‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 29 sur 47 · SELTZ · texte numérisé non relu

SELTZ

La fondation de l'abbaye de Seltz1 est due à l'impératrice Sainte- Adélaïde fille de Raoul ou Rodolphe II, roi de la Bourgogne , trans-jurane, et de Berthe , duchesse de Suabe, épouse, mère et aïeule des trois Othons. Elle mérita d'être comptée parmi les femmes qui ont fait le plus d'honneur au trône et à leur sexe-. Mariée en 951 *à Othon \ toujours aimée et respectée de son époux ; régente sous la minorité d'Othon II , disgraciée ensuite par les conseils des flatteurs, qui font commettre tant de fautes aux jeunes princes; chargée de nouveau du poids des

sainteté le 17 septembre 1179. Voyez le P. STJlll.TtXG, in actis sanctorum , tout. S, sept., pag. 629-701.

* Les deux çonti'inporains de la vie île la bienheureuse Hildcgardf, lib. .7, pug. 692, disent qu'elle fit plusieurs voyages en Allemagne et y visita plusieurs monastères, entr'autres Hirsuugia, ZvifelJen , Mulenbrunen , Cruleudal , llerde.... ubi , guœ ad ulililulem animarum perlinebant, jiixta ea, quet ei Ikrus reveluverat, matiifettuvit. Ces auteurs ne disent pas le temps de ce voyage. Trithkmf. , annal, i/irsaug., place celui d'Hirsauge et de Zwifalten à l'an 1160. L'abbesse de Crouchtal lui écrivant, bibl. pair., col. 1071, lui ttppellc ainsi le sien qu'elle avait fait dans son abbaye, en commençant sa lettre par ces mots : • Poslquam diù deside- « rata presenlia et aflabilitatc vestra, Deo opilulante meiui rcvelari a pusillanimi- - tate spiritus et lempestate priori , etc. •

* Dom REAUNIER , dans son Recueil général des abbayes de France , lum. 2, pug. 1082, tombe dans ses méprises ordinaires à l'occasion de Seltz. Il nomme cette abbaye Sanctus lienedictus in Saliem , et en fait un monastère différent de Sam las Alclieïdis de Setis. Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux , article Selts, se trompent, quand ils disent que cet endroit portait autrefois le nom d'Elisalium. M. l'abbé Fleuri, Histoire ecclésiastique, loin. 12, liv. 37, pay. 338, lui donne improprement le nom de Schlen , et Moréri , Dictionnaire historique, tom. 1, edil. de 1710, pay. 110, celui de Celt%. M. l'abbé de Feli.er , dans son Dictionnaire historique, tain. 1, imprimé en 1781, pag. 37, l'appelle aussi improprement le monastère de Cetes .

' h Hflpc enim Augustarum omnium auguslissima nominari et venerari est digna, » dit Odii.on dans sa Vie de Sainte-Adélaïde , in liibliolhecâ Cluniacensi , pag. 355.

* Voyez le tome second île cette histoire, liv. 6, pa<j. 328 et suiv. , et M. l'abbé de Mangin , Hist. ecclès. du diocèse de Lanyre* , tom. 2, imprimé en 1777, pag. 471 et suiv.

HISTOIRE DE i/éGLISE

affaires par ce même fils , qui rendit justice à son mérite et à ses talents, elle fut dans tous les événements de sa vie le modèle de la plus grande sagesse1. Sa douceur, sa patience et sa générosité envers ceux qui l'avaient persécutée, la firent admirer comme un prodige dans des siècles où la vertu était si rare. Sa tendre et solide piété la fit encore plus respecter que son rang. Son zèle pour le bien public lui valut le nom glorieux de Mère des Royaumes*. Attentive surtout à rendre à l'église l'ancien lustre que les malheurs des temps lui avaient fait perdre, elle crut y contribuer, en fondant un grand nombre d'églises dans l'Allemagne, l'Italie et la Bourgogne.

L'Alsace, où elle fonda le monastère de Seltz, doit chérir la mémoire de cette sainte impératrice. Seltz, connu sous le nom de Saletio s, était, avant le quatrième siècle, une fameuse station militaire, située à l'endroit où la petite rivière de Seltzbach se jette dans le Rhin *. Ammien Marcellin, qui en parle sous le nom de Saliso5, la compte en 356 dans le nombre des principales cités d'Alsace. Elle était sous les Romains une ville pourvue d'une garnison, dont le chef dépendait du gouverneur établi àMayence6. Elle devint , sous les premiers

' Voyez son éloge trac«« parSyrus, moine «le Cluni , dans la Vie de Saint- Muyeul, apud Hehschehium, in Adit Sanctorum , toro.2, Maii, lib. 2, pag. 678 , et itpud Mabillonkm , in Actis SS. Ord. S. Bened., tom. 7, utcu ï 5, pag, 776.

' Matremregnorum. C'est ainsi que la qualifie Emma , épouse de Lothaire IV, roi »lf France. Inter epislolas Grrberli , epist. 128.

Voyez l'Itinéraire d'Antoniii et la Table Thcodosienno cité» par M. Schckpklw, Ahat. illuslr.. Um. 1, pag. 149, 227 et 616. ,

' r.ettc station fut appelée Saletio du nom latin de la rivière de Seltzbach ; car le* villes tirent communément leur dénomination des rivière» sur lesquelles elles étaient situées. Il est rare que celles-ci aient eu leur nom des villes par lesquelles elles coulaient.

» Lib. 16, cap. 2.

• Notitia Imperii Occidental is , pag, 145.

rois de France, une forteresse, ou château nommé Saloissa. Thierri et Théodebert, fils de Childebert II, choisirent, en 610, cet endroit pour y tenir les conférences et y régler les conditions de la paix Ce château2 fut de nouveau converti en ville par l'impératrice Adélaïde, qui lui fit don de la liberté romaine, c'est-à-dire, qu'elle lui permit de se gouverner selon les lois romaines3. Le terrain de l'ancien Saletio, et le premier emplacement de l'abbaye de Seltz, ont été insensiblement emportés par le Rhin, qui se jette constamment et avec impétuosité sur la rive gauche : de sorte qu'ils se trouvent actuellement , non pas au-delà du Rhin , comme on l'a prétendu 4, mais dans le lit de ce fleuve.

Seltz n'était pas encore changé en ville, lorsque l'empereur Othon 1er en fit donation5 à Adélaïde, son épouse,

1 Fredegariis , in Chronico, cap. 37, et Aimoinus , de Gestis Francorum , lib. 3, cap. 95. Voyez La Giili.e, Histoire d'Alsace, tom. 1, pag. 312 et suiv. , èdit.

in-8°, rt partie 1, liv. 6, pag. 67, èdit. in-fol., et dora Plancher, Histoire de Bourgogne, tom. 1, liv. î, pag. 91.

• Eginhard et le moine anonyme de Sainl-Gal apud Duchesne , Hisl. Francor. , tom. %, pag. 144, font mention du fameux palais de Seltz, où Charlesmagne reçut' les ambassadeurs que l'empereur Nicéphore lui envoya de Constantinople. M. Moreau , DUcours sur l'Histoire de France, tom. 6, pag. 141, croit que c'est Seltz en Alsace. Mais ce palais , qu'Eginhard nomme lonts , qui diciiur Sel% super fluvium Sala, est celui de Salz en Allemagne, situé sur la rivière de Sale , qui se jette dans l'Elbe , au-dessus de Magdebourg. M. Moreau , ibidem, tom. 10, pag. 308 et suiv. , est plus fondé à traiter de fable et de (fonte sans vraisemblance l'anecdote que le moine de Saint-Gai rapporte au sujet de la réception de ces ambassadeurs grecs , anecdote que Basnage , dom Mabillou et le P. La Guille , regardent comme apocryphe et que le P. Daniel a cependant rapportée comme un trait historique.

J Odii.0, in Vitâ Adelheidis , nitm. 7, apud Casisuh , tom. 3, pay. 75 ; . Adel- « heida antè duodecimum circiter annum obilùs sui, in loco , qui dicitur Salsa , « urbem decrevit fieri sub libertate Romanâ , quem aftectum posteà ad perreclum « perduxit efTcclum. »

4 Spicilegium antiq. Palat. Rhenum, pag, 13.

" Le roi Othon I*r donna à Seltz, aclum Salca, le *8 février 948, un diplôme en faveur de l'abbaye de Laurishcim. Il a été publié par Lavey , in codice Laureskamensi, tom. ï, nutn. 67, pag. 117, et par Kremer, in codice diplomatico Origi-

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

ainsi que des villages de Hochfelden, Sermersheim , Schv?eighausen et Mertzweiler en Alsace, et de celui de Steinweiler dans le Spirgau. 11 lui accorda ces six endroits avec les églises, les terres, les bâtiments, les serfs, la chasse, la pêche , et généralement avec tout ce qui en dépendait, pour les posséder en toute propriété, et en disposer comme de son propre héritage. Les lettres de concession sont datées de Pescara, en Italie du 10 novembre 968 \ L'empereur Othon II, son fils, à la prière duquel cette donation avait été faite, la renouvella par son diplôme, donné à Dornbourg, le 8 juin 975', et confirma sa mère dans tous les biens qu'Othon , son père , avait accordés à Adélaïde , en Alsace, en Franconie, en Thuringe, en Saxe et enEsclavonie. Ces villages, et surtout la ville de Seltz avec son territoire, la jurisdiction et ses dîmes, formèrent le premier patrimoine de l'abbaye de Seltz, qu'Adélaïde fonda en 987 ou 988 \ sous Othon III, son petit-fijs. Elle y bâtit, à l'honneur des apôtres de Saint-Pierre et Saint-Paul, un trèsbeau monastère4, qu'elle soumit au Saint-Siège et auquel elle donna un vaste terrain , qu'on connaît encore aujour-

nutn Sussoriensium , loin. 2 , num. 17, pag. 70. Selon Beyhlin, Anliqnilules Palalinœ , apud Meyens Monumenta pielatis et litleiaria, part prima, pay. 256, ce fui l'empereur Othon lar qui accorda à la ville de Seltz , en 9V6, le droit de marché et plusieurs autres privilèges, il ajoute qu'il accorda à l'abbaye de Seltz le Pelerjwald et le Mellculioiïeii.

' Pièces justificatives , num. 297 et i98 , pan. r.xxxvu cl cxxxvn tom. l«f de l'Hist. d'Als.

1 Ibidem, num. 3u0.

1 El non en 908, comme le dit Bic.Kl.lN, Germanur sur ne , part. 2 , pua. 81.

' « In ipso enim loco (Saisi) Monasleiium à fumlauienlis miro opère condidil, • dit Sainl-Odilon, abbé de Cluni. Tu anonyme cité par Cm sirs, Annal. Stteiic, tom. I, pari. 2, lib. 5, pay. 152, mais qui paraît être de peu de poids , rapporte que l'architecte de l'abbaye de Seltz ayant un jour coupé trop court les bois du bâtiment, était sur le point de prendre la Cuite; lorsque l'impératrice Adélaïde lui ardonua de rester, tira avec lui aux deux extrémités les bois, qui se trouvèrent alors avoir la juste longueur. On raconte un pareil miracle de Sainte-Rictrudc,

d'hui sous le nom de Propre de Sainte- Adélaïde . Elle y établit un grand nombre de religieux de Tordre de Saint- Benoit, à la tête desquels elle plaça l'abbé Ezeman. C'était un homme de vertu et de savoir, que l'impératrice avait continuellement auprès d'elle, pour apprendre de lui les divines écritures, et pour être exercés dans lu pratique de la sagesse chrétienne1. Le fameux Geibert, qui devint en 991 archevêque de Rheims , donne à Ezeman le titre de moine du palais , en lui recommandant , dans une de ses lettres, une aflaire auprès d'Adelaide, cette princesse admirable, à laquelle il était attaché 2.

