LIVRE HUITIEME
corps fut porté à l'abbaye, où il resta déposé jusqu'à ce que le pape eut accordé la permission do l'enterrer dans l'église. Ciselhilde alla In solliciter elle-même à Home. Le pape la renvoya absoute du meurtre innocent qu'elle avait commis, lit beaucoup l'éloge de sa vertueuse intrépidité et lui accorda le surnom de seconde Judith. Elle mourut quelques années après et elle lut enterrée dans le tombeau de son mari, devant l'autel de Sainte-Croix. Cette anecdote, consignée dans une chronique obscure, deviendrait, entre les mains d'un écrivain habile, le sujet d'un roman intéressant, et ne déparerait pas les épreuves du sentiment de M. d'Arnaud.
L'abbé Hartman ne vivait plus en 914, ayant eu pour successeur Eggehard. Ce dernier obtint l'abbaye d'Ebersmûnster sous le règne de Louis-l'Enfant qui mourut au commencement de cette année. Ce qui détruit l'opinion de Bucelin 4, qui lit survivre Hartman à l'année 1)27. Ce lut sous Eggehard, qu'un noble allemand, nommé Altman, de concert avec son épouse Winehildc, issue de race germaine, se vovant vieux et sans enfants, accorda à l'abbave d'Ebersmùnster tous les biens, qu'ils possédaient dans le village de Wittisheim. Le jeune roi Louis confirma celte donation, qui était très-considérable, et dont il reste encore aujourd'hui à l'abbaye les dîmes de l'endroit , avec le droit de patronage. Les mêmes époux firent aussi présent à Ebersmfmsler de quelques terres qu'ils avaient dans le ban de Niflern 3. Cet endroit , situé à un quart de lieue de Schwabsheim , fut détruit au seizième siècle : on n'v voit
' Mxbim.on, Anml. beneilirl. , hu„. Iih. iO , pmj. .'OS. 1 Monusleriuluyia ïmptrii tjenwinivi , part. 2, pag. HO. 5 C.lirouiroii N .> vifiil^n , § 18.
HISTOIRE DE i/ÈGIJSE
plus que la chapelle de Sainte-Catherine, qui appartient à l'abbaye.
On ignore les noms des successeurs d'Eggehard; la chronique d'Ebersmunster, écrite vers l'an I M>8, que jusqu'ici nous avons prise pour (guide, quoiqu'avee précaution, tombe dans de si grandes méprises, que nous ne pouvons plus la suivie pour lixer la chronologie. Les anaehronismes de celui qui la compila, sont si sensibles, qu'il confond impunément les trois Othons et les faits qui les 'concernent. Widerold ayant obtenu, sur la fin de Tannée 9ÎM , l'évcchéde Strasbourg, l'empereur Othon III lui conlia le soin de l'abbaye d'Ebersmùnsler L'abbé étant mort , cet évoque fil élire à sa place Bauderius ou Baudesius 4. Nous ne pouvons décider s'il fut le successeur immédiat d'Eggehard, à cause du long intervalle de temps, qui se trouve entre ces deux prélats. Bauderius est déjà nommé abbé d'Ebersmunster dans un diplôme d'Othon l* r, du janvier 073 :\ dans lequel cet empereur, aux prières d'Adélaïde, son épouse, confirme les privilèges de son abbaye; mais cette charte est manifestement supposée, ainsi qu'un autre diplôme du Ie1" mai 98" faussement attribué au même prince A, dans lequel Bauderius est également rappelé. Nous avons discuté l'une et l'autre pièce dans notre dissertation cinquième r\ Wderold fut un des insignes bienfaiteurs de l'abbaye d'Ebersmunster f\ Il fit assembler en sa faveur un synode général de son diocèse, au commencement de Tannée
* Chroiiiron Novientensc , \ il.
* Ibidem, g Ht.
1 Pièces justificatives ; rf. WiinOTwr.ix , uor. suhs. tlipl , loin. .7, paij. 408. 4 Pièces justificatives; cf. \\ iiKUTWHJN, ;/o/\ suhs. ilipl., Imn. S, fuuj. 356. 1 Tome secund, pmj. t5 et *.ï.
* Chioiiuoii Novieulense , \ il.
de sntAsnonu:.
