LIVRE SEPTIEME
bourg, l'abbaye d'Andlau et l'avait mise, en H8I , de concert avec Charles-le-Cros, son époux, sous la protection du Saint-Siège. Cette abbaye, richement dotée, avait souffert des pertes considérables sur la fin du dixième siècle. La plupart des chanoinesses l'avaient abandonnée et ses biens étaient au pouvoir de&laïques, qui s'en étaient emparés. Le pape Crégoire Y, pour remédier à ces maux, accorda à VViderold, évéque de Strasbourg, l'abbaye d'Andlau, avec ordre de la défendre et de la protéger, d'y rétablir le culte divin et de retirer ses biens des mains des séculiers. Sylvestre Il confirma la donation faite par son prédécesseur : il voulut, en outre, pour préserver l'abbaye d'Andlau de pareilles pertes, qu'elle fut soumise à perpétuité à l'église de Strasbourg , qui serait obligée de la protéger et de la défendre. Le pape cependant, pour conserver son droit sur cette abbaye, ordonna qu'à titre de reconnaissance, l'évêque de Strasbourg donnerait trois aubes chaque année au Saint- Siège1. La bulle, que Sylvestre fit expédier en conséquence, est datée de Rome, du mois de mai ÎHK), la première année de son pontificat et la seizième de l'empire d'Othon III 4. VViderold, évéque de Strasbourg, profita de cette occasion
par la lettre II, il fit, en se jouant , le vers latin qui suit et qui contient, i n abrégé, l'histoire de sa vie :
Transit ab /?, Gerberlus ad /{, fit papa reyens /{. On selon d'autres :
Surgit ab R. Gerberlus in fi, pus! papa polens R. Sylvestre mourut le 11 de mai 1003. Abraham Bzowius fil imprimer su \ïe à Home, en 1629. Les auteurs de l'Histoire littéraire de France s'étendent fort au long sur la vie et les écrits de ce prand Pontife , et ont traité culte partie, d'une manière fort intéressante, dans le tome sixième, pag. X.Ï9—GH.
' La bulle porte Camisiates 1res. Selon les statuts de Sainle-Hicliarde, cette redevance consistait eu Gliae due (amiet), Ctunisalin duo (aubes), Slolu una (étole) , rum ma pu la (manipule) et nnqulo (ceinture).
* Pièces justificatives; cf. Wurdtweik, mv. subs. dipl., loin. 6, pag. 145.
HISTOIRE DE l/ÉC.I.ISE
pour lai i*o renouveler par Sylvestre, son aneien ami, les privilèges de son église. Le pape le fil avec plaisir, et la même huile porle la eoulirmatiou de tous les biens et droits quelconques de l'évèehé, soit dans la ville de Strasbourg, soit dans les différents endroits qui formaient alors le territoire épiseopal.
\\ iderold n'eut pas le bonheur de voir son dioeèse. Il mourut subitement à Uénévcnt, en Italie, où il était à la suite de l'empereur, le i juillet Î)ÎH>, après huit ans d'épisropat Ses obsèques y lurent eélébrées, avec un regret général , le huit suivant, fète de Saint-Kilien, et retardèrent l'ordination d'Hérihert, arehévèque de Cologne, qui devait se faire ce jour-là. Le corps de Widerold fut rapporté en Alsace 2 et déposé dans l'église abbatiale d'Khersmûnster, comme il l'avait lui-même souhaité 3. Le nécrologe de la cathédrale de Strasbourg place sa mort au 15 de juillet *,
' C/csl la date du n*''fi <»!«>^e tir' Fli.ih--. a]>u<l I.eihnitiium , lot». .T, ptuj. 7(>G. « An. (I"in. i'fJ{>. Windandlus <-pis -oim^. «
Ckisu*, Annal, suertc, loin. /, part. ///;. /, pmj. I.)7, et 1rs ronlurialcurs «Ir Mandchou r^, Cent. 10 , rnp. JO, pu%. '>'>7. (minp-nl on pla./aut la mort «le Wi.lt rold au M il.' juillrt 'J'JT. Ciiuimw, De rpisrop. ttnjent. , pmj. 17 1 . cl Maiui.i.on, Annal. lleneitiel., loin, i, lib. •'il.pu'j. lit , la rapportant à lanmv 1000 , loinlés sur le lomoigna^v d'Hf:i:NAS Co.ntkact , qui dit , npml Cun ixiu/n, Io n. .7, pmj. if!2, « Ami. 1000 imu'luo in llalia WideinMo Argentin. r erclosia' • <piN»opo, Alaw i' us Aujrionsis aWi;i« opiscopus prn co ah imporaluro pi<>mov<iur. » Mais nous pivlt-nuis ici la datr du niVrolo-jo d • l'utile, que Lciluiitz v.mle commo une pit'ff excellente et qui s'aeenrde avee le i t <le l'abbé Hupcil, IiMorion do Saint-lleriliert de Cologne.
