‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 21 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

IV

tout créer. J'ai à mettre en regard le théisme et le panthéisme : voilà ma tâche; j'ai à rechercher lequel des deux est en harmonie avec la nature, l'intelligence , la conscience et la société : voilà ma force.

Avant de commencer cette comparaison, ou plutôt en la commençant, je ferai une remarque; c'est que Dieu est ici- bas le plus populaire de tous les êtres, tandis que le panthéisme est un système purement scientifique. Au milieu des champs, appuyé sur son instrument de travail , le laboureur lève les yeux vers le ciel , et il nomme Dieu à ses enfants par un mouvement simple comme son âme. Le pauvre l'appelle, le mourant l'invoque, le pervers le craint, l'homme de bien le bénit, les rois lui donnent leurs couronnes à porter, les armées le placent en tête de leurs bataillons, la victoire lui rend grâces, la défaite y cherche un secours, les peuples s'arment de lui contre leurs tyrans ; il n'est pas un lieu , un temps, une occasion, un sentiment où Dieu ne paraisse et ne soit nommé. L'amour lui-même, si sûr de son charme , si confiant dans son immortalité propre, n'ose pas pourtant se passer de lui, et il vient au pied de ses autels lui demander la confirmation des promesses qu'il a tant de fois jurées. La colère croit n'avoir atteint son expression suprême qu'après avoir maudit cet adorable nom , et le blasphème est un hommage encore d'une foi qui se révèle en s'oublianl. Que dirai- je du parjure? Voilà un homme qui est en possession d'un secret d'où dépend sa fortune, son honneur; lui seul le connaît sur la

terre, lui seul est son juge. Mais la vérité a un complice éternel en Dieu , elle appelle Dieu à son secours, elle met le cœur de l'homme aux prises avec le serment, et celui-là même qui sera capable d'en violer la majesté ne le fera pas sans un tremblement intérieur, comme devant l'action la plus lâche et la plus forcenée. Et pourtant qu'y a-t-il dans cette parole : Je le jure? Rien qu'un nom , il est vrai, mais c'est le nom de Dieu. C'est le nom qu'ont adoré tous les peuples, auquel ils ont bâti des temples, consacré des sacerdoces, adressé des prières ; c'est le nom le plus grand, le plus saint , le plus efficace, le plus populaire que les lèvres de l'homme aient reçu la grâce de prononcer. .

En est-il de même du panthéisme? Où le chercherons-nous? Venez avec moi , Messieurs; frappons à cette porte : elle est illustre, et plus d'une main célèbre aussi l'a heurtée. Nous voici devant un sage. Prions- le de nous expliquer le mystère de nos destinées ; car il l'a pénétré. Mais que nous dit-il ? qu'il n'y a au monde qu'une seule substance. Pourquoi? Parce que la substance est ce qui est en soi, et que ce qui est en soi est nécessairement unique , infini , éternel, Dieu. Voilà donc tout l'éclaircissement de notre vie posée sur une définition métaphysique. Je n'examine pas si elle est vraie ou fausse , si les conclusions qu'on en tire sont légitimes , s'il est aisé ou non de définir autrement la substance, et de renverser par cela même tout l'échafaud de cette doctrine : je défie seulement l'humanité de la comprendre. Car vous-mêmes , Messieurs, vous, initiés dès votre en-

fance aux spéculations des mots et des idées, vous n'en saisiriez le tissu, si je vous l'exposais, qu'avec une extrême difficulté. Peut-être même beaucoup d'entre vous n'y réussiraient pas ; car rien n'est plus rare que la sagacité métaphysique, que cet œil qui écarte de devant lui toutes les réalités, et pénétre d'un regard fixe le monde des abstractions. Vous sentiriez bientôt se gonfler les veines de votre front, une sorte d'éblouissement saisir votre pensée au fond de ses plus intimes replis, et tout disparaître devant vous, le réel et l'idéal , dans une défaillance douloureuse. Et ce serait là, dans ces subtiles et inabordables profondeurs, que la vérité première aurait caché sa face ! Ce serait là qu'elle attendrait le genre humain pour lui dicter son sort! Le croyez -vous? Pour moi, je ne le crois pas : je crois au Dieu du pauvre et du simple; je crois au Dieu que la cabane connaît, que l'enfance écoute, dont le malheur sait le nom, qui a trouvé des voies pour arriver à tous, si petits qu'ils soient, et qui n'a d'ennemis que l'orgueil de la science et la corruption du cœur. Je crois à ce Dieu-là ; j'y crois parce que je suis homme, et, en répétant avec tous les peuples et à tous les âges le premier article du symbole de l'Église, je ne fais que me dire homme et m'inscrire à mon rang dans la communauté naturelle des âmes.

