LIVRE HUITIÈME
Gérard , Hugues II et Adélaïde , qui furent les souches d'anciennes et illustres maisons, auxquelles ils donnèrent origine. Adélaïde fut mariée deux fois : elle épousa d'abord Henri , ou Hezilon , due de Franconie , et le fit père de l'empereur Conrad-le-Salique 1 et de Mehtilde, abbesse d'Andlau *. Elle se remaria, en 1004 , à Herman, comte de la France orientale , avec lequel elle forma la maison régnante de Hohenlohe. Elle mourut en 1037 et fut enterrée dans l'église d'Œhringen 3. Adelbert, frère aîné d'Adélaïde, est nommé, dès l'an 979, duc et marquis de Lorraine dans une charte d'Egbert, archevêque de Trêves 4. Il fonda, en 1030, l'abbaye de Sainte-Croix de Bousonville, dans laquelle il fut enterré avec Judith , son épouse , qui était sœur de Sigefroi , premier comte de Luxembourg. Adelbert fut l'auteur de la maison de Lorraine 5 et mourut dans un âge fort avancé, le 5 octobre de Fan 1037 ou 1038. Gérard, second fils du comte Eberhard IV, succéda à son
père dans le comté de Metzfi et obtint, vers l'an 1002, de
' Wippo, in vitâ Conrad i Salui, apud Pistorium , inter script, rtr. gtrm. , tom. .>, pag. 464, qui dit majorix Chunonis (sive Conradij mater Adelheyda ex nobilitsima gente lotharingorum oriunda , soror erat romitum Gerhardi et Adelberti.
' Voyez ci-dessus la page 250.
' Consultez Hanselmaxn, Abhandluiuj von dem Ursprung des hautes Hohenlohe.
1 Vir nobilis domnus Adelbert us dux Lotharingœ et Marchio et Juditta uxor sua. Ils se nomment aussi Adelbertus du.c et Marchio Lotharingiœ et Juditha uxor m ta Ducissa et Marchionissa dans une autre charte pour l'abbaye de Saint-Mathias de Trêves, de 1037. Dom Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 2, preuves, pag. r.cxxxill et CCLVH.
* Voyez dom Calmet, tom. 1, pa<j. ccxn, et tom. 2, pag. 118-118.
" Gerardus cornes nostra civitatis, (Mus Hichardi (1. Eberhardi) potentis est nommé dans une chronique de Metz , citée par le P. Benoit Picart . Origine de la maison de Lorraine , pag. ISS. Le P. Benoit Picart ; Histoire de Tout , pag. S46, Tait aussi mention de Gérard , comte de Metz , sous l'épUcopat de Berthold qui siégea à Toul, depuis 995 jusqu'en 1018. Dom Hix.o, Traité historique sur l'origine de la maison de Lorraine , pag. 61, donne aussi à Adelbert , duc de Lorraine , un frère nommé Gérard , comte de Metz.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
Henri, roi de Germanie, un autre comté que ce prince avait confisqué sur Herman, duc d'Alsace et de Suabe f. Gérard fit la guerre à Godefroi, duc de la basse lorraine, qui le défit, en 4015, et fit prisonnier Sigefroi, son fils unique 2. Ge comte avait épousé Eve, fille de Sigefroi, comte de Luxembourg, et sœur de l'impératrice Cunegonde, dont il eut, outre Sigefroi, deux filles. L'une, nommée Giselle, épousa, en premières noces, Gunon, comte de Kheinfeld , comme nous l'avons vu ci-dessus , et en secondes, Gérard, comte et marquis de Lorraine, son cousin germain s. L'autre, appelée Jutta, ou Otta, fut élevée par Sainte-Gunegonde , fondatrice du monastère de Kauffungen, dont Jutta fut la première abbesse*. Le comte Gérard vivait encore en 1020, qu'il fit à Metz une donation au monastère de Fructuaire, en Piémont, du consentement d'Eve, sa femme, et pour le repos de l'âme de Sigefroi, son fils, mort trois ans auparavant dans la prison où l'avait retenu le duc Godefroi 5.
' Voyez ci-dessus, tom. 4, lir. 4, pag. 344.
* Ditmards, in chronico , lib. 7, pag. 445. La môme année, 1015 , Gerardu* cornes est nommé dans un diplôme île l'empereur Henri II , au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Vannes de Verdun. Calmet, Histoire de Lorraine, preuve», tom. 2, pag. ccxlix.
* Jean de Bayon , lib. 2, cap. Î4 et 48, apud Belhomme , in llistoriâ média tu monasterii. pag. 254 et 241.
1 Auctor vit» S. Cunegundjf, apud Dtchesne, Hist. de Luxembourg, probat. pag. 43. Vita S. Cunegundis imperatricis , cap. 5, apud Bollandum , in acti» Sanctorum, tom. 4, marlii, pag. 275. « Habuit scciim (Cunegundis) sororis sua? filiam « Jutlam nomine. Hanc a primis annis educatam omni disciplina, sccularium quo- « que lilterarum scienlia instruxerat .... quam omnium assensu et rogatu primam « in ipso coenobio (confugia?) eam abbatissam prœfccit. » — Ulta , première abbesse de Kauflungen, mourut le 1 1 de? calendes d'octobre 1035, selon Marii.lon, Annal, benedict.; tom. 4. lib. 57, pag. 407.
* «'.i iuiENON , Bibliothecœ Sebusianot, Cent. i,num. 76, pag, 104.
Ce fut Hugues 11, surnommé l'enroué, frère d'Adelbert, duc de Lorraine, et de Gérard, comte de Metz, qu'on trouve nommé, dès J'an 951 , comte du Nordgau ou de la basse Alsace qui accomplit la résolution d'Eberhard IV, leur père. 11 fit construire le monastère d'Altorff et en fit dédier l'église en l'honneur de l'apôtre Saint-Barthélemi et du pape Saint-Grégoire par Erchambaud, évêque de Strasbourg 8. Cette dernière cérémonie se fit , en 974 , en présence de Saint-Mayeul , abbé de Cluni, et d'un grand nombre de seigneurs du pays Le fondateur accorda à cette nouvelle abbaye , le jour même de la dédicace , plusieurs biens qu'il destina pour l'entretien des religieux de l'ordre de Saint-Benoît. Cette donation consistait dans les dîmes d'Altorff, de ses dépendances, dans celles des lieux voisins de son château de Buchberg * ; dans les cours et les dîmes de Dùttelnheim 5 et de Jethol °; dans l'église de Baerembach 7 et ses appartenances ; dans une cour située
• La charte de donation faite à l'église de Strasbourg par Wizcric et Azon, en 951, fut donnée sous Hugonc comité, Voyez tes Pièces justificatives ; cf. Wurdtweis, nov. subs. dipl., lom. 3, pag. 557.
Ce Hugues est peut-être le même que celui dont on trouve la signature, Signum llugoni* comitis, dans une charte de Gérard, abbé de Saint-Martin-les-Metz , de 950. Calmet, Hi$t. de Lorraine, ton*. 2, preuves, col. 305.
• Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov. sub». dipl., tom.S, pag. 57'J. 3 Yoyez ci-dessus le livre précédent , pag. 16.
• Le château de Buchberg nous est inconnu. C'est peut-ctre le même, qui prit le nom de Guirbadcn. L'abbaye possède du moins plusieurs biens et plusieurs dîmes dans les environs de ce dernier château , comme à Grendelbruch , Muckenbach , Mahlkirch , Baerembach et Schirmcck.
■ L'abbaye d'Altorff jouit encore aujourd'hui à Dùttelnheim du droit de patronage, de quelques parties des dîmes et de certains revenus nommés Bannfrucht.
' Cet endroit n'existe plus : il parait avoir été situé dans la vallée de Schirmcck.
' L'abbaye d'Altorff a cédé, en 1660, sa partie des dîmes de Ba'rembach à la communauté de Schirmeck. L'évèque de Strasbourg lui conteste le droit de patronage , qui fut adjugé à cette abbaye par arrêt du Conseil souverain d'Alsace , d<- I7ô6.
HISTOIRE DE l/ÉGLISE
dans les faubourgs de Strasbourg, près de l'église paroissiale de Sainte-Aurélie, et dans deux autres cours, situées à Krautergersheim et Meistratzheim. te comte Hugues permit aussi à l'abbaye de choisir elle-même son avoué, d'avoir une justice à Altorff, d'y tenir cabaret et d'y établir un péage et un marché *. Il lui donna même le droit de monnaie a. Ce droit , accordé alors très fréquemment par les princes et les seigneurs à de simples abbayes , n'était pas celui de frapper monnaie3. Cette prérogative leur aurait été plus onéreuse que profitable et utile. Il leur aurait été impossible d'élever des hôtels de monnaie, d'entretenir des monnayeurs, de fournir le billon et de faire toutes les dépenses qu'il faut pour l'exercice de ce privilège régalien. Le droit de monnaie , dont jouissaient autrefois plusieurs abbayes d'Alsace, ne consistait donc que d'en fixer la valeur dans l'étendue de leur petite jurisdiction A. Cela était comme nécessaire dans un pays, où il y avait un si grand nombre de petits seigneurs qui s'arrogeaient les droits de souverain.
Le comte Hugues II mourut le 5 septembre , vers l'an
' Il se tenait autrefois à Altorff un grand marché , ou foire dite Jahrmarckl, mais qui n'a plus lieu depuis plusieurs siècles. On a encore vu, au commencement du nôtre , dans l'église de cette abbaye des aunes de fer attachées à un pilier, qui l iaient le modèle de la mesure dont devaient se servir les marchands qui venaient à celte foire.
' Pièces justificatives; cf. Wûrdtwei.n , noi>. subs. dipl., lom. S, pag. 579.
1 Hugues IV, comte d'Egisheim et de Dabo , fils du comte Hugues , dont nous parlons , accorda aussi monelam apud Messe à l'abbaye de Hesse , dont il fut 1* fondateur, comme le prouve la bulle que le pape Léon IX accorda à ce monastère, vers l'an 1050.
' C'est ainsi qu'un lit dans une charte de Meinhard , abbé de Maurmoutier, de l'année 1144, mutationem munetœ Abbus constituere débet. C'est encore ainsi qu'on a vu , au commencement de notre siècle , l'abbé de Saint-Hubert dans les Ardcnnes, sans exercer le droit »le frapper monnaie, se réserver celui de donner cours à la monnaie et d'en lixer la valeur sur un » « i tain pied dans le territoire de son abbaye.
984 f. Son corps fut déposé dans le chœur d'Altorff. Il laissa quatre fils, EberhardV, qui lui succéda dans le comté du Nordgau *, Hugues IV, comte d'Egisheim et de Dabo, Louis, comte de Mouson, et Méfrid ou Matfrid I, également comte, dont on ne connaît que le nom et une donation faite à l'église cathédrale de Metz a. Louis, comte de Mouson, dont nous prouverons autrepart la filiation, est la tige qui forma les comtes de Montbéliard , de Barr, de Ferrette et de Lucelbourg4. Eberhard V, l'aîné des fds de Hugues H, suivit les exemples de piété que lui avaient donné son père et son grand-père. 11 obtint, en faveur de l'abbaye d'Altorff, un diplôme de l'empereur Othon 111, qui confirma particulièrement les droits dont elle jouissait dans l'endroit de sa fondation 5. Eberhard Y finit ses jours vers
' Le comte Hugues H est nomme comme comte de la Basse-Alsace , dans deux diplômes des empereurs Otton I cl II , l'un de 968 , pour la reine Adélaïde , et l'autre de 974, pour l'abbaye de Payerne. La Gi ii.i.k , Histoire d'Alsace, preuve*, pag. îi, et Hercotî, Génèal. Habsbttrg, tom, 3, png. 86.
■ Le nom du comte Eberhard V est rappelé dans quatre diplômes de l'empereur Otton III ; l'un de 986, pour l'abbaye de Payerne, et trois de 992, 993 et 995, . pour celle de Seltz.
I Pièces justificatives, cf. Wurdtwein, nov. sub. dipl., tout. 6, pag. 141, et Schœpfli*, Alsat. illust., tom. S, pag. 478.
* Louis, comte de Mouson en 1036, mourut après l'an 1065. Il épousa Sophie, fille aînée de Frédéric II , duc de la Lorraine mosellane . dont il eut sept enfants : les principaux furent Tbierri I et Frédéric. De ce dernier descendirent le» comtes de Lucelbourg. Tbierri I fut père d'un autre Frédéric, auteur des comtes de Ferrette, de Tbierri II, auteur de ceux de Montbéliard cl de Renaud, auteur des comtes de Barr.
II faut aussi donner à Hugues une fille , qui embrassa l'étal religieux , puisque Pierre Damien , in opusculo 47, cap. .1 et i , parle d'une religieuse tante paternelle de Saint-Léon IX, qui avait chassé le diable par le signe de la croix.
s Ce diplôme d'Otton III n'existe plus. Mais il est rappelé dans la bulle de Léon IX, de 1049, et dans le diplôme de l'empereur Frédéric l« \ de 115.5, pointa même abbaye. Ce dernier s'énonce ainsi : « Unde donation*;* , quas predecessor « noster pius Otto imperator Eberhardo quondam comili concessit , largitus est et « perdonavit , scilicet fas , jus et potestalem , mercatum , mondain , tabernam et
328 HISTOIRE DE L'ÉGLISE
Tan 996, père de cinq enfants. Il fut aussi enterré dans le chœur de l'église d'Altorfl avec Àdalberon, ou Adalbert, son dernier fils, qui avait embrassé l'état ecclésiastique et qui fut aussi un des bienfaiteurs de cette abbaye. On y voyait encore leur tombeau vers le milieu du dix-septième siècle '. Adalberon était, en -1049, chanoine de la cathédrale de Toul Les quatre autres fils d'Eberhard Y furent Hugues III et Eberhard Yï, ses successeurs dans le comté de Nordgau, et les deux comtes Gerhard et Matfrid II. Les noms de ces quatre frères sont rappelés dans le diplôme de l'empereur Othon, par lequel il confirme à Rennon, abbé d'Altorff, la donation du village voisin deDùttelnheim, qu'un homme libre, nommé Hemmediecb, lui avait accordé du consentement d'Egilolfe, son frère. Ces lettres sont datées de Mayence, 20 mai 999 3. Mais cette pièce, comme nous l'avons fait voir dans le second volume de cet ouvrage, est fausse, ou du moins très suspecte*. Hugues III est nommé comte de la Basse-Alsace, dans un diplôme d'Ot-
« teloneuni publicuni habcndi , construcndi et ligilinie faeiendi in quodam suœ pro- - prictatis allodio, quod dicitur Altorph , in quo avus et pater ipsius Hugo abbatiam < in bonorc sacratissimi marlhiris rbristi conslruxit Cyriari , in provincia Alsatia , « in pago quoquc Northgowe , in coniitatu prmdicti quondam Eberliardi , etc. »
' Gabriel Haui;, évèque de Tripoli et suflragant de Strasbourg, dans ses Cltrouicalibus manuxrriptis , pag. .70 , écrites vers le milieu du dix-septième siècle, rapporte qu'on voyait , de son temps , près du grand autel de l'église d'AllorIT, le tombeau des fondateurs de cette abbaye avec cette inscription : Hic. jarent quatuor de. Dagisburg (ainsi nommés par anticipation) fundatores hujux loci , Eberbardut. (Eberbard IV) duo Hugones , (Hugues II et le comte Hugues, moine d'AltorflT, son frère) Eberhardus nepos perfector hujus monaslerii (Eberbard V , petit-fils d'Eberhard IV) et Albert ux pronepos prexpiter. (Albert , ou Adalberon , arrière petit-lils d'Eberhard IV.)