* Si'KL'Kl.K, in Colttdnneis ws*., loin, t, pa'j. fit, l!i a t.lN , Cet oianiœ sari <r, part. I. pny. 7 , oie., eto.
M'.lironioii Nowrntciisc, $ î\. « Ipsum loeum (Kherslieimensem) >d> hori.ireni « et palrocininni sam l.u uin I lu l'e.a uiii niullis Ihuhu ibus ae douariis adoniavit , et ' in lantuiii dilexil ^\Viil<M-«»Ilii>) ni oîîmi iu s n [i r. * 1 1 1 i s. pusilus, in eodem inouaslorto
«. tumulari prtviporet, q I et l'.i.-liini est. Cui Miercssit iu rpiM-opalu Alewirus
- Angeitsis abba*. »
4 Noerologium aiitiqiiuut eeelcshe argenlinvirM*. « Mus julii Wiilcrul opiscopus « obiit. • Wïmpliclingue, Crusius, Wolll', clc, la placent au 12 du même mois.
0E STRASIlOrilG. Il VUE SEPTIEME. 75
qui nous parait être le jour de sa translation. Si l'on en croyait Kupert, abbé <lc Tuy, qui écrivit au commencement du douzième siècle la vie de Saint-llcribert , archevêque de(x>logne,lamort subite de Widerobl aurait été l'effet d'une punition divine, et ne donnerait pas grande idée de la sagesse et de la gravité de ce prélat. Widcrold, dit-il célébrait à Rénévent, devant rempcreur Otlion, les sacrés mystères en habits pontificaux. Kn se tournant pour saluer le peuple, il lixa le prince et éclata en des ris indécents. Ce même jour, qui était le 4 juillet, se trouvant à la table impériale, il tomba d'apoplexie. Rapporté dans son appartement, il mourut le même jour. Kupert ajoute que l'évèque Saint-Kilien qui avait, en (>88, souffert le martyre à Wurtzbourg, avait apparu à Widcrold sept ans avant sa mort, et l'avait exhorté à bien remplir les devoirs épiscopaux pendant ce temps, qui devait être le terme de sa vie. On ne saurait être trop en garde contre ces sortes d'anecdotes,
' Kupcitus ablm Tuitiensis , in vilA S" Hcriberti colonictiMs ai » fuopisc opi , rttp. 2, mini. S, aptut llensrltetiium el l'apehrochium in Actis saïutorum, tout. 2, marlii, p'itj. I7S, « illud qunqitc est venei ibile ((«tiiinMiiiiin quod MU i.lus jiilii « (999), qua* dies sancli Kiliani niartyris celebris, rtini creari deberet aifli ii piso< »|ms
• (Heribertus) , dillerri in crastiuuin pr.fnptavit propter pr.esenles obsequias lujru- « lires, q»;r ibidem (BiMiovenlil ap-liunlur, Strasburgensis ej>is< opi \ideliret »»•,
• aiiis lu£enlibus et flentibus, ipso ridere videretur cutti suis et rêvera
• ibdendtini ecal pro e\itu ejusdeui episeopi , quia videlieet terribililer acciderat « pru>cnle si^'ini non bona» a *timatioiiis. .Nam i uni ille initra redimilus missaruiii « soleiiuiia rrlcbrare in^rederelur, tibi se ad popultim verlit, dictnnis de mure pax « vobiseum, imperalorem lOtboiiem IHj iidendens, lanto ii-11 sohitus erat, ut fïiu- «dilus oblitus csve videretnr a.l quid se iv»n\erlisse|. lt \era ad pi andium vonttitn
• est, ruiulis pariler eon>idehlibiis , peniitilur iii mIm» plcurelieu, inler que manns «ad proprium delalus bnspitimii, die quarto (juliil reddidil spiriUim. Viderai auteiii « aille aiums sepleni , ut solilus erat nair.ire, \ i^imii'in , videlieet adstilissc sibi « senein quemdaui veste purpmea, pontifterilique redimittim in sula, qui se pro- •i titens esse Kilianiini, taie inquit, ille milii proludit nraculiim : aj;e per ]ios seplem « aiiiuis qnalia episi opuiu décent opéra, <piia non bm-ius tibi à domino vil;e spa- « tium positum est. >.