Vous l'avouerai- je, Messieurs : c'est la première fois depuis que je suis chargé du ministère de la parole divine, c'est, dis-je, la première fois que j'aborde cette question de l'existence de Dieu , si toutefois on peut l'appeler une question. Jusqu'ici je l'ai

dédaignée comme inutile; j'ai cru qu'il ne fallait pas démontrer à un fils l'existence de son père, et que qui ne le connaît pas ne mérite pas de le connaître. Mais le cours de la pensée m'a contraint de vous en dire quelque chose ; et toutefois , en faisant à l'ordre logique cette concession, je n'ai pas voulu vous laisser penser que j'eusse pour but de satisfaire au besoin de votre cœur, ni du peuple et du siècle où nous vivons. Grâce à Dieu , nous croyons en Dieu, et si je doutais de votre foi , vous vous lèveriez pour me repousser du milieu de vous ; les portes de cette métropolitaine s'ouvriraient d'elles-mêmes sur moi, et le peuple n'aurait besoin que d'un regard pour me confondre, lui qui tout à l'heure, au milieu même de l'enivrement de sa force, après avoir renversé plusieurs générations de rois, portait dans ses mains soumises , et comme associée à son triomphe , l'image du Fils de Dieu fait homme ( Applaudissements. )

N'applaudissons pas, Messieurs, la parole de Dieu ; croyons-la, aimons-la, pratiquons-la, c'est la seule acclamation qui monte jusqu'au Ciel et qui soit digne de lui.

Je devrais finir, Messieurs , puisque vous m'avertissez de l'heureuse inutilité de mon discours. Permettez-moi cependant , avant de le clore , de rechercher pourquoi l'idée de Dieu est populaire, et si cette popularité ne serait qu'une vaine illusion du genre humain.

Nous avons dit que nous avions en notre pouvoir quatre moyens de vérification des doctrines : la na-

ture, l'intelligence, la conscience et la société. Si donc l'idée de Dieu est légitime, elle doit puiser sa force dans ces quatre sources de lumières, tandis que le panthéisme y rencontrera nécessairement sa condamnation.

La nature est un grand spectacle, elle épuise aisément nos yeux et notre imagination : mais a-t-elle le caractère d'un être sans cause, d'un être qui existe par soi? Peut-elle dire comme Dieu, dans Moïse : Ego sum, qui sum, — Je suis Celui qui suis? L'infini est le premier caractère de l'être sans cause : la nature a-t-elle ce caractère? Regardons-la, tout ce que nous y voyons a des limites, tout y est figure et mouvement, figure déterminée, mouvement calculé; tout y tombe sous l'empire étroit de la mesure, même les distances qui demeurent inconnues à nos instruments, mais qui ne le sont point à nos conceptions. Nous sentons la borne là même où notre œil ne la voit pas; il nous suffit de la saisir dans un point pour la conclure partout. L'infini est indivisible , et n'y eût-il dans l'univers qu'un atome soumis à notre faible main, nous saurions que la nature est finie, et que son immensité n'est que le voile éclatant de sa misère.