' Il était cousin germain paternel du pape Saint-Léon IX qui, dans sa bulle de I0i9, le nomme pulrutl'm noxler Adulberto Tullensis ecrlesiir canotiicus.
s Pièces justificatives ; cf. WiiRUTWEix , uor. subs. dipl., Uun. G, pag. 159. 1 Dissertation cinquième , pag. 2î>-27.
ton 111, pour l'abbaye de Payerne, de 997 !. Eberhard VI, qui lui succéda peu après, et qui avait épousé Berthe, paraît, en cette qualité, dans le privilège de ce prince pour le monastère de Laurisheim, de Tannée 1000 8. 11 porte encore le même titre dans deux diplômes de l'empereur Henri H pour l'abbaye d'Àndlau et de Schutteren, de 1004 et de 1016 3. Ces deux frères moururent sans postérité*. Les comtes Gerhard, marié à Cuniza, et Matfrid II n'eurent également aucuns enfants. Ils ne vivaient plus en 1050. Leurs corps furent déposés dans l'église abbatiale de Hesse, fondée 5 par le comte Hugues IV, leur oncle.
Il ne restait donc plus de la famille du fondateur de l'abbaye d'Altorff que ce comte Hugues IV, son fils, dont nous parlons. Ce seigneur, déjà comte d'Egisheim par ses ancêtres, devint comte de Dabo ou Dagsbourg par son mariage avec Heilwige, fille et héritière de Louis, dernier comte de ce nom 6. Il administra aussi , pendant quelque temps, le comté du Nordgau, ou de la Basse - Alsace 7.
' Hergott, Généal. Habsburg., tom. 2, pag. 93.
* Laitcy, in eodice Laureshamenxi diplomat., tom. 4, pag. 448.
'Pièces justificative* ; cf. Wurdtwein, nov. subs. dipl., tom. 6, pag. 4Si
Le même empereur Henri atteste, en 1016, avoir récupéré le monastère de Lurc nb FMrhardo comité injuste sibi uxurpatum dans un diplôme publié par Liriw. , Spicileg. eccles. cent. 4 , pag. 964.
* Eberhard VI eut pour successeur, dans le comté de la Basse-Alsace, Wezîlon, d'une famille inconnue , qui est nommé dans le diplôme de Conrad II pour l'abbaye île Payerne, de 1027. IIergott, Généal. Habsburg., tom. t, pag. 408.
1 C'est ce que témoigne le pape Léon IX , dans sa bulle pour l'abbaye de Hesse, de 1030, où il leur donne le nom de cousins germains paternels. « Tegit enim « martyr Laurentius patrueles nostros comités Matlifridum et bon» memoriœ Ger- « hardum , ejusque uxorum devotam famulam deo Cunizam. »
* Nous avons déjà parlé amplement du comte Hugues IV, de Heilwige , sa femme, et de leurs enfants , dans le livre précédent.
1 Hugur* IV était comte du Nordgau dès l'an 103R , comme le prouve une
HISTOIRE DE l'ÉGUSE
Brunon, son fils, élevé en 4049 sur le Saint-Siège, sous le nom de Léon IX, passa dans l'Alsace, sa patrie, sur la fin de la même année. Il honora l'abbaye d'Altorff de sa présence. 11 y dédia le grand autel et celui de Saint-Etienne , y chanta la grand-messe et y fit présent de quelques ornements d'église, entr'autres de deux chasubles et de deux tuniques1. Il avait apporté de Rome le bras du martyr Saint-Cyriaque*, qu'il accorda aussi à cette abbaye, l'ayant fait enchâsser dans une statue remplie de diverses reliques 3. Cette statue est encore aujourd'hui en vénération à l'ab-
charte de cette année apud Kœnigshoven , pag. 1067, dans laquelle l'abbaye de Surbourg est dite située in comitatu Ilugonis principis Alsatiœ. La charto de Wezil et de Hatton , pour l'église collégiale de Saint-Pierre le jeune de Strasbourg , de 1040, rappelle aussi le eomUatus Hugonis in pago Alsatia. Pièces justificatives; cf. Wûrdtwein, nor. subs. dipl., tout. 6, pag. 197.
' Pièces justificatives; cf. Wùrdtwein , hoi\ subs. dipl., tom. :>. pag. 379.
' On ne saurait décider quel est ce Cyriaquc , dont les reliques furent apportées à Altorff. L'abbé Chastelain, dans son martyrologe universel, pag. 1107 , compte vingt-cinq tant saints que marlys qui portaient ce nom. Les Bollandistes ont fait mention de plus de trente saints cyriaques dans leur vaste collection des sept premiers mois de Tannée. Le plus fameux de tous est Saint-Cyriaque , diacre de l'église romaine , sous les papes Marcellin et Marcel , dont les anciens martyrologes placent la féte au buitiùme d'aoîU, et qui reçut à Rome, en 303, la couronne du martyre durant la persécution do Dioclélien. Voyez à son sujet le P. Guillaume, Cuper , in actis SS., tom. 2, augusti, pag. 327-340 , qui termine ses observations sur ce saint par la remarque suivante : « Alii scriplores varias hujus S. Cyriaici « rcliquias région i bus suis vindicant. Scd merito dubitari polest , an rcliquias ali- « cujus Sancti Homonymi adhunr. eclebriorem non rctulcrint , quandoquidem jam
• triginta et plures hujus nominis martyres , vel sancti in opère nostro illnslrati
• fucrunt. »
* L'ancienne notice de l'abbaye d'Altorff, écrite sur la lin de l'onzième siècle, spécifie les reliques qui étaient conservées dans cette statue. Elles étaient formées de celles de plus de cent-dix saints. On y remarquait entr'autres une partie de la crèche de J. C. de son habit, du cep de vigne qu'il avait planté, de son sépulchrc, du bois de la Sainte-Croix , de l'habit de la Sainte-Vierge et de l'apôtre Saint- Pierre , des poils de la barbe de Saint-Jean-Baptiste, etc. Nous laissons à nos lecteurs la liberté de juger de l'authenticité de <v* reliques.
baye d'Altorff1: elle prit de là le nom de monastère de Saint-Cyriaque, qu'elle porte dans plusieurs anciens titres. Le pape Léon IX le lui donna dans la bulle confirmative de la fondation et dotation de cette abbaye. Cette bulle, accordée à la demande d'Adalberon, chanoine de Toul, son cousin germain, est datée du 28 novembre 4049*. Léon IX , dans son second voyage d'Alsace , vint à Eichhofen , situé à une demie lieue d'Andlau , où il consacra, le 13 janvier 1051, la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, qui appartient encore aujourd'hui à l'abbaye d'Altorff3. Bennon, qui en fut le premier abbé, vivait encore en 999 *. Il eut pour successeurs Adeloch et Hartman, dont les noms se lisent dans le nécrologe au 4 de novembre et au 27 d'octobre. L'abbé Ingilbert obtint, le 7 mai J052, une nouvelle bulle de Saint -Léon IX, qui confirme toutes les possessions et tous les privilèges de son abbaye \ Ce pape ordonna entr'autres choses que l'abbé serait élu par les moines, conformément à la règle de Saint-Benoît, et serait béni par l'évêque diocésain. Werinhaire, second du nom, qui devint évêque de Strasbourg, en 1065 6, confirma à
* Le buste de Saint-Cyriaque est sculpté en bois et couvert de plusieurs petites lames , ou feuilles d'or et d'arpent. Ces lames sont minces et ont la plupart la ligure d'un aigle. La lame , qni est au dos , représente le sauveur assis tenant un livre de la main gauche.
* Pièces justificatives ; cf. Wurutwein, nov. stibs. dipl. , t»m. S, p. 380 et 382, nota y . ' Cette chapelle fut rebâtie en 1569 , par Bernard Miinchberger, abbé d'Alt-
dorff, qui y fit mettre prés de l'autel l'inscription suivante :
« Soli deo honor et gloria. Dise Kirche in anno mlii (lèse 1051) von S. Léo den
* IX dis namens dem heiligen babst eigener person in Gottes maria? seiner lieben
• uiutler, uml s. Johann baptistœ des heiligen palroncn den XIII tag januarii , iif " welchen auch jarlichcn die kurchweyhung gehalten verde , Hat der erwurdig herr « Bernard der xxx. Abt zu Altdorff ganU abgangen im jar molxix vider erbauen. »
* Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , i»ot». suhs. dipl., tom. 6, pag. 159.
* Pièces justificatives, num. 16.
* Voyez ci-dessus, pag. 8$, et ci-après, livre neuvième.
HISTOIRE DE LÉGMSE
l'abbaye d'Altorff les biens (\ue lui avaient donnés les comtes Eberhard VI et ses trois frères, entrautres les dîmes de la forêt de Bœrembach et de Grendelbruch l. Ce prélat fit, vers l'an 4068, une nouvelle dédicace de l'église en présence de Berthe, veuve du comte Eberhard *.
Ingilbert, abbé d'Altorff, fut remplacé par Dietbald, ou Dibbold 3. Sous ce dernier, un homme noble, nommé Lintfrid, accorda à son abbaye, du consentement de son épouse , tous les biens qu'il possédait à Eichhofen. Cette donation fut faite entre les mains d'Albert, comte de Dagsbourg et de Muha , neveu du pape Léon IX et avoué d'Altorff*. Comme Liutfrid était vassal de l'évêché de Strasbourg, elle fut confirmée par l'évêque Otton. La charte de confirmation, datée du 43 juillet i0975, fut souscrite
Adélaïde , comtesse de Wiiiningen , mère de cet évèquc , était cousine du pape Léon IX, selon Sui.ger , Annal, monasl. Zwifaltensin , parte 4, pag. 44. 1 Pièces justificatives, num. 47.
' Bernegger , Deseriptio particula territorii Argentin., pag. 42, et d'ICHTERs- HbtM, Elsas$i$che topographie , pag. 57, se trompent, quand ils disent que cette dédicace fut faite en 1066, par Hctzel , évoque de Strasbourg.
* Tritheme , Chroniçi Hirsaugiensis , pag 79 , et Annal. Mrsougiensium , tom. 4, pag. 268, suivi par dom Mabillon, in aclis SS. ordin. S. Benedicti, loin. ix , tatculi 6, parte 2, pag. 724, et les auteurs de la Gaule chrétienne , tom. S, col. 879 , placent dans le nombre des abbés d'Altorff, en Alsace , Walichon , ou Wclchon , qui , selon eux , fut mis , en 1085, à la tète de cette abbaye par Saintr.uillaume, abbé d'Hirsauge, pour y établir la réforme. Mais ce Walichon n'appartient pas à celle d'Altorff dont nous parlons, comme l'a prouvé le P. Gérard Hess, religieux et prieur de Weingartcn m prodromo monumentorttm guelftcorutn , neu eatalogo Abbatum imperialis manasterii Weingartensis , imprimée en 1781, \yag. Si, 46 et xeq. Walichon, mort vers l'an 1108, fut le quatrième abbé de l'abbaye impériale de Weingartcn, au diocèse de Constance, fondée en 1047, sous le nom d'Altorff, par le duc Welfon III. Ce Walichon est nommé dans le nécrologc de Weingarten apud dictum Hess , in scriploribus rer. guelfir.arum , pag. 4S7, « VI i» kal. januarii walicho noster Abbas. »
4 Nous avons déjà parlé , dans le livre précédent, de ce comte Albert et du comte Henri , son frère.
1 Pièces justificatives, mm. 18.
par Regenbald de Valff , Burchard de Munzenheim , Werner de Blesheim, Cuno de Furdenheim, Lenzelin, Hugues et Henri de Bischoffsheim. — Dietbald vivait encore en H 03, lorsqu'un prêtre, nommé Voceon, accorda à son abbaye un demi mas de terres à Dûttelnheim , pour qu'on y célébrât, après sa mort, son anniversaire *. Hugues, comte de Dabo, fils de Folmar, comte de Metz et de Dabo, était alors, quoique enfant, avoué de l'abbaye d'Altorff8, et il conserva cette advocatie jusqu'à sa mort, arrivée en 11233. La plus grande partie des dîmes du ban de Dûttelnheim appartenait alors à l'abbaye d'Altorff, à l'exception d'un tiers que Thierri, comte de Montbéliard, fils de Louis, comte de Mouson, avait hérité. Thierri avait accordé la moitié de ce tiers à Cunon et à Utha, sa femme, d'où elle passa à leur fils, Erchenfrid, chanoine de Honau. Celui-ci s'étant retiré, sur la fin de ses jours, à l'abbaye de Maurmoutier , où il prit l'habit religieux , céda sa portion de dîmes à l'abbé d'Altorff et à son monastère. L'acte d'acquisition qu*en fit Dietbald, daté de l'an 1117, fut souscrit par plusieurs religieux du même monastère, entre lesquels on lit les noms d'Egenon, prieur et d'Olton, custos *.
Ce fut ce dernier, qui succéda à Dietbald. Otton , abbé d'Altorff, assista, le 14 novembre H 33, à la dédicace de de l'église de Baumgarten faite par Gebehard , évêque de Strasbourg5, et signa, en 1138, la charte de Regenhard et Frédéric de Chatenoi , donnée en faveur de l'église de
' Pièces justificatives , num. 19.
* Jlugone comité adhuc puero, predicli tamen cœnobii advocalo, dibboldo Abbnte, dit l'acte.
A Annalista saxo , apud Eccardux, rer. yerman., loin. /, pag. 0.12.
* Pièces justilicatives , num. 20.
» Ibidem ; cf. Wurdtwein, nov. subs. dipl. lot», 7, png. 78.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
Strasbourg 1. Le même Otton rebâtit leglise et le chœur de son abbaye *. Ce dernier, qui était un monument remarquable du douzième siècle, exista jusqu'après le commencement du dix-huitième 3. Ce fut l'abbé Otton, ou Albert, son successeur, rappelé dans le nécrologe au 3 de juillet, qui fut présent, le 26 octobre H 43, à l'ouverture du tombeau de Saint-Florent, faite à Haselach par l'évôque Burcard 4. Dans le môme temps, l'abbaye d'Altorff était unie par une sainte communion de prières avec celle de Saint- Biaise, dans la Forêt-Noire 5. Berthold était abbé d'Altorff, au milieu du douzième siècle, lorsque l'empereur Frédéric vint faire quelque séjour dans l'Alsace. Il alla à Colmar lui rendre ses hommages et il y obtint de lui la confirmation des droits de monnaie, marché, cabaret et péage, que l'empereur Otton III avait accordés à son abbaye. Le diplôme de Frédéric, donné en présence d'Arnold , archevêque de Cologne , d'Ortlieb , évêque de Basle , des abbés Wibald de Corbie et Egenolphe de Mourbach , de Henri , duc de Saxe, de Berthold, duc de Zeringen et de Bourgogne» d'Otton, comte palatin de Witelsbach, de Sigebert, comte de Werd, et de Hugues, comte de Dabo , avoué d'Altorff,
' Ibidem; cf. Wïïbdtweix , hop. subs. dipl., tom. 7, pag. 10Z.
* Dom Ruinart , qui fit en 1696 un voyage en Alsace , examina l'architecture de l'église de Saint-Cyriaque d'AltorfT. La route de la partie supérieure et du chœur se terminait en cercle sans aucune distinction d'arcs. La partie inférieure était soutenue par la figure d'un abbé, tenant une crosse et revêtu d'un très-large scapulaire, dont les parties pendantes étaient attachées, suivant l'usage antique, par des bandelettes. On y lisait cette inscription : Otto Abbas. Voyez les œuvres posthumes •le dom Mxbillox et de dom IU'inart , tom. 5, pag. 4S0.
' Ainand Zimmermaun , élu abbé d'Altorff en 1 710 , fit rebâtir à neuf le chœur de l'église abbatiale.
* Pièces justivicatives; cf. Wurdttvein, nov. subs. dipl., tom. 7, pag. 134.
