‹ ŒuvresChapitre 39 sur 71 · Questions 3 et 4 de Morale. — Novus cahdidatus · texte numérisé non relu

Questions 3 et 4 de Morale. — Novus cahdidatus

ment un peu littéraire que s'adressent les critiques *.

Tel est le sens de ce blâme vigoureux que T. Lefèvre, dans la lettre que nous avons déjà citée, adresse aux Régents de Philosophie : « puisque tel est le nom que le vulgaire a donné à cette partie des études dans laquelle l’élève devra renoncer absolument aux meilleurs livres. A quoi bon en effet, disent les maîtres, souiller la majesté de la philosophie par les bagatelles de la littérature et ces vétilles de la grammaire? Aussi qu’arrive-t-il? Quand après deux ans nos écoliers ont oublié tout ce qu'ils avaient appris, ils paraissent en public; et là, lorsqu'ils ont balbutié trois ou quatre malheureuses paroles, on les déclare capables de tout comprendre et de tout enseigner; de là tant de chaires sottement occupées, tant de cloches qui sonnent à faux, tant de fléaux du siècle, tant de pestes des oreilles2. »

1. N’étail-ce pas le cas de répéter avec Montaigne : « qui a pris de l’entendement en la Logique? Où sont ces belles promesses? Qu’est-ce que ces écoles de parlerie, ces ordonnances logiciennes et aristotéliques, et tout ce bastelage, qui rappelle les joueurs de passe-passe? »

2. « Ubi ad eam studiorum partem ventum est, quam vulgus (jamdudum enim vera rerum vocabula amisimus) Philosophiam vocare solet, grave piaculum esse ducunt Magistri libros meliores primo tantum digitulo attingi a discipulis : Quorsum enim, inquiunt, Philosophiæ majestatem puerilium lilterarum nugis et Grammaticæ quisquiliis altaminari deceat?... Itaque postquam gypsati et paîIiolaLi in publicum procedunt, ibique tria aut quatuor ôÛCT-rrjva pr,aâTia postquam vix atqueægre balbutierunt, ... eis omnium arlium, quæ libero homine dignæ sunt, profitendarum facultas datur.... Inde tôt pulpitoruin stulta miracula, occurrunt tôt æra tinnientia, tôt sæculi incommoda, tôt pestes aurium! » Ep. ad Cl. Sarrav., 1651 ( Epistolæ , Salmurii, 1659, p. 118).

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Qu’on se reporte au programme de logique, de morale ou de métaphysique, on sera de l’avis de T. Lefèvre; la logique, malgré ses subtililés, est encore la partie la moins attaquable; confuse et raffinée comme science, comme art, elle donnait aux esprits du nerf et une lucidité singulières.

Dans la morale, ce qui est de l’usage de la vie, mais hors de la dispute est entièrement négligé; la discussion est réservée sur les points les plus importants, et ce qui a trait à la vertu, à la justice, etc., est laissé de côté.

La Métaphysique. — La métaphysique, surveillée de plus près encore que la morale, n’offre guère plus d’attrait : elle flotte incertaine entre la théologie et la physique : son domaine qui semble infini est en réalité très restreint, ses attributions sont des plus vagues et ses limites indécises; son point de départ ne sera nettement déterminé que par Descartes; et elle n'aura de véritable méthode que le jour où elle sera fondée sur ce principe : que l’évidence est le « critérium » de la certitude.

La Physique. — La physique péripatéticienne reposait sur la théorie des formes substantielles. « La figure est un être entièrement distingué de la matière (Forma substantialis corporea consistit in materia subtili). Le feu diffère de l’eau par une entité qui lui est propre, entièrement distincte de la matière. Quand un corps change d’état, il n’y a pas seulement changement dans les parties, il y a une forme qui est chassée par une outre. En outre des

entités premières ou des formes substantielles, qui font la différence essentielle des corps naturels, les péripatéticiens en admettent d’autres aussi pour leurs moindres changements, et pour toutes les qualités sensibles, qu’ils appellent formes accidentelles t à la différence des premières. Ainsi la dureté, la chaleur, la lumière sont des êtres tout différents des corps dans lesquels ils se trouvent. Le mouvement, comme le prouve Aristote, est différent du corps mobile. Dans l’ordre moral, la science et la vertu sont également des entités qui tantôt s’ajoutent à l'âme et tantôt s’en séparent1. »