Si la nature était par soi-même, elle aurait de plus le caractère de la liberté absolue, c'est-à-dire de la souveraineté : car, de quoi peut dépendre un être qui n'a point de cause? Mais est-ce là ce que nous remarquons dans les opérations qui nous manifestent sa vie? L'univers est serf ; il roule dans un cercle où n'apparaît aucune spontanéité; la pierre

reste où la main l'a mise, et l'astre suit une orbite où nous le retrouvons toujours. Ces mondes prodigieux par leur masse et leur mouvement n'ont jamais révélé à l'observateur qu'un mécanisme sourd et aveugle, une force esclave, une désespérante impuissance de dévier de leur loi. Et l'homme luimême, l'homme, en qui seul apparaît sur la terre cette liberté dont nous cherchons vainement la trace dans tout le reste, l'homme est-il souverain? Naît-il à l'heure qu'il a marquée? meurt- il à l'heure qu'il désignera? Peut-il s'afiïranchir de ce qui limite et meurtrit son existence? Comme la nature dont il fait partie, il a sa grandeur, mais une grandeur qui trahit d'autant plus son infirmité. Il est semblable à ces rois qui suivaient le triomphateur au Capitule , et dont l'abaissement s'accroissait des restes mêmes de leur majesté. Aussi deux sentiments naissent à la fois du spectacle de l'univers : l'admiration et la pitié. Et tous les deux, se fortifiant l'un par l'autre , concluent ensemble à la vanité de la nature et à la recherche de son auteur. C'est le langage des mondes , c'est leur éloquence éternelle , c'est le cri de leur conscience, si l'on pouvait donner ce nom à la force qui les contraint de parler pour un plus grand qu'eux, et de redire à tous les échos du temps et de l'espace le cantique de la créature au Créateur : Non nobis, Domine, nonnobis, sed nomini luo gloriam, — Non pas à nous, Seigneur , non pas à nous la gloire, mais à votre nom! Oui, mondes sacrés qui roulez sur nos têtes , astres brillants et joyeux qui menez votre course sous la main du Très-Haut ,

îles fortunées qui dressez vos rivages dans l'océan du ciel, oui, vous n'avez jamais menti à l'homme!

Il n'importe pas, Messieurs, de savoir si le panthéisme essaie ou non de détourner de son sens le spectacle de la nature. Ce qui importe, c'est que l'homme pris en général, l'homme de l'humanité, voie du premier coup d'œil que l'univers n'existe pas par lui-même.

Jamais la métaphysique ne détruira cette impression profonde causée à l'homme par la vue des choses dont se compose la scène où nous vivons. Un enfant saisit l'incapacité du ciel et de la terre; il la voit, il la sent, il la touche, il y reviendra toujours comme à un sentiment invincible qui fait partie de son être. Vous aurez beau lui dire qu'il est Dieu ; il lui suffit d'avoir eu la fièvre pour comprendre que vous vous moquez de lui.

En regardant la nature, l'homme voit des réalités; en regardant son intelligence, il voit des vérités. Les réalités sont finies comme la nature qui les contient; les vérités sont infinies, éternelles, absolues, c'està-dire plus grandes que l'intelligence où nous les découvrons. La nature nous montre des figures de géométrie ; l'intelligence nous révèle la loi mathématique elle-même, la loi générale et abstraite de tous les corps. Elle fait plus, elle nous révèle la loi métaphysique, c'est-à-dire la loi de l'être, quel qu'il soit, la loi qui s'applique aussi bien aux esprits qu'aux corps. A cette hauteur et dans cet horizon , l'univers disparaît aux regards de notre esprit, ou du moins nous ne le voyons plus que comme le reflet d'un

monde supérieur, comme l'ombre d'une lumière sans rivages ; le réel s'absorbe dans le vrai , qui est sa racine; la réalité se mesure par la vérité.

Mais où est- elle, la vérité? Où est son lieu, son siège, son essence vivante? Est-ce une pure abstraction de notre esprit? N'est-ce que l'univers agrandi par un rêve? S'il en était ainsi, notre intelligence elle-même serait un songe; la vérité, qui nous paraît le principe de tout, ne serait que l'exagération et comme l'extravagance de la réalité sensible.

