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— liu — « je vous enverrai seulement à Nancy quelques « restes de moi, ce pauvre cœur, par exemple, qui « n'a guère été bien connu que de vous et de quel- « ques amis et enfants dans notre ville épiscopale. « Je présume cependant que notre cathédrale lui « accordera bien un dernier lieu de repos et de « paix. Que la très-sainte volonté de Dieu s'accom- « plisse (1) ! »
Pourquoi tairais -je comment je vis pour la dernière fois Mgr de Janson? J'allais quitter Paris; quelques jeunes gens m'entouraient dans ma chambre des cordiales démonstrations de leur pieuse amitié; le bruit d'une voiture se fit entendre; un moment après la porte s'ouvrit, et nous vîmes le vieil évêque de Nancy , le cœur et les mains toutes jeunes, s'avancer vers nous, en tirant de sa poitrine affaissée quelques sons imparfaits, mais si sincères et si bons , qu'ils nous allèrent au fond de l'âme.
Cinq mois après, le 11 juillet 1844, aux portes de Marseille, Mgr de Janson rendait à Dieu son âme immortelle.
Ainsi, Monseigneur, disparaissaient tour à tour, par un appel de Dieu trop rapide, les hommes de foi qui les premiers ont reconstruit sur le sol renouvelé de la France notre antique Église. Aucun, parmi ces pères de notre âge, n'a porté sur les ruines du sanctuaire unu main plus illustre que votre prédécesseur immédiat; aucun, une main plus dévouée,
(1) Lettre du 16 août 1841 , à Ms"" Menjaud.
plus active, et plus meurtrie. Flenversé par une tempête qui a déraciné des rois , il a laissé d'un côté de sa vie des œuvres détruites, et de l'autre côté des œuvres inachevées, mais aussi et d'autant plus le souvenir d'une àme apostolique que le rang et la fortune ne détournèrent point de sa vocation , que le travail ne rebuta jamais, que le malheur éprouva sans l'abattre ni l'aigrir. Vous vivrez longtemps, Monseigneur , sur ce siège que vous tenez de son choix, et où votre présence nous rappellera son esprit de discernement; vous y vivrez pour faire aimer et bénir la religion, qui est le premier bien des hommes, leur force et leur gloire, et qui pourtant reçoit aussi d'eux, parles vertus mêmes qu'elle leur donne, la puissance et l'honneur. Et vous, mes frères dans le sacerdoce de Jésus-Christ, qui avez deux fois perdu, par l'absence et par la mort, un évêque qui vous était si cher, nous tous, en voyant tomber si vite les appuis que Dieu avait suscités à son Église , nous connaîtrons davantage nos devoirs et la brièveté du temps qui nous est dispensé pour les accomplir; nous ferons sur nous-mêmes de plus sérieux retours, et nous nous hâterons de cultiver ces courtes années qui ont été commises à notre fidélité. Plus riches que nos prédécesseurs, nous possédons le fruit de leur travail, l'exemple de leurs vertus, et un siècle qui a mûri lui-même sous la lumière miséricordieuse des plus grands événements. Ferons -nous pourtant mieux et plus que nos pères? Héritiers de Zorobabel, qui releva les ruines du temple, rebàtirons-nous , comme Néhé-
mias, les murs et les tours de la sainte cité? Dieu seul, qui lit au plus lointian des âges, Dieu le sait. Mais si cette gloire nous est refusée, si la truelle et l'épée tombent de nos mains avant d'avoir achevé l'enceinte de Jérusalem, puissions-nous du moins laisser aux enfants de la captivité une mémoire de nous qui les fortifie, un parfum qui s'élève de notre tombe, et qui porte à leur cœur, avec de bonnes nouvelles du passé , un présage heureux de l'avenir I
ELOGE FUNEBRE