Othon 111 confirma à la nouvelle abbaye de Seltz les terres de Sermersheim et de Steinweiler , qu'Adélaïde désirait lui accorder. Les deux diplômes de ce prince sont datés de Popart sur le Rhin, et du 11 de mars 992 \ Othon se rendit en Alsace sur la fin de la même année, pour être présent à la dédicace de l'église abbatiale. Elle se fit le 18 novembre par Widerold, cvêque de Strasbourg , en présence des personnes les plus qualifiées de l'empire4. Le roi y assista avec Adélaïde, son aïeule,

abbessede Manhiennes , morte vers 678 , aputl Papebrochii'm, in Actis 55., tom. 3, Jfoiï, pag. lOi et 103.

* Odh.«, in Vild S. Adelaïdi* Imperalriris apud Martin tt Duchetne in liibltotheta Cluniavensi, pag. 357 : « lu ipso etiàni Monastcrio claustrum Monachis salis • aptum praparavit et secundum reculant Sancli Bcncdicli ordinarc decrevU. Abba-

- tem ibi prn?ferit Ezzemannum , boni testiniwnii virum , luimanA scientià et diviiià « sapientiA docluin , qncm in divin» litteris habere voluit assidue pneceptorcm. " Ipsum vero locum adeo dilnvit et noliililavit pra^liis, a'diliciis, auro et gemntis,

- vcslibus pretiosissimis , aliis<|uc variis ormduum siipellectilihus, ut nibil deesset « il lis in lo *o Dei famulantibus. •

: Voyez les Pièces justificatives, ttum. 337, pag. n.wiii , llist. d'Als. ton, 1» et Mabii.i.05, Annal. Drnedict. Inm. 4, lie. V9 . pag. U.

* Pièces justificatives; num. 32n et 330, Hisl. d'Als., toi,,. 1, ]wg. ci-Mi.

* Voyez ci-dessus, pag. 61 , et Wimpiiki.im.i»: , de Kpheupis Argentinensibtt* , pag. 9.

HISTOIRE DE L* EGLISE

Mathilde, abbesse de Quedlimbourg, sa tante , Willegise , archevêque de Mayence , Hildibald de Worms , Notker de Liège et un grand nombre d'évêques et de seigneurs, que la fondatrice y avait invités. Othon quitta peu après l'Alsace pour passer les fêtes de Noël à Buslocb dans le diocèse de Magdebourg. Ce fut dans ce dernier endroit, qu'il fit expédier, le 29 décembre 992, aux prières d'Adélaïde, deux diplômes , par lesquels il donna à l'abbaye de Seltz différents biens, situés à Alsheim, Biberich, Mosbach et CasseP. Il lui accorda, le 4 janvier suivant, un nouveau diplôme* où il prend sous sa protection l'abbaye de Seltz avec toutes ses appartenances et tous ses sujets : il fait défense à tous ducs , comtes ou autres juges de l'empire, de la troubler, ou d'exercer sur elle aucune jurisdiction, à l'exception de l'avoué , que l'abbé aura lui-même choisi. Il veut que l'abbaye soit soumise à perpétuité au Saint- Siège, conformément aux intentions de son aïeule, et que ses moines ayent le droit d'élire leur abbé dans les formes prescrites par la règle de Saint-Benoit. Le roi se rendit ensuite à Mersebourg en Thuringe, où, se montrant toujours libéral envers l'abbaye de Seltz, il lui accorda les droits régaliens d'établir dans le lieu de sa fondation un marché libre, d'y percevoir tous les péages et d'y frapper monnaie. Comme cette abbaye avait ses possessions en deçà

' Pièces justificatives, num. 331 et 332; Hist. d'Als , tom. 1, />. ci.xn. M. L&mey, Commentât iones Academiœ Elecioralis Manhtimtntis , tom. 3, p. 2 19, rappelle un diplôme de l'empereur Othon III, de 992 , qui accorde à l'abbaye de Seltz « prœdia • Oterbach, itenique Otcrbach et Turrenbach , in pago Spirigowc , in Goniitatu Wolf- ■ ramni Comitis. » Ce sont les villages d'Ober-Oterbnch , de Nicdcr-Oterbacli et d»> Dierbach , situés dans le diocèse de Spire. Joanms , rer. Muquntiacarum , tom. 2, pag. 531, remarque que l'abbaye de Seltz vendit , par acte du 1" mars 1229 , pour la somme de 200 marcs de Cologne , au chapitre de Saint-Etienne de Mayence, la cour qu'elle avait à Biberich, et les biens qu'elle possédait dans le ban de Mosbach.

* Pièces justificatives, num. 333, pag. ctxiv.

et au-delà du Rhin, dans F Alsace et le Spirgau, et qu'elle était située entre les diocèses de Strasbourg et de Spire 1 , Olhon décida que sa monnaie porterait l'empreinte des monnaies des évêques de ces deux villes. Le diplôme fut accordé le 2 juillet 993 2 à la prière d'Adélaïde, du conseil de Willegise, archevêque de Mayence, de Hildebald, évêque de Worms, du duc Henri, frère d'Othon et de Conrad, duc d'Alsace et de Souabe 3. Le même prince fit présent la même année à l'abbaye de Seltz de sept Mas , situés à Nerstein dans le Nahgau. Les lettres de donation sont datées de Frose sur l'Elbe du 27 d'Auguste 993*. Othon revint en Alsace sur la fin de 995, et célébra à Erstein les fêtes de Noël. 11 y accorda, le 26 décembre au monastère de Seltz, deux églises à Lupfstein et à Schweighausen, trois chapelles à Morschweiler, Wiwersheim et Reichshofen, trois forêts et deux moulins sur la rivière de Zorn 5. C'est ainsi que l'abbaye de Seltz fut dotée dès les commencements de biens et de droits par la bienfaisance d'Adélaïde et du roi, son petit-fils. La fondatrice obtint aussi du pape Jean XVI la confirmation de toutes les immunités dont

' La paroisse de HUnchhausen est située dans le diocèse de Strasbourg, à une demilieue au-dessous de Seltz , sur la rive gauche du Rhin. La paroisse do Modem, située dans celui de Spire, n'est éloignée de Mùnchhausen que d'ua quart de lieue. Mûnchhausen signifie en français la Maison des moines , et appartenait autrefois à l'abbaye de Seltz.

' Pièces justificatives, num. 335, Hist. d'Als., p. ci.xvi. Ce diplôme fut confirmé, en 1148, par l'empereur Conrad III, lequel dit dans son diplôme: « Locus Selsa « inter Argontincnsem et Spirensem Kpiscupatum modius limes erat. »

* Cette pièce est la première, où Conrad prend le titre de duc d'Alsace et de Souabe. Conradi AUaciorum et Alemannorum Diwis atque Nepeti». Othon III lui donne le nom de Népos , parce que Conrad était cousin-germain d'Ida , mariée à l.udolf, oncle du roi Othon III. Voyez Schœpflin, Alsat. illttstr. , tom. 2, pag. 511.

4 Pièces justificatives , num. 336, Hist. d'AI., tom. 1, pag. clxvii.

• Ibidem , num. 34.1, pag. clxxvi.

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l'abbaye était en possession. I^e souverain pontife par sa bulle , datée de Sutri , 4 avril 996 1 , la déclare soumise immédiatement au Saint-Siège, et l'exempte de l'autorité ordinaire de l'évéque de Strasbourg, qui ne pourra y exercer aucune jurisdiction spirituelle et temporelle. L'abbé sera élu librement par les moines et pourra recevoir la bénédiction abbatiale de quelque évêque que ce soit. 11 lui permet de célébrer la messe en sandales et en dalmatique, comme les évéques. Jean XVI prend le titre du plus humble des serviteurs de Dieu, élevé par le Tout-Puissant sur le siège de Rome, la maîtresse de tout l'Univers, non par ses propres mérites, mais par l'intercession de Saint- Pierre, prince des apôtres. Il finit par fulminer les plus terribles excommunications contre ceux qui attenteraient aux biens, aux droits et aux privilèges de l'abbaye de Seltz.

Adélaïde se rendit à Seltz, en 999, pour y célébrer l'anniversaire de la mort de son fils, l'empereur Othon 11, qui se faisait le 7 de décembre. Elle y distribua, selon sa coutume, l'aumône à une multitude de pauvres, en se prosternant à leurs pieds pour adorer J.-C. dans leur personne. Elle assista au sacrifice de la messe pour le repos de l'âme de son fils: elle fut chantée par un archevêque qui l'y avait accompagnée. Comme elle était déjà infirme, elle tomba malade dès la nuit suivante : la fièvre la réduisit en peu de jours à l'extrémité. Des que la violence du mal lui donna quelque relâche, elle demanda avec instance l'Extrême-Onction et le Saint-Viatique. Elle reçut le sacrement du Corps du Seigneur avec humilité et avec une tendre dévotion2. Munie de

' Pièces justificative», num. H45, Hist. d'Als., pag. ct.xxmi.

* Onu.o, rtj>t«f Lkibnitzii m, in Scriplor. rer. Drunswic, (omAJib. 1, num. 16, pag. 267 : « Tùm sacri olei unctione perunrta Sacramentum Dominici corporis luiuiilitcr - cl devotissimè adorandn percepit, in quem semper speravil et credidit. » Ce passage prouve deux u$agcs remarquables. Le premier, qu'on donnait alors l'Extrème-

ces secours, et repue de cette sainte nourriture, elle ordonna au clergé et aux seigneurs de sa suite de réciter les psaumes de la pénitence et les litanies des Saints. Elle unissait ses prières et sa voix défaillante à celle des assistants. Enfin, après avoir souvent répété ces paroles de l'apôtre1 : Je sou- « haite de mourir et d'être avec Jésus-Christ , » elle s'endormit tranquillement dans le Seigneur la nuit du 46 au 17 de décembre 999 *, pleine de jours et de mérites3. Elle avait donné à sa cour, et dans la retraite, les exemples les plus héroïques de la charité et de la mortification chrétienne. Elle fut inhumée dans l'église de Seltz qu'elle avait enrichie d'ornements précieux4. Son nom y devint bientôt

Onction avant le Viatique. On en trouvera d'autre» prouves également incontestables dans l'Histoire des Sacrements, par dom Chakdo*, lom. \,p. lOlrfstnr. Dans la Vie de Saint-Léon, (on voit ) que Hcilwidc, sa mère, reçut aussi, avant de mourir, d'abord l'Extrème-Onction , puis la Communion. Le second est l'adoration rendue a l'Eucharistie : ce que M. Arnaud , dans son Traité de la perpétuité de la foi , a déjà fait observer contre le ministre Claude , qui prétendait que celte coutume ne s'était introduite qu'après Bércnger.

1 Paulus ad Philippenses , rap. 1, v. 23.

* Nécrologium Fuldense apud Leibmtzivm , (om. 3, pag. 766, et npml Schasnat m Codice probationutn Historiœ Fuldensis , pag. 177 : « An. Dom. 999. Adellieid « Imperatrix xvn kal. Janarii. - Ditmur et le Nécrologc de la cathédrale de Strasbourg, écrit en 1181, placent sa mort au 17 décembre : « xvi kal. Januarii Adal- « heit Imperatrix obiil. » Odilon place sa mort « cùm sextum decimum diera « solveret Dcccmber. » Nécrologe de Mûri , lit. 527.

3 Du Boulay se trompe, lorsqu'il llxc la mort d'Adélaïde à l'année 994, in Hisloriâ IJniversilalis Pnrisientis , lom. 1, pag. 338.

