Décembre
ration qu’on peut aujourd’hui regarder comme nécessaire.
On doit apprendre le latin pour le comprendre, non pour l’écrire; pour le lire, non pour le parler : tel est le principe émis par M. J. Simon dans sa circulaire ministérielle du 27 septembre 1872, tel est le point de départ des modifications qu’il propose, telle est la maxime qui doit être présente à l’esprit de tous les maîtres, surtout dans les petites classes. Mais pour comprendre une langue écrite, n’est-il pas dans une certaine mesure indispensable d’avoir écrit en cette langue, surtout quand cette langue même doit être étudiée au point de vue de la formation du goût ? Les hommes les plus éclairés l’affirment; ainsi donc, pour que l’esprit profite de cette gymnastique à laquelle il est obligé de se soumettre, afin d’entrer dans l'intelligence d’un idiome étranger, il faut le faire composer en cet idiome. Mais cela, dans quelle proportion ? Quelle part, en un mot, doit-on réserver encore aux exercices de plume pour arriver à l'intelligence la plus rapide et la plus exacte des auteurs latins? C’est ce que je veux essayer de déterminer, en faisant observer, avant tout, que cette intelligence même des auteurs n’est pas le dernier but qu’on se propose, mais seulement un moyen pour développer le jugement et former le goût.
Les élèves d’aujourd’hui passent huit années de leur vie à apprendre le latin, et ils le savent si peu que la plupart l’abandonnent en sortant du collège, parce qu’ils le comprennent trop mal, pour pouvoir
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le lire avec plaisir Ne vaudrait-il pas mieux
d’abord reculer jusqu’en sixième cette étude, et consacrer exclusivement au français la septième et la huitième? Telle est la première objection qu’on nous propose, en ajoutant d'ordinaire que les enfants des écoles primaires savent mieux l’orthographe que les élèves de Cinquième de nos lycées, parce que ces derniers ont été mis trop jeunes au latin, et que leurs facultés, encore tendres, appliquées à deux langues, n’ont pu retenir les principes ni de l’une ni de l’autre î En supposant que l’assertion soit exacte, je ne crois pas que la cause du mal soit celle qu’on signale, ni que la raison invoquée par les adversaires du latin dans les classes élémentaires soit bonne. — Non, les quelques mots de latin que les élèves apprennent en Septième et en Huitième ne sont pas responsables des fautes d'orthographe qu’ils commettent plus tard, beaucoup plus tard, dans leurs devoirs : car, il est à remarquer que c'est surtout dans les hautes classes que les règles ou les mots souffrent le plus d’atteintes : le mal ne vient donc pas de l'étude simultanée du français et du latin, qui ne peut produire que les meilleurs résultats; il vient d’ailleurs. En effet, que peut-on reprocher à cette comparaison de deux langues, dont l une est fille de l’autre : accable-t-elle l’esprit ou la mémoire ? Mais Rollin ne trouvait pas qu elle soit au-dessus des forces d’un enfant de six ans; Tanneguy-Lefèvre. et après lui, Gaullyer la reportent à dix ans; c’est à cette limite que l’on s'arrête aujourd’hui : elle offre
à nos yeux, un autre avantage que celui que nous marquons plus haut ; si l’on veut apprendre de bonne heure l’effort aux enfants, et obtenir d’eux un travail aussi sérieux que le comporte leur âge, c’est au Latin qu’il faut le/demander : les écoliers, dans une dictée ou dans un devoir quelconque en français, ne se préoccupent même pas de chercher les mots; ils se croient dispensés de la moindre peine; pour contraindre leur paresse naturelle, il faut emprunter le secours d’une langue étrangère, qui les étonne, les tient en éveil, et les excite, sans les accabler cependant, parce que en cette langue ils retrouvent à chaque pas, pour les guider, des mots qui ressemblent à la nôtre. Il est encore une raison qui plaide en faveur du latin dans les classes élémentaires : c’est que le vocabulaire d’une langue est en somme bien plus long, et bien plus difficile à étudier que sa grammaire; et comme ce travail s’adresse presque uniquement à la mémoire, il faut le commencer le plus tôt possible, et ne pas craindre de le pousser activement à l’âge où cette faculté est complaisante et dominante tout à la fois. Je prévois ici une objection : « Pourquoi, me dira-t-on, ne pas profiter de cette souplesse de la mémoire, pour commencer dès la Huitième l’étude d’une langue vivante? C’est là du reste l’usage qui est adopté aujourd’hui. Je répondrai à cela qu’il faut choisir, et prendre ou le latin, ou l’allemand; mais les admettre à la fois, c'omme le veulent nos programmes, me semble une exagération fâcheuse. Il y a un danger sérieux à
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éparpiller sur des idiomes si différents les facultés de l’enfant : il est à craindre qu’il ne mêle et ne brouille tout, et surtout qu'il ne s’habitue à se décharger d’un fardeau qui est en réalité trop lourd pour ses épaules. Je serais d’avis que le latin soit maintenu dès la Huitième, à cause de sa parenté avec le français; quant aux langues vivantes, je les rejetterais au moins à la Sixième : car, pour l’anglais, la prononciation, et pour l’allemand, l’écriture offre des difficultés réelles dont triomphe l’éducation particulière, mais non l’éducation donnée en commun.
C’est à partir de la Septième qu’on peut commencer à faire apprendre la grammaire; que cette grammaire soit claire, logique et brève : ceci est indispensable, mais il est impossible de s’en passer ; il faut aussi que les élèves en apprennent les règles par cœur, car ils ne la sauront bien qu’à cette condition. « Le professeur assurément devra souvent insister sur l’application des règles que présentent les textes; mais ses observations nécessairement faites sans ordre logique, n’engendreraient dans l'esprit des élèves que la plus déplorable confusion. En supposant d’ailleurs qu’on arrive par ce chemin à un résultat sérieux, on dépensera beaucoup plus de temps et de fatigue que dans l’étude d'une bonne grammaire. La méthode qui propose de tirer de l’analyse même ou de l’explication des auteurs les règles d’une langue est l’auxiliaire indispensable de l’étude de la grammaire; mais elle ne saurait y être substituée1. » Faut-il maintenant,