‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 27 sur 47 · FAMILLE D'ANDLAU · texte numérisé non relu

FAMILLE D'ANDLAU

Nous ne parlerons pas de ce prétendu Pantaleon Andelado , natif de Boulogne , en Italie , et sénateur à Rome, qui vivait du temps de l'empereur Charlesmagne , et dont le frère Balthasar d'Andelau suivit cet empereur en Allemagne et l'accompagna dans ses expéditions contre les Saxons : nous ne dirons pas non plus que ce fut dès Tan 1001 que l'aîné de la maison d'Andlau fut crée un des quatre chevaliers héréditaires de l'empire.

L'origine de la maison d'Andlau est sujette aux chimères, comme celle d'autres familles. Mais, loin de rien diminuer de son illustration, elle la prouve. Des titres, bien plus certains que ces fausses traditions, sont garants qu'avant le milieu du douzième siècle, Otton, le premier auteur connu de la maison d'Andlau, était vicedomne de l'abbaye et que cet Otton était dès-lors d'origine noble.

Otton d'Andlau est nommé entre les témoins dans les lettres de l'empereur Conrad 111, de l'an 1150, pour l'abbaye de Saint-Biaise !. Schœpflin a, séduit par une mauvaise copie

1 Voici comment les témoins se suivent dans l'acte original : Domnits Albertus Coloniensis canonial». Otto de Andetaha. Cornes Heinricus de Veringen. Cornes emecho de Liningen.

• Alsat. illust., tom. S, pag. 698.

de ce diplôme !, donne à Otton le titre de comte et croit qu'il était administrateur d'un comté fiscal. Mais l'original ne l'appelle qu'Otton d'Andlau ; et celui-ci nous paraît être le même qu'Otton , vicedomne de cette abbaye, qui parait dans les souscriptions d'une charte de l'abbesse Mathilde de l'an H 44*. Cet Otton paraît avoir pris le nom d'Andlau depuis qu'il obtint la charge de vicedomne. Vers le même temps vivait Gunther d'Andlau, qui fut élu , en 1 141 , abbé de Saint-Biaise , dans la Forêt-Noire , et qui mourut le 21 janvier 1170 3. Anihel d'Andlau, neveu de Bernard de Rottweil 4, et allié de Rodolphe, évêque de Strasbourg, est rappelé dans une charte de ce prélat, par laquelle il confirme, en 1171, une donation faite par le même Anihel au monastère de Baumgarten. Wernher et Gérard d'Andlau 5 y sont aussi nommés entre les témoins. Ce Wernher est le même que Bernher, qui se qualifie vicedomne d'Andlau 0 dans les lettres de l'abbesse Mathilde, de 1156 et 1158, qui fit donation de tous ses biens à la même abbaye7, et dont la veuve, nommée Willebirgue, fut, vers l'an 1179, une des bienfai-

4 Publié par Hergott, Genealog. llabsburg., tom. 2, nu m. 227 , qui ne prenant pas garde aux interponctions , porte : Olto de Andelaha cornes , en lui ajoutant le titre de comte , qui a rapport au suivant Henri de Veringen.

■ Otto vicedominus.

' Comme le remarquent Bucelin , Germaniœ sacrœ , part. 2 , pag. 46 , et les auteurs de la Gaule chrétienne, tom. S, pag. lOii. Ils ajoutent qu'il avait été nommé auparavant archevêque de Lyon. Mais ni l'histoire de celle dernière église, ni les monuments de l'abbaye de Saint-Biaise n'en font mention , comme nous l'a Tait remarquer le savant Abbé-Prince de Biaise. On lit seulement dans un ancien manuscrit, qu'il cite dans YHiiloria nigrœ «y/rte , tom. i, pag. 385 : « Guntherus « nostrœ congrégation is , abbas Lugdunensis eftectus , electus a Galixto Papa postmodum abbatiam reliquens hic abbas effleitur. u

• Anihel de Andelo, nepos nobilis viri Bernardi de rotenwill. Ce Bernard de Rottwelll est nommé dans la charte consanguineus de l'évéque Rodolphe.

• Wernherus et Gerhardus de Andelo.

• Bernherus vicedominus.

' Vojex ci-dessus, paj. 25i.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

trices de celle de Hohenbourg1. Frédéric et Rodolphe d'Andlau, son frère2, souscrivirent, comme vassaux de cette dernière église, la charte de Herrade, abbesse de Hohenbourg, donnée en 1 1 78. Gertrude d'Andlau est nommée dans le nombre des vingt-sept chanoinesses nobles de la môme abbaye, qui vivaient en H 80, sous la même Herrade3. Rodolphe d'Andlau 4 fut aussi témoin de la charte de Frédéric , duc d'Alsace , pour le monastère de Trutenhusen , de 1181. Eberhard, Sigefroi et Reimbold d'Andlau5 souscrivirent, en 1214, les lettres d'Adélaïde , abbesse d'Andlau, en faveur de celui de Baumgarten. Ce sont là les plus anciens titres, qui font mention des nobles d'Andlau. Eberhard est nommé, dès l'an 1227, vassal de l'abbaye6. Mais on ignore la qualité de son fief. Eberhard Ier 7 avait épousé Gertrude, veuve deHartman de Rathsamhausen8, dont il eut un fils de son nom , marié à Adélaïde, fdle de Henri de Fleckenstein0. Eberbard II vivait encore en 1256 10. Il mourut avant

< On lit dans une charte de Hohenbourg que Willebirc de Andela per manum Friderici imperatoris, donna à cette abbaye une maison de pierre située à Rosheim, pro redemptione aminé sue et marili sut Vernheri.

* Fridericus de Andela et Rudolphus frater ejus , ministeriales ecclesiœ Hohenburgensis.

* ALBHEcnT, History wn Hohenburg, pug. 318.

* Rudolphus de Andela.

* Eberhardus, Sifridus et Reinboldus milites de Andelah.

" La charte de Hadewige, abbesse d'Andlau , de 1227, Tut donnée présente Eberhardo de Andelahe, vasallo nostro.

1 II est nommé E. de Andelahe , dans une charte de Berthold . évèque de Strasbourg, pour Simon, comte de Linange, de l'an 1226.

* Ego Eberhardus de Andelahe , una cum fideli mea conjuge Gertrude et fUio ejus Hartmanno de Racenhusen, accordèrent, en 1227, le droit de patronage de la chapelle d'Ottenrott à l'abbaye de Nidermunster.

* Adilheidis , uxor Ebirhardi de Andelahe, filia Heinrici mililis de Fleckenstein, est rappelée dans une charte de Henri de Fleckenstein, de 1251.

10 Henri , évôque de Strasbourg, engagea, en 1255 , Eberhardo de Andelahe, le village Mitlclberghcim , pour la somme de deux cents marcs d'argent.

l'an 12641, laissant trois fils, Rodolphe, Henri etEberhard, et une fille, nommée Susanne, qui fut femme de Hartung de Wangen. Ce furent ces trois fils d'Eberhard II, qui obtinrent, les premiers, en 1287 , à titre de fief, de l'abbesse Anne et du chapitre d'Andlau, l'office de Schultheiss 2 , que ces nobles possèdent encore aujourd'hui 3. Mais cet office ne leur accorda pas la seigneurie et la jurisdiction de l'endroit même, qui appartenaient encore en 1348 à l'abbaye4, et qui ne se trouvent pas encore énoncées dans le nombre des fiefs, que ces nobles relevaient d'elle en 13625. Walther de Dick, qui relevait alors de l'empire l'advocatie d'Andlau, avait obtenu, Fannée précédente, de l'empereur Charles IV de prendre, en communauté de son fief, les deux frères Rodolphe et Pierre d'Andlau et Henri, leur neveu6. Mais cette communauté n'eut pas lieu et à la mort de Walther, arrivée en 13867, l'advocatie fut supprimée et réunie à l'abbaye. Dans le même temps, ou peu après, celle-ci conféra l'endroit aux nobles de ce nom , à titre de fief masculin. L'acte primitif n'existe plus; mais il est rappelé dans celui de 1417, par lecjuel Henri d'Andlau, fils de Frédéric, se reconnaît investi,

* iVot Hudolphus , Eberhardus el Heinriem , nati Eberhardi quondam deAndela, font mention, dans leurs lcllres de 1264, de Hartung de Wangen, qui avait épousé leur sieur, et de leurs oncle? maternels avunculorum nostrorum duminorum de Fleckenstein. Cette femme de Hartung de Wangen s'appellait Susanne , puisque Hartungu» mile* de Wangen vendit , en 1278 , ses biens de Walhesheim au grand chapitre de consensu domine Susanne turoris met légitime.

* Unser tchullheisse ambachl «m Andelo, und de* danu gehorte.

* Sous une rétribution annuelle de quatre livres monnaie de Strasbourg , qui se payent encore tous les ans, évaluées à seize livres tournois de France.

* Comme le prouve le passade du registre, écrit en cette année, où l'on voit que l'abbesse d'Andlau avait getwing> und ban iu Andelahe.

1 On lit simplement dans le registre féodal écrit en cette année : « Die herren «t von Andelahe sint man von den gulcrn die un liant zu Andelahe. »

* Glafey , Anecdol., num. 49i , \w<j. (HO. ' Voyez ci-dessus, pag. i\0.

IK

$7i HISTOIRE DE l'EGMSE

par l'abbesse Sophie , lui et ses cousins d'Àndlau et de sa vallée, avec la justice et droits en dépendants f, tels que ses ancêtres l'avaient été par les abbesses du chapitre d'Àndlau. Les lettres d'investiture plus modernes de 4474 , 4575 et 4595 portent la ville et la vallée* ; celles de 4C00 énoncent la haute et basse justice5 ; celles de 4624 et les postérieures y ajoutent les droits de péage4. Le nef, que les nobles d'Andlau relèvent aujourd'hui de l'abbaye, consiste dans la ville et vallée ou faubourg d'Andlau , dans le château «du même nom , avec tous les droits seigneuriaux de haute et basse justice et un grand nombre de biens fonds en vignes, en prés et en forêts 5. Ces forêts sont vastes ; elles n'ont été accordées qu'à la charge pour les vassaux de fournir à l'abbaye indistinctement tout le bois généralement quelconque, dont elle peut avoir besoin tant pour son chauffage, que pour les bâtiments qui forment son enclos. Andlau avait autrefois un château, le même dont on voit encore l'emplacement, et qui fut ruiné, en 4033, par les Suédois. C'était dans son origine un château impérial, qui appartenait aux empereurs en leur qualité d'avoués de l'abbaye. Henri de Staleck, évêque de Strasbourg, qui s'était déclaré contre Frédéric II, détruisit ce château en 424Gfl. Il fut rétabli quelque temps après et accordé en fief, par les empereurs, aux nobles d'Andlau ;

1 Andsla dai lai , mit twinge und banne , Wiltpennen , und allen anderen rthlen , milieu , gefellen , undt iugehorungen , so do iu gehorl.

* Andelo die Stal, und das lai, mil Iwinge, und banne.

'Andlau die Statt , und das thaï, hoch und niedere Obrigkeil , aambl der mannschaffl und leuthen , mil Zwing und ban , etc.

* Statt und thaal Andlaw, und darin begrifline mann*vhnfl und leuthen, xampl Zoll und weg ungelts.

La famille d'Andlau possède aussi à litre de flef de l'abbaye, des revenus considérables en. grains provenant des bans de Walff, Cosweiller, Erstein, Ceispoltrheim et Avelsheim.

' KiPM(;»Hovn;s, in vhnmu-o, <«/j. i, /mg. mp. ,ï, jukj. Ôhi.

nous trouvons que les trois frères, Henri, Rodolphe etEberhard de ce nom , en furent investis à ce titre en 1274, par Rodolphe1. L'abbaye en devint elle-même seigneur direct, lorsque l'advocatie lui fut réunie ; ce qui fit qu'il fut déclaré tief abbatial, et non impérial, par sentence de la cour de l'empereur, datée de Vienne, 19 octobre 1665. Ce château est différent de celui du Haut-Andlau , situé sur une montagne, entre les deux vallées d'Andlau et de Barr, qui fut bâti postérieurement par les nobles de ce nom. Ce dernier château, qui existe encore aujourd'hui8, appartenait à Rodolphe d'Andlau, vicedomne de l'évêché de Strasbourg. Il l'offrit, en 4344 3, à 1 evêque Berthold, qui le lui rendit à titre de fief masculin. Messieurs d'Andlau continuèrent de le reprendre de l'évêché, au même titre, jusqu'en 1698, que l'abbaye en revendiqua le domaine direct. Ceux-là, pour éviter les suites d'une longue procédure, retirèrent, en 1 700, ce château des mains de l'évéque et lui donnèrent en remplacement, sous le même titre de fief, la moitié du château voisin et de la forêt de Spesbourg, qui leur appartenaient en propre.

de ce nom , dans les commencements du quinzième et dixhuitième siècles4. Les plus anciennes maisons de l'Alsace et de la Suisse en ont aussi fourni à cet illustre chapitre. Les Geroldseck et les Ribeaupierre , les Beroldingen , les

* Qui confère Henrieo Rudolfo et Eberhardo de Andela , fidelibut sui$ dileclis, tattrum Andela in feodum , quod ab imperio feodali titulo obtinere debebant.

* Dont M. Silrermank a donné la gravure avec la description du local actuel dans sa Betchreibung von Hohenburg , page 406.

3 Sime veiten in dem tal sm Andelahe mit dan vorhove , und allen m gehorrden,

* Sophie d'Andlau , qui vivait en i ii 3, mourut en 1445. Marie-Sophie d'Andlau, •'•lue en 1708, décoda en 1755.

â76 HISTOIRE DE l/ÉGLISE

Eptingen, lesFlachsland, lesLandenberg,lesOberkirch, les Reich, les Reinach , les Truchsess , etc. , se font gloire de cette illustration. Les preuves de noblesse sont les mômes, que celles qu'exigent les haut-chapitres de l'empire. Pour y être admise chanoinesse , il faut être issue d'une famille illustre et équestre et prouver seize quartiers, huit du côté paternel et autant du côté maternel *. Cette coutume y est établie depuis un temps immémorial. Les dix chanoinesses et même les trois chanoines, qui élurent abbesse, en 1333, Sophie de Ribeaupierre , étaient alors de très anciennes familles titrées*. Le nombre des chanoinesses n'a jamais été fixé ; il dépend du temps et des circonstances. Quelques modernes3 écrivent que Richarde fonda l'abbaye d'Andlau pour l'entretien de douze chanoinesses et d'autant de chanoines. Mais les statuts de cette sainte impératrice ne marquent pas le nombre des premières et ils ne disent mot des seconds. Ce n'est qu'au commencement du douzième siècle, qu'il est fait mention des chanoines pour la première fois dans les chartes du temps. Ils étaient au nombre de quatre, et ils faisaient les mêmes preuves de noblesse que

• Ces quartiers doivent avoir la descendance, ou filiation sans mésalliance. La noblesse ancienne et équestre de lous les agnats doit tUre prouvée par un certificat du corps de la noblesse. La noblesse chapitrale des mômes agnals doit être aussi prouvée par un second certificat d'un haut-chapitre , ou d'un chapitre équestre , qui requiert les mêmes preuves. On reçoit aussi, à cet effet, les certificats de l'ordre de Malle de la langue allemande , ou de l'ordre teutonique. Ces prouves sont en usajre dans l'aMiaye depuis un temps immémorial , à l'exception de celles de la filiation, qui n'y ont été introduites que depuis l'année 1716.

* L'acte d'élection dit, en parlant de l'abbesse « lue, domina Sophia de Rappohxlein de potenti et nobili progenie procreata.

1 Les Centuriateurs do M.iplebourg , Cenluria IX, cap. G, p/ig. 267, edit. Hattil , an. 156S. Le pére Laaoille, Histoire d'Alsace, partie /, iiv. xi, pag. 428, edit. in-fnl., et Umi. 2, pag. 130, edit. in-fl*. Les auteurs rie la Gaule chrétienne, loin, pag. HHO , etc.

