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ET CHEZ LES JÉSUITES AU XVII® SIÈCLE

Régent de Philosophie aux Grassins, professait des opinions toutes cartésiennes, et Malebranche poursuivait son livre de la Recherche de la Vérité.

Formulaires de 1691 et de 1704. — En 1691, tandis qu’au collège de Montaigu un Régent de Septième avait été inquiété pour avoir empiété sur les privilèges des Petites Ecoles, en apprenant à lire à des enfants, M. Renaud Gentilhomme, Recteur sur l’ordre du roi, faisait lecture aux professeurs de philosophie, de douze propositions, moitié cartésiennes, moitié jansénistes, mais toutes essentiellement opposées au péripatétisme, qu’il était défendu jd’enseigner.

En 1704, un formulaire tout semblable fut de nouveau présenté aux professeurs, qui virent renaître les mêmes défiances en présence des contestations soulevées par le Jansénisme.

i Ces persécutions étaient inefficaces; car si elles surent entraver quelque temps l’enseignement de la shilosophie nouvelle dans les écoles, elles ne pouvaient l’empêcher de se répandre dans toutes les fiasses de la société, et s’opposer à ce que l’opinion publique, plus forte que toutes les prohibitions, ne nodifiât insensiblement l’enseignement. Le nom de Descartes était soigneusement banni; qu’importe! les îouveaux cours étaient tout imprégnés de son esprit |ît de sa Doctrine ; les maîtres faisaient des professions le foi péripatéticienne, sans doute; mais c’étaient des jrincipes cartésiens qu’ils entrevoyaient à travers la physique d’Aristote : « il y a peu de découvertes qui

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ne se trouvent dans quelques recoins de ses livres », dit finalement Malebranche 1 ; et le père Daniel prétendait qu’avant peu, « moyennant quelques concessions, on verrait M. Descartes devenir péripatéticien et Aristote cartésien ».

Aristote et Descartes. — Cette tendance à accommoder ensemble deux philosophies essentiellement différentes donna naissance à de nombreux ouvrages d’éclectisme très répandus dans les écoles. Le plus fameux appartient à J. -B. Duhamel, premier secrétaire de l’Académie des sciences ; il est intitulé : Philosophia vêtus et nova ad usum scholæ accommodata (1678, 4 vol.).

Ce! ouvrage, composé à la recommandation de Colbert, est un assemblage aussi heureux qu’il puisse être des idées anciennes et des idées nouvelles. A l’exemple du Duhamel, Pierre Barbay, élève d'Arnauld, professeur au collège de Presles-Beauvais, auteur de commentaires très estimés sur Aristote, essaie de faire entrer certaines idées nouvelles dans la philosophie du Stagyrite , dont il a étudié chacune j des parties (Logique, Physique, Métaphysique, Morale 2).

1. Voir pour tous ces détails YHistoire de la philosophie cartésienne. de Fr. Bouillier.

2. 1676, 1680, 1684. C’est dans la Logique que se trouve la déclaration suivante :

« Nos quanquam authores omnes dogmaticos veneremur præ- 1 sertimque Platonem, Aristotelem et Sanctum Thomam, in nullius tamen verba juramus, quippe amici omnes, magis tamen arnica j veritas, philosophi siquidem est mentem ratione potius, quam authoritate confirmare. »

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Avec Duhamel et Barbay, c’est Aristote qui se trouve métamorphosé en cartésien; avec Cally, professeur de philosophie et d’éloquence à l’Université de Caen, c'est Descartes qui se change en péripatéticien. Descartes se fût reconnu pourtant malgré la forme scolastique que l’auteur lui donne dans certaines parties. L’ouvrage, dédié à Bossuet, est divisé en cinq parties1 : Logique, Science générale, Physique, Théologie naturelle, Théologie morale.

Arnauld et Nicole se seraient retrouvés sans peine dans la logique, qui leur emprunte la réfutation de cette maxime que « toutes nos idées viennent des sens ». Descartes aurait admis le second livre, sur la science générale, où Cally fait dépendre les essences de la volonté de Dieu, où il place l’essence de la matière dans la seule étendue, et repousse les formes substantielles avec les accidents absolus; mais Descartes eût certainement reproché à l’auteur d’altérer les principes de sa Méthode, en plaçant, dans les règles de la connaissance de la vérité, la véracité divine avant l’évidence.

