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Voir Ch. Hamel, Histoire du collège de Juilly

CRITIQUES DE L’ORATOIRE

vive voix dans la chambre des grands, et l’histoire de France en était toujours l’objet. « Dans les autres chambres, de la Sixième à la Seconde, il remettait les cahiers d’histoire aux préfets de pension. On voyait l’histoire sainte dans les deux dernières chambres, où étaient les plus jeunes écoliers, et dans les trois chambres suivantes on faisait apprendre l’histoire grecque et l’histoire romaine. Cette étude qui ne préjudiciait en rien au travail des classes était puissamment secondée par l’usage d’entretenir une bibliothèque particulière pour les élèves, assez nombreuse et bien choisie. On donnait aussi des leçons de géographie, et plusieurs chambres et classes étaient ornées de cartes que les écoliers pouvaient consulter même pendant les récréations. »

Le P. Lamy : « Entretiens sur les sciences ». — C’est Adry dans sa notice sur Juilly qui nous donne ces détails, mais pour voir en même temps un tableau des études à l’Oratoire et l’opinion des Pères sur l'enseignement des collèges, il faut consulter les Entretiens sur tes sciences du P. Lamy.

Le, premier reproche que le savant Oratorien adresse à l’Université, est sur la tristesse de son système, sa dureté inflexible, ses horizons sombres, et ces régions couvertes d’épines et de broussailles, où s’égaraient les jeunes gens.

« Mes premiers maîtres, dit-il, m’avaient donné de l’aversion pour les lettres dans un temps où je n’étais pas encore capable de les aimer. Leurs rigueurs m’avaient rendu les sciences odieuses; on m’accablait

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l’esprit de mots barbares, de sorte que je me regardais comme un esclave qu’on applique à des ouvrages qui n’ont point d’autre fin que de tourmenter celui qui les fait.... Quand je me souviens de la manière qu’on m’a enseigné, il me semble qu’on me mettait alors la tête dans un sac et qu’on me faisait marcher à coups de fouet, me châtiant cruellement toutes les fois que, n’y voyant pas, j’allais de travers; car en vérité je n’y voyais goutte, et la même chose m’arrivait que si on m'eût effectivement bouché les yeux. »

A ces vices de méthode, joignez les lacunes d'un enseignement qui ne donne aucune ouverture pour l’histoire, pour la géographie, pour lps mathématiques et où l’on apprend seulement quelques bouts de chronologie, avec une étrange confusion.

Après avoir signalé pour l'étude des langues les lenteurs de cette voie longue et ennuyeuse, par laquelle on fait marcher les enfants pendant une douzaine d’années; après avoir reconnu la vanité de ces beaux projets d’Académie, où l’on ne parle que latin, le père Lamy proclame que l’usage est un grand maître, même pour apprendre une langue.

Il propose donc qu’avec la grammaire, qui sera courte, simple et française, on donne aux enfants des livres dont les premières pages ne fussent que des mots latins; il demande que la version précède le thème, qu’ensuite on s'applique surtout à la lecture des auteurs, et qu’enfin la composition ne vienne qu’après la traduction; quant aux règles de la rhétorique, on les trouvera dans Cicéron, en y cherchant

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l’éloquence; pour les exercices de la jeunesse qui se l'ont dans les écoles publiques « on devrait faire un choix d’exordes1 * * 4, de narrations, de raisonnements biens poussés, de passions bien exprimées, de comparaisons justes, de descriptions exactes, de figures animées, d’allégories riches, etc. ; bref il faut savoir la langue latine avec politesse; en tout cas le latin et le grec ne doivent pas faire oublier que l’histoire, la chronologie, la géographie et les mathématiques sont des connaissances auxquelles il ne faut pas rester étranger lorsqu’on est jeune ».

On a pu remarquer dans les observations qui précèdent une conformité d’idées frappante entre Port- Royal et l’Oratoire; il y a en effet comme un air de parenté et une filiation directe de l’un à l’autre : c’est le Cartésianisme qui sert de lien commun et de trait d’union entre ces deux Compagnies ; j’oserais presque dire que Lancelot et le père Lamy sont frères en Descartes. Je choisis à dessein ces deux noms, et je trouve entre eux une ressemblance qui frappe plus vivement encore, si l’on considère ce que le père Lamy pensait en matière d’éducation. Selon lui, « il faut, pour instruire les enfants, beaucoup de patience et de douceur. Les premières années de la vie en sont comme l’hiver : comme les laboureurs ne se décou-

1. Le père Lamy a fait l’ouvrage qu’il indique, et sa Rhétho-

rique , dédiée à Mascaron, eut un grand succès. Elle vit quatorze éditions, et fut traduite en plusieurs langues : Bayle l’a louée

dans sa République des Lettres, et Malebranche la déclarait un

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