DE STRASBOURG

MVRE HUITIEME.

les chanoinesses1. Ils formaient un seul chapitre av ec elles et ils élisaient, ainsi que ces dernières, l'abbesse, qu'ils regardaient les uns et les autres comme leur chef. Le rectorat et les revenus delà cure de Bliensweiler 3, ainsi que le rectorat et les revenus de celle de Saint-Fabien d'Andlau4, étaient attachés aux prébendes des deux premiers chanoines nobles, avant la réunion de ces deux cures, faite en 1352 et 1408, à la manse abbatiale et capitulaire. Le troisième et quatrième jouissaient des fruits des deux prébendes fondées Fune sur la montagne de Castelberg 5, et l'autre sur celle de Saint-Michel. Outre ces chanoines, dont on ne voit plus de traces depuis le seizième siècle, il y avait huit à neuf prêtres prébendiers0, qui célébraient tous les jours l'office divin dans l'église d'Andlau, et qui n'existent plus également aujourd'hui. Le pape Sixte IV incorpora, le 19 juillet M74,

* L'acte d'élection de l'abbesse Sophie de Ribeaupierrc , de 1838, nomme Jean de Geroldseck , Walther de Geroldseck et Erbon de Kageneck dans le nombre des chanoines d'Andlau.

4 On lit dans une bulle du pape Martin V, du 2 août 1414, et dans les lettres du concile de Basic, de 1144. « In seculari ecclesia vallis Andelo, pncter Abbatisam * et Canonicas, nonnulli existunt clerici sœculare* canon icatus et prébendes obtinen- «tes, ac cum eisdem Abbatissa et Canonicis unicum capitulum facientes. *

' • Ecclesia parochialis in Blienswiler , cum suis fructibus et obventionibus , « (Mcbendœ canonicali , quant in monasterio sœculari ecclesiœ in Andelahe honora- « bilis Johannes de Geroltzecke nunc oblinet, ab antiquo fuit et hodie est annexa, » dit l'évêque Bcrthold dans ses lettres de 1352.

* Le nécrologe de l'abbaye d'Andlau rappelle, sous Tan 1384, la mort de Henri de Hohenstein , Canonicus eedesie S. Fabiani in Andelahe. L'évêque Guillaume, dans sa charte de 1408 , atteste que «parochialis ecclesia S. Fabiani, cum suis « juribus, pertinentiis , fructibus et obventionibus, pnebendœ canonicali, quam in « dicto monasterio Henricus de Andelah ohtinet , ah antiquo fuit et hodie est - annexa. »

1 On trouve dans le nécrologe au t-i de mars l'anniversaire venerabilit maghtri Wilhelmi de Eptinyen canonici prébende in Ctuteiberg.

* Ils étaient, en 1407 et 1474, au nombre de neuf, et en 1499 et 1502 à celui de huit. Ils s'ont nommés, dans les anciens titres, sacerdotes rhorii monaslerii «ndelacensm.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

les revenus de 1 église paroissiale de Barr à la rnanse du chœur de Féglise abbatiale d'Andlau , pour les distributions quotidiennes des chanoines et prébendiers. Les uns et les autres, suivant leurs statuts, renouvellés le 19 avril 1499, et confirmes le 6 octobre 1502, par le cardinal Raymond, nonce du Saint-Siège en Allemagne, devaient se conformer, pour la célébration de la messe et de l'office divin, au rite observé dans le grand chœur de l'église cathédrale de Strasbourg1. Les chanoines portaient des aumusses grises, tels qu'en portaient les membres du même grand-chœur*, et les prébendiers en avaient , faites de peaux d'agneaux noirs3. Le recteur de l'abbaye, qui réside dans l'enclos4, les deux curés des deux paroisses de la ville d'Andlau , et le prêtre chapelain, disent aujourd'hui les messes et font les offices dans l'église abbatiale, du chœur de laquelle ils perçoivent différentes rétributions 5. Le recteur, qui est à la collation de l'abbesse , et dont il reconnaît l'autorité et la jurisdiction °, exerce les fonctions curiales dans l'abbaye, ainsi que dans l'enclos. Il ne reçoit point ses pouvoirs de l'évêque de Strasbourg, mais il les tient immédiatement du Saint-Siège 7.

' tkbent n conformare, ut ta magis posmnt , churo ecclesie Majorit Argentinensis.

* Déférant Almutia de pellibus onlgariter eyvhermii , prtbendarii chori tcclesie Majorii Argentinensis , disent les mêmes statut*.

s Almutia de pellibus et crinibus agnorum tiigrorum.

* Il est nommé, dans les anciens titres, dominus monatterii , ou Hunsterherr.

5 Ces quatre prôtref y font leur semaine alternativement suivant le statut dixième de la visite apostolique, faite en 1751, confirmée, en 1755, par le pape Benoît XIV. Les statuts onzième et douzième de la môme visite , portent que le recteur chantera la grande messe les dimanches et fêtes , et qu'aucun piètre ne pourra la chanter sans la permission de l'abbesse.

* Suivant le statut soixantième de la visite de 1751.

1 « Ad reclorem summi nuncupati siti in ecclesia semlai i de Andelo, ejjus disposilio ex « privilegto sedis apostolicc ad ipsam abbatissam pertinet, pro lempore exislentem

L'église abbatiale, qui est sous l'invocation des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul 1 , fut rebâtie de nouveau , en 1698 *, par l'abbesse Marie Cunegonde de Beroldingen 8, et achevée, cinq ans après, par Marie Cieophc de Flachslanden, qui lui succéda 4. C'est dans le chœur supérieur de cette église , qui est au-dessus de celui où se placent les prêtres , que les dames chanoinesses célèbrent l'office canonial. Elles le chantent et le prient suivant le rite romain, sans cependant le chanter avec les prêtres, lorsqu'elles assistent à la grande messe ou à d'autre6 offices, que font ces derniers 5. L'abbaye est aujourd'hui 0 composée, outre labbesse, d'onze chanoinesses capitulaires qui,

« spécial ejusdcm Abbatissc et canonicarum confeasiones audirc cl iptis singula « ecclesiastica sacramenla ministrare , » dit le pape Eugène IV, dans sa bulle dalée du 7 septembre 1436, confirmée le 1" août 1437 , par les pères du concile de Râle.

' C'est une remarque à Taire , disent les auteurs du nouveau traité de diplomatique, tome 5, pag. 157 , que la plupart des églises anciennement soumises au Saint-Siège, ou décorées par lui de grands privilèges, avaient été construites eu l'honneur de Saint-Pierre.

1 L'ancienne église d'Andlau fut démolie en 1697, La première pierre de la nouvelle fut posée le 36 avril 1698. Elle ne fut achevée qu'en 1703.

* Elle mourut le 4 août 1700. On lit dans son épitaphe , qui se trouve près de I escalier du chœur :

« Funditus has sacras «des erexit ad usque arcus , etc. »

4 L'épitaphe de cette abbesse , morte le 18 septembre 1708, port* : « H«ec templi turrini , summam construxit et aram : « Ingenti cura grande peregit opus. »

Le grand autel , qu'elle fit faire , et au-dessus duquel était une belle couronne soutenue par quatre - colonnes d'albâtre, fut remplacé, en 1782, par celui de marbre , que l abbesse Marie-Anne-Sophie Truchsess de Rheinfelden fit élever sur les dessins du Sieur Pertois de Strasbourg.

■ Comme le prescrit le statut vi donne, en 1434 , aux chanoinesses d'Andlau, par le cardinal Julien , légat du Saint-Siège , en Allemagne. Il faut remarquer qu'elles chantent vêpres aux jours ouvriers , et que celles ci sont célébrées les * dimanches et fêtes par les prêtres.

* Au commencement de l'année 1785.

HISTOIRE DE L'EGLISE

par rang d'ancienneté, succèdent à leur tour aux premières. Elles vivent en commun avec l'abbesse 1 ; celle-ci est élue* par les chanoinesses capitulaires en présence d'un commissaire du Saint-Siège, qui confirme son élection , et de trois commissaires du roi, qui la ratifie. L'abbesse est bénie et a la croix pastorale. On porte devant elle, aux grandes solennités, la crosse et le sceptre. Elle fait seule vœu de chasteté perpétuelle3. Les autres chanoinesses n'en

font aucun ; il leur est libre de sortir de l'abbaye pour se marier4, ou de la quitter du consentement de leurs proches parents 5. Elles promettent purement et simplement, entre les mains de l'abbesse , quand elles sont appréhendées ou reçues capitulaires, de lui rendre obéissance, de suivre la vie commune qui y est établie 6, et de se conformer, pendant tout le temps qu'elles y resteront, aux statuts et règlements qui ont été donnés , en 1 434 , par le cardinal Julien, légat du pape, en Allemagne 7, confirmés et renou-

' « Unum ait omnibus refectorium, ubi corpus simul reflciant , unumque de roi i- « lorium , ubi noctu quietem capiant , » disent les slatuts du cardinal Julien , statuto Xii.

* Et cette élection , comme l'annonce le règlement xxu des statuts confirmés en 1611, doit être faite suivant les formes prescrites par le concile de Baie , dans le décret des élections , qui commence : Sicut in construenda.

* Statuts de 1611 , statuto iv. « Votum caslitatis perpétua?, quod abbatissa elccta «c jussu sedis aposlolicac emittit , non censetur professio régula ri s observantia? in « ordine aliquo ab ecclesia approbato , sed requisila duntaxat ad perpetuitatem m istius prœlaturœ et dignitalis. »

* Statutum 1 , anni 1611. « Collegium canonicarum in vallc Andela et congrœ- • gatio virginum nobilium sœcularium communiler sub una précédente , quam « abbatissam vocant est que princeps imperii , viventium et deo servientium absque « ullo voto , aut professiune regulari , ita ut , si placeat , nuberc possint et hanc « congregationem relinquere. »

* Statut vin, de 1*34.

* Obedientiam Abbatissœ et observantium commuais ordinh et modi vivendi in hac congregatione consueti, comme dit le statut ix de 1434.

7 On lit dans le statut xxi de 1611 : 'i Nullius approbatœ régulas ab bis cano-

velés, au nom du Saint-Siège, le 42 juin 1644, par Ladislas d'Aquin, évêque de Venafri, nonce du pape Paul V, en Suisse *, ainsi qu'aux règlements a, donnés le 45 mai 4752, par Beat- Antoine Munsch de Munschenstein , baron de Lewenbourg, chanoine et grand doyen de Basic, qui avait été nommé visiteur apostolique de l'abbaye 3, et confirmés par bulle du pape Benoit XIV. du 43 février 4755. L'habit ordinaire des chanoinesses capitulaires est noir, et elles ne peuvent en porter d'autre couleur, lorsqu'elles sont en résidence dans leur chapitre 4. Leur coiffure , qui était autrefois assez singulière *, n'est aujourd'hui distinguée de celles des dames du monde que par une modeste simplicité et par une espèce de ruban, fait de toile blanche avec des bords noirs , qu'elles nomment le mari , et qu'elles portent sur leur coiffe. Leur ancien habillement était le même que celui des dames chanoinesses de Hohenbourg et de Saint-Etienne de Strasbourg, dont on voit la figure sur d'anciennes tapisseries, qui existaient autrefois dîins cette dernière église °. Elles ont aujourd'hui, pour habit de chœur, un long manteau noir, à grande queue traînante,

« uissi» fit professio , sed tantum simpiex proinissio obedientiœ juxta peculiarcm « modum vivendi et juxta formai!) statulorum prsescriptam et approbatam abillustrish simo Cardinale Juliano sedis apostolira? legato. » 1 Au nombre de 22.

* Au nombre de 78.

3 Par bref du 26 novembre 1751.

4 Statut xiv de 1434. « Virgines oinnes , quaindiu in collegio commorantur, ■ nigris indumentis uti debent .... extra collcgium autem dum proficiscunlur « aJiquo, poterunt uti mediocribus coloratis, non tant en ex summis quatuor, mu . extremis coloribus vestes gestare . . . quandocum abbatissa aliquo proficiscunlur, « utentur etiani nigris. »

* On en voit la figure sur d'ancien» portraits d'abbesses , qui se trouvent dans la salle capitulaire d'Andlau.

4 Et que Schii.ter a Tait graver dans son édition de la chronique de Koenigshoven , pag.JilS et 5i0.

282 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

garai par devant d'hermines et surmonté d'une espèce de de camail , garni de la même fourrure. Les armoiries de l'abbaye d'Andlau sont d or à la croix de gueules. L'abbesse, qui les écartèle avec celles de sa famille , prend le

titre de Par la grâce de Dieu ri du Siège apostolique abbesse du chapitre impérial et séculier de Sainte-Richarde d'Andlau, soummis immédiatement au Saint-Siège , datne de Honcourt1, et incesse du Saint-Empire *.

Cette abbaye compta , dès son origine, les monastères de Bonmoutier et d'Etival dans le nombre de ses dépendances. Bonmoutier était situé dans les montagnes des Vosges, sur la rivière de Vezouze, à deux lieues de Badonvillers et à trois de Blamont, dans un vallon qui porte encore aujourd'hui le nom de val de Bonmoutier. Ce monastère fut fondé vers l'an 070 3, en l'honneur de la Sainte-Vierge, de Saint-Pierre et de Saint-Michel, par Saint-Bodon, nommé aussi Leudin , évêque de ïoul , qui le dota de ses biens patrimoniaux; il prit le nom de Bodonis monastcrium *. Bodon avait été marié avant que de parvenir à l'épiscopat. Il mit à Bonmoutier des religieuses, auxquelles il donna pour abbesse sa propre fille, Teutberge; et, pour assurer davantage son établissement, il le soumit, avec toutes ses

' Au titre de l'abbaye de Honcourt, qui fut réunie, en 1616, à celle d'Andlau, coinramc nous le verrons ci-après.

* /Y. Dei et aposlolicœ sedis gratia , imper uilis, sacularis , eidemque stdi immédiate subjecti capiMi Abbatisia et domino Hugonis cttriœ , sancti Homani Imperii Princeps.

' Et non vers l'an 80», comme l'écrit Pétris , in Germanià canonico auguslinianâ, apud Kuen, tom. i, pag. 70. Le Cointk, Annales ecclesiastici Franeorum, lom. 3, pag. 57S, ptecr. vers l'an 665 la fondation du monastère de Bonmoutier, et la Gaule chrétienne , tom. /J, vol. 96ô, vers l'un 667.

4 Adso, in historié episvoporum Tullensium apud Calmeti'x, Histoire dê Lorraine, tom. /, preuves, pag. 128, prima, edit. , et pag. clxiii, setundœ edit. , et apud Stilti^oiîm , in actis SS., tom. ô, seplembris , pag. fiil.

dépendances, à son église cathédrale Les religieuses y existaient encore sous Charlesmagne et Louis-le-Débonnaire , son fils. Mais ce dernier , en les conservant dans leur état» mit à leur téte un abbé, nommé Doddon*. Celui-ci sollicita , au nom des servantes de Dieu , qui y demeuraient , la confirmation des biens et des privilèges accordés à Bonmoutier par les rois, ses prédécesseurs. L'empereur Louis lui accorda cette faveur par son diplôme, daté d'Aix-la-Chapelle du 13 janvier 816 8. Doddon paraît avoir été supérieur et directeur de cette abbaye pour le temporel et le spirituel, puisqu'on y retrouve des abbesses peu de temps après. Trutbrudes , qui avait cette qualité, obtint de l'empereur Louis-le-Débonnaire plusieurs serfs du domaine royal. L'acte de cette donation fut expédié le 19 octobre 831 , aux prières de l'impératrice Judith et du sénéchal Adalard *. L'abbaye de Bonmoutier passa ensuite sous la domination dé l'empereur Lothaire et de son fils Lothaire, roi de Lorraine. Ce dernier prince la détacha du domaine de l'église de Toul, pour punir l'inflexibilité d'Arnoul, son évôque, qui n'avait pas voulu, en 864, soutenir son mariage scandaleux avec Waldrade, contre la décision

« Voyez Benoît Picart, Uittoire ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Twl, pag. 47, È64 et 265, et dora Cai.iet, Histoire de Lorraine, lit. 10, iom. 4, pag, 461 et tuiv., édit. de 1745.

