CXL1II-CLXV1U
HISTOIRE DE L*ÉGLISE
bienheureux Adalberon 1 qui, depuis Tan 887, était évêque d'Augsbourg a. Ce prélat qui, suivant les statuts dont nous venons de parler, devait être un des plus proches parents du comte Erchangier, passe pour avoir été frère de Hartman, comte de Kibourg, oncle paternel du comte Hupald 3, et grand-oncle de Saint-Ulrich, un de ses successeurs dans Févêché d'Augsbourg 4. Ce fut Adalberon, qui baptisa, en 893, Louis, fds d'Arnoul, roi de Germanie5, et qui fut chargé , en 899 , de son éducation après la mort de son père °. Adalberon conserva l'advocatie d'Andlau jusqu'à sa mort, arrivée le 28 avril 7 909 8. Plusieurs miracles s opérèrent à son tombeau °, et il est encore honoré comme saint dans 1 église de Sainte-Afre et de Saint-Ulrich d'Augsbourg, où il fut enterré l0. On ignore ceux qui possédèrent après lui l'advocatie d'Andlau jusqu'au milieu de l'onzième
' Comme le prouve le diplôme de Louis, roi de Germanie, donne vers l'an 900 ou 902. Pièces justificatives, tom. 2, num. 168, pag. cccxiv.
* Regino ad an. 887. ■ Adalbero nobilis gencris magnique ingenii ac prudenlia? « vir cathcdrain augustœ civitatis obtinuit , Witgario in episcopalum suceessit, »
3 Mort en 908.
* Voyez Corbinicn Kkamm , Ilierarchœ auguslanœ , part. 4 , classe 2, sect. o.
* Annal. Fuldcnscs, apud Bouot KTt M, in scriplor. rer. galtic, tom. 8, pag. Si^ •Gatterkr, in commentât, llist. de Ludovico infante, pag. U. Louis, dans
son diplôme pour l'abbaye de Laurisheim , de l'an 900 , l'appelle natter admodum fidelis mett ilor, et dans un autre , de 909 , dileclus xpiritualis pater et magister nosier. Voyez le coder diplomat. Laitrestiamensis , tom. 1, pag. lOS , et Hundium, Metropol. Salisburg , tom. 4, pag. .Ï73.
1 Selon le nécrologc de l'abbaye de Laurislicitn , dont il avait été nommé abbé, en 892. Stexcei. , in augusta vindelic. , lib. S, cap. xi, place sa mort au jour suivant.
* Hermanus CoxTRACTUS , ad. an. 009, et auctor viUe S. Idalrici, inter W'elneri opéra, pag. 521.
* Catalogus episcoporum Augustanorum , apud Eccardcv , corp. hhtor. medii œvi, tom. 2, col. 3244.
•° Voyez , sur 1rs reliques de Sainl-Adalberon et leurs diverses translations , la chronique d'Augsbourg, apud Frekiikiiiim , tom. 4, pag. SiS. Hertff.i.i»er , in basilicà SS. idalrici et Afrœ, Stenc.el et KnAUM , lib. cit.
siècle. Henri, comte d'Egisheim et de Dabo, qui succéda, vers Tan 1049, à Hugues IV, son grand-père, dans le comté du Nordgau iJ était, en 1064, avoué d'Andlau *. Hugues V, également comte du Nordgau et fils de Henri, le remplaça dans la même advocatie 3, qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1089. Eolmar IV, comte de Metz et de Lunéville, neveu de Henri par Spanehilde, sa mère, en jouisait Tan 1114 4. 11 eut pour successeur Hugues, comte de Metz et de Dabo , son frère r> , Hugues , comte de Metz et de Dabo, son Iris °, Albert, également comte de Metz et de Dabo, son petit-fils7, qui sont rappelés dans différentes chartes, en leur qualité d'avoués d'Andlau. Enfin l'empereur Frédéric obtint lui-môme cette advocatie, en 1179, et il la réunit au domaine impérial. Ceux qui lui succédèrent dans l'empire, continuèrent d'exercer l'advocatie ou par euxmêmes, ou par un gentilhomme qu'ils constituaient à leur place 8. Elle devait être conférée aux seigneurs de Dick, qui la possédaient, au quatorzième siècle, à titre de fief impérial 9. Walther de Dick fut le dernier de sa famille
4 Voyez ci-dessus. , pag. 1S2.
* Comme le prouve la charte de cette année , donnée teste Ilcinrico advocato. 1 Hugo, in monuinentis sacra: antiquit., lom. 2, pag. 269, nota G.
* Ruvn , pag. 2Ô6.
* On trouve Signant llugonis comilis, ecclesie Andelacensis ailvocali, dans les lettres de Conrad, prévôt d'Elival , de 1121.
* Hathilde, abbessc d'Andlau , donne, en 1144, une charte sub Ilugone comité de Dagesburc. Elle le nomme cornes Hugo ecclesie Andelacensis advocatus , dans des lettres de 1147 et 1158. lluao cornes Metensis cl advoralus andelacensis et Albertus ejus (ilius, sont nommés dans celles de l'abbesse Hatvides de 1173.
1 La môme Hatvides donna, en 1177, une charte assensu Alberti comilis adrocati noslri.
* On lit dans le livre salique de l'abbaye d'Andlau , déjà cité , fol. 7J : t Der • Vogct sol der Kaiser sin , oder cin freier herre den er an sine stat geselzet. »
* Der vogdihe, des gerichtes iu Andelow, mil lulen, und der geaoègen die
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qui en jouit. Il fut tué, en 1386, à la fameuse bataille de Sembach, sans laisser de postérité.
Les statuts de l'impératrice Richarde, que nous venons de rapporter, font mention deux fois de la règle de Saint- Benoît: cependant ils n'expliquent pas clairement, si les chanoinesses d'Andlau l'avaient embrassée en entier. Ces statuts rappellent quelques traits qui en sont tirés; mais ces traits ne paraissent avoir été choisis, que comme conformes à la règle particulière, que Richarde voulait donner à ses chanoinesses. Elevée à l'abbaye de Hohenbourg », cette impératrice est censée avoir établi, dans celle d'Andlau, la règle canonique, qui était en vigueur dans la première *. Aussi les désigne-t-elle, dans ses statuts, sous le titre de Sanctimoniales , nom que le concile de GhîUons, de 813, donne particulièrement aux chanoinesses. 11 est vrai que les rois Louis IV, en 902 3 , Charles-le-Simple , en 912 *, et Saint-Henri, en 1004 5, parlent de celles d'Andlau comme de religieuses soumises à la règle de Saint-Benoît. Les papes du treizième siècle et du commencement du quatorzième qualifient cette abbaye comme étant du môme ordre6. 11 est encore vrai, que la plupart des annalistes, ceux surtout qui étaient bénédictins, guidés par l'autorité
danu gehoren, comme l'énonce un diplôme de Charles IV, publié par Glafet , Anecdot., num, 492, pag. 619.
• Albrecht, Hùtory von Hohenburg , pag. 3S3.
• Voyer le lome premier de l'histoire de l'église de Strasbourg, pag. 5S2 et suit:
» Et a tramite vite Sancti Benedicti nullo modo exorbitenl.
• Juxtà regulam S. Benedicti.
• Monachœ sub reguld Sancti Benedicti servientes.
• Les bulles d'Alexandre IV de 4255 et 1259, de Nicolas III de 1280 , de Nicolas IV de 1288 , de Clément V de 1309 , de Jean XXII de 1322 et de Clément VI de 13i5 et 1346 , sont adressées dileefis in Christo (iliabus Abbatissœet ivnrentui de Andetahe, ordinis S. Benedicti, Argenlinensh diacesis.
de ces titres respectables , n'ont pas fait difficulté d'écrire qu'Àndlau fut occupé dès son origine par des religieuses bénédictines1. Les diplômes et les bulles , que nous venons d alléguer, sont assurément des pièces authentiques, que nous nous garderons bien de révoquer en doute. Mais en supposant avec ces pièces, que les chanoinesses d'Andlau avaient adopté la règle de Saint- Benoît en son entier (supposition qu'elles n'indiquent pas totalement) , on ne pourrait pas plus les nommer bénédictines, qu'on ne pourrait appeler religieuses augustines les chanoinesses qualifiées de l'ordre de Saint-Augustin.
Celles d'Andlau, pour avoir récité autrefois le bréviaire de Saint-Benoît, et pour avoir adopté quelques rites de sa règle, ont-elles été, pour cette raison, des religieuses bénédictines? C'est-ce que nous n'oserions assurer parce que d'autres titres, également authentiques , démentent cette opinion. Othon I**, dans son diplôme de 962, les papes Sylvestre II, en 999, Léon IX, en 1050, et Victor H, en 1050,ne font nulle mention de la règle de Saint-Benoît. On trouve que, dans le môme temps, elles suivaient celle des chanoinesses, publiée au concile d'Aix-la-Chapelle, de 817*.
' Tels sont le P. Helyot , Histoire des ordre* monastiques , tom. 6 , pag. 4SI ; dom RflNART , in intinere litterario in Ahatiam; ouvrages posthumes de dom Mabillon et de dom Rdinart , tom. S, pag. 454 ; dom Caluet, Histoire de Lorraine, tom. 1, pag. 797, et tom. 2, pag. 169; les auteurs de la Gaule chrétienne, tom. 8, pag. 880, etc., etc. Dom Beaunier dit, Recueil général des abbayes de France, imprimé en 1726 , tom. 2, pag. 1086, qu'il n'y a que deux cents ans, que les chanoinesses d'Andlau disaient encore le bréviaire bénédictin. I,e père Acbertin, qui parle do Sainte-Richarde , pag. 4, comme d'une fille de Saint- Benoit, remarque encore, pag. 35 et 68, qu'on y voyait, de son temps, plusieurcs peintures, et particulièrement celle de la mort de Sainte-Richarde, où sont représentées des religieuses avec l'habit noir de Saint-Benoit.
