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DANS LES LETTRES HUMAINES

Cet écrit composé à la demande d’un professeur de l’Université (Rollin peut-être, ou Hersan son maître), résume, en ce qu’elles ont de meilleur, toutes les doctrines que nous avons parcourues jusqu’ici, et fait passer, dans des méthodes qui peuvent être d’une application immédiate, tout l’esprit de Port- Royal et de l’Oratoire : c’est la véritable préface du Traité des études ; nous allons l’analyser pour mettre fin à toutes ces critiques.

Condamnation de l’abus des devoirs écrits. — L'auteur commence par signaler les abus d'un enseignement qui, chez les uns semble n’avoir pour but que de faire des poètes, et chez les autres ne se proposer que d’apprendre aux écoliers de la langue latine autant qu’il est nécessaire pour entendre la philosophie et la scolastique : en tout cas la fin à laquelle il semble que tendent ces manières ordinaires, c’est de former les jeunes gens à faire des amplifications, des déclamations et autres sortes de compositions. Si l’on joint à cela le temps qu’on emploie à apprendre des pièces de vers (ceci est à l’adresse des Jésuites) ou d’autres déclamations de la façon des Régents, à écrire sous eux des dictées, des corrections de thèmes, des rhétoriques qu’ils auront faites, on trouvera que la lecture des anciens auteurs est la partie la moins considérable des études qu’on fait dans les collèges.

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Qui ne voit les inconvénients de ces désordres? La plupart des écoliers sortent du collège sans science. Les médecins, les jurisconsultes, les prêtres, les officiers, les magistrats, les gens d’affaires, qui n’ont pas besoin de savoir faire des thèmes, des vers, des chries ou des amplifications, occupent leurs charges en ignorants, et causent des maux infinis dans l’Église et dans l’État.

Il faut donc changer le but, et, pour en atteindre un nouveau, employer des moyens différents; la fin qu’on se proposera est de régler tellement les études qu il fût moralement impossible que les écoliers qui y auraient passé le temps qu’on emploie d’ordinaire, n’entendissent pas le latin facilement, et que ceux qui auraient plus de génie n’écrivissent en cette langue d’une tnanière noble et élevée qui eût quelque air d’antiquité.

Les moyens indiqués sont ceux sur lesquels on s’accorde aujourd'hui pour ranimer nos études : la première place est donnée à l’explication des auteurs, qui doit durer impitoyablement une heure chaque classe; les devoirs écrits seront restreints; quelquesuns même supprimés, ou maintenus comme exercices oraux : par exemple les vers latins. L’auteur attache à cet article une importance particulière : il semble qu’il prévoyait déjà que l’Université inclinerait trop du côté des devoirs écrits, et qu’elle ne saurait plus s’arrêter, une fois sur cette pente où s’étaient laissé glisser les Jésuites.

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La lecture des auteurs doit être le but des études. — « Il ne faut donner aux enfants, dit-il, des leçons et des traductions, et aux grands des compositions, qu’autant qu’on jugera raisonnablement qu’il leur restera de temps après la lecture des auteurs prescrits; car on prend aisément le change là-dessus. On croit, qu’en accablant les enfants de leçons et de compositions, il y a beaucoup à gagner; rien de plus faux : abandonnés à eux-mêmes pour ces exercices, ils ne connaissent pas assez l’importance du temps pour l’employer. Ils ne se pressent point, le temps fuit, l’heure sonne, et de là les châtiments; tout est dans la tristesse, et le dégoût achève de tout perdre. »

Cette interversion entre la classe et l'étude, et les abus qui résultent de cette confusion, n’ont pas été signalés avec plus de force, de nos jours, dans l’ouvrage de M. Bréal. Quant à l’ennui et au dégoût qu’amène nécessairement cet état de choses, c’est dans un autre écrivain moderne qu’il est condamné en ces termes1 : « L’ennui qui pèse sur nos collèges, et qui en est comme le génie malfaisant, est le triste symptôme des maux que produit notre vieille routine ; il est lui-même un mal dont on ne saurait calculer la portée. C’est un vide de l’âme qui appelle pour la remplir les futiles distractions et les passions mauvaises. »

Pour éviter cet ennui, Arnauld veut que la classe ne soit pas, comme elle l’a trop longtemps été, un

1. Ch. Glavel, Lettres sur l'enseignement des collèges, p. 50. ,

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moment où le régent travaille et où les écoliers ne [i font rien; où les élèves sont des auditeurs , non des I disciples. Aucun des exercices qui peuvent tenir l'esprit en éveil et faire naître l'émulation (on n’en U manquait pas à Port-Royal, de la bonne j'entends) H n’est omis : ce sont d’abord des comptes rendus faits h de vive voix, en français pour les quatre premières j classes, en latin, pour les autres, puis des résumés des lectures destinés à développer chez les élèves cet esprit d'analyse qui est nécessaire partout, mais surtout dans l’Eglise, la Robe et l’Etat.