' Hom Augustin Fanger fait mention de cet abbé Doddon, dans son supplément ù la notice de la Lorraine, imprimé en 176J, pag. 79. Il croit avec raison que ce Doddon était supérieur et directeur de l'abbaye de Bonmoutier pour le spirituel et le temporel , mais il se trompe , quand il ajoute que ce monastère est encore possédé paf des religieuses.

1 Pièces justificatives , tum. 2, num. 8£, puy. ixix.

4 Ibidem , num. 479, pag. cccxxx. Cet Adalard est peut-être le même qu'Adalardus cornes, rappelé dans un acte de 838, expédié dans l'assemblée d'Aix-la- Chapelle, apud Bouquetum, in script, rer, franic, tom. 6, pag. 501.

HISTOIRE DE l/ ÉGLISE

du pape Nicolas A la mort de Lothaire, Bonmoulier, ainsi qu'Etival, tombèrent en partage, en 870, à Louis, roi de Germanie *. Charles-le-Cros, son fils, qui lui succéda, conserva le monastère de Bonmoutier jusqu'au temps qu'il laccorda et le soumit à l'abbaye d'Andlau. Ce diplôme fut donné à Selestadt , aux instances de l'impératrice Richarde, le 19 février 884 3. Cette abbaye ne la conserva cependant que peu d'années. Les évéques de ïoul , auxquels on l'avait ôté, en sollicitèrent la restitution. Drogon qui en devint évéque, en 907, fut assez heureux pour y réussir *. Le roi Charles-Ie-Simple , son parent , le remit, lui et son église , en la possession du monastère de Bonmoutier, par son diplôme daté de ïoul , 20 janvier 913 5. L'abbesse d'Andlau perdit ainsi tous ses droits sur ce monastère , qu'elle ne recouvra plus °. Elle crut pouvoir y rentrer sous l'empereur Othon-le-Crand. Mais Saint- Gauzelin qui, en 922, succéda à Drogon 7, prouva par le

1 Ma81Llon , Annal, benedict,, loin. 5, lib. 44, pag. 343, et Calmet, Histoire de la Lorraine , tom. 1, pag. 829 et 889, et Notice, tom. 1, pag. 142.

* Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 1, pag. 738.

* Pièces justificatives, tom. 2, num. 148, pag. cclxxh.

' Adso, in kistoriâ episcoporum Tullensium, apud Cai.met, tom. 1, pag. cxxx, primœ- edit.y et pag. clxxj, secundo: edit. tom. 15, col. 974. 1 Pièces justificatives, tom. 2, mon. 471 , pag cccxvm.

* Dom Calmet, Xotice de la Lorraine, tom. /, imprimée en 47S6, pag. 142 et 417, prétend que le droit de l'abbesse d'Andlau sur Bonmoutier dérivait de ce que les monastères d'Etival et de Bonmoutier, avant eu pour fondateur le même évéque Bodon , et ayant été distraits et séparés de l'église de Tout , par le même roi Lothaire , ils devaient également retourner tous les deux à l'abbaye d'Andlau, comme à leur source. Le P. Benoît I'icart. Histoire de Tout , pag. 306 et 307, avait déjà écrit que les prétentions d'Andlau liaient fondées sur l'union, qui avait été faite de l'abbaye de Bonmoutier à celle d'Elival. Mais toutes ces conjectures sont détruites par le détail dans lequel nous sommes entré , d'autant plus que Bonmoutier lut démembré d'Andlau dès l'an î>13, au lieu qu'Etival continua encore d'en dépendre pendant plusieurs siècles.

1 Saint-Gauzelin fut ordonné évéque de Toul le 17 mars 9ii , et mourut le

témoignage de douze hommes nobles, que Bonmoutier dépendait de sa cathédrale *. L'abbesse fut déboutée de sa demande et Othon , qui était alors à Mayence , maintint l'évêque et 1 église de Toul dans son ancienne possession. L'abbaye de Bonmoutier fut transférée, vers l'an 1010 *, a quelque distance du lieu de sa première fondation , par Berthold, évôque de Toul, et il prit alors le nom de Saint- Sauveur. Bcrthold y mit vingt religieux bénédictins au lieu des religieuses que Bodon y avait établies 3. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin succédèrent aux bénédictins , sur la fin du douzième siècle 4. L'abbaye de Saint-Sauveur ayant été brûlée et ravagée dans les guerres de religion, l'abbé Nicolas Malriat la transféra à Domêvre, près de Blamont •'. L'abbé Chrétien Fabry y introduisit, le 28 août 1025, la réforme du bienheureux Pierre Fourier,

7 septembre 962, suivant le calcul du P. Stiltixg , in aclis Sanclorum , loin. 5, septtmbris, pag. 444 et seq.% et de la Callia christiana, lom. 45, pag. 978-977.

* VitaS. Gauzclini, apud Cai.metum . lom. 1 . preuves, pag. clxxiv, secundo, edil., et Stii-tinolji , lom. cil. , pag. 1ii. «Hic temporibus Ottonis imperatoris « probavitcum duodeciin ingenuis hominibus contra abbatissam de Andelach Bodoni* « monasterium esse subjectutn ecclesite S. Slephani. •

* Mabillon, Annal, benedict. , lom. 4, lib. S2, pag. 217, et Gallia christiana, lomo~45, eol. 983 et 43S7.

3 Historia episcoporum Tullensium, apud Calmet , lom. 4, preuves, pag. ces et cçxxi, secundat edilionis; Richer, in Senoniense chronico , lib. 4, cap. 40, et lib. 2, cap. 4G, apud Acheri spicilegii, lom. 5, pag. 607 et 616 , secundat edit., et Jeax de Rayon, in historia medianimonaslerii , lib. 2, eap. 62, apud Relhomme, pag. 232.

4 On voit dan» dom Camiet , Notice de la Lorraine, tome 1, pag. 443 et 444, que les moines bénédictins étaient encore à Saint-Sauveur en 1171 , et que les chanoines réguliers leur avaient succédé avant l'an 1195.

* Ri'YR , partie troisième, lie. 4, pag. 290. Benoît Picart, Histoire de Toul, pag. 42. Huco , in monumenlis sacrœ antiquitatis, lom. 4, pag. 204-206 , el Gallia christiana, lom. 15, pag. 1360. L'abbé Nicolas Malriat en obtint la permission de Charles, duc de Lorraine, par lettres du H mai 1570. finll. christ. , lom. 45, iost. col. 337.

286 HISTOIRE DE l/tOUSE

curé de Mataincourt !. Domêvre, situé aujourd'hui dans le diocèse de Nancy, est le chef-lieu de la congrégation dés chanoines réguliers du Saint-Sauveur par l'union qui en fut faite, en janvier 1748, au généralat a.

Etival, nommé en allemand Stivag, de son nom latin Stivagium, situé près de la rivière de la Meurthe, à treize lieues de Nancy, deux de Saint-Dié, dans le diocèse duquel il est situe aujourd'hui, et à une de Moyenmoutier , eut pour abbé , au commencement du dix-huitième siècle , Charles-Louis Hugo, mort évêque de Ptolemaïde, le 2 août 1739. Fameux par ses démêlés avec l'évêque de Toul, mais plus recommandable par les savants ouvrages , dont il a enrichi l'histoire et la littérature 3. Auteur des Annales des Premontrés, il publia en 1730 celles de son abbaye1. Attentif à recueillir les faits intéressants d'Etival , il est inexact et même partial sur le temps et l'auteur de sa fondation \ Nous l'avons surtout trouvé fautif dans ce qu'il rapporte sur sa dépendance de l'abbaye d'Andlau ft. Nous

' Ri'YK , pag, Î95, et dom Cai.net, Xolice, tom. f, poij. 565, el Histoire de Lorraine, tom. 7, pag. 466.

* Thibault, Histoire bénéficiait de la Lorraine, pag. 345 et 369 , et Dorivai., Description de la Lorraine, tom. 4, pag. 49$, et tom. È, pag. 97.

* Voyez dom Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 7, pag. 554-554, el Bibliothèque lorraine, pag. 8 42-51 6.

4 Dans son second volume intitulé : Sacri et Canonici ordinis pramonstralensis annales, pag. 889-92Î.

• Ibidem , pag. 889 el seq.

• Dom Huco dit d'abord, pag. cil. et inter probat.,col. dxi.ii, not., que les titres primordiaux d'Etival ont été transportés A Andlau : il ne reste aucune trace de ce transport. Il dit encore, ibidem, pag. 894 et 892, et in sacra antiquit. monumen-

tom. 4 , pag. 477, que Sainte-Richarde supprima la plus grande partie des droits et des biens d'Etival, peur en enrichir celle d'Andlau. Cela est également faux , d'autant plus que la charte de cette impératrice, qu'il a lui-même publiée , inUr proèal. col. oxtxvnt, prouve le contraire. (I ajoute aussi , pag. 892, que le lien d'Andlau appartenait A l'ancien monastère d'Etival et que Ridiarde l'en détacha, pour y Condor l'abbaye do. re nom. Mais Andlau, comme nous l'avons déjà vu.

ferons usage des recherches de ce savant prélat, lorsque nous lesjugerons conformes à la sincérité de l'histoire; mais, éclairé par des titres particuliers, nous aurons lieu de développer cette dépendance avec plus de vérité et de la représenter sous des traits plus sûrs et plus suivis l. Etjval dut son origine, ainsi que Bonmoutier, à Saint-Baudon- Leudin, qui occupa le siège de Toul depuis Tan 666 jusqu'en 675 8 ; et ces deux monastères subirent à peu près les mêmes révolutions jusqu'au temps de leur réunion à l'abbaye d'Andlau. Fondé en l'honneur de Saint-Pierre, des propres biens de Bodon 8 , habité d'abord par des moines qui suivaient la règle de Saint-Colomban et de Saint-

a été établi dans un terrain propre , que Richarde avait hérité de son père. Ce toi au contraire Etival, qui devint une dépendance de l'abbaye d'Andlau , en vertu de la donation de Charles-lc-Gros. Le P. Al bertiîï , prieur d'Etival , est plus juste lorsqu'il dit, dans la vie de Sainte-Richarde , chap. 9, pag. 56, que tous les biens et toutes les dépendances de l'abbaye d'Etival viennent de la libéralité de cette auguste et religieuse princesse.

' E'abbé Hugo est encore dans l'erreur, lorsqu'il assure que l'abbaye d'Etival est la plus ancienne de toutes celles qui furent fondées dans les Vosges. Ce sentiment est insoutenable. Un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes , qui se cacha sous le voile de l'anonyme , mais que nous savons être dom Henri Fangue, écrivit, eu 1726, deux lettres assez amères contre dom Hugo, où, en réfutant quelques-unes de ses opinions , il le rélève sur quelques niaiseries locales concernant la situation d'Etival, qui ne méritaient pas qu'elles fussent entre lui et dom Hugo, l'objet sérieux d'une dispute littéraire.

• Voyez Adsok, in historià episcoporum Tullensium , apwi Calmct, Histoire de Lorraine, tom. f, pag. 4Î8 et 171, prima edit., et pag. r.hxui et ccxvi, secundo: edit.

* Saint-Bodon est honoré le onze de septembre, selon le père Stiltwg , in actis SS., tom. S, septembris. pag. 858. Ce savant Bollandîste croit, pag. 841 et 84t. que Bodon, marié d'abord i Odile , fonda Etival et Bonmoutier avant son épiscopat et même avant son entrée dans l'état monastique. Il ajoute qu'il se flt religieux aussitôt après la mort de Sainte-Salaberge , sa sœur, qu'il place a l'an 654 et que deux ou trois ans après, il fut élevé sur le siéjre do Toul, qu'il n'occupa que pendant peu de temp*.

HISTOIRE DE l'ÉOLISE

Benott 1 , cédé et soumis par le fondateur à l'église de Toul , Etival en fut démembré sous l'évêque Amoul par Lothaire, roi de Lorraine*. A la mort de ce prince, ce monastère échut en partage, en 870, à Louis-le-Germanique3. Charles-le-Gros, son fils, qui lui succéda en 876, le donna ensuite avec toutes ses dépendances à Richarde, son épouse4. Celle-ci accorda et rendit le monastère d'Etival, ainsi que toutes ses possessions, aux serviteurs de Dieu, qui y demeuraient5.

C'est l'expression dont elle se sert dans l'acte de donation, daté du premier mai 884°. Richarde supprima à Etival les moines, qui paraissent y avoir été établis dans les commencements, et introduisit à leur place treize chanoines séculiers, pour y vivre en commun, sous la conduite d'un

« Le moine Adson , qui écrivait sur la fin du dixième siècle , dit, lot. cit., que Saint-Bodon fonda Etival pour douze chanoine» ; mais cet historien parait avoir jugé du passé par le temps où il vivait lui-même. De Rcy* , Antiquités de la Vosge% Hv. I, chap. xi, pag. 239, juge plus sainement, lorsqu'il remarque qu'Elival fut anciennement possédé par des chanoines (c'est-à-dire des religieux) de Saint-Coin trtban. Rom Calmet, i\otic* de la Lorraine, tom. 1, pag. 416 , 418 et 419, rapporte des témoignages certains, qui prouvent que c'étaient des religieux de Saint-Benoit et de Sainl-Colomban , auxquels les chanoines succédèrent seulement dans la suile.

* Voyex dom Calmet, Notice de la Lorraine, lom. 1, pag. M7.

* Voyez ci-dessus , pag. 208 et 220.

* On ignore l'époque précise de cette concession , qui nous paraît cependant avoir été faite en 884 , dans le même temps que celle de Bonmoutier. Dom Calmet , Histoire de Lorraine, loin. 1, pag. 7.97, la fixe cependant à l'an 870. Hugo, pag, 891 et 892, et Albrecht, Bislory ron Hohenburg, pag. 4.55, et la Callia christiana, tom. 13, pag. 1428, pensent que Charles-le-Gros accorda en dot l'abbaye d'Etival à Richarde , par son contrat de mariage de 876. Mais ils ne nous donnent aucune preuve de cette conjecture , et , en la supposant vraie , cette année serait également fausse, puisque ce fut en 86Ï, et non en 876, que se fit ce mariage.

* Voici comment elle s'explique dans son acte de 884. Hortatu et consilio Karoli. Os mots prouvent contre Hugo qui prétend, pag. 892, que celle donation ne se lit qu'après le divorce de Richarde avec son époux.

* Voyez les auteurs cités dans le Na 149 d«-s Pièces justifie., tom. 2,}>ng. rxiAXlli.

prévôt1. Mais l'impératrice, du consentement de Charlesle-Gros, son époux, réserva à l'abbaye d'Andlau , qu'elle venait de fonder, le domaine et la jurisdiction du monastère d'Etival Les chanoines avaient bien la jouissance des biens temporels ; mais ils n'en avaient ni la propriété, ni la disposition. Celles-ci appartenaient à l'abbaye, qui conserva aussi ses hommes propres à Etival et le droit d'inspection sur tout le ban 3. Le prévôt , élu par les chanoines , était confirmé par l'abbesse, qui lui donnait l'investiture *. Enfin elle était seigneur et protectrice née de cette maison.