* C'est l'induction qu'on peut tirer du catalogue des livres de l'abbaye do Wissembourg, rédigé vers l'an 1040 , sous l'abbé Folmar, apud Sc(iannat , vindem. litlerar., coilecl. 1 , pag. 9. On y lit qu'on avait prêté au monastère d'Andlau la
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Eugène llî, dans sa bulle de 1147, ne les nomme pas religieuses bénédictines, mais Sanct moniales du chapitre d'Amila a i. Elles étaient dès-lors desservies, non par les moines bénédictins, mais par des chanoines*. Dès l'an 1121 , elles se qualifient dames du chapitre d'Andlau 3, et elles continuent de prendre ce titre dans toutes les chartes postérieures4. L'abbesse Hazige voulut, vers le milieu du douzième siècle, établir à Andlau la règle et l'ordre de Saint-Benoît ; mais les chanoinesses s'opposèrent à cette innovation5. Berthold de Bucheck, éveque de Strasbourg, reconnut, tant par ses statuts synodaux de 1345°, que par des lettres particulières de 1351 , que de temps immémorial elles n'avaient pas suivi l'ordre de Saint -Benoît, mais qu'elles étaient des chanoinesses séculières, ne faisant aucune profession et ne se liant par aucun vœu de chasteté, ou de pauvreté. Le même évoque qualifie Andlau d'église séculière, dans ses lettres données en 1352, en faveur de l'abbesse Adélaïde de Geroldscck 7. Ses successeurs lui
règle des femmes. Sigihart habet regulam fœminarum prœsiitam ad monasterium
Andelah.
* Sanctinwniales capituli Andelacemis ecctesie.
' La môme bulle d'Eugène III, de 1147, rappelle les Sanclimoniales et niri crclesie Andelaceniis.
1 Domina' capiluli Andelacensis.
4 Elles se nomment canonicœ monaslerii in Andelahe, dans l'acte d'élection de l'abbesse Sophie, faite en 1333.
8 Gomme le prouvent les lettres de l'abbesse Hazige, où elle dit elle-même : « (.uni autem secundum regulam S. Cenedicli vilain et ordinem sororum mearum « informai* Vellcm, ipse sororcs ad impediendum propositum meum unanimiter « restitueront. »
" « Jlonastcria Erstcin et Andelahe, quœ in horis canonicis servant ordinem .. lienedMili , se assermit ab co temporc, cujus contrarii momoria hominum non noxislil, substanlialia ordinuin non observasse.... personne» pranliclorum monaslc- « riorum furaluris zcndaliorum et suevicorum usa? sunt ab antiquo. »
7 CoiistituUi m uoslri, «c venetabilium in Chrislo diUvtorum decuni et capiluli
donnèrent le même titre et y ajoutèrent celui de chapitre et de collégiale Les papes Urbain V, en 1 367 5 ; Grégoire XI, en 1371 ; Jean XXIII, en 1413; Martin V, en 1422 et 1426; les pères du concile de Basic, en 1435, 1437 eti4443, la nomment constamment le chapitre de l'église séculière d'Andlau*. L'nbbessc Sophie exposa, en 1426, à Martin V qu elle et ses chanoinesses furent regardées, dès le temps de leur origine, comme des chanoinesses séculières5. L'empereur Charles IV, dans son diplôme du 20 décembre 1347, ne leur donne pas d'autre nom6. Les Landvogts d'Alsace les appellent, dans toutes leurs lettres, dames chanoinesses
ecclesiœ twstrœ Argenlinensis captlnlariter cangiegatornm prœsenlia, venerabilis Adelheidis de GeroUzecke , Ahbalissa monasterii sœcularis ecclesiœ in Andelahe, twxlras diocesis, etc.
* Les lellres de revenue Guillaume et de son grand chapitre, de 1408, portent Abbatissa et capilulum monasterii sœcularis ecclesiœ cullegialœ in Andelahe. L'évoque Robert adresse les sienne, de 1 VG;i , renernbili et religiosis dominabus Susnnnœ Abbatixsœ et capitula sœcularis ecclesiœ S. liicbardis in Andch. Kl le rst aussi qualifiée Ecclesia secularis dans une chatte de l'évoque Guillaume de 15 VO.
* Dilecta in chrislo filia Ahbalissa et capilulum sœcularis ecclesiœ sanctorum Fabiani et Felicilatis , quœ alias Elion nuncupatur.
' Abhatissa et capilulum sœcularis ecclesiœ in Andnla.
* Boniface, dans une bulle de 1403, les nomme Ordinis S. Augustini. Paul V, qui, dans un bref adrcs>.é , le l juillet 1615, à l'évéquc de Strasbourg, qualifie l'abbaye d'Andlau de Colegium cuiionissarum in Andlau, l'avait appelé, par une erreur singulière, dans une bulle delà même année et du 26 juin précédent, conventus monasterii oppidi Andlacensis , ordinis S. Ikimticti.
* « Pro parte dilecta; in Chrislo filiu* Sophia> Abbatissa: sœcularis ecclesiœ « SS. Fabiani et Fœlicitatis Andlacensis, Argenlinensis diœccsis, nobts nuper exhi- « bila petitio continebat , quod a prinueva fundatione ipsius ecclesia? Abbatissa illius
• pro lempore exislcns , et sororcs degentes apud illam adinstar canoniearum saecu-
• Jarium vitam hucusque duxerint, et in privilcgiis ac indultis per felicis recorda- « tionis Leonem IX , Victorem et Urbanum V, romanos pontilices prœdcces sorcs > nostros eisdcm Abbatissa? et sororibus concessis alicujus ordinis nullatcnus expri- « mantur, etc. • diHe pape Martin V dans sa bulle du » décembre H26, adressée au prévôt de Saint-Picrrc-le-Yieux de Strasbourg.
* Ce diplôme est adressé renés abili Adsliieidi de Groldsrcke. abb tlissa monastn i sœcularis ecclesiœ in Andela , Argentinensis diocesis.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
de l'église et du chapitre d'Andlau !. Enfin les anciens statuts de l'abbaye d'Andlau, confirmés en 1GH, au nom du Saint- Siège, par le nonce du pape, Paul V, en Suisse8, ainsi que les règlements de la visite apostolique, faite en 17523, ratifiés , en 1 755 , par le pape Benoît XIV 4, regardent et approuvent l'état des chanoinesses d'Andlau, comme formant un chapitre séculier, qui n'est soumis à la profession d'aucune règle , ou observance régulière. Ces témoignages doivent suffire pour désabuser ceux qui voudraient les placer dans le nombre des religieuses de l'ordre de Saint- Benoît.
L'impératrice Richarde, après avoir rédigé les statuts des chanoinesses d'Andlau, lesadressa au papeFormose, auquel, en sa qualité de successeur de Saint-Pierre, appartenait la protection particulière de cette abbaye, qui avait été soumise, dès son origine, au Saint-Siège. Les titres, qu'elle lui donne, sont remarquables. Elle le nomme serenissime Pape
* Rodolphe , archiduc d'Autriche , et Louis, électeur palatin , tous deux Landvogts , ou avoués provinciaux d'Alsace, les nomment ainsi dans leurs lettres de 1357 et de Hi5 : Die edelen , und ehrwurdigen frauen , die abtixsin und die thiimfrauen gemeinlich des golleshuss , und der Slifl %u Andlau. Frédéric, comte palatin , aussi Landvogt d'Alsace , se sert à peu près des marnes termes , dans ses lettres de protection de U56 et 1494.
* Statulum III. « Quainvis luec congrcgatiocommunitcr dicatur et scribatur ordinis « S. Benedicti , constat tamen indubilatc a nulla virginum , ncquidem abbatissa , « fieri professionem regularis observantine , sed ad instar germania» canonissaruiu « et aliqnarum nationum virginum , qu.c etiam il lî ordini sesc peculiariter addixe- « runt , in sœculari statu libérai ac sponle Deo peculiari modo ac devotione vivere « ac vixisse ab immemoriali temporc. »
' Slatutum XXV. « Peracto ibidem longo , scrioque examine super statu dictait rum canonissarum deelaramus veruni earum slatum esse iilum canonissarum < sa'culariimi , non solum possessionc immemnrîali , veruni eltam variis suminorum « pontilicum txillis , aliisque jdurirnts aelibus probatum. >
* Celle bulle est adressée dileclis in Christo filiabux Ahbatissœ et Catwtiixsis sœcularis dimem, huk aposlolkœ sedi immédiate subjectœ.
DE STRASBOURG. — LIVRE HUITIEME. 2i5
et elle le qualifie d'altesse vénérable 1 , ce qui fait voir que ces qualifications sont plus anciennes qu' on ne croit. Elle le supplie, en se jetant à ses pieds sacrés, de confirmer les possessions d'Andlau et de réprimer, par la crainte des anathèmes et des excommunications, ceux qui oseraient les enlever, ou les usurper! Richarde se loue aussi, dans sa lettre au pape, des soins particuliers que l'évcque diocésain , Baldram de Strasbourg , prend de son abbaye *. Elle prie le souverain pontife de la recommaader de nouveau à ce prélat et à la protection cl'Arnoul , roi de Germanie. Celui-ci renouvela tous ses privilèges et défendit a tout roi, comte ou autre personne puissante, de s'emparer de ses biens, de les accorder en bénéfice militaire, ou de troubler les chanoinesses dans leur jouissance 3.
Richarde mourut peu de temps après , le dix-huitième jour de septembre 4 893 ou 894 5, et elle fut enterrée dans une chapelle contigue au cloître de l'église d'Andlau °. Ses reliques y reposent aujourd'hui dans le chœur, en une chasse, ou sarcophage de pierre élevé de terre, qui se
' Pièces justificatives , tom. 2, pag. cccix. 1 Ibidem , pag. cccx.
* Ibidem , pag. cccxiu et cccxix.
* Et non au dix-neuvième d'août , jour duquel le martyrologe de Grcvcnus , cité par les Bollandistes , tom. 7, Junii , pag. 477, et loin. 5, Augusli , pag. 699, place la mort Sanctœ Hichardis virginis.