Dirons-nous que la vérité a pour siège notre propre esprit? Mais notre esprit est borné, la vérité ne l'est pas ; notre esprit a commencé , la vérité est éternelle ; notre esprit est susceptible de plus et de moins, la vérité est absolue. Dire que notre esprit est le siège de la vérité , c'est dire en termes obscurs que notre esprit est la vérité même, la vérité vivante : qui est assez insensé pour le croire? Outre la contradiction qui existe entre la nature de notre esprit et la nature de la vérité , ne voyons-nous pas les intelligences dont se compose le genre humain dans une guerre perpétuelle d'affirmations et de négations? La vérité serait donc en guerre avec elle-même? Elle dirait oui et non à la fois, tout en restant absolue. C'est le comble de la démence.

Si la vérité n'est pas un vain nom , elle n'est dans l'univers qu'à l'état d'expression, et dans notre esprit qu'à l'état d'apparition; elle est dans l'univers comme l'artiste dans son œuvre, elle est dans notre esprit comme le soleil dans nos yeux. Mais par delà l'uni-

vers et notre esprit, elle subsiste en elle-même, elle est une essence réelle, infinie, éternelle, absolue, existant par soi, ayant conscience et intelligence de soi; car comment la vérité ne s'entendrait-elle pas elle-même, puisqu'elle est la source de tout entendement? Or dire cela de la vérité, c'est définir Dieu : Dieu est le nom propre de la vérité, comme la vérité est le nom abstrait de Dieu.

Il y a donc un Dieu , s'il y a une vérité. Vous plaîtil de dire qu'il n'y a pas de vérité? C'est votre affaire, et je ne vais pas contre.

Peut-être , Messieurs , vous sentirez mieux encore la force de cette conclusion en l'appliquant à Tordre de la conscience. De même que la vérité est l'objet et la vie de l'esprit, la justice est l'objet et la vie de la conscience. La conscience aperçoit et approuve une règle des droits et des devoirs entre les êtres doués de liberté. Cette règle est la justice. Mais où est-elle la justice? Est-ce un simple résultat de la volonté humaine? En ce cas, la justice n'est qu'une convention, une loi fragile née aujourd'hui, et qui tombera demain. Est-ce un ordre fondé sur la nature même de l'homme? Mais cette nature est variable, corruptible, sujette à des passions qui l'égarent. Ce qui est l'ordre pour l'un sera le désordre pour l'autre. Il faut donc, si la justice est une réalité, qu'elle soit une loi éternelle et absolue , réglant les rapports des volontés libres, comme les mathématiques sont une loi éternelle et absolue, réglant les rapports des êtres matériels , et la métaphysique une loi éternelle et absolue, réglant les rapports des intelligences

avec tous les êtres soil existants, soit possibles. En dehors de cette notion , la justice n'est qu'un mot qui arme les forts contre les faibles , les heureux contre les malheureux. Or cette notion entraîne nécessairement celle de Dieu, puisqu'une loi éternelle et absolue ne saurait être une réalité que dans la personne d'un être subsistant par soi, ayant une volonté active et droite, capable de promulguer un ordre, de le soutenir, de récompenser l'obéissance et de punir la rébellion.

La vérité est le premier nom de Dieu, la justice est le second.

Or qu'il y ait des hommes pour qui la vérité et la justice ne soient qu'un jeu dé philosophie, qui s'enferment dans la solitude orgueilleuse de leur pensée pour y bâtir leur gloire sur des systèmes qui portent leur nom, cela se comprend. Mais l'humanité pauvre et souffrante n'en est pas là ; elle a besoin de vérité pour se nourrir, de justice pour se défendre , et elle sait que le véritable nom de l'une et de l'autre, c'est le nom de Dieu ; que la véritable force de l'une et de l'autre, c'est la force de Dieu. Elle ne s'y est jamais trompée. Quand on l'opprime , elle lève ses mains vers Dieu, elle en inscrit le nom sur ses drapeaux, elle dit à l'oppresseur cette dernière et solennelle parole de l'âme qui croit et espère : Je vous cite au tribunal de Dieu !