* Martinus Gerberti's , monumenta veteris liturgie nlcmanicœ , part, i , pag. 110.
est daté du 30 janvier H531. L'abbé Berthold signa, le 25 avril de la même année, la cbarte de Burcard, évêque de Strasbourg, pour l'abbaye de Baumgarten2. Il suivit aussi l'exemple de ce prélat , en prenant dans le schisme de l'église, qui s'éleva en 1159, le parti de l'antipape Victor 111. Une bulle de ce dernier, datée de Crémone, 5 avril 1162, fait voir que Berthold, abbé d'Altorff, et Gerland, abbé de Floreffes, furent nommés arbitres d'un différend qui s'était élevé entre l'abbaye de Neuvillers et les chanoines de Saint-Adelphe 3. Les successeurs de Berthold furent Sigefroi, dont le nécrologe fait mention au6 de juillet, et Walter qui obtint de Célestin III la confirmation de tous les biens, droits et privilèges spécifiés fort au long dans la bulle de ce pape, du 8 juin 1192 4. Les principaux de ces privilèges sont outre la libre élection de l'abbé , auquel il permet de porter aux grandes fêtes la mître et les autres ornements pontificaux, la donation des églises paroissiales de Baerenbach et deGrendelbruch,dont Célestin III accorda les revenus et l'administration aux religieux d'Altorff pour être employés aux bâtiments du nouveau monastère5. Ceuxci furent achevés par Conrad Ier, qui fut élu abbé après Walter, qui écrivit, en 1200, le nécrologe de son abbaye et fit rédiger le cartulaire de sa maison r>.
1 Pièces justificatives; cf. Wurdtweik , nov. subs. dipl., loin. 7, pag. 16t. * Idem; cf. Wûrdtwein, nov. subs. dipl., tom. 7, pag. 467. {SB. Dans le texte donné par Wiiidtwcin, l'abbé d'AUorIT c*t appcli* Othun, Otto abbas sancli Cyriaci.)
3 Pièces justificatives; cf. Wûrdtwein , nov. sub*. dipl., tom. 9, pag. 57i. ' Ibidem , nuin. 21.
4 Le pape Célcstinc III confirma aussi, par sa bulle à l'abbaye d'Altorff, tous les droits dont elle jouissait dans le lieu de sa fondation ; les cours et les dîmes de Duttelnheim et de Jethol ; la chapelle du château de Girbaden ; les cours de Dambach, Dettweiler, Krautergersheim , Sigolsheim et Wolcksheim, elr., etc.
'• « Haec majorum nostrorum in concinnandis ejusmodi chartaceis libris diligentia « nostri temporis plerorumque monachorum incuriam et snrordiam arguit, qui ner
HISTOIRE DE L ÉGLISE
Nous terminons ici l'histoire de la fondation du monastère d'Altorff, le plan de cet ouvrage ne nous permettant pas de nous étendre pour le présent au-delà du douzième siècle. Nous comptons y revenir dans les livres suivants de cette histoire , surtout si nous trouvons un abbé plus officieux , qui voulut bien nous communiquer les principaux titres de son abbaye f. Nous regrettons de n'avoir pu les consulter» d'autant plus que nous espérions y trouver plusieurs traits particuliers propres à jeter un grand jour, non seulement sur l'histoire et la généalogie des comtes de la Basse- Alsace , de ceux de Dabo , de Metz , de Montbéliard et de Ferrette, mais encore sur celles de la maison régnante de Savove , qui , comme nous l'avons remarqué autrepart , tire également son origine des fondateurs d'Altorff. Cette abbaye fut unie, sur la fin du quinzième siècle, à la congrégation bénédictine de Bursfelden i. Bucelin3 et les auteurs de la Gaule chrétienne4 assurent que cette union arriva en 1607. Mais on trouve dès l'an 1518 les abbés de Schutteren, Gengenbach, Ettenheimmûnster, Ebersmùnster, Maurmoutier, Honcourt, Altorff, Schwartzach et Sainte-Walpurge, assister par eux, ou leurs commissaires, au chapitre triennal de cette congrégation, tenu àWirtzbourg5. La c ongrégation de Burs-
a chartas suas in ordinem redigcre , nec dissipatas in unum voluraen redigere «curant, » disait dom Mabillon, Annale* benedictini , lom. 6, lib. 78, pag. 59H.
* Nous les avons demandés deux fois avec instance à l'abbé dom Cyrîaque SpiU. qui ne nous a fait aucune réponse,
* Le premier chapitre annuel et général de cette congrégation se tint, en 1464, à Bursfelden. Voyez Hei.yot, llht. désordres monastiques, loin. 6, pag. 22i-i29.
1 Germante sacrœ, part. 2, pag. 19 et 2o.
* Tomo S , pag. 878.
" Ainsi il faut corriger, dans le livre quatrième du premier volume de cette Histoire, pag. 376, 420 et i23, l'époque que nous avons assignée, sur la foi de Bucelin, pour l'union des abbayes d'Ebersmiinster , Ettcnheimmiinster et Gengenbacti à la congrégation de Bursfelden.
feld s'est maintenu, en Allemagne, jusqu'à présent et en a toujours retenu le nom, quoique cette abbaye ait été ruinée en \ 540. Mais elle est beaucoup diminuée ; la plus grande partie des monastères, qui la composaient, s'en sont soustraits pour former des congrégations particulières. Celle de Strasbourg, dont l'abbaye d'Altorff fait aujourd'hui partie, fut érigée , en 1 61 7 , par Léopold d'Autriche , évoque de Strasbourg. La séparation entière des sept abbayes d'hommes et de deux de filles, qui sont dans ce diocèse, d'avec la congrégation de Bursfelden, fut entièrement consommée en 1024. Le village d'Altorff, attenant à l'abbaye, et plus ancien qu'elle 1 , où elle perçoit les dîmes, et où elle jouit du droit de patronage, n'a jamais appartenu à cette abbaye. Faisant, dans son origine, partie du domaine des comtes duNordgau, il passa, en 1098, par le mariage de Spanehilde, petite fille du comte Hugues IV, avec Folmar, comte de Metz, aux comtes de Metz, qui prirent alors le nom de comtes de Dabo et le titre d'avoués d'Altorff. Après la mort de Gertrude, fille d'Albert , dernier comte de Metz et de Dabo * , arrivée en 1225, ce village parvint avec une partie de sa succession à Bertold , évêque de Strasbourg, et à son église 3. Ses successeurs l'ont possédé depuis jusqu'à nos jours.
* Dès le commencement du neuvième siècle , Adaloch , évèquc de Strasbourg , donna plusieurs biens, situés in villula Aldorf, à l'église de Saint-Thomas de Strasbourg. Pièces justificatives ; cf. WuRDTWEtN , nov. subs. dipl., tom. .ï, pag. .>27.
* Allodium nostrum de Altorf, dit la comtesse Gertrude dans un acte de 1224.
3 L'évéque Berlhold , dans ses lettres de 1334, fait mention d'Altorff, que quondam comitis Alberti de Dacxborc fuisse dinuscitur, per nos eu m caslro de Guirrebaden et suis pertinentiis ecclesue nostrœ débite conquisilu.
CRAUFFTHAL.
Grauflthal, en latin Claustriacum , était autrefois une abbaye de filles de l'ordre de Saint-Benoît fondée sous l'invocation de Saint-Marc, dans le diocèse de Strasbourg2, sur les confins de l'Alsace et de la Lorraine, à deux petites lieues du village de Weschem et à une lieue de Pfaltzbourg, dans le comté de Lucelstein, ou de la Petite-Pierre. Nous avons si peu de connaissance sur cette abbaye, que les uns 3 avouent qu'on en ignore jusqu'à la situation et que les autres 4 la cherchent dans la Lorraine-allemande, près de la petite ville de Morhange, à trois lieues de Dieuze et à autant de Marsal. Nous ne sommes pas plus instruits sur le temps de son établissement et le nom de son fondateur. Meurisse 5 prétend qu'elle fut établie dans le huitième siècle, par Saint- Sigebaud, évêque de Metz : mais il
* Et non de Citeaux, comme l'écrit M. Schoepflin, Alsat. illust., tom. 2, pag. 198.
* Et non dans celui de Meta , comme le dit dom Calmet, Notice de la Lorraine, tom. 2, pag. 820.
* Idem, tom. 1, pag. S9S.
' M. Laurent, curé d'Acliain , dans un mémoire envoyé a dom Calmet et inséré dan» la môme notice, tom. 4, pag. 9t2, confond celte abbaye avec la censé dn Cr.ifflhal dépendante de Morhange, ou Moerchingen.
1 Histoire des évéques de Metz, préface ad an. 732 et lir. 2, pag. 131.
HIST. DE l/ÉGLISE DE STRASBOURG. — L1V. HUITIÈME. 339
n'en donne aucune preuve, et Paul, diacre d'Aquilée, qui écrit la vie de ce saint prélat , ne lui attribue que la fondation des abbayes de Saint- Avault et de Neuvillers *. M. Schœpflin 8 la place au commencement du douzième et l'attribue à Folmar, comte de Metz. Nous avons suivi la même opinion dans le premier volume de cette histoire3. Mais nous avons trouvé que Crauflthal existait dès le milieu du dixième siècle et qu elle dut son origine, comme le dit autrepart Meurisse 4, aux prédécesseurs du même Folmar, dans le comté de Metz. Pour remplir l'intervalle que nous laisse le peu de faits relatifs à l'histoire de l'abbaye de Crauffthal, nous allons faire connaître les anciens comtes de Metz, ses fondateurs, sur lesquels les annalistes se sont peu étendus, et que les historiens modernes5 ne nous ont encore fait connaître que faiblement. Cette digression n'est pas étrangère à notre ouvrage. La part qu'eurent les comtes de Metz aux différents événements de la province d'Alsace, surtout depuis que le comté de Dabo passa dans leur maison, lie indispensablement leur histoire à celle de l'église de Strasbourg , de ses évêques et de plusieurs abbayes du même diocèse dont ils furent ou les avoués, ou les bienfaiteurs.
La ville de Metz, connue autrefois sous le nom de Divodurum, Mcdiomatrici et Mettis °, eut des comtes jus-
1 Cap. 50, apud Duchf.snk, tom. 2, script, franc, pag. 2')2.
* AUal. illtut., loin. 2, pag. 192.
* Livre iv, pag. 41$.
* Livre in, pag. 390.
1 Tels que Meurisse , dans son Histoire des évêques de Met*, imprimée en 1634, don» Calmet, dans son Histoire de Lorraine, et dom Taboi/illot et dum François, dans leur Histoire générale de Met*, publiée en 1775.
* Voyez dom Calmet, Notice de la Lorraine , tom. 1, pag. 789 et suiv. et l'Histoire générale de Met*, tom. 4, pag. i-17.
HISTOIRE DE lY.GLISE
qu'après le commencement du treizième siècle. Ces comtes, qui devinrent des plus puissants seigneurs de la Belgique, tenaient un rang distingué dans le pays Messin et la Mosellane, où ils commandaient au nom du souverain, ayant sous eux les officiers municipaux et militaires de la province *. Ils n'étaient pas dans leur origine héréditaires: (le ne fut qu'en 1047, que leur administration, qui n'était qu a vie, fut changée en dignité féodale , que les évôques de Metz conférèrent à Folmar, comte de Lunéville , et à ses descendants *. Le comté de Metz fut d'abord administré par des comtes particuliers, nommés par les rois de France et les empereurs , jusqu'en 960 , qu'Othon b>r l'accorda à Àdalberon , évéque de Metz , et le réunit au domaine de son église 3. Les évêques de Metz donnèrent alors la qua-
1 Chaque cité avait autrefois sous les Romains un comte , ou gouverneur particulier, qui tenait son emploi de l'empereur et qui était subordonné' au gouverneur de la province, dans laquelle son district était enclavé. Les rois de France, qui trouvèrent cet usage établi dans les endroits où ils exercèrent leur souveraineté, entretinrent également les comtes dans 1- s villes principales. Telle est , selon les auteurs de l'Histoire de Metz , tom. 1, pag. 122 et 125, l'origine des comtes de Metz.
1 II est certain que le comté de Metz était un fief de cette église, comme le prouveront les faits que nous rapporterons ci-après. A la mort du comte Albert , arrivée en 1211, Gertrude, sa fille, fut investie du comté de Metz par Pévcquc Bertram , elle et Thiébaut , duc de Lorraine, son époux , sous la condition expresse, que ce fief retournerait à cette église, si elle venait a décéder sans enfants mâles. Chronicon epiicoporum metentium , apud Dachkry spirilegii, tom. 2, pag. 231, ce qui arriva au décès de la comtesse Gertrude, qui n'eut aucuns enfants de ses trois maris. Jean d'Apremont, évèque de Metz, réunit alors à son siège le comté «le Metz. Voyez Riciier, in chronico Senomensi , lih. ï, cap. 21.
1 Comme l'assure Mei risse, pag. 314 et 329, d'après les mémoires manuscrits de Philippe Praillon , qui était de son temps maître échevin de Metz. Les auteurs de l'histoire générale de cette ville, préface, pag. xm, remarquent que quelques recherches qu'ils aient faites, ils n'ont pu découvrir les mss. de Praillon. Il parait, par une lettre de M. Descaries, conseiller au Parlement de Metz , écrite en 1760, qu'ils furent vendus, il y a plus d'un siècle, à un nommé Kolb de Strasbourg.
lité et le titre de comtes de Metz aux seigneurs qui en furent investis, et réunirent cette dignité à Fadvocatie de leur église et à la charge des comtes particuliers de leur palais. Ceux-ci existaient dès lors ; et il ne faut pas les confondre avec les premiers, avant l'époque qui rendit cette place héréditaire dans la maison des comtes de Lunéville «.
Le premier comte de Metz, que nous font connaître les monuments de la monarchie française , est Roding a dont on trouve la signature à la lin d'une charte de • l'évéque Saint-Chrodegand pour l'abbaye de Gorze , de l'an 765 \ Le comté de Metz 4 est rappelé dans deux diplômes de Charlesmagne et d'Hildegarde, son épouse , de 783 , pour
1 Les comtes de Metz , bénéficiaires du roi ou de l'empereur , qui n'étaient à proprement parler que des gouverneurs amovibles ou à vie , étaient différents des comtes du palais de l'évéque , lesquels étaient chargés de l'administration du temporel de cette église. On voit parmi les souscriptions d'une charte de l'évéque Adalberon de 942 pour l'abbaye de Sainl-Amoul, celle d'Adalbert, comte de Metz, Adalbertus cornes, et après trois autres comtes celle de Hamedeus corne* palalii. Meurisse, pag. 306. Le même Amédée, comte du palais de l'évéque, est nommé en cette qualité dans deux autres lettres d'Adalberon , l'une de 933 pour le monastère de Gorze et l'autre de 915 pour celui de Saintc-Glossindc de Metz. Cai.mkt , lom. S, preuves, col. clxxyiii et ccn. De même on lit signum Thieberti palatini vomitis dans une donation faite, en 950, à l'abbaye de Saint-Arnoul. Meiiusse, pay. 158. Il est encore nommé cornes palalii melensis dans uu acte de celle de Scnones de 965. « Temporibus primi Ottliouis imperatoris .... crat cornes c palatii nomine Teubcrtus, etc. » , dit la chronique de Saint-Arnoul , publiée par Dom Calmet, tom. 5, col. lxxxviii , qui lui donne pour femme Ermentrude et |K>ur fils, Benoit, mort en 1024, abbé du même monastère.
* Signum Rodingi comitis.
*Meirisse, pag. 169 et C.u.met , lom. 2, vol. cv. Ce dernier, lom. 1 , Dissertations, pag. eu, et les auteurs de l'histoire de Metz, tom. S, pag. 519, placent sous la même année 765 , Amédée à la tète des comtes de Metz , mais a toit, car il n'est nommé dans I:i même charte que sous le titre d'avoué de cette église , 5. Hamedei advocali.