HISTOIRE DE l/EGLISE
qui séduisent «"autant plus aisément que le cœur de l'homme est plus enclin à la malignité. On saisit avidement les historiettes scandaleuses, et on oublie qu'elles pèchent contre toute vraisemblance f. 11 est bien honteux pour notre siècle qu'il y ait encore des personnes qui ajoutent toi à de pareilles fables, et qui suspectent le sentiment de ceux qui osent les relever. Le vain plaisir de raconter des choses extraordinaires et de grossir le nombre des miracles malfaisants , a porté sans doute l'abbé Rupert à ajouter des prodiges incroyables à un fait le moins miraculeux en soi. Mais la maligne joie de nuire et de dccréditer peut seule inciter les autres à trouver le renversement de la doctrine et des mœurs dans l'opinion de ceux , qui ne montrent pas, pour les fables ridicules de l'antiquité, le même enthousiasme qu'ils affectent. Widerold, évêque de
• Henschemis, in actix SS. xuprà nt. , tout. È, marlii , pay. 479, nota A, prétend que le récit de Rupert, concernant Widerold, est fort douteux, et d'autant plus suspect que cette anecdote ne se trouve pas dans la première vie de Saint- Hcribert, écrite antérieurement par le moine Lambert. En ôtant cependant le merveilleux dans ce que raconte Rupert , nous croyons qu'on peut en conserver l'historique, comme la mort subite de l'évéque Widcrol , arrivée a Bénévent lo 4 juillet 999. « Les chroniques des saints conservent toujours les dates et le fond « des principaux événements. »» C'est l'aveu que font les auteurs du dictionnaire encyclopédique, tom. 5, pmj. 588, édit. de Paris de 4753. «Quoiqu'on puisse « reprocher à ceux qui ont écrit les légendes des saints, dit Montesquieu , Esprit « des lois, liv. 50, chap. i , pay. 4t9 , d'avoir été trop crédules sur des choses • que Dieu a certainement faites, si elles ont été dans l'ordre de ses desseins; «on ne laisse pas d'en tirer de grandes lumières sur les mœurs, les usages et i l'histoire des anciens temps. » On peut appliquer à de pareilles légendes la réflexion judicieuse que fait M. Morcau , historiographe «le France , en parlant de Grégoire de Tours dans ses excellents discours sur l'histoire de France , tom. fécond, puy. 19. « S'il mêle à ces faits toutes les fables dont le vulgaire ignorant les avait « embellis, une juste et saine critique vous apprend, à séparer des événements n qu'aucun contemporain ne pouvait ignorer, toutes ces circonstances absurdes et « merveilleuses. »
Strasbourg, fut lui-même la victime de la méchanceté de ses contemporains.
Ce prélat studieux et zélé pour le maintien de la discipline ecclésiastique se montra l'ennemi des superstitions que la barbarie avait accréditées dans son diocèse. 11 voulait qu'on lit un juste discernement des vraies reliques d'avec les fausses , et qu'à l'égard même des vraies on modérât les honneurs qu'on leur rendait. Voyant que son église cathédrale était déserte et que les habitants de Strasbourg accouraient en foule à celle de Saint-Etienne, il tâcha , à l'exemple de plusieurs évêques des Gaules du dixième siècle ', de remédier à un abus si dangereux par lequel le peuple préférait un accessoire qui frappait les yeux, à l'essentiel de la religion. On laissait vides les temples où l'on adorait Dieu, et on ne fréquentait que ceux où l'on honorait ses saints. L'église abbatiale de Saint- Etienne, où l'on conservait les reliques de Sain te- Athale*, était celle où se faisait le plus grand concours. Widerold, attentif à prévenir les effets d'une crédulité mal réglée, voulut lui-même examiner et constater les reliques de cette sainte abbesse et approfondir la réalité des prodiges qu'on lui attribuait. 11 suspendit à cet eflet le culte d' Athale, jusqu'à ce que ses vertus et ses miracles eussent été bien avérés. Hien que de louable et d'éclairé dans cette conduite3. Elle alluma cependant contre lui la haine implacable
• Mabillon, Annal. lienedict. ad an. 667, num.62, et prafat. in seeuh 6 Benedirt. — Voyez la disscratinn de M. de Lai.noy, De cura ecrlesiœ pro sanctis et sanctorum reliquat, insérée dans se» œuvres, publiées en 1731 , lomi sevundi , part, prima, patj. 558—550.
9 Voyez le tome premier de cette histoire, /if. 4, pan, 59i et 595.
* Un capitulairc de Charlemagme, daté de Thionville de l'an 805, défend d'exposer à la vénération des fidèles les reliques des saints, trouvées nouvellement, sans la permission de l'évèquc. Bahuius capitul. tout. I , pug. Yi" . La lettre d'Amolon,
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
de quelques ecclésiastiques intéressés à ne pas seconder les sages efforts de leur évoque. Les miracles qu'ils prônaient, étaient un aimant qui attirait de toutes parts des richesses dans leur église, ils chargèrent un diacre, nommé Trutman, de cacher les reliques de Sainte- Athale pour les soustraire aux recherches de Widerold. Ils répandirent dans le peuple que l'évoque avait voulu les faire enlever et brûler. Il n'en fallut pas davantage pour autoriser un conte inventé , ou plutôt renouvelé sur celui de Ilatton , archevêque de Mayenee, qu'on prétend avoir été, en 909, mangé, dans une tour au milieu du Khin, par une armée de souris, pour avoir refusé de nourrir des pauvres dans un temps de famine ♦
archevêque do l'jon, «-ciit»' vers l'an SU, à Thculbald de l.angros, montre la sage conduite qu'il finit tenir à l'égard îles reliques douteuses, pour ne pas fournir au peuple matière de superstition. Il y conseille surtout à Theutbalil, d'ordonner aux fidèles île son diocèse de demeurer chacun dans la paroisse ou il reçoit le hapU-mc et les autres sacrements, sans courir dans des relises étrangères, liibliollteca puli tint, tout. 1i, pag. , et opéra Agobai <li, huit. 2, in appendice, pag. /.>.'/.