* Voyez le tome second de celte histoire , pag. 257 et S58. Tritiikne , Annalium Ilirsaug. , tom. 1 , pag. 57 , et de viris illustribus , lib. 5, cap. 51 i, se trompe, lorsqu'il place la mort de Sainte - Richarde au 19 août 911 , et qu'il ;i joute qu'elle était une abbesse de l'ordre de Saint-Benoit, (intsirs, Annal, suci ir. , tom. 4, part. 2, lib. 2, cap. 7 , pag. 45, a répété cette dernière erreur. Rom Mabh.i.on, in veter. analectis , pag. 20 , secundœ edilionis , cite ce passage tiré d'un calendrier de l'abbaye d'Ensidlen : xiv kal., octolrix , Sancta llihkart monialix. C'est peut-être à tort qu'il la confond avec Sainte-Rieh.»rde, fondatrice d'Andlau , dont on célèbre la fête le même jour.
* Aubertin, chapitre xi, pag. 66.
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trouve derrière l'autel de Sainte-Croix1. Sa première tombe, également de pierre, où se trouvent empreintes les marques de son corps, se voit dans le collatéral droit de la nef en la chapelle , qui porte son nom 8. Cette impératrice , qui fut mise, peu de temps après sa mort, au nombre des saints3, est honorée, dans l'abbaye noble de Seckingen, comme une de ses abbesses 4. Cette opinion, qui tire son origine de la donation que Charles-le-Cros lui avait faite, en 878, de cette abbaye 5, n'est pas plus fondée que celle qui la nomme la première abbesse d'Andlau °, comme nous avons déjà eu lieu de le remarquer 7. Richarde plaça à la tète des chanoinesses pour abbesse une de ses nièces,
' Ce sarcophage , qui est élevé de terre presque île la hauteur d'un homme, soutenu de quatre colonnes, entre l'autel de Sainte-Croix et la muraille de l'église, parait être du quatorzième ou treizième siècle. Il est orné aux deux cotés de quatre figures relevées en bosse, qui forment autant de traits de la vie de Sainte-Richarde, et qui sont du même temps. Devant ce sarcophage est une peinture moderne, qui ne remonte pas au-delà de la lin du siècle dernier, avec celte inscription également mo lcrne : « S. Ttichardis Augusla cum Carolo crasso conjuge fundat ecclesiam < andelacrnsem , culumniam passa fidem flainniis proliat iutegram , Carolo libéra, « Christo sociatur virgo , corpus hoc loco conditum andcloa servat. • Cette peinture représente Sainte-Richarde sur des brasiers ardents.
* C'est la chapelle de Suinte-Richarde , rebâtie et décorée , cri 170 i , par l'abbessc Maric-Cléophé de Flachsland.
3 On honorait autrefois Sainte-Richarde d'un culte particulier dans l'église cathédrale de Strasbourg, et il y avait un autel dédié à son nom, dans le collatéral septentrional , près de la chapelle de Saint-Jean-Haptislr , comme nous l'avons déjà remarqué dans nos Essais historiques, pag. Sf H 5S3. Cet autel était le titre d'une prébende sacerdotale fondée, en 13i9, par Jean de Grand-Géroldseck ou Ceroldseck-ès-Yosgcs , chanoine de la cathédrale et frère de Çunegondc , abbesse d'Andlau. Liber salicus sununi vapiluli Argenlincnsis.
* Au rapport de dom Cai.met , Diariutn Heh cticum , pag. 15 , et du l\ Maman, Austria sacra, ton». 1, pag. 12».
Suivant le diplôme de ce prince , imprimé dans le lome second de celte histoire, r-ièces justificatives , S» 11V, pag. cci.xm.
* Fkrrarius dit d'elle : . lu monasterio And- Iaha, S. Richards? Auguste cl Ahba- . lissa». »
' Tome second , Uv. S. pan. 256 et 2»7.
nommée Jlunddrudes, ou Kuotharde. Celle-ci seconda avec zèle l'entreprise de sa tante, et, après son décès, elle continua de gouverner avec la plus grande édification celles qui vivaient dans cette sainte retraite. Louis-l'Enfant, roi de Germanie, fils d'Arnoul, confirma, vers Tan 902, labbesse Runddrudes dans le gouvernement de cette abbaye et renouvela, en même temps, tous les privilèges, que le pape Jean VIII et les rois Charles et Àrnoul lui avaient accordés. Le diplôme fut expédié, sur les instances du bienheureux Adalbcron, évêque d'Augsbourg, premier avoué d'Andlau f, dont nous avons déjà parlé ci-dessus, et qui, sous ce dernier titre, mériterait d'être honoré dans cette abbaye d'un culte particulier, comme il l'est à celle de Saint-Ulrich d'Augsbourg. Charles-le-Simple, qui succéda à Louis dans le royaume de Lorraine, prit aussi sous sa défense l'abbaye d'Andlau, par les lettres de protection qu'il accorda à Chatenoy, en Alsace, le 'S février i)12, en faveur de la même abbesse Runddrudes2. Charité, sa sœur, déjà désignée par le roi Louis pour lui succéder, gouverna après sa mort et fut remplacée par les abbesses Adélaïde et Magdelène 3 , qui poussèrent leur carrière jusqu'après • le milieu du dixième siècle.
* Pièces justificatives , num. 468 , pag. cccxm cl cccxxxu.
* Ibidem , num. 172 , pag. cccxix.
* Rl'CEU.s, Germaniœ sacrée , part. 2, pag. 7, ci monastehuhgia' imperii germon ici , pag. 157; Hertzog , Elsàssische Chronik , pag. 5, cl Ai.brkcht, Hislory von llohenburg , pag. 586 , disent qu'Adélaïde fut la première abbesse d'Andlau : mais les dipldmcs, que nous venons de citer, prouvent incontestablement pour Runddrudes. Le registre mss. des abbesses d'Andlau, écrit en 1695, donne cette qualité à Runddrudes dont on a mal écrit le nom. Ce même registre ainsi que les auteurs de la Gaule chrétienne et Albrechl parlent d'une abbesse d'Andlau , nommé Iluddrutes , qui vivait en 96i , sous l'empereur Louis et Judith, son épouse. Mais on ne connaît point d'empereur et d'impératrice de ce nom au dixième siècle. Il y avait, A la vérité, mais en 831, une abbesse Hrulbrudes, qui
HISTOII\E DE l/ÉGLISE
Othique, ou Utique, qui leur succéda, sollicita et obtint de l'empereur Othon 1 la confirmation des biens et droits du monastère d'Etival, que l'impératrice Richarde avait soumis à son abbaye. Comme nous en parlerons , plus en détail, dans l'article qui concerne ce monastère, nous dirons seulement, que le diplôme de ce prince est daté du deux de juin 902 et de Cologne, où l'abbesse était allé le trouver, accompagnée de ses chanoinesses et des vassaux de son église l. Othique vivait encore en 073 2. Mais sous elle , ou peu après, Andlau souffrit des pertes si considérables par la déprédation des laïques , qui s'étaient emparé de ses possessions, que la plupart des chanoinesses l'avaient abandonné, et qu'il n'y restait plus aucunes traces de l'ancienne ferveur. Le pape Grégoire Y, pour remédier à ces maux, chargea, en 998, Widerold, évôque de Strasbourg, de la défendre et de la protéger, avec ordre d'y rétablir le culte divin et la régularité, et de retirer ses biens des mains des séculiers. Gerbert, qui lui succéda le 2 avril 999, sous le nom de Sylvestre II, confirma la donation, que son prédécesseur avait fait de cette abbaye à l'église de Strasbourg, et voulut que ses évoques en fussent les protecteurs et défenseurs perpétuels. La bulle de Sylvestre est datée de Rome , du mois de mai de la même année 999 3. Ce pape , comme il le dit lui-même dans sa bulle, ne prétendit pas , par celte donation , soustraire l'abbaye
oblint quelques serfs de Louis-le-Dcbonnairc , aux prières de l'impératrice Judith , son épouse. Or celte Hruthrudes , comme on le voit , ne pouvait être abbesse d'Andlau , qui no fut fondée que quarante-neuf ans après. Nous verrons ci-après, qu'elle était abbesse du monastère de ttonmoutier, uni en 80 Va l'abbaye d'Andlau.
• Pièces justificatives; cf. WiiRDTWElN , nov. suis, dipl., tom. 5, pag. 588.
• De Rl'YR , Antiquités de la Vosge, pag. 256, et registre mss. de l'abbaye d'Andlau.
• Pièces justificatives ; cf. WUrdtwein, nov. subs. dipl., tom. 5, pag. 445.
d'Andlau au Saint-Siège, auquel elle devait toujours rester immédiatement soumise, mais seulement en commettre la défense à une église voisine , pour la préserver, dans la suite, des pertes qu'elle avait souffertes. La vigilance et le zèle de Féveque Widerold et de Werinhaire , son successeur, rétablirent bientôt cette abbaye dans son état primitif. Elle le dut surtout à la piété de Saint-Henri, qui mit à la tète des cbanoinesses Brigide, sa sœur, fille de Henri, duc de Bavière *. Cet empereur accorda, en sa faveur, à cette abbaye tous les droits régaliens, dont jouissaient les principales églises de l'empire , à l'exception de celui de faire battre monnaie. Le diplôme qu'il fît expédier en conséquence à Mayenee, le premier juillet J0048, en fournit le détail. Le principal des droits qu'il rappelle, est celui d'établir et tenir tous les mercredis de la semaine un marché public, dans le lieu d'Andlau, et d'y lever les péages et les titilles sur toutes les marchandises, qui y seraient portées. Ce droit de marché public , lequel , dès le temps de Bicharde, donnait toute paix et sûreté à ceux
1 Brigitte avait pour père Henri , duc de Bavière , mort en 995 , et pour mère Giscllc, fille de Conrad, roi de Bourgogne, décédée en 1007. Brigide, avant que d'être abbesse , avait clé religieuse d'un des deux monastères de Batisbonne , où Saint-Wolfgang , évéque de cette ville , mort en 994 , avait rétabli la régularité. L'auteur contemporain de la vie de ce saint prélat , cap. il , apud Maiiilloxem , m actis SS. ord. S. Benedicti , meuli v, tom. 7, pay. 798 , en parle ainsi : m In tan- « tum gratia divina largiente, et bcato Wolfkango corrigente in sanctimouialibus « monasteriorum in urbe Batispona constituturuin convaluit caslitatis rcligio et « regularis viUe professio ut ipse dut Pagvaria? Hcinricus crcsaris Heinrici genitor • divino compunctus amorc lilium suam vocabulo Brigidam carum jungeret collc- « gio. » Le même autour, cap. 50, paij. 803, ajoute que Saint-Wolfgang avait prédit à cette fille du duc Henri , qu'il avait baptisée , qu'elle deviendrait dans la suite abbesse. « Sororcm Heinrici régis, quam baptizavit et de sacro fonte suscepil, « abbalissam nuncupavit. »
* Pièces justificatives; cf. Wurdtweik, nov. subs. dipL, tom. 6, pag. 4Si.