' Chronicon Qucdlinburgense apud Leibnitzicm in Scriplor, rer. Brunswicensium, lom. 2, jtag. 285 : « An. 999 xvn Cal. Jan. Adelhcida laboium suorum - renluplicatam receplura mercedem , augelico stipata cœtu , glorioea migravit , « alquc in Basilicà Saliscnsi , quam ipsa in honore S. Pétri Principis A|*osloloi uni « pio laborc construxeral , honoridec tumulatur. • Le chronographe Saxon , apud I.KIBMT7.H ji , in Accexswitibus histnriri* , pag. 211, s'explique a peu près dans les mêmes termes. Fragmentum liistoricum aucloris incerti apud L'nsTisn m , pag. 82 . « Imperatrix Adelheidis post Ottonem Magnum sanctè et rcligiosé vivens longo « tempore multa contiilit Eeclcsiis de rcgali muniftrentia, et ad ullinium super lit—

HISTOIRE DE L'EGLISE

célèbre par le grand nombre de miracles qui lirent éclater sa sainteté Ditmar, évêque de Mersebourg, qui mourut en 1019, fait déjà mention, dans sa chronique, de ceux qui s'opéraient à son tombeau8. Elle fut mise peu après au nombre des saints 3, et dès l'an 11 39, l'empereur Conrad III en fait mention sous le titre de bienheureuse4. Le temps n'a pas respecté le tombeau, ni les reliques de Sainte-Adélaïde, qui se trouvaient encore à Seltz, en 147 15. Le Rhin a

« tus Rheni fluminis nohile c«enobiura construxit diclum Sehlsc, et illud prsediis cl aliis opibus dilavit , ubi et ipsa postcà inoriens quievit. »

' Analista Saxo, apud Eccardum in Corpore hiiiorico medii a>vi, tom. 1, pag. 370 ; . An. 999 Adclheidis urbem , quœ Selsa dicitur, axliflcans coller lis ibi Mona-

• chis , omnibusque perfectis , emeritx admodùm aplatis ad eum , quem semper

• sitiverat 16 kal. Januarii remuneranda migravit, atque in Basil icà Salisensi, quam

■ ipsa in honore Aposlolorum Principis construxerat honorificè sepelitur, cujus « fldeli servitio jus ta recompensans pra?mia Deus plurima hodiè miracula operatur. •

* Ditmarcs, in Chronico, tib. 4, apud Leibnitziim in Scriptor. rer. Bruntwïcensium , font. 1 , pag. 357 : « Adelheidis autero Imperutrix urbem , quœ Olsa

■ (Selsa) vocatur intérim aedificans , cellectis ibidem Monachis , omnibusque per- < fectis, in eodem anno (999) xvi Cal. Januarii gaudens oppetiit. De quibus orta

■ fuit , cuju> fldeli servitio justa recompensans prsemia Dominus , ad tumbam ejus plurima ■ hodie operatur miracula. »

* Le calendrier de l'abbaye de Mûri écrit dans l'onzième siècle apud Gkrbeht, inter Monumenta Veteris Liturgiat Alemannicat , part. 1, pag. 500, en fait ainsi mention : • xvi. kal. Januarii, S. Adalheid Imperatrix obiit. » Le doclcurAeruieulen, plus connu sous le nom de Molanus, dans ses Additions au martyrologe d'Usuard apud Sollerium in Aclis 55., tom. 7, Junii, pag. 748, place au 16 de décembre la fête Adelheydis Imperalricis. L'anctuairc d'Usuard, écrit en 1412, auquel le même P. Sollier donne le nom de martyrologe de Haguenau , ibidem , pag. 758, en fait aussi mention au 18 de décembre : « InSalsa, sancte Adelheydis ■» Impératrices. » Le môme aurtuaire, pag. 571, place au 1*' octobre : « In Salsa, « Translatio sancla» Adelheydis Imperalricis. >. L'abbé Chastf.i.ain , dans son Mar-

• tyrologe universel, pag. 637 et 994, place Adélaïde dans le nombre des saints au 16 de décembre. Il remarque autrepart, pag. 727, qu'elle est nommée Sainte- Ethle en Dannemarc.

4 Conrad III la nomme ainsi dans son diplôme de 1139 pour l'abbaye de Seltz :

• Beatissima Adelheida Romanorum Imperatrix Augusta. »

* La Chronique de Saint-Gilles de Brunswick, écrite en 147», apud I.F.iMiT/ir*

englouti l'église et l'abbaye. On n'en fait pas même la fête dans le diocèse de Strasbourg1. On l'honore sous le rit semi-double dans celui de Besançon *.

Quelques annalistes3 la comptent dans le nombre des saints de l'ordre de Saint-Benoît. Mais outre que Dom Mabillon4 n'en convient point, et qu'il ne la regarde que comme une des bienfaitrices de l'ordre, nous en avons une preuve plus certaine dans Odilon, qui, en rassemblant les princi-

tn Scriptor. rer. Brunswic, tom. 3, pag. 580 , en fait foi : «Adelheidis Regina » eitrâ Argentinam in litlore Rheni in Monasterio Selse cum magna veneratione ab . omni populo terra pro SancU servatur. « On voit dans la Lipsanographie du palais électoral de Brunswick-Lunebourg, imprimée en 1713, qu'une partie des reliques de Sainte-Adélaïde est conservée dans une belle châsse, qui est dans le trésor des reliques de Hanover. Une charte de l'abbaye de Saint-Pierre d'Erford, de 1185 , apud SchàHNAT, Vindemiœ litlerariœ , coi. 2, pag. 5, fait mention de capillis S. Adelheidii Reginœ, que Wolfram , prévôt d'Uchtricheshusen avait reçus avec d'autres reliques de Wieman , archevêque de Magdebourg, et dont ledit Wolfram lit présent à ladite abbaye d'Erford. On lit dans les actes de l'abbaye de Mûri, écrits au milieu du douzième siècle, pag. 16 mus. , et pag. 42 edit. koppii : « Est et apud « nos ciphus saucte Adelheidis Régine, quem pro reliquiis Sanctorum amplectimur • etveneramur. » On lit dans Lunig, Spicilegii ecclesiast.^ tom. 4, pag. 258, . qu'on conserva longtemps à Seltz le verre de Sainte-Adélaïde dans lequel elle buvait , et qui guérissait de la fièvre. •

* La féte de Sainte-Adélaïde se célébrait cependant autrefois dans le diocèse de Strasbourg au 17 de décembre, comme le prouvent un ancien calendrier du quatorzième siècle , appartenant à la paroisse de Saint-Laurent , où on lit : Adelheidis, impératrices, le directoire du Grand-Chœur , écrit en 1364, et le Missel du diocèse de Strasbourg, publié en 1520 , fol. ectu.

* Le nouveau bréviaire de Besançon, publié en 1761 par le cardinal de Choiseul, pars hyemalis, pag. 470, place sa féte au 11 de décembre avec une leçon particulière et avec l'oraison suivante : « Deus, cujus gratiâ beala Adelaïs, imperatrix spre- « lis aulœ deliciis et honoribus, in tuo timoré et servilio immobilis permansit, fac •< nos ejus exemplo et intercessione lerrena omnia contemnere et tibi soli servi re. « Per Dom. »

1 Bucelih, in annalibus Germaniœ sacra, tom. 1 , pag. 64 e/68. Meichrlbeck, Hiitoria Frisingensis , tom. 1 , lib. 3 , pag. 177, etc.

* In actis SS. ord. S. Benedicti , tom. 7, sœciU. 5 , pag. 861 , et in annalibus Benedictinis , tom. 4 , lib. 51 , pag. 132

HISTOIRE DE l/ÉGI.ISE

paux faits de la vie de Sain te- Adélaïde, ne dit point qu'elle eût embrassé 1 état religieux '. Ce saint abbé de Cluni écrivit cette vie vers Tan 1047, pour soulager la douleur qu'il avait eue de perdre une si zélée protectrice de son ordre4. Odilon a divisé son écrit en deux livres, dont le second contient la relation de plusieurs miracles opérés à son tombeau par son intercession. Tous les faits énoncés dans le premier » livre, n'ont rien qui puisse faire douter de leur vérité. Comme Adélaïde avait donné à Odilon une part singulière de sa confiance , et que cet abbé avait le talent de bien écrire, il a exécuté cette entreprise avec beaucoup d'ordre et dans un juste détail, sans donner dans une prolixité ennuyeuse. Le style qu'il a employé est clair et concis, quoiqu'il y ait un peu suivi le goût du temps, qui était pour les consonnances et les vers intercalés dans la prose. Il dévoile dans le premier livre, qui est la vie même de Sainte- Adélaïde, un écrivain aussi judicieux que bien instruit de ce qu'il raconte. Mais il l'est moins dans le second, où l'abus du merveilleux répand un air d'une trop grande crédulité, nuisible même aux faits qui pourraient paraître vrais. M. Basnage, écrivain protestant, homme d'esprit et de savoir, prétend par de faux raisonnements ravir l'honneur de cet ouvrage à Saint-Odilon 5. Il le regarde comme la pro-

1 Ainsi Heiss , Histoire de l'empire d'Allemagne , tom. 1 , pag. 262, se trompe quan<i il dit, qu'après la mort de l'empereur Otlion, Adélaïde se douna entièrement à Dieu fit se fit religieuse.

1 Saint-Odilon mourut lui-môme le l»r janvier 1049. Mabillon , in ttetix SS. ont. S. Benedkti, tom. 8, pag. 675, 676, 688 et 690. Il prend dans cet ouvrage la qualité de frère et du plus méprisable de tous les pauvres de Cluni. « Frater Odilo m Cluniarcnsium pauperum cunrtorum peripsema. »

1 in lectionibus anliquis Canisii a Jaeobo Rasnagc recusis an. 1 7i3, tom. 3, part. 1 , jtag. 71. Canisius est le premier qui ait publié cette vie , in Lectionibus untiquis , imprimées à Ingolstadt, en 1601, d'après un monument de l'abbaye de Saint- Magnus de Ralisbonne. boni Hartmann l'a depuis insérée, en 1612, à la

Î)E STRASBOURG. LIVRE Hl THEME. 383

duction d'un courtisan ambitieux et affamé , qui faisait sa cour à l'impératrice, pour en obtenir de l'argent, des charges et des honneurs. Mais deux savants bénédictins1 ont fait voir le faible des prétendues raisons de Basnage, qui se détruisent les unes les autres et qui le trahissent3.

Herman, duc d'Alsace et de Souabc, ayant appris la mort de Sainte-Adélaïde, voulut s'emparer des biens de Seltz, sous prétexte qu'ils lui appartenaient par droit d'héritage. Sa prétention était fondée sur ce qu'il avait épousé Gerberge, fille de Conrad, roi de Bourgogne, et nièce de Fimpératricc L'entreprise du duc , injuste en soi , fut

lin de se» Annale* Ileremi Deipara» , en ayant trouve un manuscrit dan» la bibliothèque Je l'abbaye d'Einsidlen , dont il était religieux. Dom Marrier et Ducbesne l'ayant trouvée dans un manuscrit plus entier que relui de Canisius et de Hartmann, lui ont donné place en 1614 dans la Utltlioiheca Cluniacensis , pag. 35:«- 870. En 1707 , M. Leibnitz fit entrer cette vie dans son Recueil des scriptnres rerum Brwtswuensium , tom. 1 , pag. 269-272. Enfin Bl. Basnage ayant donné en 1725 une nouvelle édition des Uctiones antiquw de Canisius , l'y a fait réimprimer de nouveau, lot». 3, pag. 69-85. A la suite des éditions de la vie de Sainte-Adélaïde, par Odiloji, se lit une hymne, avec cinq oraisons pour l'oflire et la messe de Sainte- Adélaïde. Quelques-uns l'attribuent au même abbé de f.luni ; maison n'a point d'autre preuve pour les croire de lui , sinon qu'elle si* trou\e dans 1rs manuscrits à la suite de la même vie. Cri sus, Annal, suevic, , lot». 1 , pari. 2, lib. 5, pag. 168, fait mention d'une ancienne vie de Sainte-Adélaïde, écrite en vers allemands. Son histoire, composée en italien, Tut imprimée à Milan, en 1650. LcU. P. Advini , vilœ tes el geslu pontificuin romanorum , tom. 1 , pag. 757 , attribue à Gerbert où au pape Sylvestre II la vie de l'impératrice Adélaïde. Mais bieu loin qu'aucune des éditions de cette vie porte son nom , il est visible qu'elle est une des productions de la plume de Saint-Odilon , abbé de Cluni , auquel tous les savants de nos jours conviennent qu'elle appartient.

■ Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, loin. 7 , pag. 118 et 419 , et Dom Cei i.u eb, Histoire générale des auteur* sacrés et ecclésiastiques, tom. 20, pag. 257-259.

* M. SCHEID, origin. Guelficarum, tom. 2, lib. 4 , pag. 51, qui écrivait d'âpre* les mémoires de Leibnitz , parait attribuer le second livre de la vie de Sainte- Adélaïde A un auteur différent d'Odilon.

* Odilo, lib. 2 de miraculis S. Adelheidis , upud DurJmsne in Bibiiolheni Clu-

384 niSTOIRE de l'église

encore arrêtée, selon Odilon, par un miracle, qui lui annonça les malheurs qu'il s'attirerait, en reprenant ce qui avait été donné aux saints apôtres. Herman touché d'un prodige, qui rendait la vue h un de ses serviteurs fort habile dans Fart de saigner, laissa l'abbaye de Seltz dans la possession tranquille de ses biens, et lui accorda même un endroit dans la ville de Marsal pour y faire du sel. Henri II succéda à Othon III. Dès qu'il fut monté sur le trône, il confirma à l'abbé Ezeman les droits et privilèges de son abbaye. Le diplôme fut donné à Spire, le 29 septembre 1002 *. Après la mort d'Ezeman, les moines élurent à sa place Gerbert, qui mourut avant 1047 *. On ignore le nom de l'abbé, sous lequel l'empereur Henri III accorda, à la prière d'Agnes, son épouse, la dîme de Minfeld et la chapelle de Freckenfeld , dans le Spirgau, à l'abbaye de Seltz: Les lettres de donation furent expédiées à Spire, le 15 mars 1051 *". L'empereur Henri IV, son fils et son successeur, lui donna par les siennes, datées de Mayence, le 13 d'Auguste 1074 4 , trente mas de. terre, situés dans différents villages d'Alsace 5. Ce diplôme avait

niacensi , pag. 365. Canisium, totn. 3, pag. 82, et Leibnitxium, pag. 269. « Eo « tempore quo Beata (Adellieida) migravit à sœculo, Herimannus dux suevin?, qui « fratris illius Chuonradi flliam in conjugium acccpcrat, hœreditario jure res an- •c cillœ Dei ad monasterium pertinentes occuparc volebat. Sed ipsa illi et cunctis in r. circuitu de gentibus manilcslis indiciis comprobat, quod nullum hferedem. prœter

apostolo* et eis servientes monachos, relinqnebat. »

' l>ièces justificatixes , num 356, Hist. d'Als., tom. 1", pag. cxc.

* S. Odilon dans la vie de Sainte- Adélaïde, écrite vers 1017 apud Lfibniliium, lib- 2» pag. 271, nomme Gerbert pUe mémorial virum. »

* Pièces justificatives, num. 412, Hist. d'Als., tom. l*r, pag. cclxiv.

I.e collège de Strasbourg, en vertu d'une transaction passée en 1734 entre lui et l'électeur palatin , jouit de deux tiers de la dlme à Minfeld et Freckenfeld , et l'université de Heidelberg de l'autre tiers.

4 Ibidem , num. 23 .

* Ces terres étaient situées dans les bans de Scberlenheim, Melsheim, Wilvisheim,

été sollicité par l'impératrice Berthe, son épouse, par Lipmar, archevêque de Brème, par les évôques Ebbon de Neubourg, Bennon d'Osnabruck et Conrad d'Utrecht. L'abbaye de Seltz était dès lors dépendante de celle de Cluni. Les bulles des papes Etienne IX et Grégoire VII, du 6 mars 1058 et 9 décembre 1076 \ confirment à Hugues, abbé de Cluni, cette dépendance, qui était dès lors ancienne*, et qui paraît remonter au temps de Saint-Odilon. Ce saint abbé de Cluni avait engagé la fondatrice Adélaïde à cette disposition , et l'empereur Henri IV l'avait confirmée \ L'abbaye de Seltz ayant voulu se soustraire à cette dépendance, le commissaire délégué du Saint-Siège la déclara, en 1418, sujette et immédiatement dépendante de celle de Cluni. L'abbé Jean de Fleckenstein et son couvent acquiescèrent à cette sentence, et prêtèrent en conséquence, le 18 avril, le serment d'obéissance entre les mains de Robert , abbé de Cluni 4. L'exécution de cette sentence resta en vigueur jusqu'à la sécularisation de l'abbaye ; car nous trouvons qu'en 1 441, Odon, abbé de Cluni, exerça sa jurisdiction sur Jean Gros, qui fut

Lupfstein, Mummenheim, Berstett, Gotlesheim, Ottersweiler, Inwickcrsheim, Wilshausen, Bossendorff, Reichshofcn et MuUenhausen.

* Bullarium sacri ordinis Cluniacensis , pug. 15 et 18.

* Etienne IX dans sa bulle de 1058 pour Hugues, abbé de Cluni, s'exprime ainsi : « Abbatiam autein Salsensem concedimus tibi , cum consensu et cum licentià senio- «• ris nostri Henrici , imperatoris Augusti , sicùt antecessores tui eam habuerunt. »

* Robert, abbé de Cluni, exposa en 1418 devant le commissaire délégué du Saint-Siège; « quoraodo ipsum monasteriuui Salsense (monachorum nigrorum rcli- « gionis sub regulà S. Benedicti militantium) ex intentione sanctœ Adalayda? fun- •> datricis ejusdem , ac consensu quondàm Domini Henrici imperatoris , nec non •< ordinatione et voluntate romanorum pontifteum sibi et monasterio suo Cluniacensi m ac abbatibus ejusdem monasterii pro tempore existentibus deberet esse subjectuui, <« quique ipsi abbas et conventus ipsius monasterii Salsensis, abbatem Cluniacensem « pro tempore existentem tunquàm superiorem suum recognoscere deberent. »

' M. le prieur de Cluni nous a envoyé la copie de cette sentence, qui se trouve en original dans les archives de l'abbaye.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

l'a vant-dernier abbé '. Libon était abbé de Seltz, en 1084, lorsque l'anti-pape Guibert , connu sous le nom de Clément 111, lui confirma, le 8 juin de la même année, les biens de son abbaye, situés à Ober- et à Niederoterbach, à Winzenbach et à Rœderen *. Libon eut pour successeur, sur la fin de l'onzième siècle, Rupert, qui fut envoyé par Gebhard, abbé d'Hirsauge , avec quelques religieux pour y rétablir l'abbaye et la régularité3. Etienne, conseiller de l'empereur Henri V, réunissait dans sa personne, au commencement du douzième siècle, les quatre abbayes de Seltz, de Wissembourg , de Clingenmûnster et de Lintbourg ''. Nous reprendrons la suite des abbés de Seltz dans les livres suivants de cette histoire; nous ne ferons que retracer encore en peu de mots ses principales révolutions.

Cette abbaye s'éleva insensiblement au premier rang, et devint une des abbayes princières de l'empire. Walther, abbé de Seltz, souscrivit, en 1450, dans le nombre des princes le diplôme de Conrad III, pour l'abbaye de Corbie5. L'abbé de Seltz signa, comme prince d'empire, deux diplômes de l'empereur Frédéric pour l'église de Genève0, en H 62. 11 assista aussi comme prince jouissant des droits régaliens, à l'assemblée qu'Othon IV tint à

' Gallia christiana . tom. 5, pag. 836.

* Lamey, Descriptio pagi spirensis, in commentât. Académiœ électorales Manhemensu , loin. 3 , historico, pag. 249 et 251. Abbas de Selse, testis legitur diplomalis Philippi régis riati monasterio Hertensi 3 kal. Martii 1200 , apud Lameium , in hiat. et comment. Acad. Manh., tom. 2, num. 10, pag. 76.

Trithemius , Annal. Hirsaugienstum , tom. 1 , pag. 276. Gebhard fut abbé d'Hirsauge depuis 1091 jusqu'en 1105.

* Chronicon novientense , jj 28. Etienne avait succédé en 1097 à Samuel dans l'abbaye de Wissembourg. La chronique de celte abbaye apud Sdiannat , Vindetn. litterar., rollect. 1, pag. 11, place sa mort au 18 de mars. (Note raturée.)

Schaten, Aimai. Paderltorn., part. 1, lib. 8, pag. 783. " Shos , Huloire de Genève, tom. 2, preuves, num. 7 et 8, pag. 2* et «0.

Augsbourg, au mois de juillet 1209 !. L'empereur Henri VII donne le même titre à l'abbé Jean *, et l'investit en cette qualité par son diplôme daté de Colmar, 30 octobre 1309, des fiefs régaliens , de l'administration du temporel et de la pleine et entière jurisdiction de la principauté de Seltz dépendante de l'église de ce nom 3. Le domaine de l'abbaye princière de Seltz, qui était nommé le Propre de Sainte-Adélaïde , comprenait le long du Rhin un district de deux lieues de longueur, sur une lieue de largeur. Il était composé , en 1310, de quinze endroits, ou terres, dont dix en-deça du Rhin , et cinq au-delà de ce fleuve 4. En-deça du Rhin étaient la ville de Seltz, les villages de Kesseldorff, Mùnchhausen, Schafhausen, Neu-Beinheim, Nieder-Rœdem, Kreitweiler, Eberbach, Wintzenbach et Ober-Lauterbach. Au-delà duRhin se trouvaient Blittersdorft, Ottersdorflf,Wintersdorff,ïhumhausenet Muftenheim5. Seltz jouissait dans tous ces endroits des dîmes, des bois et d'autres biens considérables; mais la jurisdiction temporelle ne lui appartenait pas dans tous. Les Margraves de Bade, anciens avoués de Seltz 6, obtinrent une partie des biens de cette abbaye situés au-delà du Rhin , sur la rive

' Àmoldua Lubeccensis , in chronico Slavorum , Ub. 7 , cap. ÎO , apud Leibni- Uium, in scriptor, rer. Brunswic, tom. 2, pag. 742.

* « Venerabilis Johannes Abbas Ecclesie Sclsensis dilectus noster P ri n ceps. »

». Nos ipsura tanquàm nostrum et iraperii principem admittcntes , regalia

• feoda principatùs, quem obtinet, sibi de regià liberalitate concessimus, et eundem

• abbatem investivimus de iisdera, administrationem temporaJium et jurisdiclioncm

• plenariam principatûs ejusdem ecclesie prenotato abbati série presentium coru- « miltentes. » Ulric de Magenheim , abbé de Seltz , est ainsi appelé dans les lettres de l'empereur Wenceslas de 1381 : « Der ehrwiirdige Ulrich von Magenheim ,

• aptes zu Seltz , unser und des Reichs Fiirst und liber andechtiger. > ' Placitum anni 1310.

* Thumhausen et Muffenheim n'existent plus. Il n'en reste que des ruines et quelques vestiges ; le Rhin ayant dévoré entièrement leur territoire.

* Herman, Margrave de Baden était avoué de Seltz en 1139 et 1151.