* Comitalus Metensis.
HISTOIRE DE LÊGLISE
celle de Saint- Arnoul Le nom du comte n'y est pas marqué : mais c'était alors Wolmer, qui était , en même temps, avoué de l'église de Metz s. Ce comte commettait de grandes vexations contre les monastères et les églises du pays, tanl par lui-même que par ses sous -avoués. L'évêque Angelrame 3, auquel l'abbé et les religieux de Saint-Avold portèrent des plaintes sur les rapines et les exactions qu'il exerçait dans leurs terres, fit, en 787, comparaître en sa présence Wolmer et les sous-avoués de cette abbaye. 11 leur fit céder par l'abbé quelques biens, qui en dépendaient, sous la condition qu'ils ne la molesteraient plus dans la suite A. Hartman *\ successeur de Wolmer, est rappelé dans un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de 815 °, par lequel il termine un différend survenu entre lui et entre Magulpbe, abbé de Gorze 7. Adelbert ou Albert 8, était comte de Metz sous le même empereur, qui, dans l'assemblée tenue à Attigny, en 822, l'envoya en
1 Melrisse, pay. 181 et 182 et Calmet, tom. 2, col. cxvn et cxv.
* Dom Calmet , Notice, de h Lorraine, tom. I, pay. 42, l'ail dccscndre les comtes de Hombourg de ce comte Wolmer, ou Volmar. Nous croyons* plutôt, qu'il fut un des ancêtres des comtes de Lunêville, qui portaient communément le nom de Volmar , ou Folmar.
* Qui le nomme cornes Wolmerus noster advocatus. 4 Calmet, tom. 2, col. cxvm.
1 Hartmannm cornes fidelis noster.
* Meurisse, paij. 183 , et Recueil des historiens de France, tom. 6, pan. 477.
' Dom Calmet, tom. 1, pn<j. cli, et les auteurs de l'histoire générale de Metz, tom. 2, pay. Àti) , placent Heriuan et M.ilfroy , ou Malfrid entre les comtes de Metz sous l'an 815. Ce Hcrman est sans «toute le même que Hartman. Mais Matfroy ne porte pas le titre de comte dans le diplôme de Louis-Ie-Débonnaire, qui le qualifie simplement Madephridus fidelis noster.
* le même Dom Calmet, tom. I , pay. clii, conjecture qu'Albert descendait d'Ailelbert , duc d'Alsace, mort en 722. Mais il ne l'appuie d'aucunes preuves. 11 ajoute qu'il fut père des autres comtes de Metz , qui portèrent le môme nom : ce qui est faux.
qualité de son commissaire, ou de Missus domiuicus, dans le pays de Trêves avec Helton, archevêque de cette ville*. Attaché constamment au parti de son souverain, il l'accompagna dans la plupart de ses expéditions. Louis, roi de Bavière , s étant déclaré contre son père , sur la fin de Tan 838, l'empereur fit passer le Khjn à son armée * le 7 janvier suivant , et l'obligea de se retirer. L'annaliste de Fulde fait principalement honneur de cette retraite au comte Adelbert. Ce fils dénaturé étant rentré de nouveau, au commencement de 840, dans les pays des Allemands, Louis-le -Débonnaire envoya aussitôt ce comte et Drogon, évêque de Metz, pour défendre le bord oriental du Rhin. Adelbert, que l'historien Nithard 4 nous représente comme l'homme le plus prudent de son siècle, et dont les conseils étaient si solides que personne n'osait les contredire, soutint avec la même vigueur l'empereur Lothaire après la mort de Louis-le-Débonnaire 3. 11 assembla pour lui, des différentes parties de l'Austrasie, une armée nombreuse, qui passa le Rhin, au commencement d'avril 8 il. Louis, roi de Germanie, contre lequel il l'avait destinée , l'attaqua et la tailla en pièces. Le comte Adelbert périt lui-même dans la bataille, qui fut donnée dans la Rhétie, le 13 mai de la même année 4. Waltaire, qui remplaça Adelbert dans le comté de Metz, vivait sous les évêques Drogon et Advence 5. On voit son nom parmi les souscriptions de
' Baluzids, capilular. retj, francor. , tom. 4, col. 6\T/.
* Histor., lib. 2, cap. 7, Nithard le nomme Adelbert um Melensiutn comitem.
* Histoire de l'église de Strasbourg , tom. i, jhkj. 431.
'Voyez les Annules de Fulde, apud Freherum , in scriptor. rerum gennanicarum , tom. 4, pag. 25 , edit. an. 47(7.
s On lit dans Flodoard , Mat. entes. Ile mens. lib. 5 , cap. 23, qu'Advence , évèque de Metz , écrivit à Hincmar de Kheims, pour le consulter sur la conduite qu'il devait tenir avec quelques délinquants de son église, qu'il avait excommuniés
su
HISTOIRE DE LÉGLIÇE
deux donations faites, en 849, au monastère de Saint- Arnoul, et dans un diplôme deLothaire, roi de Lorraine, de 857, pour la même abbaye i. Adelard, que Meurisse * place dans le nombre des comtes de Metz , vivait , dès Tan 873 et 876 , à la cour de Louis , roi de Germanie , auprès duquel il était en grande faveur s. Nous croyons qu'il est le même que le comte Adelard 4, qui est nommé dans la charte de fondation du monastère de Vezelay, faite vers l'an 860 5. Comme fils de Hugues, comte du Sundgau, ou de la Haute-Alsace 6, il se signala dans la guerre des Normands, qui, après s'être emparés de la ville de Trêves, s'avancèrent, en 882 , vers celle de Metz , dans le même dessein. L'évéque Wala et le comte Adelard assemblèrent les milices austrasiennes, allèrent à la rencontre des Normands et leur livrèrent bataille, le 12 avril de la même année, en un endroit nommé Remich, situé entre Sierck et Trêves. Mais les troupes de l'évéque et du comte, accablées par le grand nombre, furent entièrement défaites. Wala périt dans le combat 7. On ignore le sort d' Adelard, qui cependant paraît y avoir là perdu la vie 8, puisque, dès
et qui étaient WaUerii comitis. Cette jurisdiclion de l'évôquc de Metz , sur des personnes qui appartenaient à ce comte Waltaire , suppose que leur maître était comte résident à Metz.
* Histoire générale de Metz, tom. I, pag. 615 et 616.
* Liv. 5, pag. 277.
* Annales Bertiniani , ad dictos annus.
' Adalardus cornes.
' Ackehi, Spicilegii , tom. J, pag. 4i6, primai edit. et Eccardus, orig. Habsbtmj. et auttriac. pag. 126.
B Voyez Schœpflin, Alsat. illust. , loin. /, pag. 781.
'■ Annales Metenses, ad annum 882 et Histoire de Metz, tom. 1 , pag. 638.
" Comme le croit Meurisse, préface ad an. 882 et liv. 3, pag. 277 et 279. Il cite, pag. 33o , une chronique de Metz , où on lit qu' Adelard laissa un flls nommé Richard , qui lui succéda dans son comté. Mais Meurisse ajoute qu'il ne l'a décou-
l'an 887, nous trouvons Ricuin, son successeur, dans le comté de Metz f. Ce seigneur, qui s'intitule Ricuin par la miséricorde de Dieu comte et abbé du monastère de Saint- Pierre de Metz *, accorda, en cette année, à une dame, nommée Remainde, et à Hailalf, son fils, l'usufruit de quelques biens dépendants de cette abbaye dont il était pourvu 3. L'auteur de la vie du bienheureux Jean , abbé de Gorze , dit que le comte Ricuin passait pour le plus honnête homme de son siècle Il vivait encore en 912 5, et il fut peut-être le même que le comte Ricuin qui, ayant manqué de fidélité au roi Charles-le-Simple, fut puni par ce prince, lorsqu'il vint en Lorraine, en 92i 6, sans doute par la perte de son comté7. Nous trouvons, quelque temps après,
vert dans aucune pièce authentique. Vignier lui donne une fille , nommée Ermentrude , mais sans en rapporter les preuves.
* Meurisse, pag. 279, parle de Ricuin, comte de Metz, qu'il fait seigneur de Mo&ellane, d'Àrdenne et de Bouillon, et qu'il place sous l'épi vopat de Wala. Il vivait plutôt sous celui de Robert, son successeur. L'auteur de l'histoire ecclésiastique et civile de Verdun, imprimée à Paris , en 1745 , pag. 48 et 173, fait mention de Ricuin , fils de Régnier, comte de Hainaut , qui obtint en 939 de l'empereur Othon I*' , l'investiture des comtés de Verdun , da Bouillon et d'Ardennes , et qui mourut vers l'an 914. On voit par ces dates qu'il ost différent de Ricuin , comte de Metz, quoique Meurisse semble ici les confondre. L'auteur de cette histoire est l'abbé Roussel , chanoine d'une collégiale de Verdun. Elle fut publiée après sa mort par M. l'abbé Lebœuf , qui y a mis la dernière main.
* Riquinut misericordia Dei abba ex monasterio S. Pétri apostolorum principis metensis ecclesiœ.
3 Meurisse, pag. 279.
* Apud Mibili.onem , in aclis SS. ord. S. Benedicli, lom. 7, tœxuli S. p. 363.
11 Drogon, évôque de Toul et Riquiut, corne», engagèrent le roi Charles-le- Simple à confirmer, en 913 , la donation que l'archidiacre Engelram avait faite â l'église de Toul. Calmet , tom. 2, col. clxxi et recueil des historiens de France , lom. 9 , pag. 516.
* Flodoardus , in chronico apud Duchesne , tom. 2, pag. 591.
1 Doin Calmet, tom. 1 , pag. cm, et les auteurs de l'histoire de Metz, lom. 2, pag. 319, placent dans le nombre des comtes de Metz Otlon , en 889 et Herman, en 910. Mais nous avons cru devoir les omettre. 1. Rien ne prouve
HISTOIRE DE l'ÉGLISE
Matfrid, comte de Metz, qui vivait en 920 f, père de Bernoin, évéque de Verdun, et d'Adelbert II, qui le remplaça dans le comté de Metz. Wigeric, évéque de cette ville, accorda à ce dernier, les biens de l'abbaye de (iorze2; mais levêque Adalberon, son successeur, parvint, en 983, à les retirer de ses mains, pour les rendre à la même abbaye ;1. Adelbert , comte de Metz , signa , en 942 , une charte du même évéque pour celle de Saint- Arnoul 4. Adelbert fut tué en 944 \
que cet Otto illusler cornes noster, à la prière duquel Arnoul, roi de Germanie, fit en 989 une donation à un prêtre de Metz , nommé Amand , ait clé comte de Meta. La charte de donation se trouve dans Dom Martknne, in Ihesauro anecdot., tom. 1, col. Si, et dans Dom Cai,met, tom. 2, col. 135. ï. I„c comte Ricuin , ilonl il est parlé dans un diplôme du roi Zwcnlibold pour l'abbaye de Saint -Minci de 895, imprimé dans le tome IX du recueil des historiens de France, pag. 515, était comte de Verdun, puisqu'il y est nommé Rihuvinus cornes payi virdunensis. 3. On trouve dans Doublet , Histoire de l'abbaye de Saint- Denys. pag. 808 et dans Fei.ibien, pag. 78, un diplôme de Zwentibold , qui restitue en 89« le prieuré de Saloue à l'abbaye de Saint-Denys ob interventum fidelium noslrornm Odoacri et lleginharii. Mais ils n'y portent pas le litre de comtes. 4. Herman ne l'était pas non plus. 11 est simplement nommé Hermaimus advocatus dans les souscriptions d'une charte donnée en 910 par la reine Richildc au monastère de Gorze. Calmet, tom. 2, col. clxx. Nous voyons aussi du nombre, des comtes de Metz le comte Gérard que le P. Benoit Picart , origine de la maison de Lorraine, pag. 142 et 145 et Croi.lius orig. Biponlinœ, pars 1 , cap. 2, pag. 66, placent dans ce nombre, mais sans preuves, sur la An du neuvième siècle et au commencement du dixième.
* In pago Melensi, in comitatu Malfridi , dit un acte de l'abbaye de Saint- Maximin de Trêves de l'an 926 , apud llontheim , llistor. Trevir., diplom., tom. 1, pag. 268.
* Auctor vilai beati Joannis Gorziensis, apud Mabillonem oper. et tom. cit. pag. 563 et se g.
* La charte d'Adalberon se trouve dans Dom Calsiet , tom. 2, col. clxxvi.
* Meirisse, pag. 507, Sirmond, in conciliis galliat, tom. 5, pag. 382. Cai.met, tom. 2, cul. 188, eh:
* Adelbertus , cornes filins Matfridi ah Hone occidiiur , dit sous cette même année le continuateur de Reginen. le P. Benoit Picart , orig. de la très-illustre maison de Lorraine, pag. 1 42 et 1S5 , se trompe ainsi que Doiu Calmet, ■loin. /, pug. tui, lorsqu'ils disent que le comte Adelbert était lïère de Matfrid.
L'empereur Othon Iert ayant accordé à Adalberon, évéque de Metz, le comté de sa ville épiscopale, comme nous l'avons remarqué ci-dessus *, Thierri, qui lui succéda sur la lin de Tan 961 , établit Richard comte de la même ville et lui transféra cette dignité sur le même pied ', que son prédécesseur l'avait reçu de l'empereur *. Nous croyons que ce Richard fut le même qu'Eberhard IV, comte du Nordgau, ou de la Basse- Alsace, dont nous avons déjà parlé dans l'article précédent 3. Il fut avec Adelbert et Gérard, ses deux fils, restaurateur de l'abbaye de Crauffthal*. Ce qui prouve qu'elle existait dès le milieu du dixième siècle. Richard , ou Eberhard , vivait encore en 971. Gérard Ier, son second fils, lui succéda, vers 973, dans le comté de Metz et mourut après Fan 1020, comme nous l'avons déjà dit autrepart 5. Adelbert, ou Albert, son frère aîné, déjà duc et marquis de Lorraine , le remplaça dans le même comté de Metz 6 et finit ses jours vers l'an 1037 ou 1038 7, laissant deux fils de Judith de Luxembourg, son épouse. Le premier, qui portait le nom d'Adel-
' Pag. 3*0.
£ Comme l'assure la chronique , manuscrite de Metz , citée par Musset, In Lorraine ancienne et moderne , pag. 178. ■ 1 Voyez la page 321 .
4 Hichardus , cornes et filii ejtts sunt restauralores noslri. C'est ce que porte un ancien bréviaire mss. de l'abbaye de Crauftlhal, cité dans les mémoires de M. l'abbé De Camp sur l'origine de la maison de Lorraine , dont parle Dom Calmkt, loin. 1, pag. cxlviii.
r' Page 333.
• Alberlus , cornes Metensis et dur Gerardus (Mus ejus multa contulerunl ecclesiiSy dit Alberic, in chronico ad annum 1056, pag. 68. La chronique do Saint- Bénigne de Dijon et celle «le Bruges donnent aussi a Albert la qualité de comte de Metz , comme le remarque le P. Benoit , origine de la maison de Lorraine , pag. 432 et 162, qui cite aussi un passage de la chronique mss. de Saint-Maximin de Trêves, qui porte: Cornes potens , nomme Adelbertus , melensibus prœsidebat.
' Voyez la page 323.
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bert, son père, crée en 1044, duc de la Lorraine mosellane, par l'empereur Henri III, fut vaincu et tué, en 1048, par Godefroi-le-Barbu , duc de la basse Lorraine sans avoir d'enfants de sa femme Jutta. L'autre fils d'Adelbert, appelé Gérard II, fut après lui comte de Metz, et mourut en 1046*. 11 épousa Giselle, fille du comte Gérard 1er, son oncle. Gérard II fut père de Gérard, surnommé d'Alsace, qui devint, en 1048, le premier duc héréditaire de la Haute-Lorraine. Le comté de Metz sortit alors de cette maison et passa dans celle des comtes de Lunéville.