Les dictées, les corrigés, les longues leçons de I grammaire seront bannies; la version remplacera le thème dans les quatre premières classes, et le thème lui-mème. dans les autres classes, sera surtout un exercice oral, et toujours tiré d'un auteur latin. Des [ lectures particulières seront données aux bons élèves, et un jour consacré à la revue de ces lectures. La mémoire ne sera pas négligée, mais on n’apprendra que des harangues courtes et des morceaux choisis, sauf pour Horace et Virgile qu'il faut savoir en entier ;

« quant au fatras de ces méthodes pour l'ordinaire mal conçues, mal digérées et ennuyantes pour des jeunes gens, c'est un abus pernicieux que de leur en charger la mémoire ».

Nous reconnaissons ici cet esprit de Port-Royal qui se défie des règles apprises par cœur, et là encore nous retrouvons Rollin avant le Traité des études :

« On ne gagne rien, dit-il b en donnant de longues

. Note attribuée à Rollin.

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leçons sèches et désagréables à apprendre par cœur aux enfants, qui ne les apprennent pas ou les apprennent mal, et qui n’aboutissent qu’à mettre de mauvaise humeur les maîtres et les écoliers. S’il y a des livres intitulés méthodes ou syntaxes pour apprendre à écrire, ou pour la danse, ou pour la musique, personne qu’on sache, n’en est venu à bout sans pratiquer; on n’apprend les langues que par l’usage. On suppose qu'il y ait dans celte syntaxe la règle par laquelle on explique que dans le menuet il faut couler le quatrième pas, celui qui sait cette règle par cœur, sans faute, n'exécutera pas le quatrième pas. » La comparaison est plus piquante que juste; car on ne peut admettre que même les plus obstinés amateurs de la grammaire aient prétendu qu’on savait bien une règle, avant de l’avoir appliquée.

Moyens d'émulation. Compositions : Examens de fin d'année. — Indépendamment de l’attrait qu’un pareil enseignement peut avoir pour de bons esprits, Arnauld reconnaît l’opportunité des récompenses d’une part, et de l’autre la nécessité d’une sanction pour le travail. Il demande donc qu’on donne des places, tous les mois ou tous les quinze jours, en version latine écrite ou orale; mais il veut que le cœur soit toujours récompensé avant l’esprit, et que les premiers prix soient réservés à ceux qui auront montré le plus de religion *.

1. « Des gens de bien, dit à ce propos RoIIin, ont remarqué avec complaisance que cela s’est exécuté, il n’y a pas longtemps, dans un des plus fameux collèges de Paris, et qu’on vient de

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Il veut aussi qu’on établisse des examens annuels, comme il en existe aujourd’hui, pour contrôler le savoir des élèves, et qu’on retienne avec une rigueur inflexible dans les classes ceux qui ne montrent pas qu'ils connaissent les auteurs.

Outre ces examens il en faudrait deux plus difficiles, l’un pour monter de rhétorique en philosophie, l’autre pour être reçu maître ès arts1.

Pour le premier, il faudrait répondre sur tous les auteurs classiques et faire un récit latin d’un quart d’heure sur un texte indiqué.

Pour le deuxième, il faudrait répondre : 1° sur tous les auteurs classiques, 2° sur toute la philosophie, 3° sur la géographie ancienne et nouvelle, 4° sur la chronologie, 5° sur les histoires sainte, grecque, latine et sur l’histoire de France.

C’est la première fois que les matières historiques sont proposées pour un examen ; néanmoins il faudre attendre jusqu’à la création de l’Université impériale, pour qu’elles figurent sur le programme du Baccalauréat

Cet examen sérieux, que réclame Arnauld pour le passage de la classe de Rhétorique en philosophie, se faisait dans plusieurs collèges de Paris avant Rollin, qui raconte la manière dont il le dirigeait; et l’usage s’en est maintenu jusqu’à la chute de

fonder un prix de vertu dans une Université de province où l’on essaie de faire revivre les études. »

1. Ces deux examens sont réclamés de nos jours par les gens les plus compétents. (Voir les articles de M. Robiou, dans Le Français , janvier 1873.)

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l’ancienne Université, puisque M. Gaullyer, professeur de Rhétorique au Plessis-Sorbonne, nous trace le programme d’un de ces examens pour la Rhétorique.

Dans l’Université moderne ces deux Epreuves se retrouvent l’une à la fin de la Quatrième, et l’autre dans le baccalauréat, après la Philosophie. On sait que la première est à peu près illusoire pour les élèves qui suivent les cours des lycées; aussi a-t-on proposé de la rendre plus sérieuse; un professeur de l’Université, M. Robiou, semble même s’être rapproché du règlement d’Arnauld, en demandant, comme lui, qu’un examen nouveau arrête, après la . Rhétorique, les élèves qui sont incapables de suivre avec fruit un cours de philosophie, et qui vont aller après un an encombrer les avenues du baccalauréat, où ils ne seront jamais admis l.

Non content d’indiquer ces moyens pratiques, pour réformer les études, Arnauld règle l’emploi du temps pendant les cinq heures de classes, et démontre par un tableau, qu’il est curieux de comparer avec celui du père Jouvency, la façon dont il entend qu’on applique sa réforme 2. Il marque, que dans les trois petites classes inférieures, on s’arrête aux mots plus qu’aux pensées, et dans les autres, le contraire.

Pour le Grec, il lui consacre particulièrement les

1. Le projet de scission du baccalauréat ès lettres en deux parties donne satisfaction à cette demande, et réalise en partie le plan d’Arnauld.

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