388 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

droite de ce fleuve. Ils sont aujourd'hui en possession d'Ottersdorff, Blittersdorff et Wintersdorff1. Les seigneurs de Fleckenstein , qui succédèrent dans l'advocatie aux Margraves de Bade, jouirent à titre de fief des villages de Nieder-Rœderri , Kreitweiler , Wintzenbach , Eberbach et Ober-Lauterbach *. Ces quatre premiers endroits sont aujourd'hui fiefs du roi, possédés, depuis Tan 1720, par les sérénissimes princes de Rohan. Les sieurs de Vitzthuin ont hérité des seigneurs de Fleckenstein le village d'Ober- Lauterbach. La ville de Seltz, après avoir eu divers possesseurs3, fut élevée, vers l'an 1358, par l'empereur Charles IV, au rang de ville libre et impériale. Les électeurs palatins l'obtinrent, en 4408, en engagement. Us en jouirent, ainsi que des villages de Munchhausen, Schafhausen,Kesseldorff et Neu-Beinheim, jusqu'à nos jours, qu'ils parvinrent tous les cinq à M. le duc de Deux-Ponts. L'électeur palatin les lui céda par un traité d'échange, conclu en 1769. Le duc les reconnut soumis au domaine direct de la couronne de France, qui y exerçait déjà, depuis plus d'un siècle, les droits de suzeraineté , quoique l'empereur n'y eut point formellement renoncé. C'est ainsi que fut démembrée la principauté de Seltz. Le collège de Strasbourg , qui a succédé aux droits de cette abbaye, a conservé dans la plupart de ces endroits, les dîmes et des biens considérables 4.

1 Ces trois endroits , situés dans le diocèse de Strasbourg , ont pour décimateur l'électeur Palatin , comme succédant aux droits de l'ancienne abbaye de Seltz. Il est collateur de la cure d'Ottesdorff alternativement avec le Margrave de Bade ; c'est la dernière paroisse du diocèse, qui est séparée de ce côte de celui de Spire par le ruisseau de Murg.

' Le collège de Strasbourg est décimateur dans ces cinq villages et collateur des cures de Wintzenbach et Ober-Lauterbach. Ce dernier endroit est situé dans le diocèse de Spire.

1 Voyez M. ScHŒPFLlN , Alsat. Mustrala, tom. 2, pag. 181 et 182. 4 Le collège de Strasbourg est décimateur dans les bans de SelU , Schafliauften , Kesseldorff et Neu-Beinheim. 11 est aussi collateur de la cure de SelU.

I>a fin du quinzième siècle fut un temps favorable à la sécularisation des abbayes d'Alsace. Elles étaient tombées dans un si grand relâchement, qu'on en voyait peu, dans cette province, maintenir la régularité de leur état primitif. Les moines de Seltz, d'Ober-Steigen , de Clingenmùnster, de Neuvillers et de Wissembourg devinrent successivement chanoines dans peu de temps '. Seltz donna le ton2 : Albert de Bavière, évôque de Strasbourg, essaya en vain défaire reprendre à cette abbaye l'esprit de la règle de Saint-Benoît. Mais voyant que ses religieux étaient déterminés à quitter le froc et à prendre l'aumusse, il se joignit à l'abbé Walter de Gemmingen, pour obtenir leur sécularisation auprès du Saint-Siège. Le pape Sixte IV éteignit la dignité abbatiale avec le titre et le nom de monastère de Seltz, qui était alors situé près de Seltz, dehors la ville. 11 le changea en collégiale, à laquelle il réunit les revenus des manses abbatiale et conventuelle : il la transféra dans l'église paroissiale de Saint- Etienne de Seltz, et y établit un chapitre composé d'un prévôt, de douze chanoines et de dix vicaires perpétuels. La bulle de sécularisattion est datée du 26 mai 1481 \ Trithèmc qui, dans le même temps , était abbé de Spanheim , et qui

' Les monastères île la dépendance d'Ober-Steigen, ou de Saverne , furent sécularises par Sixte IV, en 1482; Clingenmunster par Innocent VIII , en 1191 ; Neuvillers par Alexandre VI, en 1496 et Wissembourg par Clément VII , en 1521.

* Tmtbéme , in chronico Spanheimensi , pag. 374, dit en parlant, sous l'an 1461, des moines de Seltz : « Omncs erant proprictarii et nimiùm dissoluti. » Aussi en décrivant peu après leur sécularisation , pag. 397, il ajoute : « Ex monachis malis «t factî sunt canonici détériores, qui votum Deo factum sine causa violantes merce- « dem sceleris invenient. » Parlant ensuite des moines de Neuvillers , pag. 408 , il les traite d« la même façon et ajoute : a Vct impiis ! »

* Et non en 1485 , comme le dit Trithème, ou en 1500 , cemme le supposent les auteurs do la Gaule chrétienne , tom. 5 , pag. 835 , ou en 1494 comme l'assureot Tolner, in codke diplom. Palalino, pag. 19, nota f, et Lunig, Spirileg. eccicsiast. , tom. 4 , pag. 258. lequel dernier ajoute qu'il fut changé en un chapitre de chanoinesses nobles.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

écrivait en 1514, rapporte que les abbé et religieux de Seltz obtinrent permission de se faire séculariser sous un faux exposé qu'ils firent au pape. Il ajoute que de moines mauvais, pervers et réprouvés, ils devinrent des chanoines encore plus mauvais ; que leurs vices, leurs mœurs et leur libertinage les rendirent semblables aux anges apostats ; qu'ils ne survécurent pas longtemps à leur changement, et qu'ils moururent tous d'une manière horrible1. Trithème était le religieux le plus savant de son siècle , qui ne cessait de déplorer les désordres et l'ignorance de ses confrères. Mais il serait dangereux de s'en rapporter tout-à-fait à lui sur ces sortes de portraits. 11 dépeint sous les mêmes traits toutes les abbayes sécularisées de son temps 3. Cet abbé était bénédictin, sincèrement attaché à la réforme de Bursfeld: il ne pouvait donc voir qu'avec une humeur

' Ànnalium Hirsaugicnsium , tom. 2 , pag. 522 : « His etiàm lemporibus (1485) « abbas et monachi cœnobii Salsensis , in diœcesi argentinensi ordinis nostri , con- » flctis falsis et cmcnlitis narrationibus suis , papam malè informantes , habituquc « sacrao monasticœ roligionis abjecto t temerè ab ordinc recesscrunt , monasterium « in ecclesiam sœcularem transfereules , et facti ex monachis reprobis, malis alque n pervereis canonici pessimi , dissolutissimi , Deoque mendaces et angclis apostan lantibus simillimi non diù supervixerunt, sed morte horrendà in brevi omnes n sublati , pœnas temeritatis sua? dedemnt. Similc contigit omnibus , qui nostris « lemporibus similia praesumpserunt. » Trithème ne fait pas un portrait plus flatteur des moines sécularisés de Neuville» : Ibidem , pag. 559 : « Ho ru m aposta- •< tantium monachorum privatis excmplum , abbas in Neuviller et monachi scelera- «« tissimi eodem penè tempore sequentes argentinensium episcopo , sicùt fuerunt et » reliqui , dissimulante, ordinem sanctum , quem fuerunt légitimé professi, cum « liabitu abjecerunt , facti ex monachis malis canonici pessimi , ex mendacibus périt juri , et ex devotis Deo socii et imitatores apostatantium angelorum ; quorum « major pa» subitanea et miserabili morte interierunt, pœnam sua? temeritati debi- " tam recipientes. » Il se plaint autre part, pag. 566 et 567 de l'évôque de Strasbourg, qui avait permis ces sécularisations. 11 traite aussi, pag. 347, les chanoines de Seltz et de Neuville» de moines apostats.

* On peut s'en convaincre par ses annales d'Hirsauge, tom. 2, pag. 436 , 458, 499, 531, 534, 537, 559, 566 , etc.

impatiente de pareils changements, qui enlevaient tant d'églises à son ordre et à sa congrégation. 11 n'est pas même heureux dans son calcul. L'abbé Walther de Gemmingen, qui avait principalement sollicité la sécularisation de Seltz et auquel l'empereur Maximilien confirma les droits et privilèges de sa nouvelle église collégiale, par un diplôme daté de Worms 12 mai 1495, fut prévôt pendant plus de vingt ans, et ne mourut que le 29 d'août 1501 '.

Georges de Weitersheim , cinquième prévôt , décédé le 21 mai 1566, eut pour successeur, le 18 juin suivant, François de Gaalen qui , de concert avec le doyen André de Weickersheim, abolit le culte catholique dans la collégiale , et y introduisit le Zwinglianisme. Les canonicats furent alors changés en douze places gratuites pour autant de gentilshommes, et les vicariats en dix autres pour autant de jeunes gens roturiers. Les uns et les autres percevaient les revenus des prébendes , qui y étaient attachées , et étaient obligés d'aller faire leurs études et leurs exercices • à Heidelberg, ou dans quelque université fameuse d'Allemagne3. Frédéric III, électeur palatin, auquel appartenait la ville de Seltz, confirma tous ces changements; il y établit même, en 1575, une académie équestre pour l'éducation et l'instruction de plus de soixante gentilshommes, à l'entretien desquels il affecta une partie des prévôtés de Seltz et de Hert. Mais ce dernier établissement ne dura pas longtemps. L'académie de Seltz était réformée ou Zwinglienne; ce qui fît qu'elle fut abrogée, en 1577, par le fils et le successeur de Frédéric, l'électeur Louis IV, qui avait

' Falcresstein , in antiq. Nordgav. ceci, aureoi. , tum. i , atp. I , /»«<;. 71 , place la mort de Wailhcr de Gemmingen au 4 septembre loOI.

* Mémoires mss. de l'abbé de Camilly , vicaire-général de Pcvèché de Strasbourg, envoyé» en cour en 1698.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

embrassé la religion Luthérienne '. Après la mort de François de Gaalen, arrivée le 24 février 1576, le doyen de Weickersheim fut nommé et établi prévôt, le 3 mai suivant, par l'électeur Frédéric. On trouve les noms de ses successeurs tous protestants jusqu'en 1608. Pendant les troubles du palatinat, survenus en 1622, la maison d'Autriche s'empara d'une grande partie de ses états. L'archiduc Léopold se fit alors pourvoir de la prévôté de Seltz, possédé par un protestant, nommé Jean-Georges Po> blisheim. Il la résigna, en 1624, à Jean Georges Dietrich, son aumônier4. L'électeur palatin rétabli, en 1649, dans ses biens, fit administrer par un receveur particulier ceux de la prévôté. Charles- Louis (c'était le nom de cet électeur) accorda la seigneurie de Seltz à Louis, son fils naturel , qui mourut en 1660. Les troupes françaises s'emparèrent de Seltz, au mois de mars 1674. Tous les habitants de cette ville, qui étaient calvinistes , abjurèrent leurs erreurs le 6 d'août 1684 et embrassèrent la religion catholique , en présence de M. de La Grange , intendant d'Alsace , et du père Jean Dez, recteur des jésuites de Strasbourg5. Louis XIV accorda la prévôté de Seltz à l'abbé Nicolas Dez, frère du jésuite: mais Nicolas s'en étant démis le 18 octobre 1691, sous une pension annuelle de 3200 livres, le roi, de concert avec le cardinal de Fûrstemberg, évéque de Strasbourg, unit la prévôté et tous ses revenus au collège des pères jésuites de Strasbourg. Le décret d'extinction de la prévôté et du chapitre de Seltz, et de son union avec le collège, donné par le grand- vicaire de l'évéché, le 7 février 1692, fut con-

1 Henri Ai.ting , Historia ecclesiœ Palatinœ, aptid Meyens m on urne nia pitlalis et litleraria, pars prior, pag. 216 et 231.