Ce tribunal a tôt ou tard son heure, son heure temporelle et visible, outre son heure éternelle. Les rois y comparaissent dès ici -bas, et les nations aussi. C'est ce tribunal permanent au sein de l'erreur et de

l'iniquité qui sauve le monde. En vain l'orgueil veut l'abattre; le peuple sauvé par lui le sauve à son tour. S'il n'y avait parmi nous que des sages, l'idée de Dieu pourrait y périr, car un homme seul est toujours puissant contre Dieu; mais malheureusement les nations sont faibles contre lui, parce qu'elles ne peuvent se passer de justice et de vérité. Elles le protègent contre les savantes chimères d'une fausse sagesse ; elles en maintiennent la mémoire avec une fidélité qui n'en conserve pas toujours la parfaite notion, mais qui du moins n'a pas permis jusqu'à présent que le soleil et l'histoire vissent un peuple athée. Quoi qu'on ait fait, Dieu est resté la pierre angulaire de la société humaine ; aucun législateur n'a osé le bannir, aucun siècle ne l'a ignoré , aucune langue n'a effacé son nom. Aussi bien sur la terre que dans le ciel, il est parce qu'il est.

Mais si Dieu a pour lui la nature, l'intelligence, la conscience et la société, que reste-t-il au panthéisme? où sera son point d'appui? Il le cherchera , Messieurs, dans les ténèbres d'une métaphysique abstruse: il s'isolera de toutes les réalités, de tous les sentiments et de tous les besoins, pour se composer un labyrinthe dont la pensée ne saura plus retrouver les issues. Il en perdra lui-même le fil; enfermé dans la prison subtile qu'il se sera construite, il sera pris du rire de l'orgueil qui s'est trompé lui-même, et appelant à lui, du fond corrompu des âges , les esprits curieux des doctrines rares, il jettera sur Dieu et sur le genre humain l'anathème du mépris. Dieu passera sans l'entendre, et le genre hu-

main sans lui répondre. Faisons comme eux, passons aussi.

Nous avons de Dieu une triple intuition : intuition négative dans la nature ; intuition directe dans les idées de vérité et de justice; intuition pratique dans la société humaine. La nature , en nous montrant des caractères incompatibles avec un être qui existerait par soi-même, nous fait remonter jusqu'à sa source ; les idées de vérité et de justice nous nomment Dieu , sans qui elles ne seraient rien ; la société humaine , qui ne peut se passer de lui, nous prouve son existence par sa nécessité. Mais outre ces révélations constantes et inamissibles , il. en est que la divine Providence sème de loin en loin sur la route des nations ; elle frappe des coups de foudre ; elle déchire des voiles , elle donne de sa présence un sentiment si plein et si profond, que nul ne s'y trompe, et qu'un peuple entier laisse échapper de son cœur ce cri unanime et involontaire : Dieu ! c'est Dieu ! Nous assistons, Messieurs, à une de ces œuvres où Dieu se découvre ; hier il a passé dans nos murs , et toute la terre l'a vu. Pourrais-je donc me taire devant lui? Pourrais -je retenir sur mes lèvres tremblantes la prière de l'homme qui, un jour de sa vie, a vu son Dieu de plus près?

0 Dieu , qui venez de frapper ces coups terribles , Dieu, le juge des rois et l'arbitre du monde, regardez dans une lumière propice ce vieux peuple français , le fils aîné de votre droite et de votre Église. Souvenez-vous de ses services passés, de vos bénédictions premières; renouez avec lui l'antique alliance qui

l'avait fait votre homme ; appelez-en à son cœur qui fut si plein de vous, et qui tout à l'heure encore, dans les prémices d'une victoire où rien de royal ne fut épargné par lui, vous donnait des gages de l'empire qu'il n'accorde plus qu'à vous. 0 Dieu juste et saint, par cette croix de votre Fils que leurs mains ont portée du palais profané des rois au palais sans tache de votre épouse , veillez sur nous , protégeznous, éclairez -nous, prouvez au monde une fois de plus qu'un peuple qui vous respecte est un peuple sauvé.

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