MVRK lU ITlKME
993 !, dont nous avons rapporté les actes ci-dessus2. Le décret synodal énonce les endroits dans lesquels les biens de l'abbaye étaient alors situés3. Otbon III, étant venu à Strasbourg peu de jours après, confirma ce que Widerold avait ordonné dans son synode. Le diplôme, donné en conséquence à Bauderius, est daté du 13 janvier 993 *. Sous le même abbé, le comte Luitfrid fit donation à l'abbé d'Ebersmiinster de quelques terres allodiales, qu'il avait à Àrtolsheim et à Binderen *. Ce Luitfrid nous parait être le même que Luitfrid VII, descendant de la race du duc Adalric d'Alsace0 et qui, sur la fin du dixième siècle, gouvernait le Sundgau ou le comté de la Haute- Alsace7. Deux frères, de condition libre, établis en Lorraine, dans le village de Tanvillers, vivaient aussi dans le même temps. Ils firent le partage des biens dont ils jouissaient dans cet endroit, pour les donner, l'un à l'abbaye d'Ebersmùnster e( l'autre à celle de Moyenmoutier8. La première n'a plus rien à Tanvillers : la seconde y établit, vers le milieu du douzième siècle , un
* Pièces juslilir.itivi s; ef. WuKuTWF.lN, nur. suhs. »/</»/., loin. S, pmj. 3Si.
* Livre septième, patj. 61.
'Ces endroits étaient Ohorsull/. , llatlenheiin , llallzenlieim , Gundelslicim , Bergnoltx. Kgislieim, Sigolsbeim , Jlollweiler . Millelweyor , Ralli«amliauseu , Logelnlieim , Rurglieim, OrscMvciller , Kunenlieim , Scherweiler , Tanweillcr, Serinerslii'im , Hnddeulieim, Weslhausen, Noitliauscn, Hiuilisheim, Klmweyer, Hïllzen, Millorlioltz, lialdenheim , Willislu im , Niuein, Artelsfteiiu, Bindern, Gruseuheim, 1'tlenlieim, P.oK'nlieiin, Malzeulieim et LeiiiH-islieim.
4 Pières justil'natives ; cf. Vukdtwkin, twr. subs. «//>/., loin, 5, pmj. 35 i.
1 Cluonicon Noiientense , $ in.
* Schcepflim's , ulsut. illuxt . , loin . I, puij. 785.
' Luitfrid VII, était fils de Luitfrid VI. Deux diplômes de l'empereur Otlion III. pour l'abbaye de Payerne , *</»/»/ Henjut yeneal. Ihibxbimj. , pny. 89 et 95 , l'ont voir que Luitfrid était etunle du Suud^au eu 986 et 'J'.>7. Il ne surveeut pas longtemps à rauiiée «J'J'J , i\n'\\ vn^rivil un privilège du mi nie prince pour le monastère d'Altorff.
* Chronicon Nmïentense, % iO.
132 HISTOIRE DE l'KC.USE
prieuré, dont nous aurons lieu de parler autre part, el dont les biens sont possédés aujourd'hui par les seigneurs.
Ce lut aussi sous le gouvernement de Bauderius, «pie deux demoiselles nobles, nommées Wulfhildeet Hcrcsinde, accordèrent à l'abbaye d'Ebersmiïnster plusieurs terres qu'elles possédaient dans divers villages d'Alsace1. Cette donation se fit en présence de l'empereur Othon III, qui la confirma par son diplôme daté de Mayence, P'* mai 007 *. Willegise de Mayence, et Widerold de Strasbourg avaient obtenu, parleurs prières, la ratification de la donation de ces deux sœurs. L'évoque Widerold mourut à Bcnevent, le i juillet 000. Son corps fut rapporté en Alsace et déposé dans l'église d'Ebersmunsler. L'abbé Bauderius ne lui survécut pas longtemps. Il eut pour successeur Kndolphe3. Cette élection ne plut pas à Alawie, qui avait remplacé Widerold dans le siège de Strasbourg, parce qu'elle avait été faite sans son consentement. Nous avons rapporté ci-dessus4 le conte indécent que le chroniqueur d'Ebersmùnster raconte à ce sujet, en parlant de la mort d'Alawic, arrivée en 1001 . L'abbé Rodolphe décéda l'année suivante. Hupert , qui lui succéda en 1002, gouverna avec sagesse et économie. Il lit creuser un fossé autour de l'abbaye et y dériva, par le moyen d'un canal, l'eau de la rivière d'HP, (iuillaume, évoque de Strasbourg, lit assembler en sa faveur un synode général de son diocèse. L'abbé Kupert, accompagné de Cozzon, son avoué, y présenta les anciens titres de donations et les
' Los villages dans lesquels res Icrrcs étaient situées, sont Kiinhciiil , Haltzen- , lieiin, Widensul, Irsenlieitn, Otleiswriil.r, Oslheim , Oiienlieim, Feldkircli, Rohrweillcr, Baldenheim, Malzeuhrim, S.unl, llindisheim, lllkirch et Ofl'enheini.
• Piéres jiislihYalives ; cf. WiintmvKis. mu. suhx. tlipl., loin. S, ptuj. .77 T.
1 Clironicoii Novientpnso, g if.
4 Pages 86, 87 el 88.
1 Chrmiienn Novientense , \ 23.
DE STRASBOURG