Gi'lBKKT, abbé de Notent, dans son Traité des reliques des saints, écrit vers 1 121, lib. 1, inter ejus opéra , un. iHîil édita, pag. 32!> , rapporte les précautions qu'il faut prend i'c pour distinguer les vraies reliques des fausses, et prouve qu'avant de rendre un culte aux saints, il faut être assuré de leur sainteté et de la sincérité de leurs reliques.
' Voyez Tmtmkmk, Chroiivi Itirsauyiensis, pag. ,ï>, et Annal. Itirsaugiensium , tom. 1, pag. 116. Biuscmis, de episcop. Ceni'aniœ, pag. 7 , et les Centuriateurs de Magdebourg, Centnr, 10, cap. Ut, pag. ,'H)9. Cette fable se trouve réfutée fort au long par Skkk.vkiis, fier. Mogunt'in., lib. 'i, pag. G'Ji, edil . prinnv, et pag. i.ZS, t'ilit. secund. On rapporte la inéiue chose île Popiel II, duc régent de Pologne, qui fut, au neuvième siècle, mangé tout vif par les souris pour avoir fait empoisonner ses deux oncles. Les rats étaient sortis du corps de ses deux oncles. Cette histoire fut le sujet d'un poème romanesque, eu vers polonais, intitulé )[tj.sc!tudos, ou le poème des rats.
h auteur du voyage de Pologne, commencé en 1770, remarque avoir vu dans l'église de Saint-Stanislas de Cracovie le tombeau de Popiel, sur lequel est sa statue entourée de rats.
M. UK FfiANOllEVIM.K a donné là-dessus ses conjectures, dans les mémoires de l'Académie des sciences de Uerlin, de l'année 1771, imprimée en 1 7 7 S Cet acadé.
Lue vieille légende de Sainte -A thaïe 1 raconte que l'évéque Widerold, irrité de voir que tout le peuple accourait en foule apporter des présents à l'église de Saint-Ktienne, où étaient honorées les reliques de la sainte, entreprit de les enlever, ferma l'église, chassa les chanoinesses de leur ahhaye et usurpa tous les biens. Le ciel, ajoute la légende, ne tarda pas de venger l'insulte laite à la sainte ahhesse. Les chairs de Widerold, attaquées par des vers, tombèrent en lambeaux et, déjà à demi-pourries, elles lurent dévorées par les souris et les rats, (les animaux tourmentèrent si cruellement le pauvre évèque de Strasbourg, qu'il ne put les chasser, ni par le 1er, ni par le feu. Il crut s'en délivrer en se renfermant dans une tour bâtie au milieu du Khin. Mais en vain! Les souris le suivirent, montèrent par les fenêtres et le mangèrent tout vif i. (iuilliman a traite cette
mit u n ne voil dans tout ce récit qu'une erreur île mots. Il prétend que Halton et l'opiel liront construire des loi Ici csms qui ne purent être que 1res conteuses dans ce teuips-là. Ou les désignait sons le terme d'.lr.» wuruta. Or le mot latin Minus a, selon M. de Francheville , tant de rapport à relui de luurrs, souris, qu'on aura pu prendre dans la suite, soit par ignorante, soit par malice, l'un pour l'autre, et d'autant plus avidement dans ces siècles de superstition et «le crédulité, qu'on y tiouvait matière à miracle.