' Ces chanoines étaient séculiers , comme le prouvent les lettres d'Hadvide, abbesse d'Adlau, de 1172, et le diplôme de Frédéric W, de 1180, qui rappellent les possessions de l'église d'Etival, quœ ex anliqua institution (disposition et ordinatione) Sancte Richardis ad prebendam tredecim canonicorum secularium spectare noscunlur. Le Pape Eugène III , dans sa bulle de 1147, fait également mention canonicorum sceculariorum, qui ejusdem Stivagiensis ecclesiai longo tempore halitatores fueranl. Richf.r de Senokks dit aussi dans sa chronique, lib. 4, cap. 2, qu'il y eut à Etival d'abord des religieux de Saint-Benoit, puis des chanoines séculiers, et enfin des chanoines réguliers de l'ordre de Prémonlré. Cependant le diplôme de l'empereur Othon, de 96Î, les nomme Canonici in cœnobio Stivagiensi sub régula beati Augustini Deo servinites : d'où on pourrait inférer qu'ils furent, dans leur origine, des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin. Mais comme ceux-ci ne furent connus que sur la fin de l'onzième siècle , il faut regarder ces mots sub régula beati Augustini comme une addition faite au diplôme par un copiste postérieur.

* La bulle d'Eugène III, de 11 47, et le diplôme de l'empereur Frédéric, de 1180, le disent en termes formels. « Stivagi abbatia , ex institutïonc Caroli quon- «c dam romanorum imperatoris , post decessum Rechardis suac conjugis , quœ eum- « dem locum in propriam possessionem tenuerat, Andelacensi monasterio, quod « eadem imperatrix a fundamentis construxerat , et , prœsente jam dicto imperatore, « romance ecclesiœ jam delegaverat, firmitate perenni dinoscitur subjacere, ita quod » nulli ecclesiasticœ , vel sœculari personoe, seu aliari prorsus ccclesia?, nisi tantum «Andelacensi, cui subjecla est, aliquod de jure servitium facere debeat. »

* C'cst-ce qui est nommé Censura Stivagiensis banni , dans les lettres de l'abbesse Hadevide de 1177. Les hommes propres de l'abbaye d'Andlau homines eleonis monasterio pertinentes, sont toujours rappelés dans les bulles et les diplômes confirmatifs du monastère d'Etival.

* Ikr.o, Annalium , tom. 2, pag. 89 i.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

L'impératrice Richarde fut toujours en grande vénération à Etival1. On y célèbre encore aujourd'hui sa féte et on y honore ses reliques*.

Les Huns, qui ravagèrent la Lorraine en 910, brûlèrent le monastère d'Etival , qui resta désert pendant quelques années 3. Gunther, qui en devint prévôt, obtint del'empereur Othon Ier, la confirmation des possessions, droits et privilèges de son église. 11 ne l'obtint pas en son nom, mais en celui d'Othique,abbessed'Andlau, qui, comme nous l'avons déjà rapporté ci-dessus 4 , sollicita elle-même cette grâce. Le diplôme de ce prince, daté de Cologne du 2 juin 9G25,

' Voyez le tome second de l'histoire de l'église de Strasbonrg , pag. 254 , 259 et 241. On révère entr'aulres à Etival la tète de Sainte-Richarde partagée en deux parties. Sa vie , mais mal écrite et remplie de lieux communs , fut imprimée à Nancy, en 1665. Elle fut composée en français par dom Aubertiu , prieur de cette

maison , qui la dédia à François de Lorraine , évèquc de Verdun et grand le

Strasbourg.

* Comme le remarque dom Acbertin, chap, 9, pag. 89, et chap. 11, pag. 67. Dom Huco, pag. 909, 921 et 922, parle du concoure de peuple, qui se rend, à Etival , aux reliques de Sainte-Richarde et des guérisons miraculeuses , surtout du flux de sang, qui s'y opèrent par son intercession. 11 fait aussi mention , pag. 9$0, d'une partie de la Sainte-Croix , qui était un présent de cette impératrice , conservée dans son abbaye d'Etival, et dont une particule fut accordée, en 1597, a celle de Senoncs. Cette croix, suivant Aubertin , chap. 10, pag. 61, avait été donnée à Sainte-Richarde par l'évèque de l'Ile de Chypre.

1 Vêtus libellus abbatum mediani . monasterii apud Rkliiomve , pag. 411. RicttER , in rhronico Senoniensi, lib. 2, cap. 8, pag. 614, secundo* edit., et dom Calnet, Histoire de. Lorraine, tom. 1, liv. 16, pag. 826.

1 Pag. 248.

1 Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein, nov. subs. dipt., tom. S, pag. 588.

Rcyh, Antiquités de ta Vosge , partie 5, liv. 1, chap. 11, pag. 2 il, qui rapporte un petit extrait de ce diplôme , le date de l'an 973, en quoi il a été suivi par Hcr.o, pag. 891 et 895, Ai.breciit , pag. 458, et dom Calmet, Histoire de Lorraine , tom. 7, pag. 75. L'année de l'incarnation et l'indiclion y sont effacées : mais comme il porte la date d'anno xxvn regni Oltottis serenissimi imperatoris utigusti , il faut le placer à l'an 962. Dom Fauquc, dans si lettre française, écrite en 17i6, à dom Calmet, pag. 8 et 9, attaque ce diplôme, en le regardant comme

détaille les biens, qui étaient alors attachés aux prébendes des chanoines. On peut voir dans le titre même rénumération de leurs biens, situés en Lorraine , qui sont aujourd'hui situés la plupart dans le baillage-présidial de Saint- Dié. Quant à ceux d'Alsace, ils y possédaient les églises et les dîmes de Valff et de Saint- André d'Andlau, dans le diocèse de Strasbourg, les dîmes de Krautweiller, dans le môme diocèse, les églises et les dîmes de Savamont et de Montreux, dans celui de Basle. Othon leur confirma le droit de patronage dans ces quatre églises, dont ils jouissaient dès le temps de Sainte-Richarde. Etival ne possède plus rien à Savamont et à Montreux. Les dîmes de ce premier endroit, où cette impératrice avait fait bâtir une église en l'honneur de Saint-Pierre1, appartenaient encore à ce monastère sur la fin du douzième siècle *. Le droit de

faux et supposé. Il est vrai qu'on y trouve quelques formules , qui ne paraissent pas être du temp* de l'empereur Otton I*r. Mais ce sont des additions faites par celui, qui transcrivit les lettres de ce prince dans le cartulaire d' Etival ; et ces additions ne font aucun tort à la vérité historique de cette pièce, que nous regardons comme authentique.

1 Venerabili$ Ricgardis imperartrix in villa Sigoltesheim in fundo suo ecclesiam in honore beati Pétri construxit, ac primo décimas suas, deinde succedenti tempore omnes décimas ejusdem ville ad ipsam cotait , dit la chronique d'Ebersmttnster.

* L'empereur Henri V, en 1114, et le pape Innocent II, en 1140, confirmèrent au monastère d'Etival in Alsatiù apud Singolsheim ecclesiam in honore heati Pétri cum omni decimatime et prœdium, in quo sila est eadem ecclesiu , et quinquaginla duas hobas in eodem pago. 1/empereur Frédéric dit ausssi , dans son diplôme de 1180, confirmamus quoque vobis decimam bladi et vini totius allodii vestri, quod habetis infrà parochiam de Sigolsheim , quam a diebus antiquix libère hnuistis. On trouve dans les archives de Rappolslein un acte de 1224, touchant une difficulté qui s'était élevé inter nobilem virum dominum de fiappolstein et ecclesiam Stitmgensem super jure patronal us ecclesie de Sigolsheim. Cet acte n'énonce pas à qui appartenait alors ce droit de patronage ; mais le diplôme précédent fait voir que dès-lors Etival ne l'avait plus , puisqu'il n'y «-si pas spécifié dans l»»s possessions de ce monastère.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

patronage de l'église paroissiale de Savamont , ou Sigolsheim, auquel était attache celui des églises de Kaysersberg et Kiensheim , fut dans la suite exercé par les seigneurs de Ribeaupierre1. Etival a encore aujourd'hui une cour seigneuriale et des biens à Wimbach, situé dans le ban de Kiensheim2. Les dîmes et le droit de patronage de Valff3 et de l'église paroissiale de Saint-André, parvinrent au milieu du douzième siècle à l'abbaye d'Andlau 4. On compte

* Un acte conservé à Etival, de l'année 1314, commence ainsi: .Vos domini dominii de. Rapoltistein ac patroni ecclesiœ de Sigoil%heim et ftlinrum ejusdem videlicet Keysersperc et Kiensheim Bnsileensis dioctsis.

* Dom Hrco fit réparer, en 1724, la métairie de Wimbach, comme il le dit luimême, pag. 919. Il ajoute, pag. 912, et inter prnhat. , pag. DL, que Didier Frouart, abbé d'Elival , un de ses prédécesseurs, y avait accordé, en 1612, un terrain aux capucins, pour y établir le couvent, qui existe encore aujourd'hui.

* Voyez ce que nous en avons dit précédemment à la note 4 de la page 222.

* L'église paroissiale de Saint-André , quoique située hors d'Andlau à environ cinq cents pas, est cependant la paroisse de la plus grande partie de la ville. L'abbesse en est également patronne et décimalrire. Guillaume, évèque de Strasbourg, unit, en 1408, à cette abbaye les droits, dîmes, appartenances et revenus parochialis ecclesiœ S. Andrœ fallis Andelahe : ce qui fut confirmé, en 1415 , par le cardinal Pierre, nonce du Saint-Siège, en Allemagne. L'empereur Henri V, dans son diplôme de 111 i, cl le pape Innocent II, dans sa bulle de 1140, comptent ecclesiam S. Andreet apud Andlau mm omni decimntione dans le nombre des possessions du monastère d'Elival. Peu d'années après, les dîmes de l'église de Saint- André appartenaient déjà à celui d'Andlau, qui donnait, en compensation à Etival, une redevance annuelle de quinze mesures devin, nuindecim men\uras fini, quas habetis procenttt ecclesiœ S. Andrew Andelacensis , comme s'expriment le pape Eugène III, en 1147, et l'empereur Frédéric I<% en 1180. L'abbe se Sophie d'Andlau ayant refusé, au quinzième siècle, de continuer celte redevance, Dominique de Midrevaux , abbè d'Elival , en porla ses plaintes aux pères du concile de Baie. Ceux-ci déléguèrent le prévôt de Sainl-Dié pour juger le différend en leur nom. L'abbessc comparut devant le commissaire, le 16 septembre 1437, pour demander un accord. Valentin, abbé dcScnones, fut alors nommé arbitre. Par l'accord, passé le 19 octobre de la uièriic année, l'abbessc d'Andlau promit le paiement annuel de quinze mesures guindecim Hamas ri m rubei boni et suffit it iitis, et l'abbé d'Elival se soumit également à envoyer chaque année à l'ubl>esse douze fromages bons et bien conditionnés, duodecim cu»eos bonus et suflkiente*, anales sunt in monusterio

dans le nombre des prévôts d'Etival, Lambert, en 1065', et Titimar, en M 14. L'empereur Henri V, étant à Strasbourg, confirma à ce dernier le i8 mars de la même année, à la prière de Cunon, évôque de cette ville, les biens et les privilèges du monastère d'Etival, ceux surtout qu'il avait en Alsace*. Conrad, qui succéda dans la prévoté à Titimar, voulant accorder un fief à un noble voisin, nommé Frédéric de Saint-Germain, le fit du consentement de Mathilde, abbesse d'Andlau, seigneur de son église et de l'agrément des deux dames de son chapitre. L'acte passé, en i 1 21 3 , fut scellé du sceau de Sainte-Richarde, souscrit par l'abbesse, par quelques-unes de ses chanoinesses , par les trois chanoines desservant l'abbaye d'Andlau et par Hugues, comte de Dabo, leur avoué. Henri était prévôt d'Etival en H 40, et ce fut en sa faveur, que le pape Innocent HI renouvella les possessions de son église , tant alsaciennes que lorraines , en la prenant sous la protection du Saint-Siège. Il rappelle dans sa bulle, datée du 12 décembre il 40 \ un privilège de Brunon, évéque de Toul, qui fut pape sous le nom de Saint-Léon IX5. Mais ce privilège n'existe plus.

Les chanoines d'Etival avaient depuis plusieurs années

Slivayiensi. Cette redevance respective a cesse depuis l'an 1685, qu'elle fut annulée par l'accord passé le 13 mars entre les deux parties.

1 Lambertus prœpositus Stivaqienxi* signa, en 1065, la charte d'I'don , évêquo de Toul, pour l'église de Sainl-Gengoul de la même ville. Cm.net, Histoire de Lorraine, tom. 2, preuves , roi. cccxxvm.

' Le diplôme de ce prince se trouve dans Hcgo, lom. 2, inter prubal. col. dxxxix, et dans doin Cai.met, Histoire de Lorraine , tom 5, preuves, col. cxxviu de la seconde édition.

5 Pièces justificatives; cf. Wubdtwei*, «or. si/6, dipl., lom. 7, pag. 47.

' Elle est imprimée dans dom Hi tiO, tom. cit. prob. col. dm.

4 Sonda rerordationis piœ memoriœ $anctoj Tullensis t cclesioi Bruno vobis privilegium conscripsit et dédit.

HISTOIRE DE l' ÉGLISE

quitté la vie commune. Mathilde, abbesse d'Andlau, la même dont nous venons de parler, voulant l'y rétablir, profita du zèle et de la bonne volonté de ces chanoines, pour y introduire l'institut de Saint-Norbert , ou des prémontrés, qui commençait alors à devenir célèbre1. Elle le fit, en H 46, du consentement des chanoinesses et des chanoines de son chapitre d'Andlau , du comte Hugues , avoué et des autres vassaux de l'abbaye , et à la demande des chanoines séculiers d'Etival*. Etienne I« ' , abbé de Flabémont, qui avait été fonde en 1 132, seconda les pieux efforts de Tabbesse Mathilde , en y envoyant de ses religieux3. C'est ce qui fit qu'Etival se trouve encore aujourd'hui sous la filiation de l'abbaye voisine de Flabémont. Mathilde accorda aussi en propre plusieurs biens , entre autres la troisième partie du ban d'Etival4, au monastère de ce nom, qui prit alors le titre d'abbaye. Gillibert, disciple d'Etienne, en devint le premier abbé, depuis l'introduction de la règle de Saint-Norbert, à la demande de Henri, évêque de Toul, et de Berthe, épouse de Mathieu, duc de Lorraine5. Ce fut Gillibert qui obtint, d'Eugène 111,

* Peltre , Vie. de Sainte-Odile , chapitre 17, pag. 176.

* « Locum Stivagii.... Mathildis ecclesia? Andclaccnsis abbalissa, concilio et con- « sensu totius capituli sanctimonialium et canonicomm suorum , comitisque Hugonis « ejusdem ecclesia; advocali atquc ministcrialium , petitione quoque canonicorum

saccularium, qui ejusdem Stivagiensis ccclesioe longo tempore liabitatores fuerant, » promonstratensi ordini et fratribus ibidem deo servientibus in pcrpetuum bénigne • concessit cum tertia parle banni Stivagiensis, » dit, en 1147, le pape Eugène III.

" Rcyr, pag. 241 et 246 ; àvbertin, pag. S7; Huco, pag. 895, et Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 2, liv. 21, pag. 423, de la seconde édition.

1 Dom Hugo a donc lort de dire , pag. 895, que les possessions et les biens accordés a Elival par Sainte-Richarde, passèrent, avec des charges, à l'ordre des prémontrés ad nos cum oneribus transierunt.

* Benoit Picart, Supplément à l'histoire de la maison de Lorraine, première partie, pag. 56.

lu confirmation de tous les changements, que l'abbessc d'Àndluu avait faits à Etival , et des possessions attachées à ce monastère. La bulle de ce pape est datée d'Àuxerre, 6 septembre 1147 *. Gillibert ne survécut pas longtemps à cette époque. Hugues était déjà abbé, en H 50*, et assista, en H 54, à la dédicace de l'église abbatiale de Senones3. Il mourut le 6 d'août H 58*. Raimbald, son successeur, reçut en 1161 deux privilèges de Henri, évêque de ïoul et de Hillin, archevêque de Trêves5. Son décès arriva le 30 janvier 1169. Walther, ou Gauthier, fut tiré du monastère de Rangeval pour prendre sa place. Hatvide, qui avait succédé à Mathilde et à Hazigue dans l'abbaye d'Andlau 6, confirma non-seulement à l'abbé Walter et à ses successeurs le tiers du ban d'Etival , mais elle lui donna aussi enpropriété les deux autres tiers sous une simple redevance annuelle de quarante sols , monnaie de Strasbourg. Elle ne se réserva des anciens droits de l'abbaye d'Andlau, sur celle d'Etival, que celui de retirer à elle cette concession, si la redevance n'était pas payée aux termes prescrits. Elle conserva aussi, pour marque de l'ancienne dépendance 7 , une redevance annuelle de quarante sols , monnaie de Strasbourg, payable en deux termes, le 29

1 Cette bulle se trouve dans Hlgo, Iom. 2, probat. col. hxliji , et dans un livre français intitulé : Défense de l'église de Tout , preuves , pag. 44.

