VII
christianisme , et le plus grand effort que l'on tentera toujours contre lui sera d'affaiblir la raison , comme un des plus sûrs et des plus généreux moyens de le soutenir sera d'accroître les forces de la raison par une philosophie exacte et profonde.
Que conclure , Messieurs , si ce n'est que dans cette illustre école il nous faut à tout prix relever les études philosophiques, et y introduire particulièrement ceux de nos élèves qui, par la distinction de leur esprit, peuvent aspirer à l'honneur d'exercer un jour quelque influence sur la direction intellectuelle de notre patrie? La France, depuis le commencement de ce siècle, se débat contre le poison qui fut versé dans ses veines au siècle précédent. Nul peuple n'était tombé plus loin de Dieu et de son Christ, et l'on eût dit qu'il était en Europe comme la parole du scepticisme, du matériaUsme et de l'athéisme. Grâce à une Providence qui n'a cessé de nous être amie, les temps sont bien changés. Mais la lumière n'est pas faite encore à tous les yeux; elle se lève et s'accroît peu à peu dans les ombres comme un arc-en-ciel incertain. 0 vous, jeunes gens, qui habiterez après nous ces ténèbres déjà lumineuses, n'y entrez pas sans les armes d'une raison fortement exercée; et si Dieu, par un don qui fait tout ensemble votre gloire et votre péril, vous a départi dans une intelligence de choix des facultés remarquables, ah! n'en jouissez pas pour vous seuls, comme d'un domaine à qui vous ne devez rien. Si la pensée est le plus bel apanage
de l'homme, la pensée qui s'élève par-dessus les autres est le patrimoine de l'humanité tout entière, et l'obscurcir par le défaut d'une culture proportionnée à sa prédestination, c'est ensevelir dans la nuit égoïste de ce monde une étoile qui eût dû briller au firmament de la vérité. Il n'en sera pas ainsi de vous, jeunes gens, mes fils. Vous aimez Dieu, Jésus-Christ, l'Église; vous aimez la France, qui fut toujours leur épée : ce double amour, qui n'en fait qu'un dans votre âme, vous guidera sans peine aux travaux qui prépaient les hommes, aux combats qui les éprouvent, au tombeau qui les récompense.
DISCOURS
SUR