HISTOIRE DE LÊGLISE
qui le fréquentait fut renouvelé à l'abbaye d'Andlau, en 1437, 1412 et 1495, par les empereurs Sigismond, Frédéric qui le transféra au mardi, et Maximilien *. 11 lui fut aussi confirmé, en 108(5, par Louis XIV, depuis la soumission de l'Alsace à la France 3.
L'abbesse Brigide mourut après l'an 1024. Mebtildc, ou Matbilde, qui lui succéda, était lillc de Henri, ou Hezilon, duc de Franconie *, s<rur de l'empereur Conrad-le-Salique, nièce du pape Grégoire V et de Guillaume, évéque de Strasbourg. Elle fit rebâtir l'église d'Andlau, qui n'était pas encore entièrement achevée, lorsque Saint-Léon IX, son cousin 5, vint la voir au retour du concile qu'il avait
1 Les anciens statuts de l'abbaye, écrits vers l'an 1318, fui. 73, rappellent te droit de marche en ces termes: « hunig Kai lo , uml Sant Richarl satzent die redite idaz... die mcrkel zu Andclahc soi fri sin uml one zol , uml wer disen merket • suchet, der sol haben friden fin mile allumhe. uml swer den friden brichet , der « is in des Kohcstcs banne, und in d<*s Koisers alite.... uml disse selbe merket bat m das relit daz keiu W'ebselcr sol dur une sitzc , wanne von der ebtissen urlobe. w
* Le» trois diplômes île ces princes , écrits en allemand et datés de Prague , 13 juin 1437, de Francfort, 18 juillet 1442, et de Maliucs, 27 janvier 1495 , so trouvent en original dans les archives de l'althayo d'Andlau. Ll'MG a publié les deux premiers, Spicilegii ecclesiasti , loin, vu, vonlin. m, pag. 121 et 122, mais traduits en français.
3 « Confirmons en outre, dit ce prince, à l'abbesse de ladite abbaye le droit de « faire tenir un marché public dans laditte ville d'Andlau, et d'y lever les droits, « comme il lui a été accordé par l'empereur Henri II , en l'an 1004 , et selon que ■ les abbesscs de ladite abbaye en ont joui jusqu'à présent. »
* La mère de Mehtilde était Adélaïde, fille d'Fherhard IV, comte du Nordgau, laquelle épousa en premières mu es Henri , duc do Franconie , et en secondes llerman comte de la France orientale, auteur de la maison d'Hohenlohe. Voyez Ka:\Bf», Disserl. de stemmalc giMIitm , upud Srhcidium orig. gticlfimrum , loin. 4 , pag. 505 et 30i , et ce que nous avons dit dans le volume précédent, loin. 1 , Tableau généal. do la page 341, et tom. 2, p. 238.
5 La parenté de ce pape avec l'abbesse Mathilde se représente ainsi ;
DE STUASBOUKG. LIVIIE Hl'UlEME. 251
tenu à Mayencc, au mois d'octobre 1049 Ce pape bénit et dédia la nouvelle église4, dont il consacra le grand autel en l'honneur du pape Saint-Fabien et de la martyre Sainte- Félicité. Il leva aussi de terre le corps de l'impératrice Sainte-Richarde, l'exposa à la vénération des fidèles et le fit transporter dans l'endroit où ses reliques sont encore honorées aujourd'hui3. Léon IX, de retour à Rome, donna, au commencement de l'année 4050, une bulle 4, par laquelle, à l'exemple de ses prédécesseurs, il renouvela tous les droits que l'abbaye d'Andlau avait reçus de l'impératrice Richarde, et de Charles-le-Gros , son époux, en rappelant particulièrement la soumission que le fondateur en avait faite au Saint-Siège. Il ordonna que personne ne pourrait célébrer la messe au grand autel, qu'il avait consacré, qu'avec la permission expresse de l'abbesse. Il confirma la possession où étaient les chanoinesses de se choisir une abbesse, à condition que chaque année elles enverraient au pape le cens annuel de trois draps de lin , qu'elle devait
Ebcrhard , comte de Nordgau , f vers l'an 97Î ou 973.
Hugues II, comte du Nordgau , fonda- Adélaïde, mariée a Henri, duc de leur de l'abbaye d'Àllorff, f vers 98*. Franconie , -f- 1037.
Hugues IV , comte du Nordgau et L'empereur Con- Mathilde, abbesse
Brunon , puis pape , sous le nom de Léon IX, en 1409 , f 105».
* Voyez sur ce concile Hartzheim , Conc. gennaiiia!, tom. 3, pag. 11S.
2 Cette dédicace parait avoir été faite le 10 de novembre. Du moins lit-on dans les anciens calendriers de cette église : m idus novembri* dediratio numuslerii in Andelo.
* Annalista Saxo, apud Eccardix, in corpore llistorko medti ctvi , tom. 1, pay. i8l , et Lkibnitzium, rer. liruunwic-, tom. 1, paij. 578.
* pièces justilkatives ; cf. Wurutwein, «or. $ubs. dipl., tom. 6, pag, 212,
d'Eguishcim, f vers 10 $8.
rad-Ie-Salique.
d'Andlau.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
au St-Siége. Victor H, qui remplaça, au mois de mars 1055, le pape Léon IX dans le siège de Rome, accorda les mêmes grâces à l'abbesse Mehtilde, par sa bulle donnée peu de temps après son élection1. Cette abbesse mourut en 1056, et elle fut enterrée dans le monastère de Moyenmoutier, nuquel elle avait fait de riches présents*. Les abbesses de Hohenbourg etdelNiedermùnster la comptent aussi danslenombre de lears bienfaitrices3. Judith était abbesse d'Andlau dans le temps qu'un solitaire, nommé Godefroi, s'était établi près de son abbaye et y avait fait bâtir une chapelle sur la montagne, dite Castelberg4. Cette chapelle fut dédiée, le dimanche 2 mai 1004, par Sigefroi, archevêque deMayence, qui, de retour de Home, était venu visiter l'église d'Andlau. Cette consécration se fit en l'honneur de la Sainte-Trinité, par la permission de Hetzelon, évêquc de Strasbourg, auquel l'abbesse Judith en demenda l'agrément. Celle-ci accorda à cette chapelle toute la montagne , sur laquelle elle était située, des prés adjacens et des terres àMackenheim. Godefroi y donna aussi tous les biens qu'il avait acquis. Cette donation se fit en présence de Sigefroi , archevêque de Mayence, de l'évêque Hetzelon, du marquis Otton, de Henri, avoué d'Andlau, et de plusieurs personnes ecclésiastiques
1 Pièces justificatives; cf. WuRiïtwf.in, nov. stibs. dipt., tom. 6, pmj. i2.7.
* Voici ce que raconte Jean de Bayon, dons sa chronique de Moyenmoutier, citée par les auteurs «le la Gaule chrétienne, tom. S, pag. 880:
« An. 1056 Mathildis cœnnhii , quod dicitur Arnlel.i , religiosa Abbatissa , Cliuo- « nonis augusti soror, cujus pignora argenteus scilicet calix , albique pallii capsula « mediani cœnobii habetur (cnogralus ?) morlalc hic eonsuminat fa dus. •
s Buceun , in monasteriohgui imperii tjermuuh i , pug. 138 ; Dertzog , Elsassische chrtmick, et Ai.drecht, llislonj von llohcnbiirg , pag. 386.
4 La montagne de Castelberg porte encore aujourd'hui le même nom : elle est rapide cl assez élevée. C'est le canton qui produit le meilleur vin du ban. W'rrnherus capetlanus de Castclberc est nommé témoin dans une charte de l'abbesse Adélaïde, de 121V.
et laïques rappelées dans l'acte1. On voit encore aujourd'hui les ruines de cette ancienne chapelle bâtie au sommet de la montagne de Castelberg.
Les chanoinesses d'Andlau8 étaient unies, sur la fin de l'onzième siècle, ou au commencement du douzième, par une sainte communion de prières, avec les religieux de l'abbaye de Saint-Biaise, dans la Foret-Noire s. Mathilde, seconde du nom, qui en était alors abbesse, gouverna pendant près de quarante ans, avec beaucoup de sagesse et de piété. Elle est nommée , dès l'an 1121, avec Erchenrade doyenne, avec quelques autres de ses chanoinesses et avec Hugues, comte de Dabo , leur avoué , dans une charte de Conrad , prévôt d'Etival 4, dont nous parlerons ci-après. Elle est encore connue par les lettres qu'elle donna, le 7 mai 1 14i5, aux habitants du village de Waldolvisheim , près de Saverne , par lesquelles elle leur permit le libre pâturage des bestiaux, sous une certaine redevance, dans la forêt de Montzau, située au ban de Steinbourg, qui dépendait alors de l'abbaye d'Andlau, et qui fut, dans la suite, vendue aux évôques de Strasbourg. L'acte de Mathilde fut souscrit parOthon, son vicedomne, Eppon, son schultheiss d'Andlau, et Conrad, son schultheiss de Steinbourg. Ce dernier endroit,, qui appartient aujourd'hui à l'évéché, faisait alors partie du domaine abbatial d'Andlau °. Mathilde approuva aussi , en
1 Pièces justificatives ; cf. Wubdtwein , nov. subs. dipl., luin. 6. p. 252.
* Sanctimoniales de Andela.
s Comme le porte l'acte de confédération , publié par dom CERBERT , Monumenta reteris Liturgiœ allemannicœ , part. 2, pag. 141.
