LIVRE IUTNEME
privilèges que les évéques Widegerne, Baldramet VViderold avaient accordes à Kbersmûnster. Guillaume les renouvela et confirma particulièrement l'abbaye dans la possession des terres saliques el allodiales, <|ui provenaient de la primitive fondation du duc Adalric1. L'évoque voulut que les dîmes de ces biens fussent employées pour exercer l'hospitalité envers les étrangers et pour subvenir à l'entretien des pauvres. Le décret synodal est daté de Strasbourg de l'année 1031*. Dans le même temps, Berthe de (iries, dame du château de Brandenbruch, veuve de (iothebert, et épouse de Hugues en secondes noces, lit une donation de ses biens à l'abbaye d'Kbersmùnster, en présence de l'abbé Bupert et de l'évcquc Guillaume, qui la confirma également dans son synode par un acte particulier de l'an 1031 3. La même Berthe accorda au monastère la cour du château de Brandenbrurh, avec ses serfs et appartenances et fit bâtir, devant la porte de l'église, la chapelle de Sainte-Marguerite, où elle fut enterrée avec Hugues son second mari, Hugues, son fils et Berthe, sa tille*. L'empereur, Henri II, renouvela, dit-on, à l'abbé Bupert les privilèges de son abbaye : mais le diplôme de ce prince, daté de Constance, i janvier I022\ est une pièce de très-mauvais aloi, dont nous avons fait voir autre part la fausseté.
Bupert mourut en 1030, la même année que Henri III succéda dans l'empire à Conrad, son père. Henri n'eût pas
' Ces terres . taicut situées à Ki'useulieiiu , .WleMieiiu , Itnxln n, S. -liwaMieiui. H itl|v|i< im , NiflVrn, Mirlrrslu'll/ , B.ildeiilicim , Hilt/ctt , KIih\m-><t. Orschwcillcr, Kieiislicim , Nrherweillc-r, Ktierslieim , T.inwillrr , Ko^mlieiiu, Scrinci sliejiu, Hutloiilieiiu, M.it/«iiliciiii, N.irtz, Uni], fini rl Vain",
' Pièces justificatives ; cl'. V util» i WKIN , iiur. am/»,«. *///'/., loin. G, pwj. iH7.
' Pièces justificatives; mini. cl. W iiitui WKl.v, uui\ subx. <lipl., htm. Il, j'tnj. I9i.
1 Chronicon Novientensc, \ i ».
» Pièces justificatives , N° :>.
IIISTOIIIE DE i.Y.cmse
égard à l'élection des religieux d'Ebersmùnstcr. 11 leur donna pour abbé un moine de Mourbaeh, nommé Willon. Ce moine était un habile orfèvre, qui dorai! si parfaitement les vases de cuivre , que l'empereur les donnait en présent , comme étant d'or, aux seigneurs de sa cour. Ceux-ci l'ayant appris, voulurent tuer le moine orfèvre. Le prince, pour le mettre à couvert , lui donna l'abbaye d'Ebersmùnster. Willon, devenu abbé malgré les moines, en chassa tous ceux qui y avaient quelque «•redit par leur naissance ou leurs talents, et lit tonsurcr, à leur place, des lils de boulangers, de cuisiniers et de pécheurs. Les moines ne le laissèrent pas tranquille , et l'ayant une fois surpris dans la cave brisant le vase qui servait à mesurer le vin, ils le prirent par les cheveux et les pieds, le traînèrent hors du monastère et le tirent poursuivre par leurs valets, qui le chassèrent de l'endroit à coups de poings et de bâtons. L'abbé alla porter ses plaintes à l'empereur, qui chargea Hetzclon, évéque de Strasbourg, de le rétablir dans sa place. Willon revint à Ebersmiinster , mais il quitta peu après l'abbaye, emportant avec lui une partie des ornements et du trésor de l'église. Il se sauva à Worms, où il dissipa tout ce qu'il avait enlevé et il ne revint plus1. Ceci arriva vers l'an 1051. L'abbaye étant devenue vacante, l'empereur, Henri III, écrivit à Hetzclon, pour le prier de recommander aux religieux Egelolphe, moine d'Amorbach, d'une origine noble. Egelolphe fut élu abbé. II détruisit l'ancienne chapelle de Saint-Jean-Baptiste, qui tombait en ruines, et la fit rebâtir dans un autre endroit, vis-à-vis la porte de l'église. Egelolphe continua d'être abbé sous Werinhaire, qui succéda en 1005 à Hetzclon, dans le siège de Strasbourg. Werinhaire voyait avec peine les abbés prendre
' r.hronifnn Novionlensc , ? ti.