1 Voyez les pièces justificative* du premier volume, nu m. 50 , \>mj. LU.
* Voyez KoENir.siiovvEN, in chronico apud Siliillerum , cap. i, prtij. £il cl Si£. Herzoi;, Llsassivlte Chroaik, lib. 4, paij. 7o, et Tscm uf, Gulliœ conmUe, p. 67. I.a dame Anne-Marie de Ralion, ancienne supérieure de la \isilalion de Strasbourg, il.uis une lettre imprimée et circulaire envoyée, le 5 mai 1701, aux différentes maisons de son ordre, détaille la même laide. « l.'évèqiie Widerold, dit-elle, n pag. 22 et que les allemands nommaient Wiltei wolff , ce qui veut dire : Loup «parrou. . . . , s'appropria, par force et par adresse, une bonne partie des biens « de. celte abbaye, et entr'autres choses , tontes les pierres précieuses et toutes les « reliques qu'il put rencontrer. Mais ce crime et une infuiilé d'autres, dont il élail « noirci, attirèrent tellement l'indignation île Dieu sur lui, qu'il fui rongé des rats « dans une isle au milien du Rhin, où il s'était fait transporter pour se garantir « île ces insectes, qui ne le quittèrent jamais qu'après avoir ron^é son cooir et « consommé tout le reste de son corps, i»
1 l)e episcop. argentin., pmj. 170. « Mera et putida irridiculaque fabula. »
80 HISTOIRE DE L'ÉGLISE
aventure de fable impertinente et de conte ridicule. Le chroniqueur d'Ebersmùnster, toujours malin dans ses rapports, et toujours avide à recueillir des faits qui puissent déshonorer les évêqucs de Strasbourg, dénient sur ce point le témoignage de la légende. Wimphelingue 1 n'y prête pas grande foi. Son récit même peut nous conduire à l'origine de cette fable. Il rapporte qu'on voyait encore de son temps, à l'entrée de la cathédrale de Strasbourg, des peintures qui représentaient l'évêque Widerold et Sainte-Gertrude tous deux avec des rayons autour de la tête, et tous deux environnés de souris 8. Il est très possible que l'Alsace et le diocèse de Strasbourg aient été, en ce temps-là, ravagés par des légions de ces animaux destructeurs 3 ; qu'on en dut la délivrance à l'intercession de Sainte-Gertrude , et aux prompts secours que Widerold lit passer dans la province. On voulut conserver la mémoire de cet acte de bienfaisance dans des monuments publics, et on peignit la sainte et l'évêque entourés de souris. Car quel autre motif aurait pu inciter à les représenter ainsi ensemble dans l'église cathédrale, et surtout Widerold avec une couronne rayonnante. Ce ne peut être sûrement le genre de mort dont l'auteur passionné de la légende le fait périr impitoyable-
* De episcop. argent., pag. 57.
* Cette peinture n'exisait plus des le temps de Schad, qui écrivit en 1617, cl qui eu fait mention dans Summum Argenluralensium templum, pag. 76.
* Les mulots, ou rats des champs, eu allemand Feld-miiss , sont des animaux très voraecs , très méchants et très nuisibles. Us pullulent encore davantage que les rats, et ils causent des dommages très considérables à la campagne. Voyez l'Histoire naturelle de M. le comte de Bi tfon , tom. 7, pag. 5i5 et suiv., «'-«lit. du Louvre, in-4°, et tom. 13, pag. 466, edil. in-8°. La ville de Cosa, près de Morilalte, en Italie, fut tellement dévastée par les souris, au rapport de Kutilius Nomatianus Gallus, que ses habitants furent obligés de l'abandonner.
«» Dicuntur cives quondam migrare cuacli « Muribus infestas deseruis.se dumos. u
ment. Ce roman, cependant si mal imaginé et si peu digne de foi a trouve au siècle passé des partisans dans plusieurs bons luthériens d'Alsace. Jean Wolft", de Bergzabern, le raconte comme vrai et en a même fait graver la figure i. Jean Huber, ministre de Saint-Guillaume 3, soutient fortement la vérité de ce fait fabuleux et prétend l'accréditer parmi ceux de sa religion. Enfin, un mauvais poète, nommé Kleinlavel, qui n'avait d'autre talent que celui de rimer, a cru devoir en embellir son poème sur la ville de Strasbourg *. Les protestants auraient donc mauvaise grâce de
•L'auteur de la bibliothèque universelle des romans, mai 1777, pay. 44 , a en vue la fable de J'évéque Widerold, qu'il nomme Valeros , lorsqu'après avoir rendu compte du roman de Popiel, mangé par les rats, il ajoute: « Enfin ce conte étant «devenu a la mode, la chronique de l'église de Strasbourg porte qu'un nommé « Valeros périt de la même manière pour avoir détruit un monastère de religieuses « qui devait être sous sa protection. »
W'ideroldum Aryenlinensem episcopum recentiunes non nulti a muribus consumtum perperum fabulantur, ditdom Mabh.lon, Annal. Deneilict., loin. 4, lib SI, pay. 4i4.
* Dans ses Lectiones mtmorabiles et rerondita < , imprimées en 1600, tum. 4, pag. Î70.
* Berichl von Sant Slephan, imprimé en 1657, pay. 435 et 436.
* Strasburyiscke Chronica, pag. 49 :
« Widerolfus nains fiistumb ein , « Diser BischolT sol (vie wir lesen) « Sloltz und hoflartig soin gewesen , « Darumb seyen in grosse» Summen n Ratten und Màuss uber ihn kommen , « Die ihn zernagt, zerkralzt, zerbissen, « Das fleisch au scincm leib zerrissti. « Damil cr fristen mochl sein lebn, « liai» cr sich in cin Schiff begebn , « Lnd fiihren lassen aufl* den Rein , « Doch schwammen sie zu ihm liinein , « Frassen und plagtcn ihn dermassn , « Das cr das leben drob must lussn , « Ward ihm also der Sloltz verlribn ,
reprocher .aux catholiques des fables et des superstitions qu'ils racontent eux-mêmes sérieusement dans leurs ouvrages x.