* Pièces justificatives ; cf. WiiRDTWElN, nov. subs. dipl., tom. 7, pag. 47. 8 Ibidem ; cf. Wurdtweijc , nov. siibs. dipl., tom. 7, pag. 154.
* La charte de fondation de l'abbaye de Saint-Jcan-des-Choux , de l'année 1116, rappelle les prœdia villas Steinbirche ad proprielalem sancte Hivhurdis inAndeluch. Hudewige, abbesse d'Andlau, fait mention, dans un acte de 1130, de ses officiers de justice de Steinbourg procuralores el scuttelus nnslri de Steingewircke.
niSTOIBE DE L'ÉGLISE
1 156, la donation de quelques biens situés à Fessenheim, qu un noble vassal de son église, nommé Erbon de Wasselnheim et Junta, sa femme, avaient faite à l'abbaye de Maurmouticr et au monastère voisin de Sindelsberg1. Deux ansaprès, elle accorda, aux religieuses du même couvent de Sindelsberg, le passage d eau d'un petit ruisseau nommé Clingenbach, traversant les confins de la terre de Birckwald , qui était également une possession de son abbaye. Cette donation , pour laquelle l'empereur Frédéric s'était adressé lui-môme à l'abbesse Mathilde, fut faite en 1158, du consentement de ses cbanoinesses, de Hugues , comte de Metz et de Dabo, son avoué, ainsi que des chanoines et des vassaux de son église*. On lit dans le nombre des témoins, qui signèrent cette charte et celle de H 56, le nom d'un gentilhomme, nommé Bernher ou Wernher, qui y est qualifié vicedomne. Ce Bernher et Willeburge, sa femme, se trouvant sans enfants , accordèrent à cette abbave tous les biens et sujets qu'ils avaient à Àndlau , à Mittelbergheim, à Barr, à Walff et à Stotzenheim 3. Le gouvernement de l'abbesse Mathilde fut surtout remarquable par l'introduction de l'ordre de Prémontré, qu'elle établit, en 1146, dans le monastère des chanoines d'Etival dépendant de son abbaye. Comme nous aurons lieu d'en parler autre part, nous ajouterons seulement que le nécrologe d'Etival place le jour de son décès au sept du mois de décembre.
Hazigue, ou Haizka, qui lui succéda vers l'an 1159,
• Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov sub*. dipl., tom. 7,pag. 184.
* Ibidem ; cf, WiiRDTWElS, nov. subs, dipl., tom. 9, pag. 5S9.
5 On lit dans le livre salique d'Andlau , ôcrit vers 1348 , fol. 74 : . Ein rittcr, • dcr hies Bernher, und sin frowc die hics Willcburg, die Imitent mit Kinde und « gabenl Iule und gut Sant Petro. daz put lit zu Andelahe , und zu Hergheim, und t zu Barre, und zu Slozheim , und zu Valwe : daz gut bat der v«n Andelahe und « der v«n HneliveMcii. •
obtint de l'empereur Frédéric Ie«\ l'investiture de l'abbaye d'Andlau, à laquelle elle avait été nommée par une élection canonique !. Elle se distingua dans la carrière des lettres et des sciences2; mais on a perdu l'unique production qui nous restait du génie de cette savante abbesse, et qui nous est représentée par ceux qui en avaient eu connaissance, comme un monument précieux de littérature. Hazigue eut beaucoup à souffrir3, tant du côté de sesebanoinesses, auxquelles elle voulut faire embrasser la règle de Saint-Benoît, que de la part des vassaux de son abbaye, qui avaient profité de la vacance du siège abbatial, pour s'emparer de quelques-uns de ses biens. Dans ce nombre fut un noble, nommé Bernher de Barr, qui fut môme soupçonné d'avoir mis le feu à l'abbaye vers l'an 1160. Cet incendie, qui arriva la nuit du dimanche de Pâques au lundi*, réduisit en cendres, non-seulement l'église et le cloître, mais les habitations voisines, avec une grande partie du village d'Andlau. Il ne reste plus de cette ancienne église que le grand portail d'entrée, qui fut adapté à la nouvelle, lorsque cette dernière fut construite sur la fin du siècle dernier. Les figures et les sculptures qui décorent ce portail, ainsi que la statue de l'ours, qui se trouve à la porte de l'église, au-dessous du bénitier , décèlent le goût du douzième \ La doyenne de
1 Comme clic le dit elle-même dans un acte où l'on lit : « Accepta post canonicam « electionem a domino Friderico imperalore prefate ccclesic Andclaccnsis poles- « tate , etc. »
* « Fuit virago litterata, relicto ingenii insigni monumento, » dit Bucelui, m monatteriologiâ , tom. 2 , pag. 158.
* Causas, Annal, suevic, tom. 4, part. 2, lib. 9, pag. 453.
* Cet incendie arriva dans le temps , que l'empereur Frédéric était occupé en Lombardie, par conséquent en H59 ou en 1160 ou en 1161. Dans ces trois années, Pâques tomba le 12 avril, le 27 mars et le 16 avril.
* Il y a sur certaines figures de ce portail quelques lettres écrites, mais que nous n'avons pu déchiffrer, étant presque r-ntièrenvnt l'flaccps. Nous n'avons pu
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
l'abbaye y périt. La plupart des chanoinesses se dispersèrent et laissèrent l'abbesse presque seule accablée de douleur et obérée de dettes. Hazigue s'appliqua cependant à réparer les pertes, que son abbaye avait essuyées; elle commença à rétablir l'office divin et une sage économie lui permit encore de payer, dans Tannée même de l'incendie, les cent trente- cinq marcs, dont elle était redevable. Enfin, aidée, tant par les libéralités des fidèles, que par les rentes dont elle jouissait, elle parvint à rebâtir dans peu de temps l'église, ainsi que tout le monastère1. L'une et l'autre étaient déjà sur pied en H67, qui fut l'année que l'abbesse Haiska, du consentement desescbanoinesses, accorda, auxreligieux voisins de l'abbaye Bernardine de Baumgarten, les terrains formant la moitié de la montagne de Salembcrg, qui faisait partie du domaine de celle d'Àndlau 2. Elle ne survécut pas longtemps à cette1 donation , puisque Hadwige , ou Hadewige, qui lui succéda3, était abbesse dès l'an H72. Ce fut en cette année, qu'en présence des dames cbanoinesses de son chapitre qui y sont nommées, au nombre de dix-sept, elle accorda à Walther, abbé d'Etival, l'investiture de son église et des biens qui en dépendaient4. Elle la renouvela, en 1177, à l'abbé Warner, son successeur5. Gertrude et Aba sont rappelées comme doyenne et custode dans l'une et l'autre charte de l'abbesse Hadvige, que nous ferons connaître plus en détail, lorsque nous parlerons d'Etival. Elles
lire que ceux de Hug. Elisabeth , qui sont au-dessus de la figure d'un homme el d'une femme. C'esl peut-être les noms de Hugues , comte de Metz et de Dabo , qui était avoué d'Andlau , et d'Elisabeth , sa femme.
' Pièces justificatives; cf. Wùrdtwein, nov. subs. dipl., tom. 9, pay. 371. 1 Pièces justificatives; cf. Wurdtwein, «or. subs. dipl.y tom. 40, pay. 27. ' Cttusius, tom. cit. , pag. 409.
' Pièces justificatives; cf. Wurdtwein, «or. subs. dipl., loin. 40, pag. 43. * Ibidem; cf. Wurdtwein, «or. subs. dipl., tom. 40, pag. 57.
furent aussi expédiées, la première de 1172 du consentement de Hugues, comte de Metz et de Dabo, et la seconde de 1 1 77 de celui du comte Albert, son fils, tous deux avoués d'Andlau. Ce fut, en présence du premier et de l'abbesse Hadewige, qu'un noble, nommé Hugues, accorda à son abbaye, vers l'an 1 1 75 , tous les biens qu'il avait obtenus en héritage1. Peu de temps après, l'advocatie d'Andlau fut réunie au domaine impérial, comme le prouvent deux diplômes de l'empereur Frédéric pour l'abbaye d'Etival, datés de Hagenau, 11 octobre 1180, et d'Oberehenheim, du 12 suivant*. Hadewige, qui signa le premier de ces diplômes3, mourut peu de temps après , et le jour de son décès est placé au 31 d'octobre dans le nécrologe d'Etival. Les titres de cette dernière maison font mention , sous l'an 1 1 80, d'Adélaïde*, qui lui succéda, la même qui est rappelée, en 1172, dans le nombre des chanoinesses. Adélaïde était encore abbesse en 1214. Elle renouvela en cette année la donation que Haziga avait faite, en 11 07, de la moitié de la montagne de Salemberg au monastère voisin de Baumgarten , auquel elle accorda en même temps l'autre moitié. Cette année fut aussi l'époque de la confraternité établie entre les deux abbayes d'Andlau et de Baumgarten, par laquelle l'abbé, ou le prieur de Baumgarten, viendrait célébrer les obsèques des chanoinesses défuntes, et se charge en môme temps d'entendre par lui-même, ou par ses religieux, les confes-
' Pièces justificatives; cf. WuRDTWEiN , nov. subs. dipl., tom. 10, pag. SO.
» Pièces justificatives ; cf. Wùrdtwein, nov. subs. dipl.. tom. 10, pag. 97.
On lit dans le premier : Stivagiense monaslerium in Vosago supra fluvium Murtin in honore beatœ Mariœ et sancti Pétri apostolonim principis constitutuni ad advocatiam nottram Heleonis eccletiœ *pecioliter pertinent, et dans le second : ecclenia Stivagiensis , quœ ad advocatiam nottram de Andala ptrtintt.
* lladewidis abba lissa Andelacensis.