1 Ruvh , pag. 2i8, et Gallia christ., Iom. 15, pag. 1428.

3 Remiomme, in historià inediani monasterii, parle 4, pag. 502,

* Hit.o , pay. 894.

J Idem , inter probat. col. dxlvi et dxlviii. Défense de l'église de Toul , pag. 49 et SI, et IIontiikim, ///«/. trevir. diplomatica , Iom. 4, pag. X92.

* Voyez ci-dessus, pag. 236.

7 Quœ videlicet ecclesia , dit-elle , ex imperiali benefieio et privilégia , ordinalioni et disposilioni ondelacensis ecclesvt a diebus anliquis subjacere dignoseitur.

296 HISTOIRE DE LÉGLISE

juin et le 11 novembre1, ainsi que la faculté de donner, elle et celles qui viendraient après, l'investiture à l'abbé élu. Il devait encore venir tous les ans célébrer la messe solennelle à Andlau, le jour de Saint-Pierre et de Saint- Paul. Si l'abbesse était obligée d'aller à la cour de l'empereur pour les affaires de son église, il lui était libre de mener avec elle l'abbé d'Etival et celui-ci ne pouvait s'en dispenser, s'il n'avait quelque cause légitime , qui l'empêchât de faire le voyage. L'abbesse ne pouvait prendre aucune part à l'élection, ou à la déposition de l'abbé : elle n'osait même refuser l'investiture à celui qui était légi-» timement élu et agréé par le supérieur majeur de l'ordre. Cet accord passé en 11722, du consentement des dames du chapitre d' Andlau , des chanoines de son église et de son avoué, fut fait en présence des abbés Ulrich de Honcourt, Etienne de Flabémont, Wilhelme de Muran et Constantin de Baumgarten.

Walter eut pour successeur dans l'abbaye d'Etival Warner, ou Wamier, qui fut élu en 11 77 3 , et auquel l'abbesse Hatvide conféra , la même année et sous les mêmes conditions, l'investiture de l'église et du ban d'Etival*. Les donations des abbesses Malhilde et Hatvide , avec les clauses du traité de H 72, furent confirmées par l'empereur Frédéric 1er. Le diplôme, qu'il lit expédier en conséquence en faveur de Warner , abbé d'Etival , est daté de Hagenau du 11 octobre 1 180 5. Ce diplôme, qui rappelle la

1 Celte redevance a été acquittée jusqu'en 1685, sur le pied de quatre florins de Strasbourg et de douze fromages.

* Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov. subs. dipl., tom. 40, pag. ili. ' Hugo, pa<j. 806.

* Pièces justificatives; cf. Wïîrdtwein , nov. subs. dipl., tom. 10, pag. 57.

* Pièces justificatives ; cr. Wurutwei.n , nov. subs. dipl., tom. 10. pag. 97.

M. Schoepflir a public ce diplôme dans le tome premier de VAlsalia diploma-

plupart des possessions qu'Etival avait en Alsace \ est remarquable en ce que l'empereur ordonne le duel, pour terminer les affaires litigieuses de ce monastère4. Il fut souscrit par les évêques Conrad de Strasbourg et Louis de Bàle, par Frédéric, duc de Suabe et d'Alsace, son fils, par les comtes Amédée de Montbéliard et Louis de Ferrette, et enfin par Hadewide, abbesse d'Andlau. Depuis ce temps l'abbaye d'Etival ne nous offre plus rien de remarquable, touchant sa dépendance de celle d'Andlau. Le pape Luce III, confirma en 1181, au même abbé Warner, les biens et privilèges du monastère d'Etival3, se servant à peu près des mêmes expressions qu'Eugène III, son prédécesseur. L'abbé Guillaume de Lunéville renouvella, en 1399, avec Elisabeth d'Oberkirch, abbesse d'Andlau, l'ancien traité, passé en 1I724. Les archives5 de cette dernière abbaye conservent l'original d'un acte de 1337, par lequel Richard, abbé de Flabémont, en sa qualité de pèreabbé d'Etival, demande à l'abbesse d'Andlau l'investiture

tica, pag. 484. Mais, outre qu'il ne l'a pas donné en entier, son édition est fautive. On y trouve aussi, tom. cit., pag. 272, un diplôme du même empereur, daté d'Oberenheim et du 12 octobre de la môme année, qui confirme au monastère d'Etival la donation de la terre de Sorjamp, laite par un noble, nommé Wideric.

* Entre autres les dîmes en grains et en vin qu'Etival avait à Sigolsheirn ; la cour de Kiensbeim ; la cour de Dambach , qui lui avait été donné par Hugues, comte de Dabo; d'autres terres dans le même endroit ; les biens donnés par le noble Jean de Chatenoi et par la comtesse Gcrtrude, épouse d'Albert, comte de Dabo ; des vigne» à Otlenrott accordées par Thierri , châtelain de la Roche ; de» biens situés à Rosheim, etc.

* Voyez le tome précédent, pag. 181-183 ; tom. m, pag. 40, et ci-aprés, livre neuvième. Episcopat de Baudouin. — i0« alinéa, texte et note contenant un extrait du diplôme.

5 AiBtRTiN , pag. 58, et Gallia chsist., tom. 45, col. 4429,

* Hdco, Annal., pag. 903, et Gai 1. christ., tom. 45, col. 1434.

1 Sotc de l'éditeur. — La rédaction suivante, qui se trouve jointe au manus-

HIST01IIE l>E L'ÉGLISË

ordinaire pour Thierri, abbé élu et confirmé d'Ktival '. Cette cérémonie, observée encore en 1541, reste précieux des anciens droits de l'abbaye d'Andlau, n'a plus lieu aujourd'hui. Les deux chapitres , en vertu d'une transaction passée entr'eux, le 13 mars 1685, ont renoncé à toutes les obligations et redevances réciproques, et l'abbé d'Etival a été notamment déchargé du devoir de prendre l'investiture de l'abbesse d'Andlau. L'abbé Jean Frouart

crit , semble avoir élé composée pour remplacer celle que nous donnons dans le texte.

Les archives de cette dernière abbaye conservent les originaux de deux actes de 1337 et 1387 , par lesquels Kicbard et Geoffroy, abbés de Flabémont, en leur qualité de pères-abbés d'Etival, demandent à l'abbesse d'Andlau l'investiture pour Thierri et pour Guillaume, l'un et l'autre abbé élu et confirmé d'Etival. On y trouve aussi une suite de présentations faites , par le prieur et le monastère d'Etival de leur abbé élu, à l'abbesse et au chapitre d'Andlau, et ce jusqu'en 1544, ainsi que les investitures accordées en 1510, par l'abbesse Gunégonde de Heinach , à Jean Féal , abbé d'Etival *. Gette cérémonie , reste précieux des anciens droits de l'abbaye d'Andlau , négligée pendant les troubles de religion et de guerre du xvi et xvn siècles, n'a plus lieu aujourd'hui. L'abbesse Marie-Cunégonde de Beroldingen et l'abbé Simon Godin, ainsi que les deux chapitres des deux abbayes , passèrent le 16 mars 1085 une transaction, par laquelle, en renonçant réciproquement à toutes obligations et redevances respectives , l'abbesse d'Andlau et son chapitre déchargent à perpétuité l'abbé d'Etival du devoir de prendre l'investiture et de tous autres services, stipulés dans l'accord de 1172.

1 Voyez la note suivante.

* « Cumcollalio, institutio, omnique inoda plenaria canonica dispositio Abbatia? « ordinis prrcmonstratensis in Stiva ad nos Abbatissam et ccclesiam nostram , sive - collegium in Andelo plcno jure pertineat » dit cette abbesse dans ses lettres d'investiture, en ajoutant : « dictam abbatiam vacuam cum plcnitudinc juris canonici ac « omnibus juribus et pertinences suis vobis auctoritate nostrà ordinaria conferi- « mus. . . . l'squc in corporalem possessionem dicte Abbalie, jurium et pertinen- . tiaruui inducimus et inveslimus de eadem. *

DE STKASBOl KG. LIVRE HUITIÈME. 200

avait établi à Etival la réforme de la congrégation des prémontrés de Lorraine1. - La manse abbatiale fut unie à l'évêché de Toul, en vertu des bulles du pape Benoît XIV, du 5 juin 1747, et des lettres-patentes du roi Stanislas, du premier novembre 1749*. Mais elle en fut démembrée par de nouvelles bulles du pape Pie VI , du 21 juillet 1777, confirmées par lettres-patentes de Louis XVI, du mois d'août 1 778, pour être réunie à la manse épiscopale de Saint-Diez et former la dotation de ce nouvel évêché.

' Hdco, pag. 913, Peltre, pag. $18, Albrecrt, pag. 4S5, et Gallia christiana, tom. 13, col. 1434.

* Calmet, Bibliothèque lorraine, pag. 98, et Notice de la Lorraine, tom. 1, pag. 419 et 420, et Thibault, Histoire bénêficiale de la Lorraine , pag. 370.

ESCHERY ET COLANESBERG

Les monastères d'Eschery et de Colanesberg, nous offrent peu de faits remarquables. Ce dernier n'eût qu'une existence passagère. Les titres de celui d'Eschery sont perdus, ou enfouis dans les archives de Ribeaupierre , conservées au château de Ribeauvillé. Eschery, ou Achery, nomme en allemand Eckerich , est situe en Alsace , à cinq lieues de Colmar, dans le fond de la vallée de Lièvre, quatre de Sehlestadt, trois de Saint-Hippolite, une de Ribeauvillé et à une demie-lieue de Sainte-Marie-aux-mines. C'était, dans son origine , une église nommée Belmont ou Schœnberg, dédiée à la Sainte-Vierge. Deux hommes de condition, appelés Guillaume et Acheric, vinrent s'y retirer au commencement du neuvième siècle, pour y vivre dans la solitude. Guillaume s'y rendit célèbre par la pureté de sa vie et par le don des miracles, qui s'opérèrent avant et après sa mort1. Il fut inscrit dans le martyrologe de Moyenmoutier*, et il fut longtemps honoré dans une des

* Uioher, in chronico senoniensi, lib. i, cap. 9, a pu d d' Achery spiciltgii, pag. 507, primœ edit. anni 1659, et Rhyr , Antiquités de la Yosge, part. 5, lit: 1, chap. 9, pag. Îi9.

* Au trois de novembre, où Ton lit: Hl nonus novembris , apud Evhericuin vkurn , sancti Willelmi eremitœ magna virtutis viri.

IIIST. DE l/Éf.LISE DE STRASBOURG. LIV. HUITIEME. 301

églises paroissiales d'Eschei y, qui en prit même le nom Acheric, qui succéda à Guillaume dans la solitude de Belmont, vit croître le nombre de ses disciples, qui changèrent sa retraite en un monastère. Le lieu de Belmont appartenait en propre à Luitfrid, comte en Alsace. Les comtes Leutard et Hugues, ses fils, accordèrent à Acheric et à son église toutes les possessions et tous les serfs qu'ils avaient dans cet endroit. Cette donation se fit avant l'année 837, qui fut celle de la mort du comte Hugues3. Acheric s'adressa à Lothuire, roi de Lorraine, pour obtenir la confirmation de ces biens. Ce prince se rendit à sa demande, et en fit expédier le diplôme, daté de Strasbourg 859 3.

Acheric mourut lui-même en odeur de sainteté et donna le nom d'Acheri , ou d'Eschery , au monastère qu'il avait fait bâtir4. Il fut enterré au milieu du chœur, devant l'autel de la Sainte-Vierge, où l'on voyait encore son tombeau au temps de Richer, religieux de l'abbaye de Senones, qui écrivait au milieu du treizième siècle5. Hesson, dis-

* Elle csl nommée ecclesia parochialis ville Alt-Eckirch sancti Wilhelmi , dans un acte de 1317. U-s lettres des seigneurs de Rappolstein , de 1507 , rappellent aussi das dorf sanct Itlàsy , ouch sanct Wilhelm gênant.

* Annales tlertiniani , npud Muralorium in script, rer. Uni. , tom. S , part. 1, pag. 525, et apud Bouocetum , in script, rer. galliv., tom. G, pag. 199.

1 Pièces justificatives, tom. 2, num. 429, pag. ccxi.vn. Diun Calmet , quia publié ce diplôme dans son histoire de Lorraine, tom. 2, preuves, pag. cclxxxvii de la première édition, l'attribue mal à propos à l'empereur Lothaire II et le date île 1129. Il répète cette singulière inadvertance dans la notice delà Lorraine, tom. 1, pag. 7 il.

* Richer et de Ruyr , loc. cit.; l'abbé Chastelaix , dans son martyrologe universel, publié en 1709, pag. 7 M, place Saint-Achery dans le nombre des saints aémères, c'est-à-dire de ceux dont on ignore le jour de la mort.

5 Cujux corpus , dit-il , in mrdio cliori in ipsn ecclesia nnte nltnre bentat Maria sepultum ndelitr.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

ciple et successeur de Saint-Acheric 1 , leva de terre le corps de Saint-Guillaume et plaça ses reliques dans une châsse ornée d'or et d'argent. Hesson fut remplacé par Blidulphe, qui fut le restaurateur, et non le fondateur du monastère d'Eschery, comme l'ont cru jusqua présent tous ceux qui en ont parlé 8. C'est l'autorité de Richer qui les a séduits, mais cette autorité, qui est de peu de poids pour les temps anciens, ne doit pas prévaloir contre l'ordre de la chronologie. Blidulphe vivait non dans le neuvième siècle8, mais au milieu du dixième4. 11 était princier et premier archidiacre de la cathédrale de Metz5. Ayant de la naissance et des richesses , il était savant et un des plus habiles de son siècle. Mais sa vie et ses mœurs ne répondaient pas à son esprit et à ses talents. Une

1 C'est sans rondement que Hesson et Acheric sont nommés religieux de l'abbaye de Maurmoutier , par dom Calmet , Histoire de lorraine , tom. S, de la seconde édition, preuves, pag. cxxvi, note q.

* Tels que sont Jean Herquel , ou Herculanus, de antiquitatibus vallis Galileat , cap. 15, apud Hugo, in monum.% tom. 4, pag. 488 et 489, et Calmbtum, preuves, tom. 7, pag. clxxh; Rcyr, pag. 228; Mabii.lon, Annal, benedict., tom. 5, lib. 45, pag. 416 et 447 ; dom Cai.met, Hist. de Lorraine, tom. 4, pag. 874, et Notice de la Lorraine, tom. 1, pag. 759, et Supplément , pag, 432.

1 Comme l'écrit la Gallia christiana, tom. 43, pag. 806.

4 II est certain que Blidulphe était contemporain du bienheureux Jean de Vandières, qui succéda , en 960, à Einold, dans l'abbaye de Corze et qui mourut en 975, suivant les auteurs de l'histoire générale de Metz, tom. 2, liv. 5, pag. 62 et 65. Il est encore certain que Blidulphe embrassa l'état monastique , lorsqu'Adalbcrt était abbé de Moycnmoutier. L'ancien catalogue de ces abbés publié par dom Belhomme, in historid ilediani monasterii , cap. 7. part. 2, pag. 181, le dit en termes exprés. Or, Adalberl gouverna Moyenmoutier depuis 9S5 jusqu'en 985.