Nous sommes au seuil du xvme siècle, et nous touchons au moment où la philosophie nouvelle va entrer dans l’enseignement : l’homme à qui revient l’honneur de l’avoir en grande partie introduite, est le célèbre Pourchot, professeur de philosophie au collège Mazarin en 1691, recteur de l’Université,

1. P. Cally, Universæ philosophiæ institutio. Caen, J. Cavelier,

1695, 2 vol. ‘in-4.

auteur des Institutions de philosophie , dont Bossuet ( faisait la plus grande estime l.

Pour conjurer les arrêts de T Université et du I Parlement, Pourchot avait composé un recueil de Questions scolastiques, qu'il appelait lui-même « son sottisier » ; grâce à ces concessions il put imprimer et surtout professer le doute méthodique de Descartes et le c« Cogito, ergo sum » ; il lui fut permis d’établir sa morale sur le principe d'une loi naturelle, émanation dans l'âme de l'homme de la loi éternelle de I Dieu même, qui n’est autre chose que l’ordre immuable; il put enseigner en physique l’étendue essentielle et les tourbillons.

C’est de Pourchot, que Racine écrivait à son fils :

« Vous étudiez sous un régent qui a lui-même beaucoup de lecture et d’érudition ». Après lui M. Demontempuys et Dagoumer continuèrent de maintenir l'enseignement philosophique dans la même voie; le premier, régent au collège du Plessis, avait laissé échapper dans ses cahiers certaines propositions que ni Bossuet ni Fénelon n'eussent désavouées, mais qui lui firent imposer une sorte de Jury, chargé d’examiner ses cours et les thèses de ses élèves; il nous a légué lui-même le Journal des contradictions qu'il eut à subir de la part de cinq docteurs de Sorbonne2 (1704 à 1707); Dagoumer, auteur d'une

1. Institutiones Philosophiæ ad faciliorem veterum et recentiorum philosophoram intelligentiam comparatæ, opéra et studio E. P.

2. M. G. Jourdain, cite un extrait du Journal de M. de Montempuys (Histoire de l'Université , Pièces justificatives, p. 130 et suiv.) :

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philosophie accommodée à l’usage de l’école suivit les mêmes tendances et ne fut pas plus épargné ; certaines solutions trop cartésiennes qu’il avait données sur les points les plus controversés de la métaphysique (tels que l’éternité de Dieu, l’étendue intelligible, les notions d’espace et d’immensité) provoquèrent un dernier formulaire plus libéral, il est vrai, que les autres : là on accordait à l’enseignement le droit de discuter toutes les questions qui ne dépassent pas la portée de l’intelligence humaine, et qui se décident par les principes de la raison; on réservait sagement toutes les vérités, qui ne s’établissent que par l’Écriture et la Tradition.

A partir de cette époque la révolution cartésienne peut être considérée comme accomplie dans les collèges : ce n’est toutefois qu’en 1720, qu’on la trouve consacrée par les programmes; dans le plan des nouveaux statuts soumis au Régent pour la réforme

Parmi les juges envoyés par la Sorbonne, se trouvait un monsieur Charton, dont voici le portrait : « C’était un bon homme, écrit M. de Montempuys, plein de cœur à la vérité pour les Universaux, les êtres de raison, ies formes substantielles, et leurs suivantes les qualités occultes; grondant par occasion en luy-mème du changement de la philosophie, quand il en entend parler, ou qu'il y est poussé; mais cependant d’un esprit tranquille là-dessus, et incapable d’attaquer personne sur la doctrine. » Un des autres juges, M. Boucher, est moins commode; c’est lui qui présente l’argumentation en forme contre M. de Montempuys et qui fait suivre sa dénonciation de dix propositions cartésiennes extraites de ses cahiers : trois sont tirées de la logique, cinq de la métaphysique, deux de la physique. Voici les principales : Intellectus non agit sed solum patitur. — Mens humana est substantia. — Materia definitur substantia extensa. — Demonstrari non potest esse corpora, etc.

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de l’Université, nous trouvons, à l’article vingt-deux, des dispositions qui concilient le respect légitime dû à l’antiquité avec les justes exigences de l’esprit moderne1.

Les professeurs n’avaient pas attendu le consentement de l’autorité pour faire goûter à leurs élèves les meilleurs ouvrages des philosophes modernes; dans plusieurs collèges (c’est Rollin qui nous l'apprend)

« on faisait lire soit en public, soit en particulier aux écoliers les plus forts certaines parties des six livres de la Recherche de la vérité de Malebranche, les Méditations èt les principes de physique de Descartes, et après qu'on avait lu avec eux, et qu’on avait expliqué les traités, on leur en faisait faire des extraits chacun à leur manière avec ordre et méthode. »

Nous sommes loin sans doute de cet enseignement philosophique qui se résumait au début du siècle en deux exercices : la dictée et la dispute; la dictée qui remplissait les cahiers des élèves d’opinions mal conçues, mal rédigées, expliquées en un mauvais latin, la dispute qui ne roulait que trop souvent sur ; des questions épineuses, en dehors de la vie et parfois même du sens commun.