4 Ri'YR , pag, 236.
HISTOIRE DE l'éGMSE
sions de l'abbesse et des dames d'Andlau. La charte d'Adélaïde de 1214 fut souscrite par ses chanoinesses, entre lesquelles on trouve les noms de Gertrude, doyenne, de Cunégonde de Ramsei, d'Adale, chantre, et d'Hedewige, cellerière, par le curé de l'église paroissiale de Saint- Fabien, par le chapelain de l'abbaye, par les deux chapelains de Saint-Michel et du Castelberg, par les nobles Eberhard, Sigefroi et Keinbold d'Andlau et de Kiensheim. Hedewige, seconde du nom, qui est nommée ici cellerière, remplaça Adélaïde dans l'abbaye, et nous la trouvons nommée comme abbesse dans^ plu sieurs chartes de 1221 à 1248. Elle mourut le 22 avril, suivant le nécrologe d'Etival, qui fait aussi mention d'Agnès, au 13 de janvier. Anne est rappelée dans un acte de 1287. Les abbesses qui succédèrent à Anne furent Cunégonde I,c et Mathilde III. Celle-là vivait en 1292* et celle-ci en 13093. Nous terminons ici l'histoire de la fondation et des premières abbesses de l'abbaye d'Andlau: nous nous réservons d'en retracer, dans les livres suivants de cet ouvrage, les diverses révolutions qu'elle éprouva depuis le commencement du treizième siècle jusqu'à nos jours. Nous nous contenterons de rappeler encore ici , en peu de mots , les prérogatives que les papes et les empereurs lui ont accordé à l'envi , et celles qui la distinguent particulièrement des autres abbayes d'Alsace.
Andlau est située dans le diocèse de Strasbourg, mais elle est soumise, pour me servir des termes du pape Eugène IV*, et des pères du concile de Baie, immédiatement
* Pièces justificatives; cf. Wûrdtwein, nov. subs. dipl., tom. 40, pag. 280.
* Rutr, pag. 236.
» Bi'celix, in monasleriobgid imperii Germanki, lom. J2, pag. 438 et Rertzog , pag.
* Ecclesia secularis canonicarum in Andelo sedi opostolice immédiate subesse dinoicitur, dit le pape Eugène IV, dans sa bulle de 1436.
au Saint-Siège Les titres de sa fondation en font foi et elle a continué, comme nous l'avons déjà remarqué précédemment2, d'acquitter au pape jusqu'à la fin du seizième siècle, le cens annuel qu'elle lui devait. « Nous avons, disait autre- « fois Pierre, le vénérable abbé de Cluny, aux religieux de « l'ordre de Citeaux, qui reprochaient à celui de Cluny de « n'être sous la jurisdiction d'aucun évêque , nous avons « pour évêque le pape, le premier et le plus digne de tous. « Il n'a point ôté notre église à un autre évêque , qui en fut « en possession; mais elle a été établie, selon le désir et e l'intention des fondateurs, avec cette condition qu'elle « serait soumise au pape seul3. » On voit, à la vérité, plusieurs actes de jurisdiction exercés , dans le chapitre d'Andlau, par les évêques de Strasbourg ; mais ils agissaient alors moins en qualité de prélats ordinaires ou diocésains, qu'en celle de protecteurs de cette abbaye et de conservateurs de ses droits. Le pape Grégoire XIII, en 1574, les empereurs Charles-Quint et Rodolphe, en 1532 et 1G00, la recommandèrent surtout aux évêques de Strasbourg dans ces temps
* Seculari» eccletia rallit Andela ad romanam eccletiam , nullo medio pertinent , Argentinensis diocesiV, disent les pères de ce concile dans leurs lettres de 1444.
* Pag. Î19.
* In cpistolâ ad S. Bcrnardum, in bibli. Cluniacemù, col. 676. «Quis enim « rectior, quis verior, quis dignior romano episcopo potest invenin ?.... Non hanc « cluniacensera ccclcsiam alteri episcopo prius cam possidenli abstulerunt ; sed a
• Cundatoribus , qui cam in proprio alodio construxcrunl, rogati in propriam reti-
• nuerunt , soli romano pontifico eam in perpetuum subjacere décernent**. »
« Exemptum est hoc collegium ab ordinarii et cœlerorum dominorum jurisdictione, « atque immédiate subjectum sedi apostojicœ , a quâ abb i lissa légitime et canonice m clecta conflrmalionem petit et accipit , » disent les anciens statuts de l'abbaye d'Andlau renouvelés en 1611, ttatuto S. On lit dans les décrets de la visite apostolique faite en 1752 , staluto 24. « Facta diligenti perquisitione , exemptionem , « seu immediatam principalis abbatiœ Andlaviensis a sancU sede dependentiam pro
• anliquissima ac indubilata recognovimus , idquc etiam diversis bullis apostolicis, n concilio Basilcensi , aliisque aulhenticis monumentis conllrmatum legimus. «
HISTOIRE DE L ÉGLISE
malheureux , où elle avait besoin de défenseurs puissants pour se garantir des fureurs de l'hérésie. Dès le commencement du luthéranisme, un receveur infidèle et apostat, détourna ou perdit la plus grande partie des anciens titres de l'abbaye1. Le zèle des abbesses Cunégonde de Reinach, élue en 1495, et Cordule de Krotzingen, qui avait été postulée en 1538 de l'abbaye de Guntersthal, préserva celle d'Andlau de l'hérésie. Cette illustre église fut la seule des abbaves nobles de chanoinesses, situées dans le diocèse de
mi 7
Strasbourg, qui resta inviolablement attachée à la vraie foi. Hohenbourg, Niedermûnster , Saint-Etienne, Eschau et Erstcin, ne nous offrent aujourd'hui que de tristes débris de leur ancienne splendeur. A la mort de Cordule de Krotzingen, arrivée en 1572, il ne restait plus, dans le nombre des chanoinesses, que les malheurs des temps avaient dispersées, qu'une seule, nommée Marie-Magdelene de Rebstoefc, qui s'était retirée à l'abbaye de Massevaux. LesPrébendiers d'Andlau, qui existaient encore en ce temps-là et qui n'avaient pas abandonné leur séjour, s'assemblèrent le 6 avril 1573 et élurent pour abbesse la même dame de Rebstock. Celle-ci fut une femme forte et digne du gouvernement. Les nobles d'Andlau, qui tenaient en fief de l'abbaye la ville de ce nom , voulurent introduire la religion luthérienne dans leur seigneurie. Ils avaient même déjà nommé . le 11 d'octobre 1570, un ministre pour exercer le culte protestant dans une chapelle de l'hôpital2. L'abbesse Marie- Magdelene s'en plaignit à l'empereur Rodolphe. Celui-ci adressa en 1590 à Frédéric, comte de Furstemberg, qui exerçait en son nom la place de Landvogt d'Alsace, un man-
' Comme le dit Kuyr , pag. 233.
'• I! sn nommait Caspar Weissman et était diacre de la cathédrale de Strasbourg. Il prêcha publiquement à Andlau au mois de mai 1571.
dal avec injonction de proscrire à Àndlau le luthéranisme et avec eommandemant aux nobles d'Andlau d'en retirer le ministre, sous peine d'être privé de leur fief. Le mandat impérial fut exécuté en 1597. L'ahhesse alla elle-même dans l'église, pendant que le ministre y prêchait; montant à la chaire, elle saisit le prédieant au collet, et lui donna tant de coups avec un trousseau de clefs, dont elle s'était emparé, qu'elle l'obligea de descendre et de sortir de l'église. Ce coup d'autorité fut plus efficace que les menaces du mandat Cette abbesse courageuse mourut le 30 décembre 1609. Les cinq chanoinesses , qui formaient alors le chapitre, élurent à sa place, le 14 janvier suivant, Marie-Ursule Reich de Reichenstein. Elle eut le malheur de voir la ville et l'abbaye d'Andlau pillées et brûlées par les armées du comte de Mansfeld et du duc Chrétien de Brunswick, qui vinrent, au commencement du mois de juillet 1622, porter le fer et le feu en Alsace4. Les suédois v firent les mêmes ravages en 1632. Les chanoinesses se retirèrent alors chez leurs parents, ou se réfugièrent, avec leur abbesse, à Soleure, où elle mourut le 16 avril 1637. Jeanne Sabine d'Offenbourg, qui lui succéda, retourna en 1650 à Andlau, dont elle rétablit l'église et les bâtiments , et où elle finit ses jours le 19 août 1656.
Toutes les abbesses, dont nous venons de parler, portaient le titre de princesses. L'abbaye d'Andlau est décorée, depuis plusieurs siècles, de la dignité princière 3. Le titre de principauté lui était assuré dès le milieu du treizième. Rodolphe, roi des Romains, par son diplôme, daté du 17
1 Les luthériens , qui restèrent à Andlau , continuèrent d'exercer leur culte dans l'église de Mitlclberglicim jusqu'au 30 novembre 1600 , qu'ils furent obligés, en vertu d'un nouveau mandat impérial , de quitter cette ville.
* De Ruvn , pmj. 2.77.
* iMHorr, in noticià principum imperii , lib, 5, cap. iO.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
juillet 1288, investit la vénérable abbesse d'Andlau, sa très-amée 1 , de tous les fiefs régaliens et de la principauté qu'elle tenait de l'empire*. Les empereurs, Louis IV et Charles IV, confirmèrent, le !«* août 1342 et le 20 décembre 1347, tous les droits et toutes les possessions de l'abbaye d'Andlau8. L'un et l'autre donnèrent le titre de princesse à l'abbesse Adélaïde de Grand-Geroldseck*, qui fut investie par le sceptre de tous les droits régaliens. Cette abbesse avait dès-lors, en cette qualité, une cour composée de grands officiers5. En 1348, l'office de grandmaître de la cour était exercé par le noble Henning de Rathsamhausen °. Elle avait dans le même temps , à l'exemple des autres princes de l'empire, un grand maréchal7, un grand pannetier8, un grand échanson0 et un
1 Venerabilem abbatissam monaslerii de Andelah , devotam nostram dilectam.
* Prtdicte abbalisse amministracionem regalium feodorum et principalus, quem a nobis et sacro romano imperio débet tenere liberaliter indulgemus.
* Les originaux de ces deux diplômes , ainsi que celui du précédent, sont conservés dans les archives de l'abbaye.