De pareilles théories appliquées à la lumière, à la couleur, à la chaleur, au froid, au mouvement, ne pouvaient rendre compte d'aucun phénomène; et le trait de satire que Molière décoche contre les entités, en disant que l’opium fait dormir, parce qu’il a une vertu dormitive , portait juste; si au moins ces principes contestables avaient été exprimés avec la netteté que leur donne l’exposition de M. Bouillier, à qui nons empruntons ces détails, il semble qu’on se fût résigné à les voir défendus; mais le latin scolastique qui les enveloppe les rend encore plus barbares, et l'usage du syllogisme dans ce domaine qui eût dû lui être interdit, ne contribue pas pour peu de chose à dépayser l’esprit.

C’est donc la forme même de l’enseignement philosophique, aussi bien que le fond, que Descartes va

1. Fr. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne , t. 1, p. 555.

ET CHEZ LES JESUITES AU XVIIe SIECLE.

renouveler; et par une coïncidence toute naturelle le premier monument de la nouvelle philosophie sera écrit dans une langue nouvelle, c’est-à-dire en français.

L’École au contraire maintint toujours l’enseignement en latin, persuadée qu’elle conservait ainsi à ses doctrines le meilleur gage de leur durée; à plusieurs reprises, même avant Descartes, et dans le sein des collèges des tentatives furent faites pour enseigner en français; elles échouèrent, mais du moins elles méritent d’être signalées.

Tentatives faites pour enseigner la Philosophie en français avant Descartes. — Au début du xvne siècle, en 1612, M. Camus, principal du collège de Trégiiier, avait annoncé qu’il enseignerait la philosophie en français; sans doute il espérait par là s’attirer plus d’élèves; car l’enseignement philosophique se relevait à peine ; il était même si chétif en certains établissements, qu’Éd. Richer déclare qu’un licencié de la maison de Navarre, qu’il avait fait venir à grands frais au collège de Lisieux, fut contraint de se retirer, parce qu’il n’avait que deux écoliers, et encore « lesquels menaçaient de ne pas rester ». Quoi qu’il en soit, l’Université défendit au novateur d’appliquer son programme et d’enseigner en français sous peine d’exclusion l.

En 1624, la même année où Gassendi faisait

1. Vetitum est, ne philosophiam, juxtasuum programma, vernacula lingua profiteretur, sub pœna exelusionis perpetuæ a gremio et consortio dictæ Universitatis Parisiensis.

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imprimer à Grenoble ses études paradoxales contre le péripatétisme et la scolastique, Bitaud attaquait dans ses deux thèses la doctrine d'Aristote sur les éléments, et provoquait l'arrêt barbare de la Sorbonne et du Parlement, faisant défense à toutes personnes de tenir ni enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs à peine de vie ; celte même année la première thèse écrite en français était soutenue par un moine, Al. Trousset.

« Ainsi, ditM. C. Jourdain1, la langue et les opinions traditionelles de l'Ecole avaient à subir l’atteinte des modifications profondes qui s’étaient opérées dans les intelligences : la forme et le fond de la Doctrine tendaient à se renouveler. » Le Discours de la Méthode renouvela tout à la fois d'un seul coup.

Descartes et le « Discours de la Méthode ». — Nous n’avons point ici à insister sur cette révolution, œuvre d’un génie extraordinaire, qui, du même coup, crée la vraie philosophie en lui donnant pour point de départ l’étude de l’âme humaine, trace d’une main ferme les règles de la méthode, et donne à la métaphysique le fondement le plus solide en proclamant l’évidence de la vérité comme base de la certitude; nous n’avons pas davantage à faire l'histoire de son système, ni à suivre sa fortune. Disons seulement qu’en Hollande, du vivant même de son auteur, on avait vu le Cartésianisme pénétrer dans les chaires de philosophie, de physique, de médecine, de mathé-

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