les fruits qu'elles portèrent; malheureusement, on tenait en défiance tout ce qui venait des Jansénistes, et leur méthode ne fut pas mieux accueillie pour le grec que pour le latin.

Certes le P. Jouvencv ne nous pardonnerait pas d’avoir cité son nom à côté de Lancelot; il n’est pas sans intérêt pourtant de pousser un peu plus avant la comparaison, et de rapprocher les jugements que deux hommes si opposés en tant de manières portent sur les écrivains dont ils recommandent la lecture : la liste de Port-Royal comprend un plus grand nombre d’auteurs, et l'ordre dans lequel ils sont rangés est un peu différent, disons qu'il est plus rationnel : ainsi pour n’en citer qu’un exemple, on ne comprend guère comment le P. Jouvency remet la lecture d'Homère à la seconde année, tandis qu'il indique Thucydide pour la première : Lancelot, qui n’est qu'un grammairien, détermine son choix par trois raisons qui sont très sages et qui se peuvent appliquer à toute étude : « La première est de commencer par les auteurs les plus faciles, la deuxième de se servir de l’agrément de certains livres pour rendre aux écoliers l'étude plus divertissante, la troisième de joindre autant qu’on peut l’utilité des choses à celle des mots, afin de leur former l'esprit en même temps que la mémoire. »

Le Grec a Port-Royal et chez les Jésuites. — En première ligne Lancelot met Lucien , que le P. Jouvency fait rentrer dans le programme de la classe d’humanités, avec des restrictions, qui sont

LE GREC DANS l’üNIVERSITÉ ET CHEZ LES JÉSUITES. 105 très légitimes d’ailleurs, mais avec un jugement d’une sécheresse sévère (elegantiam orationis et amœnitatem ingenii morum pravitate fœdat, improbe passim, et nonnunquam impie facetus) ; l’auteur de Port-Royal lui est plus favorable ou moins rigoureux, car « il le juge pur pour la langue, beau pour les mots, agréable pour les rencontres, net pour le style, merveilleux pour la narration; il a une fécondité qui peut servir aux esprits les plus secs et plus stériles; il traite la fable d’une manière agréable; il fait en mille endroits une peinture admirable de la misère de cette vie, de la vanité des hommes, du faste des philosophes et de l’arrogance des savants. Enfin il rend ridicule l’avarice des riches, l’orgueil des grands et toute la religion du paganisme, ce qui ne sert pas peu à élever l'esprit vers le seul et souverain bien. » Ce n’est plus là un simple jugement sur le style, et la différence est assez sensible avec l’opinion du P. Jouvency, pour qu’on démêle aisément de quel côté est l’avantage. Lancelot donne en quelques mots une excellente leçon de philosophie et de pédagogie, il montre dans un seul auteur, comme il entend l’explication et le commentaire des écrivains grecs ou latins.

Plutarque n’est pas moins bien jugé, Plutarque qui avait été la nourriture intellectuelle de tout un siècle et la conscience de tant de grands hommes, Plutarque « ce médecin de l’âme » 1 comme on l’a si

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