• La Goille, Histoire d'Alsace, partie 2, liv. ix, pag. 89, édit. in-folio,

9 Idem, liv. xxiv, pag. 277,

firme par lettres patentes de Louis XIV , datées du mois d'août de la même année Le collège de Strasbourg fut souvent inquiété dans la possession et jouissance de la prévôté de Seltz, mais il y fut constamment maintenu par plusieurs arrêts du conseil souverain d'Alsace*. Tout fut enfin terminé par la transaction passée à Paris, le 19 avril \ 734, par laquelle Charles-Philippe, électeur palatin, se réservant tous les droits de la supériorité'territoriale , qui lui compétait à Seltz , consent à l'extinction et suppression du chapitre de Seltz, et promet, pour lui et ses successeurs , de laisser au collège de Strasbourg la possession et jouissance libre de l'abbaye de Seltz et de tous les droits et revenns qui en dépendaient lors de l'union3. Les jésuites ont conservé le collège de Strasbourg jusqu'à la suppression de la Société de Jésus en Alsace, par édit de Louis XV, du mois de novembre 17644. Il fut alors confié à des prêtres séculiers, et il continue de jouir des biens de la prévôté de Seltz, dont l'union fut confirmée de nouveau par lettres patentes du 6 septembre 1765\ Enfin ses revenus étant augmentés par l'effet de la sage administration et de la vigilance de feu Son Altesse Eminentissime Monseigneur le Cardinal Louis-Constantin de Rohan, elle proposa au roi de fonder dans le collège dix places gratuites d'éducation en faveur d'autant de jeunes

4 Nouveau Recueil des Ordonnances d'Alsace, tom. 1. pag. 203. Voyez l'histoire générale de la naissance et des progrès de la Compagnie de Jésus, tom. 5, imprimée à Paris, en 1764 „ pages 410-415. Dès l'an 1640, lorsque Seltz vint au pouvoir de la maison d'Autriche , les jésuites avaient tenté d'établir un noviciat dans l'enclos de l'ancien chapitre de Seltz. On trouve cette remarque dans le P. HAT, Aula ecclesiastiea et llortus Crusianus, pag. 529.

* Lukic, SpitiUçii ecclesiast. tom. 4, pag. 779.

s Celte transaction lut confirmée au mois de mai par le roi Louis XV , et le 7 juillet par le cardinal Armand-Gaston de Rohan.

4 Nouveau Recueil des Ordonnances d'Alsace , tom. 2, pag. 689. " Ibidem, pag. 703.

gentilshommes catholiques de la province d'Alsace. LouisX VI agréa la proposition de S. A. E. Par lettres patentes données à Marly, au mois de juin 1778, enregistrées le 28 suivant au conseil souverain, les gentilshommes candidats doivent faire preuve de quatre degrés de noblesse du côté paternel et d'autant du côté maternel. Le roi nomme à ces places, mais sur la présentation desévêques-princes de Strasbourg.

HONCOURT.

L'ancienne abbaye de Honcourt, nommée Hugonis Curia en latin; et Hugueshoven en allemand, est située au milieu du Val de Yillé, à trois lieues de Sélestadt, à autant de l'abbaye d'Andlau , dans le district de la paroisse de Saint-Martin, et à trois ou quatre cents pas de ce village. On a méconnu jusqu'à présent le nom de son fondateur et le temps de son établissement. Les uns 1 le font remonter jusque vers l'an 770, et l'attribuent au comte Hugues, fils deBéron ouBoronus, petit-fils du comte Battachon et arriere-petit-fils d'Adalric, duc d'Alsace. On prétend même que le comte Hugues fut enterré avec le comte Albert , son frère, dans l'église de cette nouvelle abbaye qui prit le nom de Hugueshoven de celu i de son fondateur*. Les autres 5 attribuent cette fondation à

• Hbrtzog, Elsàssische Chronick, lib. 3, pag. i i, etd'lchtersheim, Elsàssische Topographie, pag. 52.

* Ruyr s'en explique ainsi dans les antiquités de la Vosge , liv. 4 , chap. 16 , pag. 190: «Batacho, fils quatrième du duc Ethico, engendra un fils nommé n Beron , qui possédait le val de Viller , proche de Sélestat , lequel il donna à « Albrecht et Hugue, le Grand, ses deux dis.. . . Hugues avait un petit chà- « teau qui s'appelait aussi de son nom Hugshoffen ou Honcourt , auquel lieu et au « contour dudit val on a érigé un monastère de l'ordre Saint-Benoit. . . . L'on tient «i aussi que les dits comtes Albrecht et Hugue sont inhumés audit monastère de « Honcourt , ou autrefois, avant qu'il y eut église, ils voulaient se retirer en temps « de chasse. » On voyait encore , il y a quelques années , dans l'église de Honcourt un petit cercueil de bois , qu'on prétendait renfermer les ossements de a* fondateurs. Ce cercueil était soutenu par une poutre posée en travers sur les dernières colonnes de la rotonde.

' Bucelin, Germaniœ sacra, iom. 1, part. 2, pag. 47, el Guillwan, Habsbur-

396 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

Hugues, comte en Alsace, qui était frère de Hunfrid, comte du Nordgau, qui doit l'avoir établie en 9 18, et qui y embrassa lui-même la vie religieuse. Ceux-ci 1 , sans fixer aucun temps, disent que Honcourt reçut ses premiers commencements'de deux frères de la maison de Hurmingen2. Ceuxlà3 ajoutent qu'il fut fondé en 1118. La plupart enfin4 en font honneur à Hugues, comte du Nordgau et de Dabo, qui mourut en 1089. Le P. La Guille5 suppose même que ce Hugues, qui était avoué de l'abbaye d'Andlau , établit Honcourt pour l'entretien de plusieurs chanoines qui, dans le besoin, devaient prêter leurs secours spirituels et temporels aux chanoinesses d'Andlau. Cette supposition est d'autant moins fondée, qu'il n'y eut jamais de chanoines à Honcourt. D'ailleurs ces différents sentiments sur l'établissement de ce monastère, sont tous imaginaires, puisqu'ils sont détruits par les actes originaux, que nous avons été à même de consulter. Nous avouerons volontiers que cet endroit pritautre-

giac, lib. 3 , cap. 3 , pag. 105, edit. an. 1605 et pag. lil , edit. an. 1696. Le premier des auteurs que nous citons , donne à Hugues le titre de comte de Habsbourg et de Landgrave d'Alsace.

1 Tel est Albert de Strasbourg, qui en parle ainsi dans sa chronique, écrite en 1378 , apud Vrsiisium , in scriptorib. rer. Germon., part. 2, pag. 106 : « In valle « Albrcchsthal duo Domini et fratres de Hurmingen , quorum unus fuit laicus , « construxerunt claustrum solemne ordinis sancti Benedicti , in honorem sancli

« Michaèlis Nomen claustri latine Hugonis Curia, teutoiiicé Uugeshoflen. Prae-

« dicti vero duo Domini ambo mortui sunt , et in dicto claustro scpulti, ubi corpora «< corum bodiernà die requiescunt. »

* Crusii's, Annal., Suevic, tom. i, part. 5, pag. 154, cl Zeiler, in topographià Alsaliœ> pag. 26.

5 Gebwh.i.kr, in Hisloriu S. Odiliœ, pag. 98 et 99, Ruyr, pag. 191, et Gabriel Haug , in cronicalibus ms»., pag. 32.

4 Spener , opus lleraldicum, parte speciali , lib. 3, pag. 740 ; La Guili.e, Histoire d'Aitace, partie 1, liv. 16, pag. 189 et 190, edit. in- fol. et tom. 2 , p. 438 et 439, edit. in-&». Gallia christiana, tom. 5, pag. 837; Calmet, Diarium Helveticum, pag. 2, etc., etc.

» Loc., cit.

fois son nom d'un certain comte d'Alsace, nommé Hugues, qui a même pu y être enterré ; mais la fondation de l'abbaye est due à Wernher, comte d'Ortenberg, surnommé de Hurmingen Ortenberg, qu'il ne faut pas confondre avec un autre du même nom situé de l'autre côté du Rhin, est un très-ancien château d'Alsace placé sur une hauteur à une lieue et demie de Sélestadt, entre le Val de Ville et celui de Lièvre. Le comte Wernher fonda Honcourt, en l'année 1000, à l'honneur de l'archange Saint-Michel, pour des religieux de l'ordre de Saint-Benoît*. Il le soumit à l'église de Rome3, et il voulut qu'en reconnaissance il lui payât le cens annuel d'un écu d'or. C'est-ce qui fit que ce monastère est nommé dans les anciennes bulles comme dépendant immédiatement du Saint-Siège4.

La primitive donation de l'abbaye de Honcourt consista dans un grand nombre de biens , prés et forêts , situés dans la vallée voisine , dans les serfs qui en dépendaient, dans les deux églises paroissiales de Saint-Martin et de Fouchi; dans des terres allodiales à Roschbach (Ranrupt) et à Mackenheim ; dans le droit de pêche et dans celui de prendre en la forêt tout le bois nécessaire à cette abbaye. Le comte Wernher lui accorda tous ces biens dès le temps de sa fondation. Il lui donna ensuite ,

* Wimphelimue , de episc. argentin. , pag. 49 , attribue aussi celte fondation à Wernher d'Ortenberg : mais il ajoute qu'il était comte de Habsbourg. Le dominicain, auteur des Annales de Colmar, l'appelle comte d'Ortiberg , et lui donne le surnom de Hurningen.

* Comme le dit en termes exprès l'empereur Frédéric dans son diplôme de 1163. Pièces justificatives ; conf. Wiirdtwein, nov. subs. dipl., tom. 10, pag. 17.

'Voyez les bulles des papes Calixte II de 1120 et Innocent II de 1135. Pièces justificatives, conf. ibid., tom. 7, pag. 36 et 85.

* « Monasterium Hugonis Curiœ ad romanam ecclesiam, nulle raedio, pertinens, « ordinis sancti Benedicti, argentinensis dioccsis , » disent les papes XXI, Nicolas 111 et Boniface VIII dans leurs bulle» de 1Î77, 1Î79 et 1495.

HISTOIRE DE i/ÉGLISE

conjointement avec Himiltrude , sa femme et Folmar, son fils , des terres à Northausen. Berlinde , sœur du comte, y en ajouta d'autres situées àElsenheim et à Dieffenthal Le fondateur de Honcourt était un homme d'une grandeur prodigieuse : on peut le mettre dans le nombre des géants, puisqu'il était haut de huit pieds*. Le dominicain, auteur des Annales de Colmar, qui écrivait en 1286, fait mention de son portrait peint dans le monastère de Honcourt3. L'empereur Maximilien 1er, étant venu en Alsace en 1516, fit ouvrir le tombeau du comte Wernher, et en tira l'os de la jambe , pour déterminer par sa proportion toute la longueur de son corps. Cette empreinte fut longtemps conservée dans le prieuré de Sainte-Foi de Sélestadt*. Wernher était, comme nous l'avons dit, comte d'Ortenberg. Quelques-uns8 le disent issu des comtes de Habs-

' Diplôme de l'empereur Frédéric I" de 1163.

* Goliatli était, selon l'Ecriture-Saintc , 1 reg. , cap. 17 , vol. 4, de la hauteur stx cubitorum et pàlmi , ce que M. Pauclon , dans la Métrologie ou Traité des mesures, poids et monnaies, chap. 1, pag. 138, évalue à sept pieds et trois-quarls de pouce de roi. Schreber, dans son histoire des Quadrupèdes, imprimée à Erlangen, en 1775. tom. 1, pag. 35 et 36, parle de plusieurs grands hommes de sept à huit pieds et au-delà. Feu M. Le Cat, secrétaire perpétuel de l'académie de Rouen, a lu dans une séance de cette académie un mémoire où il fait mention des géants cités dans les Livres Saints et par les auteurs profanes. Il dit avoir vu lui-même plusieurs géants de sept pieds , et quelques-uns de huit. Les nouvelles publiques ont fait connaître la mort du géant irlandais Byme , haut de huit pieds anglais et deux pouces, arrivée à Londres, en 1784.

1 Annales Colmarienses , apud Vutisiwn, parte 2, pag. 21 : « Ipsum autem « monasterium in Hugshoven fuit inchoatum à Wernhero comité de Ortiberch , « dicto de Hurningen , cujus longitudo octo pedum depicla communium , in eodem m monasterio reperitur. » Il faut remarquer que dix pieds d'Allemagne font onze pieds 415/100 de pieds de France.

* Ruyr, pag. 190.