Lunéville, ainsi nommé du culte de Diane ou de la Lune, qui était adorée à Leomont, montagne éloignée d'une lieue3, était, dès le dixième siècle, possédée par des comtes. Folmar I('i\ ou Volmar, qui l'était alors, signa *, en 949, le diplôme de l'empereur Othon pour l'abbaye de Senones5. 11 est encore rappelé sous l'an 982 avec Berthe, sa femme, dans le nombre des bienfaiteurs de l'abbave de Maurmoutier en Alsace °. Il mourut quelque temps après7. Berthe, sa femme, qui lui survécut 8, sœur de Berenger, évêque de l'église de Trêves, lit, en 996, une donation à l'abbaye de Saint-Maximin de la même ville °. Folmar IR>' était frère d'Etienne, qui succéda à Saint-Gerard dans le siège épis-
1 Voyez Herman Contract, Sigehert de Gemblours et Alberic de Trois-Fonlaines.
* Voyez Schoepfi.in , Alsat. illusl., tom. i, pag. 493 et 494.
* Nolice de la Lorraine, tom. 1, pag. 635 et 695. ' Signum Folmar i comitis.
Cai.net, tom. i, pag. excv et Recueil des historiens de France, tom. rx , pag. 382.
Voir ci-dessus, pag. 100 ot mes notes sur Maurmouticr où il est prouvé que Folmar I" «'-lait aussi comte du Bliescngaw et du Haut-Sargau. T Avant Tan 994.
* Religiosa femiiia domina litrlha , viri illustris Volcmari comitis relicta. "Calmet, tom. i, preuves, pag. ccxlviii et Honthein, llist. Trevirensis ,
tom. 1 , pag. 53S-
copal de Toul 1 : sacre le 24 juin 994, il mourut le 12 mars de l'année suivante*. Folmar 11, son neveu, comte de Lunéville, et seigneur d'Àmanee 3, lils de Folmar Ie', fonda, en 999, l'abbaye de Saint-Renii de Lunéville pour des religieux de Tordre de Saint-Benoît *. Il vivait encore en 1020 5 et laissa trois fils, Folmar III, Godefroi l»r<» et Herman Ier. Ces deux derniers sont regardés comme les seconds fondateurs de l'abbaye de Saint-Remi, parce qu'ils y mirent, en 1034, des religieuses, à la place des religieux, qui s'y étaient comportés d'une manière peu digne de leur vocation7. Herman vivait encore en 10598. Godefroi est
\ La chronique des évoques de Toul, apud Calmet , loin, 1, col. CCVUl et CCXXI, l'appelle domnus Stephanus nobili palriensium slirpe eiiitus , de linevivilla anliqua progenie or lux.
* U P. Benoit, Hist. de. Toul, pag. 338, cite un acte de Folmar U , comte de Lunéville de l'an 991, par lequel il renonce aux droits d'advocatie , qu'il prétendait avoir sur quelque» biens dépendants de l'abbaye de Senones , à la prière d'F.tieniu' , èvèque de Toul , qu'il nomme palruus, son oncle paternel.
* Selon Dom Calmet, Notice de la Lorraine, tom. 1, pag. 10. ' De Hl'YR , Antiquités de la Vosge , pag. 425.
1 On lit signuin Folmari comitis , à la fin de deux chartes de Gérard, comte de Metz de 1020 pour le monastère de Fructuaire. Guichenon , bibliothecor Sebusianœ, cent. I, num. 75 et cent. 2, num. 81.
•Selon Crolliis, Origines bipontinœ, pars 1, cap. 2, pag. 60 , 74 et 75 et cap. 4, pag. 152 et 153 , Godefroi I" fut investi sur U fin de l'onzième siècle, par Herrmann , évèque de Metz, du comté de Castres , ou de Blicaslel , et fut père d'un autre Godefroi , qui vivait en 1106 et 1127, et grand-père de Folmar, comte de Blicastel , qui vivait en 1135 et 1*79.
Crollius dit encore, cap. i , pag. 153 , « Apellat Godefridus sesc cum altero n fratre Hermanno francorum comitem catholieum , urtdc colligerc liect , comités « hos in ecclesia et quideui metensi luenda pra?cipuam quamdam quœsivisse « laudem. »
: De Ruyr, pag. 426, a publié la charte qu'ils donnèrent à ce sujet en 1034. Elle commence ainsi : Godefridus et Heimannus comité» , catholica commonemur censura, etc. Dom Calmet donne fautivement le commencement de cet acte : Godefridus et llermannus francorum comités catholici , ce qui a fait que Crollius , Orig. bipont. , pars 1 , cap. i, pag 75, nomme l'un et l'autre francorum cornes catholicus.
* On lit signum Herimanni comitis , après celui du comte Folmar , son frère ,
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nommé, vers Tan 1060, avoué de Lunéville, dans un acte du même monastère de Saint-Remi *. Folmar II eut aussi une fille , mariée à Thierri , duc de Lorraine et de Bar, auquel elle apporta en dot la seigneurie de la ville et château d'Amance*. Folmar 111, comte de Lunéville, fils de Folmar II et petit-fils de Folmar obtint, en 1047, le comté de Metz, sans doute des mains d'Adalberon de Luxembourg, qui le lui conféra en fief, avec l'advocatie de l'abbaye de Neuvillers en Alsace , dépendante du domaine temporel des évêques de Metz.
Folmar 111 gouverna, pendant plusieurs années, le comté de Metz et il mourut dans un âge fort avancé , au commencement du douzième siècle 3. Il est rappelé dans quelques diplômes de l'empereur Henri IV dans plusieurs chartes d'Adalberon 5 et d'Heriman , évêques de
dans les lettres d'Adalberon , évèque de Metz , pour l'abbaye de Sainl-Tron , de 1 059. Meurisse , pag. 36*.
1 Cité par Ruyr , pag. 427.
' Comme le croit Dotn Calmbt , Histoire de Lorraine , tom. 1 , pag. Clvi et Notice, tom. 1, pag. 696. Du moins lit-on dans une charte de Pibon, évèque de Toul, de 1076 , publiée par le même savant , tom. 2, col. cccxlvih , que Theodoricus, diuc jure hereditario comiti Folmaro in Amanlia sueeeuit.
* Il est nommé corne* Folmarus senex dans une donation qu'il fit à l'abbaye de Saint-Remi de Lunéville , sous l'nbbcssc Uda et sous Adalberon , qui siéga à Metz entre 1046 et 1072. Ruyr, pag. 428.
4 L'em|»ereur Henri IV, accorda en 1076 oh inlerveittum comitis Volmari , l'église de Rueggisberg à l'abbaye de Cluni. Schokpfliîuis , Uist. Zaringo-Bad., tom. 4 , pag. 22. Le diplôme du même prince, pour le monastère de Neuvillers , fut donné en 1085. Testibu» comité Volinaro ejusdem (Abbaciœ) advocato et filiit ejus Godfrido et Yvlmaro. Pièces justificatives num. 22.
Celui du môme Henri VI pour celui de Saint-Airi de Verdun , de 1089 , fut donné présente comité Folmaro. Mirœut , operum diplomat., tom. 1, pag. 164.
» La charte d'Adalberon , évèque de Metz pour l'abbaye de Saint-Symphorien , fut donnée en 1056 , sous le comte Folmar , qui agréa la fondation du prieure d'Augny , faite par le même évèque , en présence de tout le conseil de son palais , favente Folmaro comité , omnique nottri palalii senatu. On lit encore xignum Folmari comitis à la suite des lettres du même prélat pour l'abbaye de Saint-Tron
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Metz 1 , dans des titres de l'abbaye de Neuvillers a , et dans quelques autres actes du temps 3. Il était, ainsi que Folmar IV, son fils, avoué de Longeville \ Il se démit, sur la fin de ses jours, du comté de Metz en laveur de ce dernier, comme le prouve une charte de l'évéque Àdalberon pour l'abbaye de Senones, de l'an MM :\ Les deux Folmar, père et fils0, accordèrent à l'abbaye de Saint-Georges, dans la Forêt-Noire, tout ce qu'ils possédaient à Lixheim 7. Ce fut là l'origine du monastère , ou prieuré de ce nom , fondé par Folmar III, qui le soumit à l'abbaye de Saint-Georges, où Theotger, son fils, était abbé 8. 11 ne survécut pas long-
de 1049. Meurisse, pag. 363 et 364. Le comte Folmar signa aussi deux chartes, concernant l'abbaye de Saint-Arnoul ; l'une de l'évoque Adalberon de 1063 et l'autre de Heriman , son successeur de 1075. Hist. générale de Met* , loin, 2 , pag. 16i et 179. On lit aussi signum Fulmari comitis metensis à la suite des lettres d't'don, évêque de Toul , données en 1057 , in ptenaria sinoih , concernant la paroisse de Varangeville. Benoit Picarl . Mut. de Toul, prob. , pag. lxxiii.
' On lit signum Folrnari comitis a la suite de deux chartes de l'évéque Heriman pour l'abbaye de Saint-Arnoul , l'une de 1073 , Calmct, tom. 2, col. cccxmii , et l'autre sans date, Meurisse, pag. 371. Heriman lit en 1075 une donation à la même abbaye per donationem nostrœ manus alque Folrnari comitis nostree Urbis . Meurisse , pag. 369. Folmarus cornes signa aussi en 1090 la charte de ce prélat , en faveur de l'abbaye de Saint-Clément. Meurisse , pag. 380.
•Outre le diplôme de l'empereur Henri de 1085 , on a la charte de Dietmar , abbé de Fleuri, qui vend en 1070 à Rupert, abbé de Neuvillers, l'église de Hochfelden , sub fidejussuribus et teslibus Folmuro comité et filio ejus Hermanno.
1 La charte de donation du prieure de Tliiécourt à l'ordre de Cluni de 1093 , fut donnée à Metz comité Folmaro. Calmel, tom. 3, col. xxvti. Fulmarus metensis cornes signa en 1106 la charte de Mathilde , comtesse de Toscane, pour l'abbaye de Saint-Pierremont. Idem, col. t.vi.
* Dom Calmet , tom. 1 , pag. rxv, écrit qu'on trouve le comte Folmar, avoué de Longeville, dans des actes de 1111, 1113 et 1114.
* Folmarus cornes, qui est le père , la signa. Calmet , tom. 3, col. lxiii. Mais elle finit par ces mots : Juniore comité Folmaro prœfecturam Urbis agente.
* Fâtmerus metensis Urbis prœfecto et films ejus Folmarus.
7 Comme on lit dans un diplôme de l'empereur Henri V, pour la même abbaye, de l'an 1112.
* Trithemits , in chronico Hirsaug., tom. \, pag. 284. Le monastère de
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temps à cette fondation, étant mort vers Tan 1113. Il fut enterré dans l'église du nouveau monastère de Lixheim, où Theotger le revêtit, trois jours avant sa mort, de l'habit monastique !. Folmar III avait épousé Spanehilde, fille de Hugues, comte d'Egisheim et de Dabo, nièce du pape Saint-Léon IX, laquelle, après la mort d'Albert, son frère, hérita, en 1098, des comtés de Dabo et de Muha *. Spanehilde, qui décéda avant son mari 3, lui donna six enfants, Herman II, Godefroi II, Theotger, Folmar IV, Raoul ou Rodolphe et Hugues I«\ Herman, nommé dans un acte de l'abbaye de Neuvillers, de 1070, n'était plus en vie en 1085. 11 mourut sans alliance, ainsi que Raoul, son frère *, qui fut, en 1095, un des premiers chevaliers de la croisade 5. Tous les deux moururent avant leur père. Nous ferons connaître Theotger après que nous aurons parlé de Godefroi II , de Hugues I««* et de Folmar IV.
Ce dernier, rappelé en 1085 dans le diplôme de l'empereur Henri IV pour Neuvillers , et comte de Metz , dès le vivant de son père0, souscrivit plusieurs diplômes de
Luxheim , situe dans la petite ville de ce nom , entre Sar bourg et Pfalsbourg , fut abandonné par ses religieux en 1550 et ses revenus unis, par le pape Jules III, au collège de Sapience d'Heidelbcrg. Les religieux du tiers ordre de Saint-François occupent aujourd'hui remplacement de l'ancien prieuré.
' Trithême , lib. et pag. cit., qui le nomme Wobnarus galliœ gentis cornes.
* Voyez ci-dessus , pag. 382.
5 Cornes Folmarus pro anima uxoris tua Spanehildis , IU une donation à l'abbaye de Saint-Rémi de Lunévillc ; elle fut reçue par Pibon , qui siégeai Toul depuis 1070 jusqu'en 1107. Calmet , tom. i, pag. cclxv.
* Dom Calmet , tom. i , pag. cl et ci.v , remarque que Rodolphe , ou Raoul , fils de Folmar , est rappelé dans un acte dePoppon , évêque de Metz, de 1093 pour l'abbaye de Saint-Clément.
* Meurisse , pag. 385.
* Comme le prouve la charte d'Adalberon , évoque de Metz, de 1114 que nous venons de citer.
l'empereur Henri V de H431 , de 1114 et de 1123*, ainsi que de Lothaire II de 1129 3, avoué d'Andlau4 et de Longueville5. Il est encore nommé dans plusieurs lettres d'Etienne, évôque de Metz6. Ce fut Folmar IV, qui rétablit l'abbaye de Crauffthal, fondée par les comtes de Metz, ses prédécesseurs, et qui la mit, vers l'an 1115, sous la conduite de Theotger, son frère, abbé de Saint-Georges7. De là vint que les abbesses de Crauffthal ont toujours reconnu les abbés de Saint-Georges pour leurs supérieurs majeurs. Folmar IV fonda aussi, en 1130, l'abbaye bernardine de Beaupré , située sur la rivière de la Meurthe, à une lieue de Lunéville8. Cette fondation fut augmentée
* Le diplôme de ce prince pour l'abbaye de Remiremont de 1118, Calmet , loin. 3 , pag. lxx , fut donné interventu Fulmari comitis.
* Les deux diplômes de Henri V de 1114 , l'un pour l'abbaye de Moyenmoutier, Belhotnme in hist. mediani montaient , pag. 259 , et l'autre pour le monastère d'Etival, Hugo annal, ord. prœm., lom. 2, col. 539, furent expédiés consilio et rogatu Folmari comitis. Folmarus cornes , fut témoin en 1123 au diplôme du même prince pour l'abbaye de Waldkirch. Austriu sacra , tom. 2 , p. 267.
* Cornes Folmarus signa en 1129 le diplôme de Lothaire II pour la ville de Strasbourg- Ah. diplom., tom. 1, p. 207.
* En 1114 , selon Rltr , p. 236.
* Etienne, évéque de Metz , confirma en 1121 les biens et privilèges de l'abbaye de Longueville , laudante et consentienle Folmaro comité , ejusdem loci advocato. Calme! , tom. 5, col. cxli.
* Cornes Folmarus, signa en 1126 la donation d'Etienne , évôque de Metz, faite à l'abbaye de Saint-Pierremont. Meurisse, p. 402. On lit aussi Folmarus , cornes nostrœ civilatig dans deux actes du même prélat de la même année pour l'abbaye de Saint-Arnoul, idem, p. 403 et 404. Les lettres d'Etienne de 1127 portant fondation du prieuré de Mosnier , sont données comité Folmaro prœfecturain Métis agent e. Calmet , lom. S, col. clxv. Le môme évôque fit restituer en 1130 à l'abbaye de Saint-Clément tout ce que le comte Folmar avait usurpe sur elle. Histoire générale de Metz , tom. 2 , p. 255.
