Extrait du rapport du président Rolland
2° par la lecture et l'explication des auteurs;
3° par les thèmes et versions.
Ensuite les élèves passent dans une classe de) Seconde ou d’humanités qui, destinée à ménager un intervalle entre l’étude des langues et celle de l’Éloquence, sert à fortifier les jeunes grammairiens dans les connaissances qu’ils ont acquises, et à les préparer à en acquérir d’un genre plus élevé.
C’est alors que la Rhétorique les reçoit : elle leuri* enseigne l’art de parler par l’art d’écrire; elle lesjj habitue à conduire leur pensée d’une façon droite, etj à trouver pour chaque idée l’expression qui lui con-j| vient le mieux.
A ces six classes succède la Philosophie divisée en deux années : la première consacrée à l’étude des; sciences abstraites, et destinée à former le raisonne- ; ment; la deuxième consacrée à l’étude des corps, ] ayant pour but de développer le sens de l’obser-1 vation.
Quels reproches pouvait-on adresser à un système 1 d’instruction ainsi organisé? D’être trop littéraire et trop uniforme pour des jeunes gens dont les aptitudes il comme les vocations étaient différentes? Mais si l’on songe que dans l’ancienne société les cours des col- ' lèges n’étaient guère fréquentés que par la noblesse^ ou les candidats aux carrières libérales, cette objection perd beaucoup de sa valeur1. D’être trop exclu- jS
1. En 1789, sur une population de vingt-cinq millions, le nombre d’élèves est de 72 000 : ce qui donne 1 sur 32; en 1865, i sur 37 millions nous avons 163 000 : ce qui fait 1 sur 20.
si vement consacré à l'étude del’antiquité? D'apprendre aux jeunes gens les noms de tous les consuls et de leur laisser ignorer ceux de nos rois? De les former à écrire en latin et de leur laisser négliger le français? De ce côté sans doute la critique est plus fondée; cependant on ne sent pas que cette rude discipline de la grammaire et de la langue latine aient ôté à nos écrivains une seule de leurs qualités, ou qu’elle ait empêché les gens du monde de bien écrire. Quand on voit du reste figurer dans le programme des auteurs indiqué par l'Université (en 1764) La Fontaine, Boileau, Bossuet, Montesquieu, Vertot, Saint- Béal, J. -B. Rousseau, on ne trouve pas que les écoliers d'avant 1789 aient été si dépourvus de bons modèles. Sans doute il avait fallu plus d'un siècle pour que la langue française conquît sa place à côté des langues anciennes, et pour que nos grands écrivains devinssent classiques; pour que le latin fût considéré comme une langue morte et enseigné par des méthodes plus rationnelles; mais rien ne se fait brusquement dans un corps qui vit de traditions et qui est obligé de compter avec un passé deux et trois fois séculaire. Qu’on compare l’Université à la Société de Jésus, et l’on verra de quel côté viennent les innovations, lentes mais sûres, et les améliorations successives; de quel côté, au contraire, fut l’immobilité, une persistance singulière, un attachement opiniâtre, calculé et réfléchi à un système une fois adopté, en dépit de certaines modifications extérieures et toutes apparentes qui
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ne renouvelèrent jamais ni le fond ni l'esprit de l’Enseignement.
L’Université de Paris déclarait elle-même Qu’elle avait toujours été aussi « ennemie de cette obstination aveugle qui soutient sans raisonner tout ce qui est ancien, que de cet esprit de nouveauté qui ne cherche qu’à renverser l’édifice élevé par nos pères »; elle se contenta de réparer peu à peu son enseignement en le laissant reposer sur les mêmes bases ; à la fin du xviie et au début du xvme siècle, elle pouvait être fière de son œuvre, et applaudir avec un orgueil légitime au discours dans lequel son plus digne interprète exaltait justement son esprit, sa méthode et ses études :
« Si nos écoles sont ouvertes à la jeunesse, c’est pour que son esprit cultivé et préparé par les lettres, puise dans leur commerce cette finesse et cette urbanité nécessaires à tous les emplois de la vie; de là le nom d’humanités donné à l’objet de nos études. Que faisons-nous pour atteindre ce but? Nous offrons à nos élèves les écrits de l’antiquité; ils se familiarisent parmi nous avec ces hommes immortels qui sont, sans aucun doute, les plus sûrs des maîtres, et leur âme se forme et se nourrit par une lecture assidue de leurs ouvrages. Mais à ces grands modèles nous joignons ce que notre siècle, ce que notre pays a produit d’excellent dans chaque genre, et nous évitons qu’on ne puisse nous reprocher d’être, après tant