* Le princier appelé autrefois primicerius, parce qu'il était inscrit le premier sur la table , ou tablette enduite de cire contenant les noms des chantres , était dans l'église de Metz , dés le temps de Saint-Chrodegand , la troisième personne après Tévèque. Il est nommé avant le doyen et le premier cliorévéqne dans la bulle du pape Léon IX, pour l'abbaye de Sainl-Arnoul de Metz , de 1049 , apud Mecrisse, Histoire des èvêqnes de èlcti , pag. 3iii. Il est aujourd'hui le premier dignitaire du chapitre.

grande maladie qu'il essuya, le tira de l'espèce de désordre dans lequel il vivait. Il fit appeler Einold, qui depuis l'an 933 gouvernait l'abbaye de Gorze, voisine de Metz. Il reçut de lui l'habit religieux et se lit aussitôt transporter dans son monastère. La santé de Blidulphe s'y rétablit parfaitement. Il vécut à Gorze d'une manière si exemplaire, que l'abbé Einold l'envoya rétablir la discipline régulière dans l'abbaye de Saint-Maxim in de Trêves, conjointement avec Ogon, ou Hugues, qui en était abbé. Einbold donna à Blidulphe pour adjoint un de ses confrères, nommé Gondelach, profès de Fulde. L'un et l'autre revinrent à Gorze après la mort de Hugues , arrivée en 947 Mais brûlant du désir d'une plus grande perfection, ils se retirèrent dans les Vosges2. Ils s'arrêtèrent d'abord pendant quelque temps dans l'abbaye de Moyenmoutier, auprès de l'abbé Àdalbert, puis ils se rendirent à Eschery3. Blidulphe en rétablit l'église, y érigea neuf autels, répara le monastère , y joignit des lieux réguliers et y assembla plusieurs religieux, auxquels il procura de nouveaux revenus. Ceci arriva vers l'an 963. Blidulphe vécut dans cette retraite pendant plus de dix ans et il fut enterré dans l'oratoire qu'il avait bâti près de sa cellule. Gondelach, son compagnon lui survécut quelque temps et fut inhumé dans le même endroit.

Tels sont les commencements du monastère d'Eschery,

* Chronicon S. Maximini , apud Hontiieim , in prodromo Historien Irevirensi*, parle i, pag. 1006.

1 Dlidulfus olim metensium primicerius et Gundelohus nobilissimus l>ei famulus, ambo Deo digni riri vilu et specie monachi , dit l'ancien catalogue dos abbés de Moyenmoutier , écrit vers l'an 1018, que nous venons de citer.

' Joanncs , in vilâ S. Joannis abbnlix Goniensis , cap. 8, apud Roixandim , tu,u. .», februarii , paj. 705, et apud Mabm.i.qnem , in actis sanrlurum ord. S. lieueditti , loin. 7, sœculi S. nu m. OU, patj. 5H~.

304 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

qui donna origine au village de ce nom, et au bourg de Sainte-Marie-aux-mines , nommé en allemand Markirch1. Ce dernier endroit, connu dès le milieu de l'onzième siècle', doit son nom aux mines, qui y furent découvertes et exploitées, et à l'église paroissiale de Sainte-Marie-Magdeleine bâtie dans la partie Lorraine , qui se trouve au-delà de la rivière de Lièvre. La partie alsacienne de Sainte- Marie, dépendait autrefois de l'église paroissiale de Saint- Guillaume, située à une demie-lieue de cet endroit, où est aujourd'hui la chapelle luthérienne du village de Saint- Biaise. Le monastère d'Eschery devint un prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, sous la dépendance de l'abbaye de Moyenmoutier3, à laquelle les fondateurs l'avaient accordé. L'abbé y envoya de ses religieux jusqu'au treizième siècle, que l'église du prieuré, qui était sous l'invocation des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, fut réduite en paroisse4. Elle l'était dès l'an 1279, qu'une sentence des juges délé-

' Sainte-Maric-aux-Mines est un bourg , ou plutôt une petite ville , placée dans le fond de la vallée de Lièvre , qui forme deux paroisses catholiques situées toutes deux dans le diocèse de Strasbourg. Mais la rivière de Lièvre les sépare en deux parties. La partie septentrionale, qui est en Lorraine, appartient au roi de France. L'autre, qui est méridionale , est en Alsace , sous la souveraineté du roi , mais de la seigneurie de Ribeaupicrre possédée aujourd'hui par le prince Maximilien-Joseph des Deux-Ponts. Les Luthériens et les Calvinistes ont aussi chacun un temple dans la partie alsacienne.

* Sancla Maria est rappelée dans une charte de Thierri , duc de Lorraine , de 1078, pour le monastère de Lièvre. Voyez ci-dessus , pag, 494.

1 Le pape Léon IX , dans sa bulle de 1051, apud Benoît, Histoire de Toul, preuves, pag. 426, rappelle Abbatiam mediani monasterii cum omnibus appendiciis ejus curiam de Archiriaco non longe mullum a valk S. Deodati sitam. Innocent II, dans celle du lî décembre 1110 , nomme ecclesiam de Eehery cum appendiciis suis , dans le nombre des possessions de l'abbaye de Moyenmoutier. Reuiomme , in Historiâ Mediani monasterii , parle S, pag. 284.

4 « In cellâ Acherici monachi mediani monasterii ferc usque ad tempora nostra « feruntur habitasse. Modo vero ecclcsia parochiah's per negligentiam monachorum « es! elIVct.i, » dit RlCHER dn Sommes.

gués du Saint-Siège, maintînt dans la possession de cette cure-reetorat Arnold , qui avait été nommé par l'abbé et les religieux de Moyenmoutier 1 . Cette abbaye perdit insensiblement ses biens et ses dîmes d'Eschery. Celles-ci, possédées par le seigneur, étaient réduites en 1497 à une rente annuelle de quinze sols, monnaie de Strasbourg2, que Moyenmoutier retira jusque vers la fin du seizième siècle3. Les sires de Ribeaupierre succédèrent en 1381 dans la seigneurie d'Eschery, à la famille noble qui en avait pris le nom et qui s'éteignit alors dans la personne de Jean d'Eckerich. Egelolphe deRappolstein,qui embrassa publiquement le luthéranisme, en 15034, l'introduisit à Eschery ; et Eberhard , son fils , y reçut les calvinistes de Lorraine, que le duc Charles III avait chassés de son pays, en 15865. Depuis ce temps, les trois religions ont leur culte public, tant à Eschery, qu'en la partie alsacienne de Sainte-Marie-aux-mines. Les montagnes et les censés voisines sont aussi habitées par des Anabaptistes , Mennonites, gens estimables par leur patience, leur douceur et leur travail, bien différents des fanatiques sanguinaires de Munster dont ils portent le nom. Ils vinrent s'y établir vers le milieu du dix-septième siècle , lorsque les cantons de Berne et de Zurich les firent sortir de la Suisse.

Eschery et Sainte-Marie sont particulièrement connus par leurs mines et leurs minéraux ; les naturalistes regardent ces endroits, ainsi que les villages et les hameaux qui se sont formés dans le voisinage, comme des lieux où il se trouve le plus de variétés de ce genre. « Ceux qui ont quel-

' Belhojime, lib. cit., pari. i..pag. 556.

' Evaluée à trois franc?, doux gros et demi , monnaie de Lorraine. * Relhonme , P'ig. 57 i.

' Pantaleon, de viris illuslribus germaniœ , lib. 5, fui. 519. RrVR, Antiquités dt In Vosge . pttg. 250.

iO

HISTOIRE DE l' ÉGLISE

* que connaissance dans l'histoire de l'exploitation des

* mines, je me sers des paroles du célèbre et savant miné- « ralogiste Monnet 1 , reconnaîtront , au nom de celles de < Sainte-Marie, une des plus renommées, des plus anciennes

* et des plus considérables exploitations du monde, et qui . les surpasse peut-être toutes par la variété et la quan- «. lité prodigieuse de mines et de minéraux qu'elle a four-

* nis. Si quelqu'un en doutait, il n'a qu'à consulter les <• catalogues et les registres des cabinets minéralogiques <■> des princes. Il se convaincra que presque les plus beaux

* morceaux, de toutes les espèces qui composent ces col- « lections, sortent de cette exploitation. En effet, si on « excepte l'or et les mines d'étain , il n'y a point d'espèce « de métal et minéraux, que les filons de Sainte-Marie « n'ayent fourni. » M. Monnet , dont nous venons d'emprunter les expressions, avait fait un long séjour à Sainte- Marie et s'était même proposé de faire une description complète de ces mines ; mais les difficultés, et le peu de secours qu'il a trouvé, lui ont fait abandonner ce dessein. Nous ne parlerons ici qu'historiquement des mines d'argent qui s'y trouvent2. Elles furent exploitées en Alsace avant les riches mines de Goslar en Saxe 3 et avant celles du val de Saint-Dié en Lorraine4, qui ne datent que du

* Exposition «les mines , imprimée à Paris , pu 1772, pag. 225.

' C'est sur de faux renseignements que M. le marquis de Lnehet assure , dans ses Essais sur la minéralogie et la métallurgie » pag- ~H et 10 i, qu'on ne connaît point en France de mines d'argent et qu'on ne peut qualifier ainsi celles d'Alsace.

* Les mines de Goslar furent découvertes vers l'an 968 , sous l'empereur Othonle-Grand. Temporibus suis aureum ilturil saruium apud nos , inventa priiintm argenti venu, écrit Ditmah, Annal., lib. 2, pag. .>.».».

' Il y avait dans le val tic Saint-Dié sous Sainl-Gcrard , qui devint évéqne de Toul en 963, des mines d'argent , dont il se réserva la dîme. Décima minai argenti, dit Widric, abbé de Sainl-Evre, dans la vie de ce prélat, cap. iii, apud Cai.wkt, llixtoire de Lorraine, tu.u. 2, preuves , pag. <:xi:iii, de la xeronde èdilimi.

milieu du dixième siècle. Les premiers solitaires d'Eschery découvrirent aux environs , peu de temps après la fondation du monastère , des mines d'argent fort riches. C'est la remarque de Richer, historien de l'abbaye de Senones 1 . Ils les ouvrirent, les firent valoir et en retirèrent de trèsgrands produits. Les moines, leurs successeurs, donnèrent ces mines en fief à des nobles du pays , qui en prirent le nom d'Eckerich*. Ceux-ci firent bâtir à quelques lieues de là, mais dans le district du duché de Lorraine, un château qui fut également appelé Eschery3. Ce château, qui est aujourd'hui en ruines , fut bâti vers le milieu du treizième siècle *. Ce fut vers la fin du même siècle que cessèrent les exploitations des mines de Sainte-Marie, et avec elles cessèrent, en 1280, les pèlerinages qu'on faisait au tombeau de Saint-Acheric 5.

Les chroniques nous ont laissé ignorer les causes , qui produisirent cette interruption. Nos ancêtres, qui avaient

' In chronico, lib., cup. et pay. cit., « quorum dicbus argentarke fossœ reperUe n sunt , in quibus niultum argentum esse fertur eflbssum »

* Le premier noble d'Eckerich connu esl G. de Eckerich, qui signa , en 1232, des lettres de Henri , comte de Wcrd , Landgrave de la basse Alsace. La GuiLLK , Histoire d'Alsace , preuves , pag. 56. On trouve les noms îles Sobiles viri Hanerirux, Gerardus, Cuno , Concermannus, domini de-Echerich, dans une charte de l'abbaye de Moyenmoutier , de 1279, apnd Belhomne, putj. 556.

' « De quorum nobilium progenie, dit le même IllCliER , qui écrivait en 1263, « posleà exierunt viri , qui temporibus noslris in ipsa vallc Lebratli castrum con- * slruxerunt, quod nominc supradiclo Achcrich vocaverunt. »

4 L'annaliste de Colmar, apud Urstisium , paq. 20, rappelle, sous l'an 1284, castrum Echirc. On voit encore les ruines île ce château sur une montagne située près du village du Pelil-Homharli , sous la paroisse de celui de Sainte-Croix. Ce château appartient, pour la partie occidentale, au roi, comme duc de Lorraine, et pour la partie orientale, au prince Maximilien-Joseph de Deux-Ponts , comme seigneur de Ribeaupierre.

1 Ann. 1290 cessant concursus in Lebtrlhal ad sanclum Achericum , dit l'annaliste de Colnnr. C'est une faute «l ins le copiste suivi p ir Urstisus , pan. 17, qui porte ad Sa net mu Egidium.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

sur ce point de singulières idées, l'attribuèrent à de mauvais esprits métalliques , qui y établirent leur domicile et tuèrent ou chassèrent les pauvres mineurs J. Jean Herquel de Pleinfaing, chanoine de Saint-Dié, qui écrivait en 1541*, et Jean de Ruyr, son confrère, qui vivait en 1625 et 1G333, moins crédules remarquent que le bois ayant manqué pour fondre et façonner le métal , on fut obligé d'abandonner ces mines d argent jusqu'au seizième siècle. Cette raison ne nous paraît pas cependant la véritable. On y trouve encore aujourd'hui assez de bois, quoique les forêts soient bien diminuées depuis. Nous croyons plutôt que les eaux abondantes interrompirent le travail des ouvriers , soit que ceux-ci ignorassent les moyens de les détourner, soit qu'ils n'osassent soutenir les avances et les dépenses nécessaires *. On sait que de tous les obstacles qui se rencontrent dans les fouilles souterraines, il n'en est point de si dispendieux que l'abondance des eaux. Elle déconcerte les spéculations et détruit fort souvent l'entreprise. D'ailleurs, comme l'a très-bien remarqué M. Monnet5, il est ordinaire aux filons étroits qui courent en montagnes, de se montrer tantôt riches et tantôt pau-

' « On compte six espèces desdils esprits , «lesquels les plus infestes sont ceux, « qui ont le capcluclion noir , engendrés d'une humeur mauvaise et grossière. « Toutefois on peut surmonter leur malice par jeunes et oraisons. » C'est ce qu'écrivait én 1576 François Carrault, dans son traité sur les mines d'argent trouvées en France , que M. Cobct a public à la tête de son ouvrage , intitulé : Les anciens minéralogistes du royaume de France.

* In hisloriâ vallis Galilea?, cap. 15, apud Hugo in monumenlis sacrœ anliquit., tom. 1, pag. 189 et apud Cnlmel , Histoire de Lorraine, lom. 7, preuves, col.

•" Antiquités des Vosges part. 3, liv. 1 , chap. 9 , pag. ?•>/.

4 C'est aussi le sentiment de Sébastien Munster, Cosmographiœ, lift. J, cap. /ii, pwj. 540.

* Imposition des mines, pag. ItS.

vres. Ce qui a fait que l'exploitation des mines de Sainte- Marie a essuyé, dans différents temps, plusieurs défaillites et a repris dans d'autres.

Le commencement du seizième siècle fut un des temps les plus favorables aux mines de Sainte-Marie , dont une partie est située en Alsace et l'autre en Lorraine. Brunon de Ribeaupierre, auquel appartenait la première, fit ouvrir en 1502 le puits de Saint-Guillaume, près du village de Saint-Biaise, à une demi -lieue de Sainte-Marie1. Les ducs de Lorraine, possesseurs de l'autre partie, suivirent son exemple. Dès l'an 1516, le duc Antoine eut une guerre à soutenir avec deux seigneurs allemands, Gangolphe de Haut-Gcroldseck et François de Sickingen , à l'occasion des mines de Lorraine et en particulier de celles de Sainte- Marie2. Il eut aussi pour le même sujet plusieurs difficultés avec l'empereur Charles-Quint , dans le cours des années 1519, 20 et 21 3. Charles III, duc de Lorraine, petit-fils d'Antoine, donna en 1561 une ordonnance, par laquelle il régla la manière dont on devait travailler aux mines de Sainte-Marie, et la subordination qu'il voulait faire observer dans la distribution et le payement des dîmes qui en provenaient4. Sous le même duc, en 1594, on comptait douze mines d'argent , de plomb et de cuivre dans le val de Lièvre lorrain :\ Charles IV devint duc en

' Registre manuscrit, qui se trouve dans le» archive* de Rappoklein à Ribeauvillé.