l'investiture <le l'empereur, ce qu'il croyait être contraire aux droits de son église. Il chercha à anéantir les privilèges de l'abbaye et il séduisit à cet effet un moine, auquel était commis le soin des archives. Celui-ci les lui livra , sous la promesse que l'évéque lui avait donnée de le faire élire abbé. Werinhaire lit aussitôt assembler le clergé et le peuple de sa ville épiscopale , leur montra les chartes qu'il avait reçues et les jeta aussitôt dans un grand l'eu, qu'il lit allumer en leur présence. Mais le prélat et le moine turent trompés l'un et l'autre dans leur attente. Le moine lut enlevé pendant la nuit et conduit en exil où il mourut misérablement. L'évéque lui-même ne parvint pas à son but. Car tous les titres de fondation, d'exemptions et de dîmes de l'abbaye d'Ebersmiïnstcr avaient été déposés dans les archives de Mourbach. Nous rapportons ces faits sur l'autorité du chroniqueur d'Ebersmiïnster Cet auteur, quoiqu'on quelque sorte contemporain *, nous paraît ici d'autant plus suspect d'ignorance ou de mensonge, qu'il confond les deux évêques Werinhaire. Le premier de ce nom vivait au commencement de l'onzième siècle et ne mérita en. aucun genre les qualifications odieuses, dont l'accable le chroniqueur. Nous en parlerons plus en détail autre part. Si l'anecdote cependant était vraie, il faudrait l'attribuer à Werinhaire second, sous lequel Egelolphe était abbé d'Kbersiminslor. Mais alors, elle nous indiquerait le temps et la cause, qui produisirent la falsification des anciens titres de l'abbaye d'Ebersmiinster. Les
* l/auteur de la . Inonique d'EliTMiimistcr n'écrivait à la vérité que vers l'an 1168. Mais il avait fait usage de mémoires antérieurs. Cir , en parlant de l'abbé Wli.LON, prédécesseur d'Kgclolplie , $ ii ud fuifiti , il se sert de termes qui indiquent un auteur présent et vivant. Qttos eliam nos ipsi vidimus , dit il, en parlant de ces fils de boulangers, cuisiniers et pécheurs, que Willon avait fait tonsurer.
IIISTOIKE HE I . ÉGLISE
diplômes brûlés publiquement par levêque Werinhaire, ne purent être remplacés que par la supposition. Il fallut donc forger de nouveaux diplômes, et ce sont ces diplômes, que l'amour de la vérité nous a obligé de discuter. On crut leur donner quelque air de vérité, en disant qu'ils avaient été découverts dans les archives de Mourbacb. Mais le moine, qui fut chargé de ce travail, était trop mal habile dans l'histoire et les usages des anciens temps, pour déguiser son propre ouvrage : au lieu d'y retrouver le style et l'authenticité des diplômes mérovingiens, on on est forcé d'y reconnaître les caractères de la plus insigne falsification , produite par la barbare ignorance de l'onzième siècle. Aussi tous les diplômes d'Kbersmùnster, postérieurs à ce temps, sont à l'abri de la plus sévère critique, parce qu'on ne se trouva plus dans le ras de réparer la perte des anciens.
Les dernières années d'Egelolphe furent troublées par les pertes que souffrit sou abbaye. Il mourut vers l'an 1069. Les religieux d'Ebersmùiisler postulèrent pour abbé Àdelgaud, moine de Mourbacb, dont la mère Judith était nièce de Kodolphe, duc de Souabe et d'Alsace. Adelgaud, répara les bâtiments du monastère et des lieux claustraux et lit remettre dans un meilleur état les cours, qui lui appartenaient. L'élection de Kodolphe, son grand oncle, nommé roi de (icrmanie, en 1077, par plusieurs seigneurs de l'empire, fut fatale à Adelgaud, qui avait fait faire en secret, dans son monastère, la couronne qu'on lui mit sur la tète. L'empereur Henri IV l'ayant appris, le chassa d'Kbersmùnster. Il fut obligé de retourner à Mourbacb où il mourut en 1(178 !. ticrung, noble bourguignon et religieux d'Ebersmùnster, fut élu après lui. II gouverna sage-
or sTiusnoriu;. — i.ivke iuitième.