7 Meurisse , p. 390.
" Folmarus, cornes metensis contruxit abbatiam monachorum cisterciensis ordinit, quœ vocatur bellum pralum , dit Etienne, évôque de Metz , dans ses lettres de 1130 , qui font connaître en môme temps les noms de sa femme, de ses deux fils et de ses trois filles. Meurisse , p. 405.
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dans la suite par les différentes donations qu'y firent la femme et les enfants de ce comte 1 , qui n'y survécut que peu d'années, n étant plus en vie en 1135. 11 avait épousé Mathilde, qu'on croit avoir été fille de Thierri, duc de Lorraine, et sœur du duc Simon*. Il en eut deux fils, Folmar V et Hugues H, successivement comte de Metz et trois filles, qui furent Clémence, Agnès et Adélaïde3. On ignore le sort de ces dernières. Clémence, héritière du comté ou de la seigneurie de Lunéville, épousa Folmar, comte de Bastres ou Blicastel4. Folmar V, beau-frère de
1 Henri, évéque de Toul , conllrma en 1135 les biens que Folmarus, cornes melensis et uxor ejus et filii omnes et filie avaient donné» à l'abbaye de Beaupré. Calmet , tom. 5, col. ccxcv. Le môme évéque Henri, dans d'autres lettres de 1157, rappelle les donations qu'avaient faites à la même abbaye son fondateur vir nobitis quidem génère, sed morum nobililate multo generosior Folmarus cornes melensis. . . et conjux ejus femina felicis memorie comitissa Mathildis , et filii eorutn Folmarus el Hugo , nec non et filie Clementia , Agnès et Adeleidii. Idem , loin. ') , col. ccoi.xiii.
1 MtURissK , p. 689 et Mi'ssey, la Lorraine ancienne et moderne, p. 209. Chronique de Melz , citée par Waskbourg , Antiquités de la Gaule belgique , /il». I , fol. 298. « Folmarus cornes Melensis habuit duos lilios ex Mathilde uxore , >< videlicct Folmarum et Hugonem , et très 11 lias Clementiam , Agnetem et Ade- « leidem. Folmarus primus regnavit, post Hugo, qui genuit Albertum comitem « Melensem , qui dédit jus patronatus sancla? crueis fratribus S. Theobaldi. »
' Clementia , filia Mathildis et Folmari comitis de. Lunevilla , uxor Folmari romitih CasleUensis , est rappelée dans des actes de 1135, 56, 66, 73, 78 et 79. Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 2, Dissert., p. 15 et Notice de la Lorraine , tom. 1, p. 188. Folmar qui fut un des bienfaiteurs de l'abbaye de Beaupré et do Sturtzelbronn , eut de Clémence trois (Ils que la chronique d'Alberic , p. 350 , nomme ainsi : de. comité Folmero nati sunt episcopus Virdunensis , Hugo de Lunevilla et Folmarus contes de Castris. Henri , archidiacre de Metz et de Liège , fut nommé en 1181 a l'évéché de Verdun , dont il fut obligé de se démettre en 1186. Roussel, Histoire de Verdun, pag. 270 et suiv. La charte de Louis, comte de Sarwerden, de 1172, confirmant la fondation du monastère de Wcrncrsweiler, apud Crollium , origines bipontina , pars 1 , pag. 127 , et seq., nomme entre les témoins Folmarus , cornes de Castello et (ilii ejus Folmarus et Hugo. Huges et Folmar , son frère, sont nommés comités Lunaris villa dans une charte de 1152 , citée par ftUYR , pag. i27. Hugues, seigneur de Lunéville, fait mention de Henri , son
ce dernier, fit bâtir en Alsace le château de Hunenbourg, sur une montagne, à une lieue de l'abbaye de Neuvillers, dont il était avoué. 11 y faisait môme son séjour pendant la vie de Folmar 1Y, son père : ce qui fait qu'il prend le titre de comte de Hunenbourg dans plusieurs diplômes et d'autres titres du temps, depuis H23 jusqu'en 11331.
frère, dans un autre acte de 1169 et il se nomme (ils du comte de Castres dans un troisième de 118V. Il mourut sans postérité. Folmar, comte de Castres, rappelé dans un acte de 1188 avec Gerberge, sa femme et Hugues, comte de Lunéville , son frère, eut , selon Albéric , deux fil» , nommés Henri et Hugues. Folmar vivait encore en 1220 ; il mourut avant l'an 1223 , et il fut enterré dans le monastère de Wernerwiller. Les titres de cette église , cités par Crollius, pag. 159 et ICO , lui donnent pour femme Jutla , pour enfants Frédéric, Henri et Mathilde. Frédéric ne vivait plus en 1223. Hugues, successeur de Hugues, son oncle, dans la seigneurie de Lunéville et qualifié ainsi dans un acte de 1206 , eut trois enfants : Folmar de Lunéville , mort sans postérité , Conrad de Riste , auteur des seigneurs de ce nom éteints en 1332 et Hugues, dont descendent les seigneurs de Lucelstcin ou de La-Petite-Pierre , établis autrefois en Alsace. Quant à Henri , qui succéda vers Tan 1222 à Folmar, son père, dans le comté de Blicastel et qui vivait encore en 1243 (Crollius, orig. bipontinœ, p. 162 et seq.), il obtint la seigneurie de Lunéville après la mort de Folmar, son neveu. Il avait épousé, avant l'an 1233, Agnès, fille d'Eberhard, comte de Payn, id.,p. 164. Il en eut quatre enfants. Le premier fut Jean, dernier mâle de son nom , qui vivait en 1233 et qui mourut avant son père et avant l'an 1238. Le second enfant fut Elisabeth déclarée, dès l'an 1238 , héritière du comté de Blicastel et de la seigneurie de Lunéville. Elle épousa en premières noces Berthold, comte de Salm et en secondes noces, avant 1251 , Renaud de BiUch et fils de Fcrri II, duc de Lorraine. Crollius, pag. 166 , 167 et 168. Elisabeth , qui fonda en 1243 le monastère de Gn-cffînlhal , n'eut aucun enfant de l'un et l'autre mari. Renaud de Bilsch, étant décédé en 1274 , ses biens et la seigneurie de Lunéville , qu'il avait eus de sa femme , passèrent au duc Mathieu , son frère , qui réunit cette seigneurie à son duché. Mussey , pag. 209. Quant au comté de Blicastel , il passa en 1274 à Henri , comte de Salm , qui avait épousé Lorette, sœur d'Elisabeth , et troisième enfant du comte Henri. Celui-ci eut aussi un quatrième , qui Tut Gutta, mariée à Llric II de RibeAupierrc.
' Folmarus , cornes de Huneburc, signa deux diplômes de l'empereur Henri Y pour le monastère d'AIpisburch , l'un de 1123 , apud Besoldum , dveum. redivivn Wirtemberg , pag. 250, et l'autre de 1125 pour l'abbaye de Saint-Biaise. Htrgott, Geneul. Habsburg., tout. 2, pag. 139. On lit: cornes Folmar us de Huneburg dans le nombre des témoins qui signèrent eu 1127 la charte de Pierre, comte
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Il succéda la même année, ou l'année suivante, à son père dans le comté de Metz, dont il prit le titre et la qualité jusqu'à sa mort, arrivée en 1157 l. Folmar V ne laissa point d'enfants de sa femme Mathilde. Le comté de Metz passa alors à son frère Hugues II , déjà comte de Dabo , qui joignit alors à son nom l'un et l'autre titre, et dont nous nous réservons de parler plus amplement dans la suite de cette histoire 2. Hugues II avait succédé en 1123 à Hugues Ie»1 , son oncle paternel, dans le comté de Dabo. Hugues J^r, fils de Folmar III, avait obtenu en partage ce comté, qui lui était échu de la succession de Spanehilde, sa mère. Sa signature3, se trouve dès 1101 à la suite des lettres qu'Ermenson, comtesse de Namur et veuve d'Albert, comte de Dabo et de Muha, accorda en cette année au prieuré du
«le Lucelbourg, Tondant l'abbaye de Saint-Jcan-dcs-Choux. Gallia christ., tom. S, pag. 479. Le diplôme de l'empereur Lothatre II pour la prévôté de Zurich de 1130 fut donné rogatu Volmari de Hunneburche , liist. Zaringo badensis , loin. 4, p. 72. La charte de Gebehard , évêque «le Strasbourg pour l'abbaye de Baumgarten d« 1133, nomme cornes Foltuarus de > Iluneburc entre ceux qui la signèrent. Gallia christ., tout. 5, pay. 476.
1 Foltuarus cornes Meteusis , est nommé vassal «le l'éveché de Metz , Aomo Stephani Meteusis episcopi, dans les lettres de Henri , évoque de Toul, pour l'abbaye de Beaupré de 1135. Caluiet , tom. 5. col. ccxcv. Cornes Foltuarus , signa en 1137 deux donations faites par Etienne , cvêque de Metz à la collégiale de Saint-Sauveur, Mf.i risse, pag. 404 et 405. Il se qualifie coûtes Foltuarus Meteusis udvocatus dans la dernière. Coûtes Folmarus , signa aussi en 1140 la charte du même prélat pour l'abbaye de Saint-Avold, Calmet , tom. 5, col cccxiv. On lit: signutu Folmari comitis à la fin «les lettres d'Etienne, évoque de Metz , pour l'abbaye de VergaviUe «le 1147 , Mawu.on, Annal, bened., loin. 6, pag. 706.
Le comte Folmar et Mathilde, sa femme, confirmèrent en 1141 une donation Taite à l'abbaye de Saint-Henri de Lunéville, Huyr, pag. 427. Nous plaçons la mort de Folmar V à l'an 1157 , puisque ce ne fut qu'alors que Hugues II , son frère, commença à joindre le titre de comte de Metz à celui de comte de Daho.
* Hugues II, mort vers l'an 1174 , fut père d'Albert , comte «le Metz , de Dabo «•t de Muha , déc«Mc en 1211, et grand-père de llerlrude , qui fut le dernier rejeton tU> cette ancienne et illustre famille.
1 Siynum Hugonis , plii Folmari comitis.
Mont-Saint-Martin !. Il était encore alors dans son bas âge, puisqu'en H 03 une charte de l'abbaye d'Altorff, dont il était avoué, ne le traite que d'enfant8. Il jouissait aussi en 1404 de l'advocatie de Honau et en 1424 de celle d'Andlau3. Il signa en 4443 avec Folmar IV, son frère4, le diplôme de Henri V pour le monastère de Remiremont 5. La mort l'enleva en 4423 à la fleur de son âge, emportant au tombeau la gloire d'avoir égalé Hector en vertu et Pàris en beauté0.
Son frère aîné, Godefroi II, nommé dès l'an 4085 avec Folmar III , son père, et Folmar IV, son autre frère, dans le diplôme de l'empereur Henri IV pour l'abbaye de Neuvillers7, obtint de ce prince en 4089 le comté du Nordgau, ou de la 4Jasse-Alsace vacant par la mort de Hugues, comte d'Eguisheim 8. Godefroi0 est rappelé en cette qualité dans une charte d'Otton, évéque de Strasbourg, de l'an 4097 pour l'abbaye d'Altorff10. Il signa 11 en 44 44, avec Folmar, son père, la charte d'Adalberon, évéque de Metz, pour l'abbaye de Senones1*. Il vivait en 1406, qu'il paraît
1 CALMET, lotit. 2, col. XLV1II.
- Hugone comité adhuc pucro , prédit li lamen cenobit aévocalo.
3 La charte de Brunon , prévôt de Honau , de 1 10* , fut donnée sub advucatn Hugone. On trouve le signttm Hugonis comilis, ecclesie Andelacensis advocati, dans les lettres de Conrad , prévôt d'Etival , de 11 il.
4 Interventu Fulmari comilis, Hugonis comiti*. 1 Calmet , lom. 3 , col. lxx.
* Annalisla saxo , apud Eccardum , rer. Germon., lom. 1, pag. 652. « An. 1123 n Hugo de Dagerburch , moritur, trojanura illum Alexandruni pulcliritudine , vir- <i tute vero Hectorem representans. m
I Voyez ci-dessus, pag. 168.
" ScHŒpruNUS, Als. iUust., iom. 2 , pag. 485 et 5l8. " Comilalu* Godefridi comilis in provinda Alsalia. lo Schœpflin, Alsal. diplom., lom. 1 , pag. 178. «' Folmarus cornes, Godefridus cornes.
II Calmet , lom. 3 , col. lxih.
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dans un diplôme de l'empereur Henri V pour l'abbaye de Sainte-Walburge1, et en 1122 qu'il fut témoin d'un autre diplôme du même prince pour l'église de Strasbourg*. Godefroi H mourut quelque temps après, laissant de Judith8 un tils, nommé Thierri, qui lui succéda dans le comté du Nordgau. Thierri est le premier qui ait pris, dans les chartes de 1129 et 1138, le titre de comte provincial*, terme équivalent au mot allemand Landgrave. Il porte le môme titre dans les actes de l'abbaye de Sturtzelbronn, fondée en 1135 par Simon, duc de Lorraine, dont il fut un des principaux bienfaiteurs5. Il est encore nommé comte régionaire 6 , comte de la Terre et comte de la Patrie7, dans d'autres lettres du môme temps. Il
' Donnée rogatu Godefridi comitis.
* Godefrid cornes.
* Cornes Godefridus et sa femme Comitissa Judith sont rappelés dans le nombre des bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Renii de Lunéville. Calme t , tom. 2, pag.
* Thierri est simplement nommé cornes Theodericus dans le diplôme de l'empereur Lothairc II, pour la ville de Strasbourg, «le 1129. Als. dipl., tom. 1, pag. 207. Mais il est qualifié Theodoricus cornes provincialis tant dans la charte de Godefroi de Fleckenstein pour l'abbaye de Sainte-Walburge, de 1129, apud Schiltebum, in glosmrio Teutonico , pag. 35, que dans celle de Regenhard et Frédéric de Chatcnoi, pour l'église de Strasbourg, de 1138. Pièces justificatives; cf. Wuiwtweiî», nov. sttbx. dipl., tom. 7, pag. 103.
* Etienne, évèque de Metz, confirma, en 1155, à l'abbaye de Slurtzelbronn les donations qui lui avaient clé faites par le Landgrave Thierri , suivant un acte cité dans la notice de la Lorraine, tom. 2, pag. 511. On lit dans la charte de Frédéric de Bitsch , de 1196, que Theodoricus cornes provincialis avait accordé à • cite même abbaye quartam parlem prœdii , quœ sibijure conlingebat haredilario. Klle se trouve dans Hugo . Traité historique sur l'origine de la maison de Lorraine , probat. pag. i.xi.
"Mathilde, abbesse d'Andlau, donna, eu 1144, une charte sous Tdcoderico comité regionario.
1 Thiedericus contes patriœ de Alsalia signa, en 1139, les lettres d'Albert, archevêque de Mayem c , pour le monastère de Katelcnbourg. Lenckfeld, Antiquit. Walckenried , pag. 2j4.
DE STRASBOl lt<;. — LIVRE HUITIÈME. 350
est môme particulièrement distingué par la qualification de comte provincial de la Basse-Alsace1, dans le diplôme de l'empereur Conrad II pour l'évêché de Munster, de 1144*. Thierri et Godefroi, son fils3, signèrent en M 48 la charte de Mathieu, duc de Lorraine, portant établissement de l'abbaye de l'Etanche*. Thierri5 souscrivit en H 56 les lettres de l'empereur Frédéric pour l'église de Verdun6. 11 décéda peu après, puisque dès l'an 1159 on célébrait le 5 septembre son anniversaire dans l'église abbatiale de Neubourg7. On ne connaît de ses enfants, que Godefroi III, qui lui succéda dans le comté provincial de la Basse- Alsace 8, et une fille, qu'on croit avoir été mariée à Sigebert III, comte de Werd9. Il tenait sa résidence au château de Hunenbourg, qui avait été bâti par Folmar V, comte de Metz, son cousin, comme le prouve une charte de l'abbaye de Neubourg, donnée vers l'an H7510. Il ne survécut pas longtemps à cette époque. Comme il était mort sans postérité , l'empereur Frédéric retint , pendant quelque temps , dans sa possession le Land-
1 Provintialis cornes Theodericus de inferiori parte Alsavie.
' Publié dans les mémoires de l'académie de Mannheim , tom. 1, pag. i97.
