‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 4 sur 32 · LVI1I · texte numérisé non relu

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de Toulouse vint le solliciter de poursuivre le cours de ces conférences, il se vit obligé de lui opposer un refus, car ses forces trahissaient sa pensée et son désir de dévouement. Mais si l'orateur des grandes chaires avait glorieusement fini sa journée , la Providence avait encore compté au Religieux bien des heures et voulait lui confier bien des travaux. Vers la fin de son provincialat, une œuvre nouvelle, qui se rattachait à la mission doctrinale de son Ordre , réclama ses principales sollicitudes : c'était la fondation du Tiers Ordre enseignant.

Depuis de longues années, son désir de faire à la société un bien spirituel qui pût féconder l'avenir , attirait son regard sur l'éducation religieuse de la jeunesse. A peine redevenu chrétien, la rougeur lui montait au front et les regrets lui remplissaient le cœur, quand il se demandait ce qu'avait fait de lui, de son âme pieuse , des douces et fraîches années de son enfance , cette éducation de collège imposée à toute la jeunesse française par le monopole de l'Université. Le grand résultat avait été sa foi détruite, ses mœurs en

péril, sa vie de dix-huit ans jetée sans guide et sans frein à tous les orages de la liberté et des passions! Le nouveau converti en avait facilement conclu qu'il fallait à tout prix , à côté des maîtres de l'Université, susciter d'autres maîtres, aussi amis des lettres humaines, mais plus attachés aux croyances de l'Église, et plus capables de donner à leurs élèves la science de Dieu, du salut et de l'éternité. Les prêtres et les religieux, détachés de la famille et de ses absorbantes préoccupations, lui semblaient plus que tous les autres en mesure de remplir entièrement cette mission, d'un dévouement ingrat , obscur et de toutes les heures. Une fois saisi de ces pensées, le jeune prêtre ne les avait plus jamais perdues de vue. Il attendait seulement l'heure de Dieu. Enfin elle venait de sonner. La loi du 15 mars 18o0 , brisant le joug injuste du monopole universitaire, avait donné à toutes les œuvres dévouées à la jeunesse la liberté de cultiver à l'envi le sol de la patrie ; et les Jésuites s'empressaient d'ouvrir des collèges.

Les directeurs d'une institution ecclésiastique à Oullins, près de Lyon, proposèrent au Père

Lacordaire de lui céder leur œuvre (1852). C'était lui offrir l'occasion de réaliser le rêve de sa vie : former la jeunesse à un christianisme qui, non content de se maintenir dans les conditions si nouvelles de la vie civile , habituât l'homme à en discerner et à en accomplir les devoirs. Il accepta avec empressement. Mais comment suffire pratiquement à cette mission? Les Frères Prêcheurs qu'il avait rétablis en France n'auraient pu s'en charger , soit à cause de leur petit nombre, soit à cause de la manière dont l'organisation des collèges était généralement conçue, sans bouleverser l'économie de leur vie claustrale, où l'abstinence perpétuelle, les jeûnes, les veilles de la nuit et le profond recueillement se concertent pour préparer le disciple de saint Dominique à son ministère d'apôtre.

Le Père Lacordaire, pour répondre aux exigences de cette œuvre spéciale, jeta les yeux sur le Tiers Ordre de Saint-Dominique , appelé aussi Milice de Jésus -Christ, rattaché au premier Ordre par le but commun, qui est le salut des âmes, mais moins chargé d'observances austères , et il l'appela le Tiers Ordre

enseignant. A peine avait- il fait connaître son dessein, que quatre jeunes gens dévoués, de ceux qui entendaient lutter contre les difficultés de la situation et s'opposer de toutes leurs forces à l'envahissement du mal, s'offrirent à lui pour être les premiers enfants de la nouvelle famille. Leur noviciat fini , il les installa au collège d'Oullins, qui ne tarda pas à fleurir sous leur paternelle et intelligente éducation. — L'année suivante, le Père Lacordaire terminait ses conférences à la cathédrale de Toulouse, quand les propriétaires de l'école de Sorèze virent le prier de prendre la direction de leur maison, autrefois la plus illustre de tout le Midi, mais alors bien déchue; et quelques semaines après, cédant à leurs désirs, il s'établissait dans cette célèbre abbaye, au milieu de cent vingt enfants, d'abord étonnés et bientôt ravis de leur nouveau directeur. C'était là désormais qu'il allait cacher sa vie. C'était à ces enfants qu'il allait consacrer ses glorieuses veilles et les effusions toujours généreuses et tendres d'un dévouement que la mort seule pouvait tarir.

L'œuvre dont il se chargeait était immense :

il avait à relever tout à la fois la discipline , le travail, la religion, les mœurs, dans un grand nombre de ces âmes amollies par les influences du siècle encore plus que parla douceur de leur ciel.

De ces enfants il lui fallait faire plus que des hommes, des chrétiens ; le Père Lacordaire s'y dévoua tout entier. Au bout de deux mois il était l'âme de l'école : on le voyait partout , à tous les exercices, aux études, aux classes, aux jeux, aux promenades, comme un père pour lequel il n'y a rien de petit quand il s'agit de ses enfants. Il saisissait adroitement l'occasion de leur apprendre à étudier, à penser, à converser, à vivre; il s'efforçait de leur inspirer le respect d'eux-mêmes et des autres, procédant du respect envers Dieu. Il leur montrait le culte de l'honneur et de la dignité humaine, élevé chez le chrétien à sa vraie hauteur, maintenu dans ses vraies limites; et il les exerçait , par la pratique d'une vie sérieuse et forte , à servir avec amour leur siècle et leur pays. Enfin il s'efforçait, en imprimant plus vivement en eux le sentiment du devoir, de les préparer à user conscencieusement d'une

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