menl pendant dix ans, jusqu'en 1087. Il perdit l'abbaye par les intrigues de Walther, eellcrier de son monastère, qui 1'aeeusa de plusieurs crimes auprès de l'empereur, et qui se fit mettre à sa plaee. iierung se retira en Bourgogne, auprès de ses parents et alla ensuite à Borne où le pape, l rbain II, lui donna des lettres pour l'évèque de Strasbourg, afin de le rétablir sur son siège. Walther ayant appris le retour de (ierung, le lit empoisonner par le cuisinier et le foulon de l'abbaye, qui vinrent le trouver sous prétexte d'amitié, en lui présentant une coupe pleine de clairet, (ierung la but imprudemment : mais sentant bientôt les effets du poison, il se lit transporter à l'abbaye de Seltz où il mourut peu de jours après. Wallher se soutint, pendant près de vingt-quatre ans dans son int rusion, contre la volonté de l'évèque, fpù ne voulut jamais le bénir abbé. (Ici évéque était Othon, que le chroniqueur d'Kbcrsmùnsler accuse d'avoir enlevé à l'abbave la cour de Weiswciler , dans le Brisgau. L'abbé Walther aliéna lui-même beaucoup de ses biens. Il mourut misérablement en II 10 des suites, à ce qu'on croit, d'un poison, ayant abdiqué quelques jours avant sa mort1. Il eut pour successeur Conrad, moine de Clingenmùnsler, qui poussa sa carrière jusques vers le milieu du douzième siècle.
SURBOURG ET HASELACH.
Nous n'avons sur les abbayes de Surbourg et dellasejach, (ondées sous Dagobert , second roi dWustrasie que les noms des abbés qui les gouvernèrent vers l'an 830. Hildemund, abbé de Surbourg, Hubert, Adalvcric et Jérôme, moines de ladite abbaye, Vietor, abbé d'Haselaeh, avecliiselberî , Itieonus et Kuadland , ses religieux, sont inscrits dans un livre, écrit en ce temps-là, qui rapporte les noms de tous ceux qui étaient unis par une sainte communion de prières avec l'abbaye de Hicbcnau *. Surbourg était encore une abbave au commencement de l'onzième siècle et elle est qualifiée ainsi dans une charte <le l'année 10351. On ignore le temps précis de la sécularisation qui est de beaucoup antérieure au treizième siècle. Dès l'an 1183, on trouve un uonimé* Jean, qui prend le titre de Chanoine de Surf/ourf/ par
* Voyez le tome premier, tir. f, pmj. .7.7/ et <>80. Doni IlEAiNlKR , toujours inexact dans son recueil général îles abbayes de France, loin, t , pag. 1085, dit une Surbourg est unie à IVgliM: paroissiale de Saint-Louis , de Strasbourg. Il nomme , pag. 1080 , Aslacli ou Aslae |>our Haslach , et il ajoute i|iie ce cb.ipilre dît transféré à Molslicim. Ces deux abbayes sont aussi fautivement nommées Surbtrg et liante, par Ihspinieit . île origine monm'hatûx , pag. I5J cl 1G0.
* Pièces justificatives , loin, i, mon. 176 , pag. uxxw.
* Acta sunf autem hec in pago Uagenowe, in abbatia Surburg. Voyez Schii.ter, . nbterv. 19 ad Ktrnigshnvii ChronUon , pag. I0f>7.
HIST. !>E 1,'fal.lSE l>K M KASIHH Kti. 1JV. HL'ITIKMK. 130
la yràec de Dieu L'abbaye de Haselach était sécularisée avant la tin de l'onzième siècle. Wernher, eamérier de la cathédrale de Strasbourg et prévôt de Haselach, du consentement d'Adalberon doyen et de tous les chanoines de son église, accorda en fief à Conrad, vassal de l'evêché de Strasbourg, et à ses héritiers tous les biens que l'église de Saint- Florent possédait dans le ban de Lampertheim. Cette donation faite par la main de llczelin, avoué du chapitre de Haselach, fut confirmée parOthon, évêque de Strasbourg. L'acte de confirmation est daté de l'an I01M)3. Cette formule, Del gratin , qui ne fut dans son origine qu'une marque de piété, fut admise dans le même esprit jusqu'au quinzième siècle par des abbés, des abbesscs et même des ecclésiastiques du second ordre3, comme le prouve cette charte.
Haselach est nommé dans les chartes de l'onzième et douzième siècle AreJtana ou Avelltumm , à cause du grand nombre de noisetiers qui se trouvaient dans ses environs.
1 Jnhitnnes Uei (initia surlmrijtnns cnlesioz ni non uns , e>l rappelé dan* une charte , par laquelle il donne le bien de KùhlendorfT à la collégiale de hurbourg, de l'année 1183, citée |»ar SCHOEl'Fl.iN , Alsal. illusl., loin. 2, paij. 21 cl iôL
' Pièces justificative*, N" G.
* Vojrz le nouveau traité de diplomatique , loin, i, p<uj. oS8 , et la lettre de M. l'abhe Rive, écrite en 1779, a M. de la Borde, qui se trouve imprimée a la fin du tome quatrième de l'essai de ce dernier sur la musique ancienne et moderne.
l'Kîliis, Germait in rtniunim (uujusliann , npttd hm'it, loin, i , /»«</. 20(1 , prétend que les chanoine* de llaslacli étaient autrefois chanoine* réguliers de l'ordre de Saint-Augustin.