B Entr'autres Wimphelingue , pag. cil. et Scn<EPFLiN, Alsat. illustr. , tom. î, pag. 203. On trouve dans Dom Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 1, p. clxxxiv, edit. de 1745, l'inscription suivante, qu'il avait vue dans l'église de Honcourt, sur

bourg. Mais outre que ce nom netait pas alors connu, les anciens monuments ne nous fournissent aucune preuve qu'il descendait des auteurs de la maison de Habsbourg. Nous trouvons même que la famille des comtes d'Ortenberg s'éteignit sur la fin du douzième siècle, et que leur nom, ainsi que celui de Hurmingen, passa avec leurs possessions aux comtes de Hohenberg et de Haigerloch, seigneurs de la Souabe. Ceux-ci possédèrent la seigneurie d'Ortenberg jusque vers l'an 1257, qu'Albert,, comte de Hohenberg, la donna à Rodolphe de Habsbourg, qui venait d'épouser Anne, sa sœur4. On a confondu Wernher, comte d'Ortenberg qui vivait en 1000, avec Wernher, premier comte de Habsbourg, qui mourut en 1090. Ce dernier eut pour fils Adalbert, qui fut un des bienfaiteurs de l'abbaye de Honcourt. Cette ressemblance de noms a produit l'erreur que nous relevons.

Wernher d'Ortenberg au contraire eut d'Himeltrude, sa femme, un fils, nomme Folmar ou Volmar. Celui-ci, qui épousa Heilicha, donna au monastère de Honcourt plusieurs biens, situés à Heidolsheim et à Reiningen*. Ils accordèrent et soumirent cette abbaye, avec toutes ses appartenances, à l'église de Sainte-Marie de Strasbourg, sous la condition que

une petite châsse de bois, placée au pied du crucifix : « Serenissitnorum Princi- « pum Hugonis et Veneri de Habsburg, fundatorum Venerabilis Monasterii Hugonis « Curiœ in Yalle S. Alberli honorabilcs reliquia?, an. 1660. » Mais ce monument est trop nouveau pour être de quelque autorité.

• Albertus Argentinenais , pag. 106: «Albertus, Cornes de Hohenberg et de « Haigerloch , duos Comitatus habuit antiques valdè , scilicèt Haigerloch et Hohen- « berg : et siti sunt in corde Suevioe, et dicebantur Comités de Hunningen, et illt « Comités fuerunt po tentes in Suevia et Alsatià. In Elsatià habuerunt caslrum , « quod dicitur Ortenberg, et magnas villas , et totam Vallcm, qua? dicilur Albrecbts- » thaï. . . quod dominium Albertus Cornes posteà dédit Hudolfo de Habs|>i>r^ in • dolem dominae Anna? sororis suœ. »

1 Diplôme de l'empereur Frédéric de 1163.

HISTOIRE DE lV.GLISE

ses évêques ne pourraient jamais la conférer en fief, ou l'ôter aux religieux qui y étaient fondés. La charte de donation de Fohnar et de Heilicha , datée de l'année 1061 \ fut faite en présence de Hereman, ou Hetzelon, évêqûe de Strasbourg, de Henri, comte de la Basse-Alsace, des comtes Eberhard, Cunon etLutold4, et de plusieurs autres témoins, dont les noms sont rappelés dans l'acte. Cette pièce, qui est en original dans les archives de l'évêché à Saverne, peut offrir aux curieux un exemple de ces chartes, qu'on nomme paricles ou parties*; c'est la première de ce genre, que nous avons trouvée en Alsace. Ces sortes de chartes étaient doubles. On écrivait l'acte sur une même feuille de parchemin , en commençant un peu plus bas que le milieu de la feuille. L'acte étant dressé, on revirait le parchemin et on y transcrivait du même côté la même teneur de l'acte, encore un peu au-dessous du milieu. On partageait ensuite la feuille en deux parties égales et exactes : mais , pour reconnaître qu'elles avaient fait corps ensemble avant de les diviser , on écrivait dans l'entre-deux des actes un ou plusieurs mots en très-gros caractères. Ainsi chaque partie , après la section, avait la moitié de ces lettres majuscules, qui suffisaient seules en cas de besoin pour la vérification des pièces. Cette précaution était fort en usage dans l'onzième siècle pour prévenir les détours et les finesses de la fourberie : elle fut encore suivie pendant le douzième et le

* Pièce» justificatives ; cf. Wubdtwein , nov. subs. dip., tom. 6, pag. 230, et Schcepflin , Ah. dipl., tom. 1, pag. 170 (incorrecte.)

* Ces deux dernières étaient frères et comtes d'Achalm.

* Elles étaient nommées en allemand %%rten, %erter, ou ausgeschnittener zeUtl, ou même kerbbrief et karbtettel. Voyez Haltacs, Glomarii , pag. 76, 1082 et il 52, etSchcrz, Glossarii germanici medii œvi, tom. 1, pag. 760 et 7.76.

treizième1. Folmar, comte d'Ortenberg* , ne laissa qu'une fille, nommée Adélaïde, qui épousa Lutold, ou Luitold, comte d'Àchalm, frère de Wernhaire II, évéque de Strasbourg3. Cette comtesse, qui survécut à son mari, fit présent au monastère de Honcourt, de l'église et des dîmes du village de Ville , qui n'en était pas éloigné*. Elle lui donna aussi conjointement avec Lutold , son époux , la cour de Glenville, ou Gebersdorfl, situé en Lorraine s, aves ses appartenances, et les églises voisines de Landange, Parux, Varengévillc ti. Le comte Conrad , le comte Hériman 7 et Agnès , sa femme , accordèrent de leur côté à Honcourt l'église de Glonville. Cette donation fut augmentée par le

' Consultez Mabillon, de re diplomatica , lib. 1, cap. 2, pag. 6, les auteurs du Nouveau traité de diplomatique, tom. 1, pag. 354 et suiv. , et dom de Vaines, Dictionnaire raisonné de Diplomatique, tom. 1 , pag. 251 et suiv. Le mot le plus usité , pour servir de symbole interlinéaire entrecoupé par la division des chartes parties, était le mot mystérieux cyrographum : c'est de ce mot qu'elles ont pris le nom de cyrographes. Ou les appelait ondulatœ, ondulées, quand la séparation, au Heu d'être en droite ligne, était faite par un trait ondulé, et indentalœ, dentelées, quand elles étaient coupées en zigzag, ou en forme de dents de scie.

• Volmarus Cornes dans le Nécrologe de Zwifalten, fit. 525. » Voyez pag. 399.

• Bulle du pape Calixte II de 1120. Abbas Hugonis Curiœ est nommé rerus patronus ecclesie de Wilre in Yalle Alberti dans des lettres de Berthold , évéque de Strasbourg, de 1241.

5 Les papes Calixte II et Innocent II, dans leurs bulles de 1120 et 1135, l'appellent « prwdium in Lolharingià apud Gebercsdorf. » Une charte de 1244 l'appelle Glirovilla. C'est aujourd'hui Glonville , village et paroisse du diocèse de Nancy , situé sur la Meurthe, à quatre lieues de Lunéville et dans son baillage.

• La même charte de 1244 les appelle Lascenborne , Parrn et Warcovilla. La bulle Innocent II, de 1135, donne à ces trois endroits les noms allemands de Brachalfingcn , BancsdorfT et Verebrcchteswile. Landange et Parux sont deux villages éloignés, le premier de deux lieues et le second d'une de l'abbaye de Hauteseille. Varengévillc est situé à deux lieues de Nancy, au bord droit de la Meurthe, qui le sépare du bourg de Saint-Nicolas.

7 C'est peut-être Herman, comte de Lunéville, dont nous avons parlé ci-dessus pag. 349.

HISTOIRE DE l'éGLISE

prêtre Donat et Rainard , son frère , qui y ajoutèrent plusieurs biens situés dans le même endroit1.

Le comte Lutold, époux d'Adélaïde, mourut sans enfants mâles, en Tan 1098*. Adélaïde, sa veuve, vivait encore en 4120. Die obtint, le 14 mai de la même année, de Calixte II la confirmation dés biens, droits et privilèges du monastère de Honcourt, fondé par le comte Wernher, son grand-père3. Ce pape prend cette abbaye sous sa protection et sous celle du Saint-Siège, spécifie les différentes possessions dont elle jouissait, la déclare indépendante de la jurisdiction de l'évéque de Strasbourg , tant spirituelle que temporelle , et autorise toutes les personnes séculières à y faire des donations. Il laisse aussi aux religieux l'élection libre de l'abbé, suivant la règle de Saint-Benoît, et le cboix de l'avoué, dont il limite le pouvoir, pour prévenir les usurpations que ces défenseurs séculiers des églises avaient coutume de faire. Cet avoué était alors Ulrich de Hurmingen*, qui descendait de la famille du fondateur, et qui avait, à ce que nous croyons épousé Judenta , tille et héritière de Lutold, comte d'Achalm K. Cet Ulric avait une sœur, nommée aussi Judenta , mariée à Adelbert , comte de Habsbourg et comte de la Haute- Alsace6. L'abbaye de Honcourt obtint, de ce comte

* Bulle d'Innocent II de 1135.

* Ortliebos, de fundalione Zvifallensis Nonasterii apud Hess, in Scriptor. rer. Guelficar., pag. 190.

* Pièces justificatives; conf. Wurdtwei!», nov. sub$. dipl., tom. 7, pag. 86.

4 Udalricus de Hurmingen signa, en 1163, le diplôme de l'empereur Frédéric pour l'abbaye de Maurmoutier. Pièces justificatives ; ihjd., tom. 9, pag. 390.

* On trouve Udalricum de Hurmingen entre les témoins d'un diplôme de l'empereur Conrad III pour le monastère d'Arnstein, de 1146. Hcco, Annales Ord. Prœtnonstr., tom. 1 , col. cxxi.

* Elle est nommée dans le Nécrologe de Zwifalten apud Hess, lib. cit. , pag. 237, au 16 février Judinta de Habinsburc. Les actes de Mûri donnent le même nom à la femme d' Adelbert, comte de Habsbourg.

Àdelbert et de son épouse vers Tan 1128, la terre, l'église et les dîmes de Flersheim , dans le diocèse de Mayence avec tout ce qui en dépendait \ Judenta , devenue veuve en 14 41, donna au môme monastère ses biens allodiaux situés à Scherweiller par les mains d'Ulrich, son frère, qui en était avoué*.

Nous n'avons pu découvrir les noms des abbés de Honcourt depuis le temps de sa fondation jusqu'à la fin de l'onzième siècle. Conrad I«r en était abbé vers l'an 1078. 11 y fut envoyé avec dix autres moines par Saint-Guillaume, abbé de Hirsauge. Conrad rétablit à Honcourt la discipline monastique , augmenta ses revenus , ainsi que le nombre des religieux de Saint-Benoît, répara l'église et les lieux claustraux, enrichit d'ornements précieux et de bons livres la sacristie et la bibliothèque5. 11 eut pour successeur, vers l'an 1104, un saint homme dont on ignore le nom. Mais il était disciple du bienheureux Theotger, abbé de Saint- Georges, dans la Forêt-Noire4, qui fut élu, comme nous l'avons déjà dit dans un des articles précédents5, évôque de Metz, en 1117, et qui apprit à Honcourt son élection à cet évêché6. On trouve ensuite dans le nombre des abbés de Honcourt Conrad II, auquel Innocent II confirma les possessions et les exemptions de son abbaye, en répétant à peu près les mômes privilèges, que le pape Calixte II avait accordés quinze ans auparavant. La bulle d'Innocent JI, est

1 Comme on le lit dans la bulle d'Innoncent II, de 1135 et dans le diplôme de l'empereur Frédéric, de 1163.

* Diplôme de Frédéric, de 1163.

1 Trithemius, Annal. Hirsaug., tum. 1, pag. Î77.

* Idem, pag. 2*5.