L'année de la mort de Widerold fut celle de Sainte- Adélaïde (°).
« lm Jahr neun hundert neunzig sibn, « Nach dem er siebcnzehen Jahr n Dem Bislumb gcstandcn var. »»
• Ceux qui prétendent autoriser encore de pareilles fables, ressemblent à ce cartbaginois dont Plaute se moque dans nés comédies, et qui prétendait donner les rats d'Afrique en spectacle pour les jeux publics. In pœnulo, actu 3, scœnâ 2.
« mures africanos praidical
« In pompam ludis dare se velle œdilibus. »
(«) Xote de l'éditeur. Cette dernière phrase ne fait point partie de la rédaction proprement dite. Elle commence une remarque ajoutée après coup par Grandidicr et ainsi conçue :
«t L'année de la mort de Widerold fut celle de Sainle-Adclaïdc. — Parler ici de <» cette impératrice. »
Nous n'avons rien trouve dans le manuscrit qui réponde à la pensée de l'auteur.
Voir, au surplus, le livre huitième ci-après, Histoire de l'abbaye de Selti , où Grandidicr parle longuement de Sainte-Adélaïde. « Elle s'endormit tranquillement et dans le Seigneur, la nuit du 16 au 17 décembre 999, pleine de jours et de « mérites. »
ALAWIC
QUAR ANT E-Q11 ATR1KME f.VÈQUE-COJITE DE STRASBOURG.
Alawic, ou Alcwic, ou même Altwic, que dom Mabillon1 place dans le nombre des grands prélats qui illustrèrent le dixième siècle, fut le successeur de Widerold dans le siège de Strasbourg*. Issu, à ce qu'on prétend de la famille des ancienscomtes de Sultz, il se retira de bonne heure dans l'abbaye de Richenau, où il embrassa l'état monastique. L'intégrité de sa vie, la candeur de ses mœurs , sa piété et sa vaste érudition procurèrent bientôt à Alawic une grande réputation4. Elles le firent connaître à la cour d'Othon H, qui lui donna l'abbaye de Pfeflers, située dans la Suisse, à deux lieues de Coire 5. Le diplôme de nomination est daté de Dornburg , 13 octobre 974 °. 11 conserva la même faveur auprès
' In actis Sanctor. ord. S. Bencdict., tom. 7, in prœfat. sœcul. v, pap. 12.
• Les Centuriateurs de Magdebourg, Cent, x, cap. 10 , pag. 597, louent Alawic à cause de sa science el de sa pieté.
3 Buceum's, Gtrm. sacrœ, pari. 1 , pag. 7, et chroiwl. Constant., pag. 194. Spener, in operis Ueraldici parte speciali . pag . 711. Galliœ christianœ edilores,
tom. S, pag. 791. Rituale Argentincnse , etc.
4 Joannes Ecox , in libro de viris iltmtribus Auyiœ dititis, part. 7, cap. 25, apud PeUum, in thetauro anecdot., tout. 1, part. 3, pag. 749.
• BUCEMNUS, in nhœliâ sacra et profana, pag. 202.
• Pièce» justificatives ; cf. Wûbdtweix, nov. *ub. dipl., tom. 6, pag. 146.
HISTOIRE DE l/ÉGLISE
d'Othon III, et il accompagna ce prince en 996 à son expédition d'Italie et à son voyage de Rome. Wieegowon , abbé de Richcnau, s'ctnnt démis de son abbaye, en 997, l'empereur la conféra à Alawic et le lit bénir par Grégoire V *. Le nouvel abbé obtint de ce pape la confirmation des privilèges de son abbaye et la permission de se faire sucrer comme les évoques et de célébrer en habits pontificaux. Othon, en présence du même Grégoire Y, renouvela en faveur d'AIawic les diplômes accordés par ses prédécesseurs à l'abbaye de Hicbenau , et exempta les abbés des expéditions militaires et des subventions impériales. Il rappelle, dans son diplôme, la dévotion des religieux de Hicbenau et les services considérables qu' Alawic lui avait rendus en Italie. Cet acte est daté de Home, du 22 avril 997 *. L'année suivante, ce prince l'honora d'une lettre 3, où, après lui avoir dit que rien n'est plus propre à maintenir les moines dans l'ordre, que la science, le bon exemple et la régularité de celui qui les gouverne, il l'exhorte à avoir une charité très attentive à veiller aux besoins de ceux qui lui sont soumis , les religieux mécontents étant pleinement dans leur tort dès qu'on ne leur donne point d'autre motif de se plaindre que le soin qu'on a de leur faire observer la règle 4. Alawic ne démentit pas ces principes et un de ses panégyristes 5 va jusqu'à dire qu'il mérita, par ses belles actions, le titre de bienheureux. Les écoles de Hicbenau furent très florissantes sous cet abbé.