* Le continuateur de Monstrelel , cité par Dom Cai.ukt , Histoire de Lorraine , ton*. 5, pag. âXH, êdil. de IlSi el notice de la Lorraine , tom. / , \mg. 571.

* Ces difficultés furent levers et réglées par une sentence arbitrale de 1511. Les enquêtes de ce procès, renfermées dans un gros registre de 440 feuillet, se trouvent dans les archives de la chambre des comptes de Nancy.

* Cai.met, Histoire de Lorraine , tom. 5, pag. 729.

'■ Idem, Histoire de Lorraine, tom. S, dissertation sur les monnaies, p. M6,

HISTOIRE DE l'ÉOMSE

1626, et sous son règne, qui ne fut que celui de la guerre, les mines de la partie lorraine furent abandonnées. Elles reprirent une nouvelle existence sous Léopold i"1 qui, par ses lettres-patentes du 14 juillet 1690, nomma César François de Hoffelize, sur-intendant-général de ses mines *. Celles de la partie lorraine sont aujourd'hui entièrement négligées.

Les mines de la partie alsacienne continuèrent d'être exploitées par les seigneurs de Ribeaupierre , ou Bappolstein. Brunon, qui était de cette maison, afferma, en 1.506, la mine qu'il avait fait ouvrir pour deux cent florins, somme considérable pour le temps. Guillaume , son cousin, n'étant point en état de faire valoir toutes les mines qui se trouvaient à Escherey, à Sainte-Marie et dans la vallée de Lièvre, à cause des grands frais qu'occasionnaient l'ouverture et l'exploitation, mit de société, en 1527, Ferdinand, archiduc d'Autriche. Les deux contractants s'accordèrent à supporter également les dépenses et à partager de même les profils. Le seigneur de Ribeaupierre ne se réserva que la mine découverte par Brunon. Au moyen de cet accord, Charles-Quint investit de ces mines Guillaume et Ferdinand , comme d'un fief relevant de l'empire. Le diplôme est daté du 25 août 1530 3. L'empereur Ferdinand H céda, en 1620, à Eberhard de Ribeaupierre la moitié des mines, qui lui compétaient en qualité d'archiduc d'Autriche : ce qui fit qu'Eberhard et sa maison devinrent seuls propriétaires du total.

Piguerre, qui écrivait vers l'an 1515 son histoire de

■ Calmkt, Histoire de Lorraine, loin. ■>', /m?/. îtiS et Notice de la Lorraine , tom. I , pan. 741.

* Dirival, Description de la Lorraine, tom. 4 , pag. SOI, s Archives de Ribi-aii|»ierrcT

DE STHASBOlItG. LIVttE HUITIÈME. 31 i

France , remarque 1 qu'il y avait alors dam le val de Lièvre tant de mines d'argent, de bronze et de plomb, que nulle part en toute l'Allemagne il ne s'en trouve tant ensemble, ni de meilleur revenu *. 11 dit aussi que, depuis 1528 jusqua ees jours, on en tirait chaque année sixmille-cinq-cent marcs d'argent. Sebastien Munster , qui vivait dans le même temps que Piguerre, fait la même observation 3, et ajoute qu'on trouva, en 1530 et en 1539, dans deux différents puits, des masses entières d'argent cru pesantes environ trois quintaux. L'exploitation de ces mines peupla les environs et l'on remarque qu'en peu de temps, il y eût plus de douze cents maisons, bâties tant à Sainte-Marie qu'à Fertru. C'est dans leurs environs , ainsi qu'à Saint-Biaise, qu'elles commencèrent. On ouvrit, en 1549, les mines voisines d'Eschery et du petit Lièvre, ce qui fit qu'on comptait, en 1023, dans ces cinq endroits qui forment la paroisse de Sainte-Marie, jusqu'à vingt^leux puits de minières. Mais une forte épidémie qui enleva, en 1633, une grande partie des habitants de ces contrées *, et la guerre de trente ans qui désola , peu après, le pays, dispersèrent les ouvriers et firent cesser le travail des mines.

Ce ne fut qu'au commencement de notre siècle, qu'elles commencèrent à être reprises avec succès. Trois négociants de Strasbourg, nommés Simon Rnoll, Jacques Dûrninger et Nicolas Rederer, se présentèrent à Chrétien,

1 Livre t , chap. G.

* Piguerre croit aussi qu'il se trouvait de son temps deux puits de minière à Escliery, quatre dans un endroit nommé Surlaltes, ou Zyllhardt et douze à Kcrtru ou Fordclbach.

1 In Cosmographie , patj. o38.

4 Suivant un registre français, qui est conservé ù Itibcauvillc dans le? archives de la maison de Ribeaupicrre.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

prince palatin de Birekenfeld , et lui proposèrent de faire la dépense en partageant les profits. Ce prince qui , par Catherine-Agathe de Ribeaupierre , sa mère, avait obtenu la seigneurie de ce nom, passa avec eux, le 19 février 171 1 , un bail emphytéotique qui fut confirmé par lettres patentes de Louis XIV, du G septembre 1712. Nicolas Rederer, par l'abandon que les deux autres lui firent le 26 novembre 1730, se trouva seul concessionnaire des mines, dont il fit lui-même cession, le 5 octobre 1734, à une compagnie représentée par les Sieurs Krœber et Schreiber1. (jette compagnie en retira, l'année suivante, près de quatre mille marcs d'argent, qui furent portes à la monnaie de Strasbourg, trente milliers de cuivre et deux cent milliers de plomb , indépendamment du dixième de ces métaux, qu'elle paya en nature au duc de Deux-Ponts, fils et héritier du prince de Birekenfeld. Les mines de Sainte- Marie diminuèrent insensiblement depuis cette époque, où l'on comptait plus de trois cents mineurs, outre les enfants qu'on employait au lavage. La compagnie fut dissoute en 1767, parce qu'elle n'avait pas assez d'avances pour payer les dettes qui s'étaient accumulées pendant la disette des mines. La plupart des mineurs se dispersèrent et passèrent en Espagne , ou dans les forets d'Allemagne, qu'on nomme le Hartz. L'exploitation n'a pourtant pas cessé entièrement et les filons de la mine, qu'on poursuivait, n'ont pas été coupés. Elle s'est maintenue dans six puits avec près de soixante et dix ouvriers, sous la direction d'un seul officier , aux frais et aux profits de la seigneurie. Le produit de ces mines, dit M. Monnet, qui

' Louis XV, par lettres-patentes du 1S juillet 1736, déclara exempts du droit d'aubaine tous les étrangers qui seraient intéressés dans l'exploitation des mines de Sainte-Marie .[situées en Alsace.

écrivait en 1772 !, s'est soutenu sur vingt, trente jusqu'à cinquante marcs d'argent et sur douze à seize quintaux de cuivre, tous les quinze jours, ou toutes les trois semaines, provenant de la mine d'argent grise. Ce produit doit faire espérer, pour la suite, le rétablissement de ces mines intéressantes. L'inaction et l'espèce de defaillite, où se trouvent aujourd'hui celles de Sainte-Marie, doit être attribuée non seulement à l'épuisement insensible du canton, où la nature a formé les liions, mais aussi, comme le remarque M. de Genssane *, à la non-jouissance des privilèges accordés aux travaux métallurgiques, à la dévastation et exportation des bois et à l'exploitation dispendieuse qu'on ne facilite point assez aux cessionnaires. On ne saurait dire au juste le nombre des fdons qui ont été exploités, parce que la plupart de ceux qui le furent anciennement, sont ignorés, ou ont les marques effacées par le terreau. On peut cependant en compter dix-huit à vingt qui ont été poursuivis , pendant notre siècle , dans une même époque. Ces filons fournirent autrefois de toutes les espèces de mines et minéraux connues 3, à l'exception de celles d'or et d'étain. On prétend même qu'on trouva de l'or dans les premières exploitations qui furent faites, au seizième siècle, dans les mines de la vallée de Fertru, située à un grand quart de lieue de Sainte-Marie *. Il n'y

' Exposition des mines, paij. 228.

1 Mémoire sur l'exploitation «les mines d'AUace i'l du comté de Bourgogne.

1 On voit le détail et la désignation des divers métaux cl minéraux, qui se trouvent dans les mines de Sainte Marie, partie d'Alsace, dans le liùrgerfreund de 1776, lom. 2, pay. 70H-7H. M. Bayser, ministre luthérien de MietersholU, ancien curé de Sainte-Marie , en a formé la collection la plus curieuse et la plus complète.

4 C'est ce qu'on lit dans d'anciennes notices. Mais on n'en découvre plus aujourd'hui de traces cl même depuis bien longtemps. On pourrait peut-être , mais

HISTOIRE 1>E l'RGI.ISE

reste aujourd'hui que trois en exploitation \ qui donnent de la mine d'argent grise, de cuivre jaune et de plomb. Le spath calcaire, le spath qu'on nomme fusible , les accompagnent dans une gangue grise et souvent quartzeuse. La mine d'argent grise donne en argent jusqu'à deux marcs au quintal, et depuis seize jusqu'à vingt -cinq livres de cuivre ; tout le reste, suivant M. Monnet *, est ou arsenic, ou terre étrangère, ou fer. On découvrit, au commencement de ce siècle, à Sainte-Marie, une mine d'argent qui, sur cent-vingt livres pesant de matière, produisait quatrevingt d'argent pur. Cette mine, qu'on nomma cornée, à cause de sa couleur et de sa demi transparence, qui la fait ressembler à la corne, avait cela de particulier qu'elle n'avait l'apparence que dune matière terreuse et friable. On y découvrit aussi, vers Fan 1755, une masse considérable d'argent cru , qui garnissait entièrement le fdon et duquel on tira jusqu'à deux quintaux en plusieurs fois. Quoique les exploitations modernes de Sainte - Marie ne nous offrent plus de la mine d'argent rouge, c'est pourtant d'elle que sont sortis les plus beaux morceaux en ce genre. On en conserve entr'autres un dans le cabinet électoral de Mannheim, qui forme un groupe de cristaux, et qui passe pour un des plus curieux qui existent. La mine d'argent

avec beaucoup do peine, trouver quelques parcelle» d'or dans les gangues quartzeuses du cuivre.

' On rouvrit, en 1774, près d'Eschery, un ancien puits dans le canton nomme /.vllhardt, en patois Surlaites, ou Susïutre, qu'on nomme aujourd'hui Zur A'o/Ahitf. Ce canton était autrefois si abondant en métaux, que les ouvriers, qui l'exploitèrent, bâtirent à leurs frais l'église d'Esehcry, qui sert aujourd'hui aux catholiques et aux calvinistes. Cette mine rouverte, produisit en 1773 près de 480 quintaux de plomb : elle a peu d'argent , puisque le quintal n'en donne que deux onces et demi. Ce ne fut qu'en 1776 qu'on rouvrit l'ancienne minière de Saint- Paul , dans la vallée dite Krelilithat ou a la goule de grêlée.

' page i.î7.

rouge fut si abondante en 1754, qu'on la fondit comme une mine commune. Une autre, de 1755, donna environ deux quintaux d'argent cru, et une troisième, de 1771, produisit à peu près en même argent une valeur de deux mille livres. Enfin, pour terminer cet article par les paroles de M. Monnet f, il y a en Allemagne beaucoup de mines productrices d'argent ; mais il n'y a peut-être jusqu'ici que les seules de Sainte-Marie, qui aient donné ce métal sous tant de qualités différentes.

II n'y a plus que six mines en exploitation, 1° de plomb, à Saint- Philippe , près de Sainte-Marie, Alsace; 2° de plomb, à Surlatte, près de l'église d'Eschery ; 3° d'argent, à Saint-Guillaume; 4° d'argent, à Saint-Jacques; 5° d'argent et de cuivre, à (Jabengottes, toutes trois dans la vallée d'Eschery; et 6° d'argent, à Klein-Leberau.

L'histoire de la fondation d'Eschery nous a peut-être fait entrer dans des détails étrangers au but de cet ouvrage : mais comme nous les avons trouvé assez intéressants pour éclaircir l'ancienne métallurgie de cette province, nous n'avons pas cru devoir les omettre. Ils prouveront du moins la reconnaissance , qu'elle doit, pour la découverte des mines d'argent, aux premiers religieux de ce monastère.

Celui de Colanesberg * fut fondé vers le milieu du dixième siècle. Mais son existence fut si éphémère qu'on

' Page 253.

'• Mabillom, Annal, ttenedirl., lom. .>. lib. U! , pag. SU et iit urtis SS. ord. S. Benedieli, lom. 7, sœtuli S , pag. *7~ ; les autour» de la Caule chrétienne , tom. o, pag. 83i; Dom Calmkt, Histoire de Lorraine, font. 4 , Uv. 46, p. 828 et tom. 2, Uv. 19, pag. 1S2 et M. Sch<ei«iun, AI*, illust. , lom. S, pag. 448, rioun«nt à ce monastère le nom d'Alaneyberp , ou Analesberg. Dujiod. Histoire de l'église de Besançon, tom. 2, pag. 251 , l'a|>|ielle Lavcrsberg, mais son vrai nom csl Colanesberg, qu'on trouve dans le diplôme d'Othon de 959.

31 fi HISTOIRE DE I.' EGLISE

ignore sa véritable situation Comme cependant il faut la chercher dans les Vosges et dans le diocèse de Strasbourg, sur les contins de celui de Metz, nous croyons que ce peut être le village de Callenberg, qui n existe plus. Mais on voit encore les ruines de son ancienne église , qui était l'église même de Kostey, à une demi-lieu de Wingen, dans la seigneurie de Lucclstein, ou de la Petitepierre. Un saint abbé, nommé Baltram, vivait en solitude à Colanesberg depuis Tan 909. La réputation de sa sainteté et de sa chasteté avait passé jusqu'à Venise et même jusqu'en Danemarck. L'empereur Othon 1^", qui avait beaucoup d'estime pour ce solitaire, venait fort souvent le voir dans sa retraite, lorsqu'il séjournait en Alsace. Baltram y rassembla plusieurs religieux bénédictins et y fonda, vers l'an 947, un monastère, qu'Othon combla de ses bienfaits. La discipline monastique y fleurissait lorsque les deux évêques de Strasbourg et de Metz voulurent s'emparer du monastère et de ses biens 2 , l'évêque de Strasbourg sous prétexte que Colanesberg était situé dans son diocèse, et celui de Metz par la raison que ce monastère avait été fondé dans un endroil, qui faisait partie de son territoire temporel. Dans le temps que ces deux prélats se disputaient la possession de ce monastère , Hugues lc»\ comte du Nordgau , ou de la basse Alsace, et les comtes Eberbard IV et Hugues, ses deux fils, invitèrent l'abbé Baltram et ses religieux de Colanesberg de venir à Lure pour y rétablir cette abbaye qui, depuis plusieurs années, n'avait

' Dont Bernard de Fenclte. religieux de Murbacb, dans un catalogue niss. de? abbés de Lure, composé en 1736, prétend que Colanesberg était le monastère d'Oelcnberg, situé dans le Sundgau , près de Reiningcn. Mais celte situation n'y convient aucunement.

* En 917 , Rutbard était évéque .le Strasbourg ot Adalberon, évéque dr Mrl*.

ni abbé, ni religieux L*abbaye de Lure, fondée vers l'an 600 par Saint-Deïcole, ou Desle4, disciple de Saint-Oolombant dans le diocèse de Besançon, en Franche-Comté, sur les confins de l'Alsace, devenue célèbre par les vertus des saints abbés Colombin et Amat , successeurs de Deïcole , et par les privilèges que lui avaient accordés les empereurs Charlesmagne et Louis - le-Débonnaire , était possédée, en 806, par Waldrade , concubine de Lothaire, roi de Lorraine3. Eberhard III, son ami et son parent, fils d'Eberbard II , comte du Nordgau , mort en 864 >, et qui joignait lui-même les deux comtés de TOrtenau et de l'Argau à celui de la Basse- Alsace 5 , se rendit, après la mort de sa cousine, maître de Lure sous le titre d'avoué, en faisant servir les biens de te monastère à son ambition et à ses débauches avec une religieuse ou chanoinesse

4 Scion Adson, auteur de la yie de Saint- Valbcrt , abbé de Luxcuil , dont le mss. se conserve dans la bibliothèque de cette dernière abbaye, ce fut l'empereur Othon, qui appela Baltram de Colancsbcrg à Line.