1 Theodoricus cornes terre , Godefridus filius ejus.
1 Hugo, oper. cit., probat. pag. lxxii.
" Cornes Theodoricus.
H Roussel, Histoire ecclésiastique et virile de Verdun , preuves, pag. \t.
' Anniversarium Theodorici beatte memoriœ provincialis comitis est noms septembris , dit une charte citée par Scbilter. Gi.ossar, Teulonici , pag. 35.
* Xostris acvidil temporibus , quod memorie provincialis cornes Teodericus mgressus est viam carnis unicersœ, pro cujus absolutione anima ftlii sut una cum (Ma et matre eorttm, donnèrent la terre de Mulnbach à l'abbaye de Neuvillers. C'est ce qu'on dit dans une ehartc de l'abbé Erphon , de 1159, qui nomme en même temps filius ejus provincialis t omes Godefridus.
» Schœpflînus, Alsat. illust., tom. i, pag. 485.
w Dans laquelle on lit cornes provincialis Godefridus domicilium fiabebal apud Huneburch ,
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graviat de la Basse- Alsace1. Ce ne fut qu'en 1196 qu'il passa à Sigebert 111, comte de Werd, beau-frère de Godefroi III , qui en fut investi par Henri IV , son fils et son successeur *. Les livres suivants de cette histoire feront connaître plus particulièrement les Landgraves ou comtes de la Basse-Alsace de la maison de Werd. Nous nous contenterons d'observer que les comtes de Werd furent ainsi appelés du château de ce nom , situé sur l'Hl , près de Benfelden. Nous ignorons leur origine ; mais comme ils possédaient des biens en Lorraine et qu'ils prenaient le titre de comtes d'Alsace, dès l'an 11303, longtemps avant qu'ils jouirent du Landgraviat, nous croyons qu'ils descendaient de la maison des ducs de Lorraine*, et que le comte
' Comme le prouve une charte de Henri , Landgrave de la basse Alsace et fils de Sigebert III , comte de Werd, de 1236, pour l'abbaye de Neubourg, dans laquelle on rappelle privilegium quoddatn dive memorie serenissimi domini Henrici imperatoris sexti , in quo continebatur, quod cum prafatus imperator ipsam Lantgraviam in manu sua tanquam possessionem ndhuc leneret et nnndum de feodo Lanlgravic patrem meum comilem Sigebertum infeodasset, etc.
* ScHŒPrLiNUS , Ah. illwi., tom. 2, pag. 520 et 522.
5 Sigebert II, père de Sigebert III, prenait lui-même ce litre. Le diplôme de l'empereur Lothairc pour la prévôté de Zurich, de 1130, apud Schoepflincm , Hist. Zaringo bad., tom. 4, pag. 72, fut donné rogatu et petitione Sigeberti comitis de Alsalia. Le même Sigebert est aussi nommé comte d'Alsace dans les lettres de donation faites par Mathieu , duc de Lorraine , au monastère de Sainte-Croix de Metz. Hillin , archevêque de Trêves, légat du Saint-Siège , et le pape Alexandre III confirmèrent, le premier en 1162 et le second en 1181, terram de St. Pétri fonte, quant Matheux dux et Marrhio Lotharingorum assensu comitis Sigeberti de Alsatia, avait accordée à cette abbaye. Huco, Annal, ord. pratmonst. tom. 1 , col. cccclxxiv et cccclxxvi. Ce pape rappelle aussi dans sa bulle de 1179 pour celle de Vadegassc , in Burgalba aUodinm quod fuit comitis Sigisberti de Alsatia. Hontheim, llist. Trevir. diphm., tom. 1, pag. 607. Sigebert III est aussi nommé cornes Sigebertus de Akatia dans un diplôme de Henri VI pour la ville de Crémone , de 1192. Muratori in antiq. ilal. medii œvi . tom. 4 , pag. 232.
* Dom Calmet place aussi les Sigebert dans le rang des princes de la maison de Lorraine. Mais tantôt il les fait descendre du duc Simon I«f, mort en 1139 , llist. de lorraine, tom. 1, dissertations, pag. ccxxm et ccxxiv, et tom. 6, preuves,
Sigebert Ier leur auteur , dont il est déjà parlé dans des
col. ix et lxxvhi , et tantôt du duc Ferri , décédé en 1207, tom. 7 , pag. ccxxxv. Cette descendance est insoutenable , puisque les Sigebert étaient déjà connus sur la (in de l'onziémo siècle et au commencement du douzième.
Chollws, Orig. biponlinœ, pars 1 , pag. 180 etl8î, soupçonne aussi que Sigebert I , comte du Sargau , descendait de la famille d'Alsace , ou des premiers ducs de Lorraine.
Sigebert I".
Sigebert est nommé Sigehardus cornes dans la chronique de Laurisheim apud Lamey, Codex Laureshamensis diplomaticus, pag. 198. Il y est dit, que sous Teml>ercur Henri IV, Winither, abbé de Laurisheim , frère dudit comte et oncle paternel d'Adelbert , archevêque de Mayence , accorda en fief la terre de Bruinât au-dit Sigcliard , son frère.
Sigebertus et Sigehardus promiscua sunt nomina , dit Crollids, Origine* biponlinœ, pars 1 , pag. 177.
Hei.yich , Antiquitates Laurishamenses , apud Joannis, scriptor. Mogunl., tom 3, pag. 64 , dit que Winther, comte de Saarbruck et frère du comte Sigchard , devint abbé île Liurisheim , en 1078 , et abdiqua, en 1090, pour se retirer dans l'abbaye d'Hirsauge où il mourut peu après. On voit dans Schannat , llist. Wormal., pag. 347, qu'il fut nommé, vers 1087, évêque de Worms par l'empereur Henri IV, contre l'évêque Adalbert. Winither abdiqua aussi cet évéché en 1090.
Comme la postérité des ducs d'Alsace , dont descendent les ducs de Lorraine, possédait plusieurs seigneuries et terres dans le Sargau et dans cette partie de la Lorraine qu'on nomme aujourd'hui Lorraine allemande; comme les noms d'Adelbert , de Brunon , de Simon , de Frédéric , etc. , sont également communs dans les maisons d'Alsace , de Lorraine et de Saarbruck ; comme les Sigebert prenaient également le titre de comtes d'Alsace longtemps avant qu'ils jouirent du Landgraviat de la basse Alsace ; toutes ces raisons paraissent prouver qu'ils descendaient des ducs de Lorraine , nommés d'Alsace.
On sait d'ailleurs que Sigebert Ier avait obtenu de l'abbaye de Laurisheim la terre de Brumpl , et Simon , son petit-fils , de celle de Schwartzach la terre de Schwindratzheim. Ce qui (tarait indiquer que dés lors ils avaient des possessions en Alsace.
Aussi Adelbert, archevêque de Mayence en 1111, fils de Sigebert l«, est nommé Adelbertus natione Lotharingus dans Otton de Frisingen , lib. 7, cap. 14, apud Urstisium , tom. 1 , pag. 147.
Sigebert eut pour fils Frédéric et Brunon. Adelbert, leur frère, et fils dudit Sigebert, les rappelle dans sa charte de 1124. Apud Joannis, scriptor. Moguntini, tom. 2, pag. 464, où entre les témoins on lit: Dominas Bruno, frater nosler,
Spirensis episcopus fraies nosler Friderictis. C'est donc une erreur dans
Smoxis , Beschreibung ail en Bischtiffen «u Speyr, pag. 62 , lorsqu'il fait descendre Brunon des comtes de Wurtemberg et lorsqu'il place , pag. 66 , sa mort à l'an 1123.
HISTOIRE DE l'ÉGUSE
actes de 1080 1081)*, et M 09 \ cUait fils du duc Gérard, mort en 1070, d'où ils portèrent comme lui* le titre de comtes d'Alsace. Sigebert 1er eut trois fils, Sigebert II,
Sigebert I).
Sigebert et Friderivh comités de Sarebrucken sont nommés témoins «les lettres de l'archevêque Adclbcrt pour la ville tic Mayencc , de 1120. Gidenis , Codex diplom. Mogunt., Uim. 1 , nutn. 45, pag. 119.
On trouve aussi un comte Sigebracht entre les témoins de la charte d'Adclbert l«r, archevêque de Mayencc , pour le monastère de Disihodenherg. Giîndenis , Codex diplom., lom. 1, pag. 73. Sigebert II et Frédéric, son frère, sont rappelés dans le diplôme de Lothairc pour la ville de Strasbourg , de 1129.
Sigebertus cornes est nommé témoin d'une charte d'Adelberl II , archevêque de Mayence, de 1141. Gddenus, Codex diplom. moguntinus , tom. 1, tivm. 48, pag. 129. Cet Adelbert était son neveu.
De Frédéric descendent les comtes de Saarbruck , comme le prouve Croi.lius , Origines bipontince. , pars 1 , pag. 186 et seq.
Simon 1", comte de Saarbruck, qui avait pour père Frédéric, eut un Ul6, nommé Henri , dont descendent les comtes des Deux-Ponts , comme lo prouve Cftoi.Ml's , pars 1 , jtag. 213 et seq.
Henri, auteur des comtes de Deux-Ponts, était fils de Simon 1", comte de Saarbruck et frère de Simon II, comte de Saarbruck.
Preuves.
1. Conrad, abbé dTïsberg, in chron., pag. 296, edil. an. 1537, donne une même origine aux maisons de Deux-Ponts et de Saarbruck.
2. — Charte dTserthal de 1179. — Fridericus et ffenneus filii Symundi romitis sont nommés entre les (émoins de la charte de Louis de Sarwciden pour le monastère de Wernerswciller, de H 80. Crollrs, Origines bipontina , pars 1, pag. 132.
3. Ilenricus cornes de Sarbrucken e*t nommé témoin du diplôme de l'empereur Henri en faveur de l'église de Mayence, de 1192. Gidenus, Codex diplom. Moguntinus, tom. 1 , pag. ai 3.
4. Symon cornes de Saraponte , Ilenricus cornes de Geminoponte , sont témoins d'une donation faite, en 1196, par Henri de Brunswick, comte palatin, au monastère de Schtinau. Gi'dems, Sylloge diplomat., nnm. 20, pag. 30.
3. Ce Simon et Henri étaient frères , puisque Symon cornes de Sarbruck et fraler ejus Ilenricus de Zweienbrucken , sont rappelés comme témoins dans les
Frédéric5 et Adalbert, mort archevêque de Mayence, le 23 juillet H 37. Frédéric, comte de Saarbruck, fut auteur des comtes de Saarbruck , de deux-Ponts et de Linange. Gisèle, sa veuve, et Simon, son fils, fondèrent en 4 i 35 l'abbaye de Vadegasse \ Sigebert 11 obtint en partage les biens d'Alsace, et s'établit dans cette province, où son nom se trouve dans des diplômes et des chartes depuis 4420
lettres du môme Henri, comte palatin, pour Jean, archevêque de Trêves, de 1197. Hontheim, Hisloria Trevirensis diplomattva, tom. 1, num. 439, pag. 630.
6. Le môme Henri est nommé comte de Deux-Ponts dans un diplôme de l'empereur Henri VI, de Pan 1191, pour l'église de Worms. Schanhat, Hislor. Wortnal., Codex, probal., ». 97, pag. 91.
Crollids , Origines btpontina , pars 2 , pag. 9, croit que ce fut dans les dix • dernières années du douzième siècle, que fut faite la séparation des deux comtés de Saarbruck et de Deux-Ponts.
1 L'empereur Henri IV donna, en 1080, en propriété à Sigebert cuidam notlro fideîi nomine Sigeberlo le lieu de Wadcgasse avec toutes ses dépendances, situées dans le comté du même Sigebert. Hugo, ,4nno/. ord. prasmonst. , tom. 2, col. 618, et Hontheim, Hist. trevir. diplom., tout. 1, pag. 429.
* Le diplôme du même prince pour l'abbaye de Saint-Airi de Verdun fut donné en 1089, présente comité Sigeberto. Mirenus, oper. diplom., tom. 1, pag. 164.
* Sigebertus cornes fut témoin de la charte de Cunon, évôque de Strasbourg, portant confirmation de l'établissement du monastère de Saint- Léonard. Pièces justificatives; cf. Wûrdtwein, nov. sub., Iom. 7, pag, 20.
Sigebrecht signa, en 1122, le diplôme de Henri V pour les frères de l'église cathédrale de Strasbourg. Ibidem. Cela regarde Sigebert II.
' On sait qu'Albcric de trois fontaines et plusieurs écrivains donnèrent à Gérard, duc de Lorraine , le nom de Gerardus de Alsatia. Thierri de Bilsch, et comte de Flandre, est aussi appelé Thcodoricus elsacensis et fils Theodorici ducis de ellcsati dans la généalogie des comtes de Flandres, apud Martenne , tom. 3, pag. 383 et 38.
5 Sigeberlus cornes et f rater ejus Fridericus fom« signèrent, en 1126, le diplôme de l'empereur Lothaire pour l'abbaye Saint-Biaise. Hergott. Gènêal. Habsburg., tom. 2 , pag. 150. Ce même Frédéric est nommé Fridericus cornes de Sarbruche dans une charte d'Etienne , évôque de Metz , pour l'abbaye de Saint- Arnoul, de la môme année 1126. Méprisse , pag. 403.
* Voyez la notice de la Lorraine , tom. 2, pag. 411 et 927.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
jusqu'après 11461. Sigebert III, son tîls * , qualifié dès l'an 1153 de comte de Franckenbourg 3 du château de ce nom , situé en Alsace entre les deux vallées de Willer et de Lièvre, prit en 1185 le titre de comte de YVerd4, titre qu'il conserva , lorsqu'il obtint , onze ans après , le comté provincial de la Basse-Alsace.
Godefroi 111 , qui fut le dernier de la maison des comtes de Metz, possesseur de ce comté, était petit-neveu de Theotger, abbé de Saint-Georges dans la Forêt-Noire, et évêque de Metz, qui appartient par plusieurs traits à l'histoire ecclésiastique du diocèse de Strasbourg. Le bienheureux Theotger, fils de FolmarlII, etfrèredeFolmarlV5, personnage distingué par ses vertus et ses talents, fut
* Cornes Sigebertus signa, en 1129, le diplôme de Lothairc III pour la ville de Strasbourg , Alsat. dipl., tom. 1, pag. 207 ; en 1139 celui de Conrad III pour le prieuré de Saint-Pierre, dans la FortH-Noire , Ilistor. Zaringo-badensis , loin. 4, pag. 81, et en 1144 celui du même prince pour l'abbaye dcSeltz, Alsat. dipl., tom. 1, pag. 224. Nous avons déjà vu que Sigebert est nommé comte d'Alsace dans le diplôme de Lolhaire , de 1130 , pour la prévoté de Zurich. Cornes Sigebertus est encore rappelé témoin dans une charte du grand chapitre de Strasbourg, de 1137. Une charte de l'abbaye de Neubourg fut donnée en 1146 per manum antiquiorit comilis Sygberti.
* La filiation des trois Sigebert est ainsi énoncée dans deux bulles d'Alexandre III et de Célestin III, de 1179 et 1197, pour l'abbaye de Vadegassc, apud Hontheiu, oper. cit. . . . quod habetis a comité Sigeberto (de Alsatia) et a (ilio ejus Sigeberlo et hujus filio Sigeberto.