1 Hermanus Contractus, ad an. 997, apud Canisium, tom. 3, pay. 262. « Aupiœ, n Wicegowonc abbatc privalo, Alawicus abbas promotus romac ab ipso papa conse- « cralus et privilogio donatus est. »
* Pièces justificatives; cr. Wurdtwei;», mv. subs. dipl., tom. 0, pay. 147. 3 Ibidem ; cf. WuRDTWEiN, nov. subs. dipl., tom. 6, pag. 148.
* Mabillon, Annal. Benedict., tom. 4, lib. 51, pag. 115.
» Joaknes Egok, lib. cit., part. 1, cap. 13, apud Petium, pag. 638
Plusieurs de ses moines furent nommé à des évéehés, et Alawie lui-même passa à celui de Strasbourg, qu'Othon III lui accorda sur la lin de l'année 999. Le pape Sylvestre confirma le choix de l'empereur Alavvic ne jouit pas longtemps des marques d'estime particulière qu'Othon lui avait données. 11 n'occupa que près de dix-huit mois le siège de Strasbourg, étant mort le 30 avril* de l'année 1091 3. 11 eut pour successeur le fameux Werinhaire dont les faits illustres fourniront une abondante matière à l'histoire de l'onzième siècle et au neuvième livre de cet ouvrage *.
Le chroniqueur d'Ebersmûnster fait mourir Alawie du mémo genre de mort que souffrit Widerold , son prédécesseur. C'est trop de faire périr, coup sur coup, d'une manière si étrange et si peu probable, deux évéques de Strasbourg. La critique de notre siècle, pour ajouter foi à ces sortes de faits, voudrait des autorités plus sûres que celle d'une chronique maline, pleine d'ailleurs de méprises et de faussetés. On jugera, par les paroles même de cette chronique, de la manière d'écrire de son auteur et de sa façon de penser. « Après la mort de Bauderius , abbé
* Brcei.1*, Chronol. Constant., pag. 19S.
* Catalogua veterriinus abhatum Jabariensium inss. in bibliothecà Zurluubiana, ton». 4 , numuineiilurum helvetico lutjiensitim , pay. H7. « Alawirus obiit piïdie * calendas m aii. » Cet Alawie n'vsl autre qu'Alawic, évoque de Strasbourg, qui était d'abord abbé de Pfeflers.
* Necrologium Fuldense, apud Leilmitiium , loin. 5, lier. Ilrumwie , pay. 766. - Au. doinini 1001, Alewih episcopus. »
* GiriM.lMAX, dan» son histoire dos évéques île Strasbourg , r/e episeop. Aryent., pay. 17 4, place la mort d'Alawie à l'année 1003 , et dans son histoire Habsbourg, lib. i , cup. J, pay. I.>0 , edit. mediolanenxis , à l'année 1010. Wimphclinguc la rapporte tantôt à l'année 1005 , tantôt à l'année 1008. Kofmoshowen , Cm su s, Annal, sucric, loin, i, part, i, lih. 5, pay. ICO, et IUcki ix, Annalium tjermuniœ, pay. 68 , la datent de l'année 1 000 ; cl Bri soilil'S , de epismp. yermanùr, pay. 62, de l'année 1007. Tschcdi , Gallice coma la: , pay. 61, ne place mémo qu'en lois l'élection de Werinhaire. Mais toutes ces différentes dates sont fautives,
HISTOIRE DE LÉGUSE
« d'Ebersmùnster, les moines, dit-elle 1 , s étant assemblés « lui donnèrent, selon la règle de Saint-Benoit, Rodolphe « pour sueeesseur. Àlawic, évéque de Strasbourg , indigné « de ce que cette élection avait été faite sans son consente- « ment, entre violemment et avec fureur dans l'abbaye. 11 « se saisit de tous les effets précieux qui y étaient, il s'em- « pare du trésor de l'église. Les religieux lui rappellent « l'ancienne amitié qu'il leur avait portée dans le temps « qu'il n'était qu'abbé deRichenau. » Le chroniqueur impertinent attribue à l'évèque une réponse des plus scandaleuses et des plus impies. « Quoi! ignorants, leur dit-il, « vous ne savez pas que la Marie de Richenau n'était que « ma maîtresse et que mon intention n'a jamais été de la « garder. J'en ai trouvé une autre et plus riche et mieux « dotée : c'est la Marie de Strasbourg. C'est elle qui est « aujourd'hui ma femme légitime8. Ce discours parut désar- « mer les moines. L'évêque va coucher dans un des « appartements de l'abbaye, avec les complices desonsacri- « lége. Il voit tout-à-coup, au milieu delà nuit, une troupe « de soldats, armés de toutes pièces, entrer dans sa chambre. « Ces soldats armés (qui sans doute étaient des moines
car Werinliaire, successeur d'Alawic. fut élevé sur le siège de Strasbourg |>ar l'empereur Othon III. Nous ne citerons d'antres preuves que le dipléïnc original de Henri 11, de l'année 1003, où l'on dit : dirœ memuriœ senior natter et anUcessor tervius Otto videliret impemtor nugustus renerabilem virum W'erinharium juge ejus servit ium et fidei home constantiatn attendent ilirinn dispensante gratin , sanrtie, argentorutensis ecclesiœ or di nu vit et prefecit episcopum. Or , Othon III mourut en 1002. Nous avons donc placé à l'année 1001 la nmrl d'Alawic, sur la loi du nécrologe de Fulde , pièce ancienne et exacte.