* Venerabili Adelheidi principissœ , ac religiosii personis , totique conventui monaslerii in Andyla devotis suis dilectis, dit Louis IV. — Venerabili Adelheidi de Gerolltecke abbatisse monaslerii secularis ecclesie in Andela principi et dévote sue dilecle . . . confirma mus tibi et universis succedentibus tibi abbatissis universa regalia , que a sacro romano imperio in feudum dépendent conferentes , te de prediclis baculo, quem in manibus qerimus , inveslimus, dit Charles IV.
* Dont les noms , les Tondions et les revenus attachés à leur place sont détaillés dans le livre salique de cette ahbaye, écrit vers l'an 1348 , fol. 60 et seq.
* « Her Hennin von Ralzcnhusen ist hovemeister minre frowen der ebtissin von
« Andela harumbe so sol er cinre ebtissin hof besorgen milt allen den
« sachen aise man einre filrstin hoff billichc besorgen sol. »
T • Gunze Stange von Rosheim ist Marschalk minre frowen von Andela
» harumbe so soll er einer ebtissin ailes daz tun daz ein Marschalk von sinem « ample einre furslin billiche tun sol. »
* « Fritschc Mcndung ist truhscsse miner frowen von Andela .... harumbe so « sol ein truhsesse einer ebtissin zu essende tragen , zu tische dienen , das becken • haben so man wasser gil, und anders al s ein truhsesse cinre furstin billiche « tun sol. »
* « Hcnzclin zu der Megede ist schencke miner frowen von Andela. •
DE STRÀSBOUIlG. — LIVRE HUITIEME. 263
grand chambellan 1 , destinés principalement à la servir à la bénédiction et installation , au renouvellement des foi et hommage des vassaux , dans les repas publics et aux autres solennités9. L'abbesse d'Andlau avait aussi, au douzième siècle, des vicedomnes ou vidâmes; c'étaient des nobles, qui conduisaient à la guerre les vassaux et soldats, qu'elle était obligée de fournir à l'empire. Tous ces grands offices n'existent plus, à l'exception d'un seul gentilhomme qui porte le titre de grand-maître de la cour3. Ce détail, dans lequel nous venons d'entrer , prouve que le titre de princesse, attaché à l'abbesse d'Andlau, est bien plus ancien que ne le suppose le père Laguille4, copié par le père Barre5. Cunégonde de Reinach, qui vivait au commencement du seizième siècle, fut, selon eux, la première qui le porta ; et ce titre, ajoutent les auteurs de la Gaule chrétienne0,, lui fut déféré par Charles-Quint. Mais, outre les empereurs des treizième et quatorzième siècles, que nous
* * Hcinrich Brcncke ist kamercr miner frowen von Andela harumbe so
« sol er einer eblissin kamer besorgen an allcn dingen aise man ciner furstin • kamer billiche besorgen sol. » Hcinricus camerarius nosterH est rappelé dans une charte de l'abbesse Hadcwige de 1230. Le nécrologe d'Andlau fait mémoire au 29 avril de Gertrudis , kameraria et Heinricus maritus tjus.
* Le livre salique rappelle encore d'autres ofTlces, dépendants de l'abbaye d'Andlau , tels que le double Kuchinmeistertum , le Portenertum , le Bumeislertum , le Zimbcrmantum , le Gartenertum , le Havenerlum , le Wesehertum et le Fronenwibtum.
* Ou Obristhoffmeister. Ce gentilhomme ne réside pas à Andlau : mais il est obligé d'assister aux comptes annuels du chapitre et de prendre les intérêts do l'abbaye, dans les cas où ses services peuvent devenir nécessaires.
* Histoire d'Alsace , pag. 128, édit. in- fol. et pag. 1S2, édil. in-8«.
» Bistoire générale d'Allemagne , tom. S , pag. 22i. Le père Barre ajoute que Charles-Quint confirma en 1521 à l'abbaye d'Andlau ce titre, qui lui fut contesté. Cet empereur donne, à la vérité, celui de princesse à l'abbesse d'Andlau. Mais son diplôme de 1521, ainsi que ceux de ses prédécesseurs , ne font nullement entendre que ce titre lui ait été contesté.
* Tom. 5 , pag. 880.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
avons déjà nommés, nous trouvons que la qualité de princesse fut ensuite donnée à l'abbesse Sophie d'Andlau, tant parSigismond,en 1415 et 1437, que par Frédéric, en 1442 !. Tous leurs successeurs , dans le cours du seixième et dixseptième siècles, en usèrent de môme *. L'abbaye d'Andlau fut toujours exempte des subsides et des impositions communs des Etats3. Ce qui fait qu'on ne trouve pas son nom dans les matricules de l'empire. Mais les abbesses n'avaient pas moins voix et séance dans les diètes impériales , entre les princes-prélats du Rhin*. L'abbesse Marie-Magdelène assista à celles de 1582, 94 et 98 5. Jeanne-Marie Sabine fut appelée à la diète de Ratisbonne de 1640. Elle écrivit en 1646 à l'empereur Ferdinand III, pour se plaindre de ne l'avoir pas été au congrès de Munster. L'Alsace ayant passé sous la souveraineté du roi de France, l'abbesse d'Andlau conserva le titre de princesse. Louis XIV donna lui-même cette qualité à Marie- Cunégonde de Beroldingen°, dans ses lettres patentes du mois de juillet 1686,
' Die ehrsamen Sophien , Ablissin des Closler su Andela, unserer furstin und lieben andàchtigen , dit l'empereur Sigismond, dans ses diplômes, datés du 13 juin 1437 et Frédéric IV, dans celui du 13 juillet 1442.
* Voyez les diplômes de Maximilien Ier, du 27 janvier 1495 et de Charles V, du 19 avril 1521 , {tour Cunégonde de Rcinach ; de Ferdinand I" , du 7 mars 1542 , pour Cordulc de Crotzingen ; de Maximilien II, du 27 mai 1574 , de Rodolphe II , du 21 août 1582 , 2 juin 1592 et 16 mars 1604 , pour Marie-Magdclcne de Rcbstock; du même empereur Rodolphe II, du 8 juin 1611, de Malhias, du 5 décembre 1612 et de Ferdinand II , du 20 mai 1638 , pour Jeanne-Marie d'Oflenbourg ; de Léopold , du 8 août 1659 et 15 septembre 1667 , pour les abbesses Marie-Béatrice d'Eptingen et Marie-Cunégondc de Bcroldingeu. Toutes ces abbesses sont qualifiées de princesses dans les diplômes que nous venons de rappeler.
s LoNcrEiuiE , Description historique et géographique de la France , partie 2 , liv. 2 , pag, 258. * 4 Lunig , Spicilegiï ecclesiastici , tum. 4 , pag. 895.
* Merian , Topographia Alsatiœ, pag. 2.
* Notre chère et bien-atnêe . . . abbesse et princesse d'Andlau,
qui renouvellent les privilèges de son abbaye. Ce titre est aussi accordé à labbesse par le Conseil souverain d'Alsace, qui reçoit au nom du roi ses foi et hommage1.
Les lettres patentes confirment l'abbaye dans le droit de libre élection, et labbesse dans le pouvoir de connaître en première instance, conjointement avec les pairs de sa cour féodale, de tous les différents, qui naîtraient au sujet des fiefs relevant de l'abbaye, et de réunir à sa manse ceux qui viendraient à vaquer. Elle avait autrefois des fiefs considérables et des vassaux puissants. Le diplôme de l'empereur Othon de 962 et la bulle d'Eugène de 1 147, font déjà mention des vassaux de l'église d'Andlau*. Labbesse Hedewige fit souscrire sa charte de 1227 par ses vassaux et officiers3. La cour féodale était ^'ès-considérable en 1362. Le Landgrave de la basse Alsace , le Margrave de Hochberg , les seigneurs de Ribeaupierre , de Geroldseck et d'Usenberg, les nobles d'Andlau, de Dick, de Firdenheim, de Greiffenstein , de Hohenstein , de Wangen , de Wasselnheim , de Voltz, et un grand nombre d'autres chevaliers, tenaient en fief des biens et des terres relevants de l'abbaye*. Les nobles d'Andlau, outre le Schultetat, possédaient alors plusieurs autres biens , situés dans les environs 5. Les Sieurs de Dick tenaient, au même titre de fief, les châteaux de Wan-
1 L'abbesse élue , prête son serment de fidélité entre les mains de M. le premier Président , sans coiffe et sans gants , étant à genoux sur un carreau de velours.
1 Minislerialet ecclesiœ Andlaviensis. Ce mot ministeriales signifie vassaux , comme le prouve un passage tiré de la charte de l'abbesse Hadewige de 1172 , où l'on lit : Ministeriales , qui ecclesiœ nostrœ bénéficia pussident.
* Qu'elle nomme Vasalli , offuiales et ministeriales nostri. *
4 On lit leurs noms et la qualité de leurs fiefs dans le livre salique de l'abbaye d'Andlau , fol. 67. L'énumération des fiefs commence ainsi : • Dis ist die mani schaft , und die lehen die ein epptissin lihet von des Closters wegen von Andela, n unt sint ernuret in dem jare do man zalte von Coti gebtirte MCCCLXII jar. »
• . Die Herren von Andclahe sint man von den gulern die sie liant zu Ande-
206 HISTOIRE DE L'ÉGLISE
genbourg et de Freudeneck1. Le château et le village de Wangenbourg forment encore un fief conféré à MM. de Wangen*. Celui de Freudeneck est incaméré à l'abbaye3. Le fieT de Haselbourg, Biberg et Burgberg, possédé en 1362 par les sieurs de Hohenstein4, est aujourd'hui perdu pour l'abbaye5; mais elle a conservé celui de Fischbach, aujourd'hui Schacheneck6, que tenait en même temps
« Jahe, tu Berkeira, zu Barre, zu Heiligcnstcin , zu Valve, und zu Stozheim in « den lcnncn die do zehendent zu sante Fabyan. »
* « Die von der Dicke sint man von Wangcnburg, und von Fredcneckc. »
* Les sieurs de Dick faisaient leur résidence ordinaire au château de Spesbourg , dont on voit encore les ruines à une demi-lieue derrière celui de Hoh-Andlau sur une montagne , appelée le Rothmansberg , et que feu M. Silbermann a fait graver dans la Beschreibung von Hohenburg , pag. 109. A l'extinction de la famille de Dick, le château et village de Wangenbourg furent conférés en 1387 à MM. de Wangen, qui le possèdent aujourd'hui, en fief masculin, avec tous les droits seigneuriaux , ban et forêts, ainsi que la maison seigneuriale de Minversheim avec dépendances , qui est également un fief de l'abbaye.