' On place la mort île Saiiil-Dcn oie, au 19 jan\ier «19.

1 Voyez Mauili.on, Annal, bcnedirl. , tom. .7, lih. .î6 , png. 11* rl Lift; le tonie second de cette histoire, pag. 1U0 et lui.

' Ebcrhard II, mourut eu K6i, suivant la chronique de Saint-Gai, apml DtCHESNK , in script, rer. fiducie. , tom. 3. pag. itiO et eu 863, suivant celle de llichenau . apud Htss , in script, rerum Guetfic. , pag 272. L'une et l'autre le placent avec Lnitlïid III, comte de Sundgau, dans le nombre îles priuci|<aux seigneurs d'Allemagne , regni principes, bbcrliard 11 était liU d'Ebcrhard lrr, qui signa siijnum florihardo comité le testament de Fulrad , abbé de Sainl-Denys de 777 et qui est rappelé avec le comte Alberic , son père , dans l'ancienne vie de Sainte-Odile. Voyez les pièces justificatives de cet ouvrage , tom. I, pag. XLYlll et tom. 2 , pag. CXXYl et Schgkpfm.v , Als. illust. , tom. I , pug. 7Si, qui prouve la descendance d'Albcric et des trois Eberhard, d'Adalric, duc d'Alsace.

1 La charte de donation d'Ilérimald , en faveur de l'abbaye do Munster, publiée par le I». Laciiixl, Ittst. d'Ais., preuves, pag. iÔ , fut donnée en 898, en présence d'F.bcrhard III. l'resenle illustrissimo comité liberhardo. L'auteur de la vie •le Saint-Deïcole l'appelle Cornes bellipolen* de Alsatiœ parlibus nom t ne Eberliurdus. Deux diplômes du roi Arnoul de 888 et 891 pour l'église de Strasbourg , tom. ±, pag. CCLXXXIX et CCXCIV, font voir qu'il était aussi comte de l'Orle nau et de l'Argau.

HISTOIRE DE l/fcC.LISE

alsacienne d'Erstein *. L'agiographe de Saint-Deïcole rapporte qu'Eberhard fut dévoré par les vers, en punition de la tyrannie qu'il exerça sur les moines de Lure. Hugues 1er, son fils , qui lui succéda dans le comté du Nordgau , au commencement du douzième siècle, ainsi que dans ses droits sur l'abbaye de Lure, continua d'en conserveries possessions. Mais il se retira, quelque temps avant sa mort, dans ce monastère, où il finit ses jours vers l'an 940. Il laissa trois fils d'Hildegarde , sa femme , nommés Eberhard IV , Hugues et Gontram. Les deux premiers , pour acquitter les dernières volontés de leur père, remirent l'abbaye de Lure entre les mains de l'empereur Otbon, qui l'accorda avec ses possessions à Baltram et à ses religieux transférés de Colanesberg. Le diplôme de translation et concession, daté de Quedlimbourg, 6 avril 959 , fut donné dans une assemblée générale d'évêques, d'abbés et de seigneurs, qui y étaient venus célébrer avec l'empereur les fôtes de Pâques *. Nous parlerons d'Eberhard IV dans l'article suivant 3. Hugues et Gontram, ses frères, moururent sans postérité 4, et imitèrent l'exemple de leur père en

* Voyez ci-dessus l'article d'Erstein , />«{/. 207.

* Pièces justificatives ; cf. Wurdtweik, moi», subs. dipl., loin. .5, /mjj/. 574.

* Eberhard IV fut père de Hugues II , aïnul de Hugues IV et bisaïeul du pape Saint-Léon IX. Wibert , dans la vie de ce tlcrnirr, lib. 4, cap. 1, dit en parlant du père et du grand-père de Hugues IV, rujus paler , (Hugues II) et avus (Eberliard IV) — circa senium abjecta omni superbia yeneris et luxu mundi. . . . patri-

monia sua dando erclesiis , cœnobia ronstruendo in $iiis et tx suis prœdiis

Monaslico habitui tota tordis contritione summiserunt , laudabiliqiu > per cunrta fine decesserunt .... quin etiam Lutrense ctrnbium patrimoniis suis plurimum ampliaverunl. Eberliard , duc d'Alsace , est nommé dans le nombre de ceux qui assistèrent, en 938, au premier tournoi d< Magdebonrg; apud RiixXER, fd. 49, ni Modium , pag. 42; mais on sait que ces registres sont faux.

* Dorn HiT.o , Traité historique de la maison de Lan aine , jtaij. 32 et 55, Dom Gai. met, Histoire de Lorraine, tom. 4 , pny CCYltl et tant. 3 . jmj. 57 et 152, etc., prétendent, d'après Vignier, que ce Contran) est auteur de la maison de Habs- Imuig-Anliirlie. Mais M. SfiHUKm.lN , Ms. iihtsl. , tnm.t, pay. i65 et 475 ,

prenant , comme lui , l'habit monastique à Lure. Quant à Baltram , il prit possession de la nouvelle abbaye , le 27 octobre 959, et mourut en odeur de sainteté, le 15 août 960 Nous avons tiré la plupart de ces faits du moine anonyme, qui écrivit, vers l'an 980, la vie de Saint-Deïcole , sous l'abbé Werdolphe , neveu de Saint-Baltram et son successeur dans le monastère de Lure *. L'histoire de cette abbaye est étrangère à cet ouvrage 3. Elevée dans la suite au titre d'Abbaye princière, unie le premier janvier 1560, par le pape Pie IV à celle de Mourbach l, elle fut sécularisée avec cette dernière par la bulle de Clément XIII, du XI Aoust 1764, confirmée par lettres patentes du roi, du mois d'avril de l'année suivante 5.

démontre qu'elle descend d'un autre Goutram , surnommé le Riche, qui était fils de Luitfrid, comte du Suiidgau. Voyez ce que nous en avons dit nous-méme. Ferdinand de Saint-Urbain, mort en 17.18 , qui grava la suite des médailles des ducs et duchesses de Lorraine , grava aussi celles de Hugues I" et d'Eberhard IV, dont les coins sont aujourd'hui dans le trésor de Vienne, où les avait déposés l'empereur François. La médaille de Hugues porte celle inscription : « Hugo , cornes <• Alsatia* et Ferreti ex uxore Hildegarde, lîlios genuit, 1. F.berhardum lotharin- « -urum, 2. Hugonem egisheimiensium , 3. Gontramnum Uabsburgorum princier pum salures. » Mabh.i.on, Annal, benedicl. , loin. 5, pag. SU, tt tom. 4, lib. 52, pag. 163, se trompe lorsque dans le nombre de ces trois frères, il fait Hugues, père de Léon IX et Eberhard , père de Conrad-lc-Salique.

' PJecrologium Fuldcnse, apud Uibniliium , in script, rer. Orunswic, lom J, pag, 764. «An. dom. 960, Baldaram solitarius et eonfessor christi XVIII, kal. « septembris. » L'abbé Chastei.ain , Martyrologe universel , pag. 762, donne à Baltram le nom de Saint-Baltranin et ajoute que son culte est établi à Lure depuis plusieurs siècles. Il parle autre part, pag. 764 , du vénérable Baudran ou Valtchramiie , restaurateur du monastère de Lure. C'est encore le même Balthram , dont Chastelain forme deux différents personnages.

* Elle se trouve dans Boi.laxdus, m avlis sanclorum , totn. 2, junuarii , p. inH et seg. , et dans M \bii.i.on , m ai lin SS. ordinix S. Denedicli , loin. 2, jntg. 105 et seg.

'Voyez sur celte abbaye Dinod, llixtoire de l'église de lienançon , loin. 2, pag. 130-156.

* LtiNlG , Spicilegii erclcsiasl. eontin. 1, pag. 1025.

'" St.HŒPF MX , Alsal. , dipluin., lom. 2, pag. 518 «•! Recueil des oril<nin,in<»-M d'AUare, loin. 2 , pnij. (t~8.

ALTORFF.

L'abbaye d'AUorff *, située près de la rivière de Bruschc\ à une demi -lieue de Molsheim 9 et à près de quatre lieues de Strasbourg, reconnaît les ancêtres du pape Saint- Léon IX pour ses fondateurs. La première idée de son origine est due à Eberhard , quatrième du nom , qu i descendait, en ligne directe, du célèbre duc d'Alsace , Athic , ou Adalric 3. Eberhard, comte du Nordgau, ou de la Basse- Alsace, vers Tan 940, se démit, quelque temps après, de ce comté en faveur de Hugues, son troisième fils, lorsqu'il obtint lui-môme le comté de Metz , ou de la Mosellane, après la mort du comte Adelbert 11 , tué en 944 , dont il avait épousé la fille ou la sœur K Richard, ou Ricard,

1 Cette abbaye est nommée dans les anciens titres Altum urnobiutn , c'est-àdire , Hautmouticr , ou monasleritiin Saiicti CyriaiH , le monastère de Sainl- Cyriaquc .

* El non à deux lieues, comme l'écrit Dom Calmet, loin. 2, Ur. 49, pag. 149.

* Eberhard IV était, comme nous l'avons dit précédemment, pag. 318, fils de Hugues I«r , comte du Nordgau. Les deux frères d'Eberhard IV , étaient alors le comte Hugues , qui vivait encore en 959 , comme le prouve le diplôme de l'empereur Othon pour le monastère de Lure de la même année , et Gontram , qui donna vers l'an 976 à l'abbaye d'AUorff le quart de l'église et des dîmes de Dorolsheim, près de Molsheim; pièces justificatives ; Wurdtwein, nov. subs. dipl., tom. •*» P°Q- S^i-

* Comme le remarque M. Thierri , grand -doyen de Sainl-Dié, dans ses mémoire* manuscrit pour l'histoire de la Lorraine, cité* par le |\ Ikiudl PicutT , Or'ujint

HIST. DE l/ÉGLISE DE STRASBOURG. LIV. HUITIÈME. 321

comte de Metz, surnommé le puissant1, souscrivit, en 972, la charte d'Adalberon, archevêque de Rheims, pour le monastère de Mouson *. La chronologie , les circonstances des temps et des lieux, l'identité des noms , nous font croire que ce Richard est le même qu'Eberhard, dont nous par- Ions 8. La situation d'Altorff plaisait fort à Eberhard , qui venait souvent passer deux ou trois jours dans cet endroit. Ce seigneur conçut même le dessin d'y bâtir un monastère 4. Mais il mourut, le 18 décembre 972 ou 973, sans l'avoir exécuté. 11 finit ses jours à l'abbaye de Lure , où il

de la maison de Lorraine, pag. 441 et 455. La chronique mss. de Meta, rappelée par le même père, pag. 154 , dit que Richard , comte de Metz , fut par sa femme l'héritier des biens du comte Adelbert. Ce dernier Adelbertus , cornes , signa , en 942, la charte d'Adalberon , évêque de Metz, pour l'abbaye de Saint-Arnoul. Mûrisse, Histoire des èvéqtie» de Met% , pag. 307.

Mussey, la Lorraine ancienne et moderne, pag. 475, dit que Richard est nommé comte de Metz , dans un accommodement qu'il passa pardcvanl Frédéric , ou Ferri, comte de Bar et duc de la Haute-Lorraine. La chronique de Metz , citée par le même Mussey , pag. 478, dit que Thicrri, évoque de Metz (c'est Thierri I<", depuis 961 jusqu'en 984), établit Richard, comte de la ville de Metz, et qu'il lui transféra cette dignité sur le même pied que l'empereur Othon l avait conférée à Adalberon , son prédécesseur. Elle ajoute que son fils Gérard lui succéda et posséda de môme ce comté.

« Suivant M. l'abbé de Camp , dans ses mémoires mss. sur l'origine de la maison de Lorraine , qui se trouvent à la bibliothèque du Roi , cités par Dom Calmet, Hist. de Lorraine, tom. 4, dissert., pag. CXLVIll.

* Dachery. Spicilegii ecclcs. , tom. 7, pag. 652, l'histoire de la translation de Saint-Arnoul , porte qu'en 971 , Richardus, cornes metensis , accorda à ce monastère Dreviliacum villam. Mecrisse, pag. 555 et S56 , compte aussi Richard dans le nombre des comtes de Metz.

* C'est aussi le sentiment du P. Benoit, lib. cit. et do Dom Calmet, tom. 4 , pag. CLIV. Il est d'autant plus probable que les noms de Richard et d'Eberhard se confondaient quelques fois , que les historiens donnent également pour fils Adelbert et Gérard, tant au premier qu'au second. La chronique de Metz mss., que nous venons de citer, l'appelle Richetirdru* ce qui revient assez au nom *\'Etiheardus.

4 Pièce» justificatives; cf. Wûrotweln , moi*, subs. dipl., tom. ,i, pag. 579.

HISTOIRE DE i/ÉGUSE

s'était retiré quelque temps avant son décès f. Son corps fut depuis transporté à Altorff, où il fut déposé dans le chœur de l'église abbatiale '-. L'auteur contemporain de la vie de Saint-Deïeole écrit que le comte Eberhard, ainsi que ses deux frères et son père , prirent l'habit religieux dans le monastère de Lure 3. La dévotion à l'état monastique était alors si répandue, qu'un grand nombre de seigneurs voulait l'embrasser avant que de mourir. On les revêtait du froc et on les inscrivait dans le nécrologe avec le titre de moines ad succui endnm , c'est-à-dire, qui devaient être secourus par les prières des religieux \ Cette dévotion était confirmée par la croyance , où l'on était alors, que la prise de l'habit monastique devenait un second baptême , et qu'entrer dans un monastère c'était dépouiller le vieil homme pour se revêtir du nouveau, comme si ce saint habit, dit dom (jervaise \ eut suffi pour ouvrir les portes du ciel et y donner un libre accès.

Tel paraît aussi avoir été le comte Hugues, fils d'Eberhard IV, qui mourut moine d'Altorft, dont le nécrologe de cette abbaye place le décès au 31 juillet, et qui y fut enterré devant l'autel de Saint-Grégoire. Eberhard IV, outre ce Hugues, eut quatre autres enfants, savoir: Adelbert,

' Vila S. Deïcoli, apud Mabillonem in aclis SS. ordinis S. Denedicti, tom. 2, pan. 101.

c Voici ce qu'on lit dan» l'ancien nécrologc d'AltorfT, écrit en l'année 1200 par l'abbé Conrad. « Rii sunt fundalores hujus ccclesie S. Cyriaci in Altorph XV kal. rjanuarii, obiit Hebeiiiardus cornes, qui requiescit in choru summo ibidem. ' * Secundo kal. Augusli, obiit Hugo cornes et monachus , qui requiescit anle altare t Grcgorii. Noni» septembris, obiit Hugo cornes, frater Hugonis comitis et monacbi " pretilulati : hic sepullus est in sunuiio inonasterio. >»

*' n Très (erant Hugonis comitis) (ilii, cujus primo genitus Ebcrhardus, secundus

« Hugo, terlius Guntramnus paler cum liliis communi voto, communique

« consciisu tradiderunt se Deu, sanc toque suo Deïculo, non ad servitium militare , t *ed ad servitium monacb.de. »

' DiCAJJf.E, in yhssfiriu, loin. 4, roi. SM2 H xeq. el Hklyot , Histoire des ordres monastiques, tom. .'». /»«//. M'6".

* V ie d'ABElLLAnD, tom. i , pag. .5/.

DE STRASBOrnr..

Page 1