' Chronicon novientense , g 21.
* « Ego quondam Marium « Âiigensein conrubinam habui , « Nunc vero Mariam Argeuliucnsem « Lcgilimam uxorem duxi. »
* déguisés) se présentent devant le lit d'Alawic pour Finit timidcr. Le chef de cette bande céleste, car c'était Saint- « Maurice , suivi de quelques soldats de la légion Thé- « béenne (ou plutôt le chef de cette troupe monachale, « travesti en héros sacré) s'approche de l'évéque, le prend « par le bras, le frappe avec sa lance et lui demande, d'une « voix menaçante, pourquoi il avait osé violer si impudem- « ment un monastère consacre sous son nom. L'évéque se « réveille en sursaut : tremblant , il n'ose répondre. Le « bénin Maurice, faisant signe de la main à ses compagnons, « leur dit : Chassez-moi ce téméraire de ma maison, jetez-le « hors de ce monastère : c'est Dieu qui vous l'ordonne par « ma voix. Alors les saints soldats Thébains (ou les moines « qui les contrefaisaient) prennent Alawic par les pieds et « par les mains et le jetent hors de l'abbaye. Ce prélat, les « membres à moitié fracassés , pousse des cris horribles, « qui réveillent ceux qui couchaient avec lui dans la chambre. « Mais, ô miracle! les saints avaient disparu: ils étaient « rentrés dans le ciel (ou plutôt dans leurs cellules). Les « domestiques d'Alawic trouvent leur maître couché aux « portes de l'abbaye, presque mort de frayeur et des coups « qu'on lui avait donnés. Ils lui demandent par quel malheur « il se trouvait dans cet état. L'évéque leur apprend que « des soldats inconnus l'avaient tiré de son lit et l'avaient
* jeté dans cet endroit. Ses domestiques le relèvent , car « il ne pouvait se relever lui-même, et le portent sur une « chaise dans l'abbaye. Les moines surviennent en faisant « les étonnés : ils s'enquièrent d'Alawic quel était l'ha- « billement des soldats qui l'avaient ainsi maltraité. L'évéque « leur répond qu'ils étaient d'une grandeur prodigieuse et « qu'ils portaient des croix d'or sur leurs casques et leurs « boucliers. A ce signe, tout le monde crie au prodige, et
HISTOIRE DE L'EGLISE
« que c'était Saint-Maurice avec ses soldats, qui étaient « venus venger l'honneur de leur couvent. Alawie le crut : « il fait rendre aussitôt à l'abbaye d'Ebersmûnster tout ce « qu'il lui avait enlevé, et se fait conduire à la hâte, par « eau, à Strasbourg. La vengeance divine ne s'arrête pas « à cet insigne miracle. Alawie meurt , après avoir souffert, « pendant près d'une année, des douleurs de la goule aux « pieds et aux mains. Des rats même et des souris s'amusent « à ronger les doigts et les mains du pauvre évêque. C'é- * taient des rats extraordinaires , d'une couleur et d'une «< grandeur dont on n'avait jamais vu d'exemple. Alawie, « pour se délivrer de ces bêtes malfaisantes, fait suspendre « son lit en l'air, entre quatre sangles. Vaine précaution! « Ces rats ne furent pas sots : ils montent par les lambris « et les cordes jusque dans le Ht d'Alawic, s'obstinant sans « cesse à le tourmenter, ils le dévorent entièrement, ils ne « le quittent pas même après sa mort, et on est obligé de « les enterrer tous vifs avec l'évèque. Ce miracle, ajoute le « chroniqueur, rendit respectable l'abbaye d'Ebersmûnster, « et on n'entreprit plus impunément de toucher à ses « biens. »
Il est facile de comprendre le motif d'intérêt qui a guidé l'auteur de cette chronique. Il voulait conserver, par la crainte des punitions divines, les biens de son abbaye, comme si ceux, dit judicieusement M. l'abbé Fleuri 1 , qui sont saints pour avoir méprisé les richesses sur la terre, étaient devenus intéressés dans le ciel, et employaient leur crédit auprès de Dieu pour se venger de ceux qui pillaient les trésors de leurs églises. La religion populaire du siècle se repaissait de ces contes indécents produits et multipliés par la fausse idée qu'on se faisait alors du pouvoir
• Troisième discours s«n l'histoire ccck'sjastique, num. 5.
DE STRASBOURG