* Sibertus cornes de Frankenburg , ou Frunckenesbnrch , parait dans deux diplômes de l'empereur Frédéric , de 1153. Hercott , Geneal. llabsburg., tom. 2, pag. 177, et Schœpflini's, Hist. Zaringo-bad. , tom. 5, pag. 102. Il est nommé cornes Sigebertus de Franckenburg dans la charte de Mathieu , duc de Lorraine, pour l'abbaye de Baumgartcn, de 1172. Cai.met, tom. 2, col. 365.
* Cornes Sygebcrtus de Wcrde est témoin du diplôme de Henri VI pour l'église de Basic, de 1185. Hercott, tom. 2, pag. 195.
■ Tritulme , Annal. Ilirsaug., tom. 1, pag. 282, dit .pie Theotger était d'une basse extraction. Ce qui est contraire au témoignage de Meukissk, liv. 3, pag. 390, et de dom Mabillon , Annal, benedict., tom. 5, lib. 7, num. 114, pag. 277, et de la Gaule chrétienne, tom. 13, pag. 738 , qui assurent qu'il était frère de
destiné dès son bas Age à l'état ecclésiastique. D'abord chanoine de l'église de Saint-Cyriaque de Neunhausen, près de Worms1, il fit ses premières études en Alsace, auprès du fameux Manegold et auprès de Gerung, son disciple s, qui furent dans la suite successivement prévôts du nouveau monastère des chanoines réguliers de Marbach3. Il retourna ensuite à Saint-Cyriaque, où on lui confia l'éducation de la jeunesse 4. La réputation que Saint- Guillaume, abbé d'Hirsauge depuis Tan 1069, s'était acquise dans toute l'Allemagne, engagea Theotger, sur les conseils de Gerung , à l'aller trouver pour le consulter sur plusieurs difficultés. Il fut si satisfait de ses réponses et de la discipline qu'il voyait fleurir dans son abbaye , qu'il le pria de le recevoir au nombre de ses religieux. Guillaume lui accorda avec plaisir ce qu'il demandait : il le chargea avec un*autre religieux , nommé Hérinon , de travailler à corriger les fautes que la négligence des copistes avait laissées dans le texte des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Peu après, en 4083, il le nomma, quoiqu'il n'était encore que diacre, prieur du monastère de Reichenbach, qu'il venait de fonder5. Theotger reçut ensuite l'ordre de prêtrise, et enfin il fut placé, en 1088, sur le siège abbatial de l'abbaye de Saint-Georges dans la Forêt- Noire. Zélé pour la pratique des règles, il en donnait
Folmar, comte de Metz. Tout ce que Mabillon rapporte de Theotger, est tiré d'un lambeau de sa vie écrit par ordre de l'abbé Erbon , disciple de ce saint prélat. Ce lambeau , qui finit à l'an 1119, avait été communiqué à ce savant annaliste par le pére Papebroch qui l'avait trouvé dans un mss. de l'abbaye de Saint-Georges de Villingen , comme l'écrit dom Mabillon, loin. 6, Annal. Benedkt., pag. 55. ■ TrithÉme, lib. 1 , pag. 266.
* Trithéme et Mabillon , loc. cit.
1 Voyez ci-dessus, pag. 162.
4 Trithkme , lib. 1 , pag. 283.
* Gerbertus, in Wstoriâ Xigrœ Sitvœ, Ion,. 1 , pag. 282 el 288.
366 HISTOIRE DE i/ÉGLISE
l'exemple. Sévère à lui-même, il le fut aussi à l'égard des autres, jusqua ce qu'une infirmité, occasionnée par une chute de cheval , lui fit comprendre que la" conduite d'un supérieur devait être mêlée d'indulgence1. Il rebâtit le cloître de son monastère et l'église de Saint-Georges , qu'il fit consacrer le 30 septembre 1090 par Gebhard, évêque de Constance2. Theotger fonda aussi, ou rétablit plusieurs monastères de l'un et de l'autre sexe3, et il parcourut les diocèses voisins pour réformer les abbayes de son ordre. Le diocèse de Strasbourg lui doit le rétablissement du monastère de Saint-Marc , près Rouffach , et de celui du même nom , que ses ancêtres avaient fondé à Crauffthal , qui furent tous les deux soumis à l'obédience de l'abbaye de Saint-Georges *. Crauffthal , qui avait été réduit à uneextrême pauvreté , fut tellement augmenté par les soins de Theotger, et par les libéralités du comte Folmar, son frère , que dans peu de temps il suffît pour l'entretien de près de cent religieuses5. Les abbayes de Honcourl6 et de Gengenbach7 sont aussi redevables de leur réforme au zèle de ce pieux abbé.
Il était occupé à celle de Gengenbach, lorsqu'il fut élu, en évêque de Metz, dont le siège était vacant depuis
1 Mabillon , tom. 5 , pag. 277.
' Gerbertis, tom. cit., pag. 286. On a une bulle du pape Urbain II, de 1095, in SCHOEPFLl.M , Altat. dipl., tom. I, pag. 177, adressée dilecto fi Ho Theogerio Abbati Monasterii S. Georgii, quod situm est in Silini nigrâ.
1 Trithéme , pag. 281.
' Voyez ci-dessus, pag. 142 et 143.
5 « Cœnobium Sanctimonialium in honore divi Marci Evanj^clisUe ab antea con- « structum, sed inops, exiguuin et iuipcrfeclum , S. Theofferus ita miiris , .-edillciis « et pouessionibus ampliavit , ut bievi non minus rpiAm renlnni similiter in eo * Sanctimonialcs ronjïregaverit reminas, • dit Trithéme, pag. 285.
• Trithéme , pag. 285.
; Mauu.i.on , tom. 5, lib. 7, num. 88, pag. 472.
deux ans par la déposition d'Adalberon faite au concile de Rheims *. Comme on craignait que Theotger, apprenant sa nomination, ne prit la fuite, ou qu'elle fut traversée par l'empereur, le clergé et le peuple messin convinrent de tenir l'élection secrète et de lui députer Ancelin , abbé de Saint-Clément avec Théodewin, prieur de Maurmoutier2, depuis cardinal de Porto , pour le prier de se rendre au château de Compiègne , où se trouvait alors Conon , légat du pape. Les députés trouvèrent l'abbé de Saint-Georges au monastère de Crauffthal 3. Il les suivit jusqu'à celui de Honcourt4. Mais ayant appris dans cette dernière maison qu'il était nommé évêque, il protesta contre cette élection. Il s'y arrêta et écrivit au légat qu'il se croyait indigne de cette place pour plusieurs raisons, et en particulier, parce que tous ses ancêtres avaient été prêtres ou fils de prêtres5; ce qu'on peut entendre de plusieurs de ses ancêtres paternels et maternels , qui , avant leur mort , avaient pris l'habit monastique. Malgré cela, son élection ayant été confirmée au concile de Cologne, tenu au mois de mai i 1 18, Theotger fut obligé d'accepter l'épiscopat6. L'homme de Dieu7, car c'est ainsi qu'on le nommait, se rendit à
* Voyez Trithéme, pag. 286 ot 864; Cauiet , Histoire de Lorraine, tom. 2, pag. 300, et l'Histoire de Metz , tom. 2, pag. 221.
* Et non abbé, comme l'écrivent les auteurs de l'histoire de Metz, toi». 2, pag. 223.
* « In Monasterio Yirginum, quod in bonorem S. Marci EvangelisUe conditum ad m ejus curam pertinebat, » dit l'auteur de la vie de Théotger, cité par dom Mabil. lon, Annal. Benedid., tom. 6, lib. 73, num. 5, pag. 3. La Gallia christiana, tom. 13, pag. 835, place Crauffthal dans le diocèse de Metz, et dit qu'il n'en reste aucun vestige avant le 12* siècle. Elle place sa fondation par Folmar, comte de Metz.
' " Ad cellam , cui Hugonis Guria vocabulum. >
* « Utpotè cujus parentes et longà avoruin série majores oinnes, \H Sacerdotes, « vel filii fuerunt Sacerdottuii. >.
* MABILLOM, tom. 6, lib. 73, num. 33 cl 3i, pag. 172. ■■ « Vir Dei. »
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l'abbaye de Corvey, où il reçut , le 7 juillet , l'ordination épiscopale des mains du légat. Mais jamais il ne put prendre possession de son église , à cause de la résistance des habitants de Metz, qui tenaient le parti d'Adalberon 1 . Repassant par l'Alsace , pour retourner en son abbaye de Saint-Georges, il fit quelque séjour chez les chanoines réguliers de Marbach, où il eut le plaisir de revoir le vénérable vieillard Gerung , prévôt de cette maison , qui avait été son maître*. Theotger assista, en 1110, au concile de Rheims où Calixte II confirma son élection3. Il accompagna ce pape à l'abbaye de Cluni, où il passa le reste de ses jours uniquement occupé des vérités du salut. Il y mourut le 29 avril 1120, et y fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre4. Quelques-uns lui donnent le titre de saint, et disent qu'il fit après sa mort beaucoup de miracles5. D'autres le qualifient*seulement de bienheureux0. L'anonyme de Môlck 7 lui attribue un Traité sur la Musique, qui a été publié , et dont nous avons eu lieu de parler autre
' Marillov, twm. 35 et 88, pag. 18 et 41.
* Idem , num. 85 , pag. 18, et Gallia chrisliana, tom. 13, pag. "il. 3 ÏRITHKME, pag. 286.
* Idem, pag. 287, et Mabillon, tom. 6, num. 1U, pag. 54 et 55, et Gallia chrisliana, tom. 13, pag 743 et 744.
* L'abbé Châtelain , dans son Martyrologe universel , pag. 078 , place le vénérable Dielhger , frère de Foliner , comte de Metz , dans le nombre des saints de France , et ajoute que Paul d'Hernricd , son contemporain , écrit qu'il éclata en miracles après sa mort «irrivée à Cluni.
* TniTHÉXE , pag. 266, 267 et 282, et Mabillon, in Actis SS. Ord. S. Benedicti, tom. 9, xœculi 6, pars. 2, pag. 721. Un catalogue des abbés de Saint- Georges, publié par le P. Marian, Austria sacra, tom. 2, paj. 310 , l'appelle beatus Theogerus. . . . moritntium singularis patronus.
7 De Scriptoribus ccclesiasticis , cap. 109, in Bibliothtcà Fabricii , pag. 157 : « Dietgcrus Abbas , à Latinis Thcogorus, à Theutonicis quibusdam Theokarius dictus «c Metcnsis Episcopus tractatum unum de musicâ scripsit. »
part1. Les autres ouvrages dont Trithème* le fait auteur, n'existent plus aujourd'hui 3.
L'abbaye de Crauffthal resta soumise à l'obédience de celle de Saint -Georges dans la Forêt -Noire, depuis Theotger, son restaurateur, jusqu'à son entière extinction. Wernher, qui succéda à Theotger dans cette abbaye, passe pour un de ses dotateurs 4. Elle est nommée sous ce titre5 dans la bulle du pape Alexandre III, qui confirme le 26 mars 1178 à Manegold , abbé de Saint- Georges les possessions et dépendances de son monastère0. Les religieuses de Crauffthal étaient desservies par les bénédictins du prieuré voisin de Lixheim 7, du même ordre et de la même dépendance, fondé par Folmar III, père de Theotger8. On trouve dans le nombre des abbesses , en 1187, Agnès, et en 1467 Gertrude d'Uzenheim9. La dernière fut, en 1547, Marguerite Barthold de Kirschbach. Alors Frédéric II, électeur-palatin, dont les ancêtres avaient réuni le' comté de Lùtzelstein ou de la Petite-Pierre à
• Page ... — Note de l'éditeur. Grandidier voulait sans doute renvoyer le lecteur au passage où il parle plus spécialement du traité de Theotger. Or ce ne peut être à la mention qu'il en a faite précédemment que se réfère ce renvoi. C'est à ce qu'il en dira plus loin , Episcopat de Baudouin, 51« évôquc ( 1100 ), lie alinéa.
• Tom. 1 , pag. 282.
3 L'auteur de l'Histoire du monastère de Reichenbach , cap. 3, apud Kden , in collect. Scriptor. rerum hislorico-monastico-ecclesiasticarum , tom. 2 , pag. 86, compte Sanctus Theogerus dans le nombre de ses prieurs. On lit dans le Nécrologe de Marbach : « tu kalend. Maii Diègerus Episcopus. »
♦Séries Abbatum Honasterii ad S. Ceorgium , apud P. Maman , tom. cit., Auslriœ sacrœ , pag. 310.
5 « Cella in Crouchtal jure obedienlie subjecta. -
4 Alsat. diplomat. , tom. 1, pag. 266.
• C.almet, Notice de la Lorraine, tom. 1, pag. 673.
" La même bulle d'Alexandre III, de 1178, confirme à l'abbaye de S. Georges « cellam in Metensi episcopatu Luxesheim , quœ jure proprietatts obtinet. »
• Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 1, liv. 10, pag. 473, et Notice, luw. 1, pag. 294.
370 HIST. DE l/ÉGLISE DE STRASBOtTRG. — LfV. HUITIÈME
leurs domaines 1 , s'empara des revenus de l'abbaye de Crauffthal, en chassa les religieuses*, et obtint en 1550, du pape Jules III, que ses biens fussent réunis avec ceux de Lixheim au collège de Sapience d'Heidelberg \ Le village de Crauffthal appartient aujourd'hui à ce titre au prince de Deux-Ponts. Frédéric V, électeur-palatin, vendit, le 28 novembre 1623, une partie des biens de l'ancienne abbaye de ce nom à Henri , duc de lorraine 1 ; et c'est à cause de cette vente, que le roi de France, en qualité de duc de Lorraine, jouit des dîmes du même endroit. On ne voit aujourd'hui à Crauffthal que les masures de l'ancienne église abbatiale. La nouvelle, sous l'invocation de la Sainte- Vierge, sert de paroisse aux habitants de cet endroit et des villages voisins de l'une et l'autre religion.
' M. SCHGEPFLIN , remarque, Alsat. illustr., loin. 2, pag. 451, que Bernard île Lùtzelburg et Jean, son frère , tenaient , en 1105, le village île Crauffthal en fief de l'évéché de Metz.
' Meorisse , pag. 390.
* Acla Acadcmia? Manheimensis , lum. I, pag. 387.
• Notice de la Lorraine, lot». I, pag. 673.
Nolt de l'éditeur. — Nous trouvons dans le mss. de Grand idier deux notes sur feuilles volantes qui se rapportent à l'abbaje «le Craufftlml. Leurs places n'étant pas indiquées dans le texte , nous I.»* plaçons la lin île ce chapitre. Ces notes sont ainsi conçues :
. On trouve dans la Bihliolheca patrum, lom. 25, edil. Lugdunentis , col. 1071 et 4082 , dans le recueil dt;s lettres de la bienheureuse Hildegarde, abbesse du mont Saint-Ruperl , près de Bingen , deux lettres de Sainte-Hiidegarde écrites obbalisse de chrouehdnl , qui peut être CraufTlhal. Dans l'une , elle est nommée //. et dans la seconde .1 . Les deux lettres de l'abbesse de Crouchdal et les deux réponses d'Hildegarde s'y trouvent insérées. Dans la première Hildegarde donne des préceptes pour la vie solitaire et promet la perfection à cette abbesse, qui avait eu le bonheur de la voir dans son abbaye. La seconde forme une longue instruction , dans laquelle Hildegarde lui recommande plusieurs vertus, entr'autres la charité, l'obéissance et l'humilité.
. Hildegarde, si connue par ses révélations, commença à écrire en 11 il. Elle fonda, vers 1147, le monastère du mont Saint-Rupcrt et mourut en odeur de