•• Pa£. 367.

d « Ad ccllain, cui Hugonis Curia vocubulum », dit l'auteur de la Vie de Theotger, cité par dom Mabillon, Aimai. Beneilici., tom. 6, lib. 73, mm. 5, pag. 3.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

datée de Pise et du 10 juin 1135*. Sous le môme Conrad, deux nobles de Chàtenoi, nommés Regenhard et Frédéric, firent en i l 38 à la cathédrale de Strasbourg, sur l'autel de Sainte-Marie, la donation de quelques biens situés dans les bans de Raventbal, Danviler et Scherweiller. (iebhard, qui était alors évoque , les accorda aussitôt aux religieux de Honcourt sous la redevance annuelle d'un sol. Cette concession se lit en présence des dignitaires de son église, des abbés de Maurmoutier , de Seltz et d'Altorff, de Thierri , comte provincial de la Basse-Alsace , des comtes Egenon d'IVach, Adelbert de Habsbourg, Frédéric de Ferrette et des principaux officiers de l'évéché*. Allode, abbé du même monastère5, assista le 25 avril 1153 à la consécration de l'église abbatiale de Baumgarten, faite par Burchard, évêque de Strasbourg *. L'empereur Frédéric 1er y par son diplôme donné à Seltz, le 24 octobre 11 03, en présence d'Herman, marquis de Bade et de Vérone , et de Marcward , abbé de Fulde, renouvela à l'abbaye de Honcourt non-seulement les biens qu'elle avait reçus du comte Wernher, son fondateur et de ses premiers bienfaiteurs, mais lui assura aussi les droits et immunités qu'elle avait obtenus du Saint-Siège, tant par rapport à son indépendance des évôques de Strasbourg, que relativement au choix libre, que ses religieux pouvaient faire de leur abbé et de leur avoué". Vodolric, ou Ulric était abbé de Honcourt en 1172°. Ce monastère7 est

' Pièces justificatives; cf. Wurdtwein', nov. subs. dipl., tom. 7, pag. 85.

* Ibidem, tom. 7, pag. 103.

' « Aliodus Abbas Hujçonis Curie. »

* Pièces justificatives ; Wurdtwein , mv. subt. dipl , tom. 7, pag. 167. n Ibidem , tom. 10, pag. 17.

' « Yodolricus Abbas Hugonis Curifc . est nommé témoin dans une charte Ue Hatvide, abbesse d'Andlau , pour le monastère d'Etival , de 1172.

7 « In Episcopatu Argentinensi , Monasterium quod dicilur Huyeshovcn , unum « marabutinum. »

nommé dans le livre des cens de l'église romaine, rédigé en 1192 sous le pape Célestin 111 par Centius, son camérier1, dans le nombre des églises qui devaient au Saint-Siège la redevance annuelle d'un marabutin d'or 2. Werner, qui était abbé de Honcourt au commencement du treizième siècle , y rétablit l'abondance: ce qui engagea Henri deVeringen, évêque de Strasbourg, à le placer, en 1213, sur le siège abbatial d'Ebersmùnster 3. Il accompagna, en 1221, ce*prélat à Rome : mais il mourut en chemin, la même année 4, ayant conservé en môme temps ces deux abbayes. 11 eut pour successeur, dans celle de Honcourt, Baudouin qui vivait vers l'an 1235 R. Jérémie, qui le remplaça6, vendit, en 1237, aux chevaliers de l'ordre teutonique, tous les biens que son monastère avait à Flersheim, en Alle-

* Muratori, in Antiquit. Ilalicis mtdii œvi, tom. 5, disserl. 69, pag. 876.

* Les bulles des papes Calixte II et Innocent 11, de 1120 et de 1135, nomment cette redevance unutn aureum biiantium. Le marabutin «Hait une monnaie d'or frappée communément en Espagne. Il en fallait sept , selon Jérôme Rossi , lib. 5, Hist. Ravennat. ad ann. 17u6, pour former une once d'or. Albert de Strasbourg, pay. 106, dit en parlant des religieux de Honcourt : * Annuatim debent prtesentare « ad caméra m Papœ unum marmotinutn, hoc est, denarium aureum , qui benè « noscitur in Curiâ , et est minoris valoris , quàm parvulus florenus de Florcntiâ. »

* Chronicon Novientense, g Abbalem (Monachis Eberslieimensibus) impo-

« ait Henricus Argentincnsis Episcopus llugonis Curiue nomine Wernherum, sicut • utrique prœsit Ecclesiic. Iste locum suum ad bonum statum redegerat , it«\ quod « Ecclesia sua temporalibus rébus habundabat. » (Sur feuille détachée.) Cependant les moines de Honcourt l'accusèrent, en 1221, auprès d'Albert, comte de Uabsbourg, leur avoué, d'avoir dissipé les biens de son église pour enriiliir celle d'Ebersmùnster. Le comte enferma Wernhcr dans son château de Limberg, dont il ne sortit qu'après avoir payé 50 marcs. Six mois après, il alla à Rome avec l'évéquc de Strasbourg : mais il mourut en chemin avant que d'y parvenir.

4 Voyez la dernière partie de la note ci-dessus.

B « Baldwinus Dci gratia Ahbas Hugonis Curia» » est nommé dans une charte du monastère de Sainte-Foi, donnée vers l'an 1235.

8 « J. Abbas et Capilulum Hugonis Curie. •

406 HISTOIRE DE i/ÉGLISE

magne, pour la somme de huit cent cinquante marcs d'argent1. 11 gouvernait encore cette abbaye en 1241 -. Ce fut lui, ou son successeur, qui alliéna, en 1244, en faveur de l'abbaye de Haute-Seille, les possessions dont Honcourt jouissait en Lorraine dans les bans de Glonville, Landange , Varangéville et Parux. Les cent-vingt marcs, qu'il retira de cette vente, furent employés à retirer les biens de Sélestadt qui avaient été engagés ".

La suite des abbés de Honcourt depuis le milieu du treizième siècle, et les révolutions de cette abbaye jusqu'à son extinction, n'entrent point dans le plan de ce volume. Nous nous réservons d'en parler plus amplement, lorsque l'ordre chronologique nous le permettra. Jean de Bacarat , qui fut élu abbé de Honcourt au commencement du seizième siècle, mourut le 18 décembre 15H 4. 11 eut pour successeur Paul Voltz, ami du célèbre Erasme5, postulé, le 19 janvier suivant, de l'abbaye de Schutteren °. Ce fut sous lui que Honcourt fut uni, en 1513, à la congrégation allemande de Bursfelden7, par les soins de Jean Wedel, abbé de Schut-

* Giîdenus, in Cûdice diplomatico Mogunlino, tom. 4, pag. 880.

* Un accord passé , en 1241, entre le monastère de Sainte-Foi de Sélestadt et le magistrat de la même ville fut scellé sigillo Venerabilis Domini Jeremie Abbatis Hufjonis Curie.

* Original ès archives de l'abbaye de Haute-Scilic.

* On voyait dans la chapelle souterraine de l'église de Honcourt, démolie en 1782, répitaphe de cet abbé , qui est assez singulière. Elle portait : «Hic jacel • Joannes de Bacareto , natione Gallus , sed animo Gcrmanus , hujus Monasterii « Abbas, hic sepultus anno 1511, xv kal. Januarii. *

* Qui lui dédia son Enc.hiridion MililLs Ckrisiiani. On trouve aussi dans le Recueil des lettres d'Erasme quelques-unes de ce savant, écrites à Paul Voltz, lib. 12, epist. 33, lib. 18, epist. 43, lib. 21, epist. 2, et lib. 23, epist. 7.

Melchior Adam, in Vitis Phihsnpk. Germa n. , pag. 95, le nomme Paulus Volscius , Curie.nsii Abbas; il faut lire Hugshoviensis Abbas. 1 Bucelin, Oermaniœ sacra, tom. 1, part. 2, pag. 19 et V7.

teren Voltz était un homme savant* : mais il eut le malheur d'adopter les nouvelles erreurs. Dès les commencements de la réformation de Luther , il se retira à Strasbourg , où «il commença à suivre la secte des Anabaptistes. Calvin, chassé de Genève, vint à Strasbourg en 4538. Il y amena à sa doctrine Paul Voltz, qui devint bientôt après un des ministres protestants de cette ville3. L'apostasie de l'abbé deHoncourt dispersa également ses moines, et les biens de cette abbaye, perdus ou aliénés dans ces temps de troubles, suffirent à peine à l'entretien des abbés, ses successeurs, ou de ceux qui en portèrent le nom. La maison d'Autriche, dont les archiducs avaient été avoués de Honcourt , s'en appropria alors les revenus, tantôt les faisant régir par sa chambre archiducale d'Ensisheim , tantôt les accordant en bénéfice à des ecclésiastiques séculiers, qui prenaient le titre d'abbés, ou de prévôts. L'archiduc Ferdinand donna l'abbaye ou prévôté de Honcourt à Laurent Sporen, évéque de Sébaste, qui mourut 1597. L'empereur Rodolphe II l'accorda, peu après, à l'abbaye d'Andlau pour réparer les pertes que celle-ci avait faites depuis le commencement du seizième siècle. L'abbesseMarie-Magdeleine de Kebstock en prit possession le 20 février 1599. Marie-Ursule de Reich deReichenstein, qui lui succéda, sollicita auprès du Saint-Siège

1 Trithèhe, Annal. Hirsaug., lom. 2, pag. 354.

1 a Vir pius et litteratus, » dit Reatus Rhenanus, in annotât, ad Tertull. de Co~ rond Militis. Guilmman, de Episcopis Argentin., pag. 73, lui rend le témoignage qu'il était « homo veterum memoriarum non incuriosus et cujus similes plures « optaremus. u Paul Voltz étudia, en 1496, la théologie à Tubingcn sous Paul Scriptoris , lecteur du couvent des Franciscains , comme le remarque Pellican dans sa propre vie écrite par lui-même, apud Adam, in ritis German. Theolog., pag. 128, qui ajoute : « Paulus Voltzius, Jfonachus Schutleranus , qui exuto cucullo, Argentorati Evangelium docuit. >

' Comme l'écrit Adam , in Vitis Theolog. exterorum , pag. 37, qui ajoute que Calvin épousa, à Strasbourg, la veuve d'un anabaptiste, nommée Ideletle.

la confirmation de cette union. Léopold d'Autriche, évêque de Strasbourg, appuya fortement la demande de l'abbesse. Ijc pape Paul V donna, le 26 juin 1015, sa bulle qui incorpora l'abbaye de Honcourt à celle d'Àndlau. Elle fut mise en exécution le 9 septembre 1616 Depuis ce temps, cette dernière abbaye est en libre possession des biens, droits, revenus et patronages de l'ancien monastère de Honcourt. On n'y voit plus que quelques vestiges de bâtiments occupés par le receveur et le censier de l'abbaye. L'église dédiée à Saint-Michel, commencée en H 86 et rebâtie cent ans après, par l'abbé Conrad 111 de Dicker3, était d'une structure singulière. Elle était faite en forme de rotonde, soutenue de dix piliers , d'une seule pierre , hauts près de quatorze pieds. Après avoir passé la rontonde, on montait par sept degrés au chœur, où était l'autel de Saint-Michel : il y avait au-dessous une chapelle souterraine sous l'invocation de Sainte- Anne. C'est dommage qu'on n'ait pas tâché de conserver ce monument d'antiquité. Comme l'édifice tombait en décadence, on fut obligé, en 1782, de le démolir entièrement.

' Dom Calmet, in Diario Helvelico, paij. 3, remarque que les guerres do. 1622 firent tomber les biens de Honcourt entre les mains d'une Dame luthérienne , nommée Marie-Ursule, qui se les appropria comme un héritage, et que l'abbesse Marie-Cunégonde de Beroldingen , élue en 1666, fut obligée de lui donner 40,000 livres pour les en retirer. Mais nous n'avons rien trouvé de ce fait dans les archives de l'abbaye d'Andlau.

* Annales Colmarienses , pag. 21 : « An. 1286, capella in Hougshoven reœdiflî- « catur à venerabili Abbale Oonrado de Dickere, qua? anno 1186 fuerat inchoata.»

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