* Le château de Freudeneck est situé à trois quarts de lieue de Wangenbourg. On en voit encore aujourd'hui les murs d'une très-grande épaisseur. George de Hatlher et Jean de Wildsberg le tenaient en commun en 1408 comme fief de l'abbaye d'Andlau. Il parvint ensuite , en 1540 , par vente , à Euchaire Bock d'Erlenbourg. La branche des Bock de ce nom s'éteignit en 1638. Le fief de Freudeneck fut alors conféré , avec les forêts et prés en dépendants , aux nobles de Breidem- Landenberg. Ceux-ci le possédèrent jusqu'au 16 avril 1691 , que Joseph Eusèbe de Landenberg le rétrocéda pour une somme de 1610 florins à l'abbaye, qui en jouit elle-même aujourd'hui.
* « Die von Hohenslein sint man und liant zu lehen Haselburg , Byberc und « Burgberg. >
* Elle ne possède plus rien dans ces trois endroits: le village de Haselbourg, près de Garbourg, appartient aujourd'hui au roi. La famille noble de. Hohenstein s'éteignit en 1540.
* Le fief de Fischbach resta dans la famille des GrcifTenstein jusqu'à son extinction, arrivée vers le milieu «lu xv« siècle. II était possédé, en 1493, par Jean HolTwart de Kirchheim et en 1622 par Sébastien Schach. A la mort de Nicolas Conrad, dernier mâle de ce nom , arrivée en 1678 , le fier fut incaméré à l'abbaye. Fischbach était autrefois un village, où il y avait beaucoup de prés avec une forêt considérable : ce n'est plus aujourd'hui qu'une censé, nommée Schacheneck, du nom
Guillaume de Greiffenstein1. Le fief du village de Birck, nommé présentement Birckenwald , était alors tenu par les seigneurs Vogt de Wasselnheim *. Ce fief a donné son nom à une famille noble 3 , qui s'est éteinte de nos jours 4. Le registre des anciens feudataires de l'abbaye d'Andlau,
de son dernier vassal. On y voit les ruines de l'église, qui paraît avoir été paroissiale , puisque les fonts baptismaux y sont encore conservés.
1 « Herr Wilhelm von Griffenstein ist man und hort zu lehen Vischbacb das « Dorf , twing und ban. » Il mourut le 6 janvier 13*63 et on trouva sa tombe, avec cette inscription : Anno dom. MCCCLXUI , octavo idus januarii , obiil Wilhelmut de Griffenttem miles, dans l'ancien cloître derrière le chœur de la cathédrale de Strasbourg, dans le temps qu'on posa, en 1769, les fondements du nouveau séminaire.
* «Die Vogëte von Wasselnheim sint man und hant zu lehen Byrkc, das Dorf, * twing und ban. »
" Birck est une très-ancienne possession de l'abbaye d'Andlau. Possessio ecclesia nostrœ, que Birke nuncupatur , dit l'abbesse Mathilde dans sa charte de 1158. Ce fief consiste dans le village et château de Birckwald , avec tous les droits seigneuriaux et celui de dîmes et patronage , et avec dix-sept arpents de biens-fonds dans les bans de Birckenwald, Cosweiller et Salenlhal. Les vogt de Wasselnheim la possédèrent jusqu'à leur extinction, arrivée en 1432 , dans la personne de Dietrich. L'abbesse Sophie en investit alors Frédéric de Thann ; ses descendants en jouirent jusqu'en 1497. I) fut alors successivement possédé par George et Etienne d'Adelsheim , par Guillaume de Knoblauch , par Arbogaste et Jean de Kageneck. Ce dernier le céda en 1500 à Pierre Volsch du consentement de l'abbesse Cunégondc. Beinbold et Louis Volsch, ses fils, le remirent à Louis dingenheim , qui en fut investi par la même abbesse, le 15 avril 1529. Nicolas-Jacques d'Ingenheim , qui bâtit le château de Birckwald, mourut sans enfants, en 1590. L'abbaye d'Andlau retint le fief jusqu'en 1606, que l'abbesse Marie-Magdelène l'accorda à Jean Gabriel de Bebslock, son frère, qui mourut aussi le 8 avril 1619 sans enfants. Birkwald fut consolidé de nouveau à l'abbaye, qui en jouit jusqu'en 1649, que l'abbesse Jean ne- Marie Sabine le conféra à un noble normand , nommé Gabriel du Terrier. François-Antoine , son fils , qui avait le nom de Birckwald , décéda sans enfants , en 1713. Sabine Richarde-Françoise, sœur du précédent, veuve de Charles Dupré «le Dortal, succéda alors au fief et le céda à son fils, Joseph Louis de Dortal. Celuici se fit inscrire dans la matricule du directoire de la Basse-Alsace et continua de prendre le nom de Birckwald , qu'il transmit à ses enfants.
4 Dans la personne de Charles-Ferdinand de Birckwald , qui mourut à Strasbourg, le 18 janvier 1783 , ne laissant qu'une fille héritière de son nom et de son fief.
HISTOinE DE L'ÉGLISE
compte aussi dans ce nombre les nobles de Still , qui tenaient en fief un verger, situe à Steinbourg, près de Saverne, et qui s'éteignirent vers le milieu du quinzième siècle. Leur devoir vassallitique était assez plaisant. Lorsque l'abbesse se rendait dans cet endroit, pour y tenir ses plaids annaux , le gentilhomme de Still était obligé de faire taire les grenouilles de l'étang voisin , la nuit qu'elle y passait, afin que l'abbesse put dormir tranquillement1. Ce trait est singulier, mais non pas unique. Les habitants de Montureux-sur-Saone, étaient autrefois tenus à la même servitude envers l'abbé de Luxueil, leur seigneur*. Lorsque les anciens ducs de Lorraine se mariaient , les paysans du village de Laxon s'assemblaient à Nancy, devant la cour, où sont aujourd'hui les deux hôtels, qui terminent la place Carrière , et où était autrefois une grande mare. Ils y venaient battre l'eau la première nuit des noces, pour empêcher que le cri des grenouilles n'interrompît le sommeil des princes8. Nous ignorons lequel paraîtra le plus
' • Kraffl von Still isl mai) von den Bongarten zu Sleinguwirck , dannen von sol • cr die frosch sweigen ruagen , so ein cplisehin do ist. •
•Lorsque ce prélat venait à Montureux-sur-Saoïie , les habitants, scion I>om Cai.net , Notice de la Lorraine, tom. 1 , pag. 904 , étaient obligés de battre l'eau pendant la nuit , pour empêcher les grenouilles de coasser : ils chantaient par refrein ce couplet :
• PA, pft, reinottes, pâ : (paix, paix, grenouilles, paix). « Yecy Monsieur ,
• L'abbé de Luxeu ,
• Oue Dieu , gà , ga , ga, (Garde).
' Renée de Bourlion affranchit, en 1516 , les habitants de L'«xon de celte singulière servitude, en reconnaissance de la réception que lui firent les femmes et le» filles de ce village , lorsqu'elle vint épouser Antoine , duc de Lorraine. Dom Calmet, Histoire de Lorraine , tom. 5 , paij. 4X5 et Sotire de la Lorraine, tom. /, p. 632.
Il existe au bourg d'.Enwick dans le comté de Norlhumberland , en Angleterre, une coutume encore plus bizarre. Ceux qui veulent s'y faire bourgeois, s* ni obligés de se jcler, le 25 avril , dans une marc large et fangeuse et d'y barboter en imitant sérieusement la manière des porcs.
bizarre, défaire taire les grenouilles pour endormir madame l'abbesse, ou les nouveaux mariés.
Les principaux vassaux de l'abbaye d'Andlau sont aujourd'hui les nobles d'Àndlau, de Bock, de Landsberg, de Wangen et de Wcssenberg. L'ancienne maison d'Andlau, illustre par ses titres , ses alliances et ses décorations , à laquelle l'empereur Charles -Quint renouvela, le 31 décembre 1550, la qualité de chevalier héréditaire du saint Empire romain l, doit incontestablement son nom à l'abbaye et son existence au douzième siècle. Les registres des tournois2 font mention d'Hélène d'Andlau, qui examina les armes des chevaliers à celui de Brunswick, tenu en 996, de Gothard, Thierri et Ernfrid, qui se signalèrent, en 1119, 1165 et 1209, dans les tournois de Gœttingen, de Zurich et de Worms. Mais nous avons déjà prouvé autre part, que ces registres sont des pièces controuvées, forgées en 1566, par l'imposteur Bùxner, dont il serait honteux de faire usage3. Nous en pouvons dire autant de ces généalogistes*, qui font les Andlau originaires de Rome, dont ils sortirent, disent-ils, pendant les troubles d'Italie, pour aller s'établir en Allemagne. Tel était le goût des auteurs du moyen-àgc de flatter les nobles, en dépaysant leurs premiers ancêtres et en les tirant de l'Italie revêtus du nom de quelqu'ancien héros 5. Aimant à se perdre dans la nuit des temps , ils n'aperçurent pas que les fables, qui donnaient l'essor à leur vanité, manquaient de vraisemblance.
• Des heiligen rùmischen rekhs erb-ritter.
* Apud Ruxner , Thurnierbuch , fol. 4*, 71, 76 et 115, et apud Modium , in pandectis triumphulibus , paij. 30, 4 i, 47 et 69.
1 Voyez, loin. 2, liv. cinquième, pag. 161, note b, et ci-après, liv. neuvième, Etal des ftiences et des lettres en Alsace, au xi« et xn* siècles.
* Que Moheri a suivi dans son dictionnaire historique, tum. 1, puj. i/J.
• Voyez , même remarque qu'au N» 3.