Le père Lamy que nous avons cité au commence- 1

1. « Logicæ præcepta desument, tum ex Aristotelis Organo, I tum etiam ex recentiorum philosophorum libris, maximeque ex j Cartesii Metkodo, et Arte Cogitandi, itemque ex Meditationibus I metaphysicis, quibus doctrina Platonis mirum in modum fuit ; illustrata, et ad Doctrinam christianam propius admota... ita ut neque novitatisstudium venerandæantiquitati quidquam detrahat, I neque nimius antiquitatis araor noceaf veritati. » (Jourdain, I op. cit., p. 173.)

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ment de ce chapitre, réclamait la lecture des bons auteurs imprimés, que les professeurs accompagneraient de leurs observations. Ses vœux se trouvent réalisés et même dépassés ; car ce n’est plus seulement Aristote, mais Descartes, Arnauld, et même Malebranche, qu’on étudie en certains points, et qu’on enseigne.

Toutefois ce n’est pas l’enseignement de la morale qui a le plus gagné dans ces innovations, et les plaintes du savant Oratorien n’avaient pas obtenu de ce côté une pleine satisfaction.

A la faveur des doctrines nouvelles, le centre de l’enseignement philosophique s’était pour ainsi dire déplacé; ce n’est plus la logique, ni la morale, ni même la métaphysique qui tient la première place; c’est la physique, et après elle, les matières théologiques. En vain l’archevêque de Paris, M. de Noailles, se plaint au Recteur que dans les thèses on n’entendît disputer que sur cette partie; en vain les professeurs assurent qu'en expliquant les matières de la physique, ils ne diront rien qui puisse les rendre suspects; qu’ils ne traiteront point des questions de théologie, et qu'en continuant à donner dans leurs cahiers à la métaphysique et à la morale toute l’étendue qu’elles méritent, ils auront soin d’en mettre suffisamment dans les actes publics, afin qu’on puisse disputer également sur ces matières.

L’amour de la nouveauté les ramenait toujours à la physique; l’attrait de l'inconnu entraînait nécessairement des esprits curieux et fatigués du passé, vers

ŒUVRES DE LANTOINE. II

ces contrées encore inexplorées où le champ était ouvert à toutes les découvertes; il semble qu’on eût le pressentiment de la grandeur scientifique qui était réservée au siècle suivant.

Nous avons indiqué successivement les modifications lentes et pénibles apportées à l’enseignement de la philosophie vers la fin du xvne siècle; cet enseignement, malgré ses progrès, était loin de satisfaire encore les plus chauds partisans de l’Université elle-même.

Programme de Philosophie en 1764. — Le programme des deux années de philosophie, tel que nous le donne, en 1764, le président Rolland est un peu différent de celui que nous trouvions dans les statuts de 1600. La première année est consacrée à l’étude des sciences abstraites (logique, métaphysique, morale) qui ont pour but de former le raisonnement; la deuxième est consacrée à l'étude des corps, à la physique qui a pour but de développer le sens de l’observation. Rien de mieux; mais l’enseignement se fait toujours en latin, et la méthode comme dans les facultés supérieures est encore celle de la scolastique. La logique est toujours comme par le passé trop épineuse (on y devrait joindre des leçons de critique); la morale est écourtée; la métaphysique n’est qu’un mélange de logique et de théologie ; quant à la physique, l'esprit de système la dénature.

Outre ces plaintes, le président Rolland, digne interprète des vœux du corps enseignant, propose de remplacer les dictées, dont le père Lamy s’est plaint

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avant lui, par des cours imprimés que rédigeraient les professeurs sur le modèle de la Logique de Port- Royal, par exemple; il réclame surtout que l’enseignement soit fait en français. Ces demandes étaient trop raisonnables pour qu’il n’y fût point satisfait; le temps y a fait droit, et les a même dépassées : la méthode scolastique a disparu, entraînant avec elle sa logique, sa métaphysique théologique et ses procédés d’un autre âge; le français a chassé le latin des classes de philosophie comme des autres; la physique a suivi les lois de l’expérience, les mathématiques se sont détachées de la physique, et l'enseignement scientifique, dégagé de ses entraves, a pu se constituer et grandir.

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